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 L'effet NathanThu 24 Jan 2008
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Cette contribution est (c) - Merci


Nathan est un prophète de la Bible. Vous le connaissez ? L'Histoire situe sa vie environ 1 000 ans avant notre ère. Un épisode de Nathan - dans la culture occidentale - est familier, je vous en parle après.

Premier point. Envisageons les métaphores, si puissantes qu'elles saisissent l'intériorité humaine (tous les peuples y recourent). Si bien que la PNL, dès le XXe siècle - et avec plus ou moins de bonheur - considère la narration symbolique comme une voie d'illustration peut-être, mais aussi d'édification et de compréhension pour autrui (comme un éclairage). L'étymologie de la métaphore suggère que ladite notion revêt un sens qui, d'emblée, dépasse et nous porte ailleurs. Un sens caché se développe, renforcé par le détour, généré dans sa pleine puissance : une voix nous parle. Voir le billet qu'Absara consacre aux paraboles, ici.

Car tout est là, dans le déplacement, dans le changement du point de vue. De l'angle.

Je reprends l'épisode de Nathan. Et c'est directement dans la Bible (2 Sam 12, ici traduction Louis Segond) qu'on comprend à quel point le bonhomme sait y faire :

« L'Éternel envoya Nathan vers David. Et Nathan vint à lui, et lui dit : - Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et des boeufs en très grand nombre. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée ; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants ; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la regardait comme sa fille. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses boeufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui ; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui.

» La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathan : - L'Éternel est vivant ! L'homme qui a fait cela mérite la mort. Et il rendra quatre brebis, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié.

» Et Nathan dit à David : - Tu es cet homme-là ! Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Je t'ai oint [désigné, ndlr] pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de Saül ; je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai placé dans ton sein les femmes de ton maître, et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore ajouté. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien ; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon. »

Terrible. Cet épisode est célèbre, où David prend la pleine mesure d'un meurtre qu'il a fait commettre sur un de ses soldats, pour voler sa si belle femme. Le pauvre Urie est mort. Et la brebis de la métaphore, tout le monde le comprend après, c'est Bath Schéba, l'épouse tant convoitée. Dur. Et il est fort à parier que si Nathan avait fait à David un reproche frontal, ce dernier s'y serait fermé et, outré, aurait envoyé le prophète à la mort.

Brrr...

La valeur de la métaphore nathanienne, c'est qu'elle contourne l'égo de l'auditeur et convoque directement ses valeurs personnelles. Et son discernement, au sens entier. On voit David se mettre en colère contre le riche sans-gêne, qu'il juge directement criminel.

Que dire ? La métaphore, c'est ça, c'est un para-récit, qui dit sans dire : il contourne une difficulté (difficulté à s'identifier à soi-même) et fait ainsi mouche. Un dévoilement a lieu : les mots qui remplacent ceux qui font mal délivrent directement le sens. Et c'est l'impact.

So what? Hier, une personne m'appelle. Et me dit les difficultés qu'elle a à se préparer (et à se réjouir) pour un cadeau professionnel que lui fait la vie. Comme si la gratuité de cet événement faisait problème. Connaissant bien cette personne, je l'engage à considérer la jouissance que c'est, la vie faisant parfois des cadeaux, parfois pas (il faut se saisir de ça). Mais la personne hésite, complique (semble-t-il) et finit par achopper, confiant la mise à profit future au hasard, qui tranchera lui-même, par une disposition de type je-verrai-bien-je-sais-pas-trop.

Incroyable.

Nous prenons alors congès. Puis je rappelle quelques minutes après en disant : - J'apprends, et c'est fou, que j'ai rendez-vous avec mon maître en management : Kenneth Blanchard ! le grand ! le gourou ! l'unique ! je suis tout excité. Mais c'est mon pasteur américain qui a préparé l'entrevue et, pour être franc, il m'arrive de ne pas toujours être d'accord avec son protestantisme : pour moi c'est un problème.

Un mot jaillit de mon interlocuteur : - Mais tu es c... ou quoi ?!

Je réponds, souriant : - C'est une métaphore. Cette histoire est une invention de ma part. Bonne journée !

Je raccroche.

Et juste avant, j'ai entendu comme une voiture lancée à pleine vitesse et qui s'arrête d'un coup.

Life is a feast. Passez une excellente fin de semaine.

[ Jacques Lacan et la métonymie psychique, un déplacement | revoir les systèmes de défense du Moi | ce que nous appelons la réalité comporte une multitude d'angles (sensations, interprétations) pour vivre ce grand tissu changeant (complexus) qu'est le monde | dévoilement, éloignement des enveloppes : apocalypsê en grec ]


 Charles, attends !Thu 25 Oct 2007
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[ Théma motivation ] Charles, attends ! [ Catégorie Management-Sc. humaines | mots-clés, permalien, commentaires ]

Parlons magnétisme. Écartons l'exotique Mesmer et son baquet magique. C'est d'aimants que je veux vous parler. Selon que vous les disposez comme ci ou comme ça [1], ils deviennent les uns pour les autres des pôles d'attraction ou des repoussoirs [2] : c'est très binaire. La PNL étudie bien ça [3] : il y a des choses qui vous inspirent (danser comme Justin Timberlake) et d'autres qui vous révulsent (surtout pas comme Vladimir Poutine).




Fig. 1 - Chérie, j'ai rétréci les fosses


Eh bien je vous avoue - j'assume - que je travaille depuis plusieurs jours avec un dépliant contre-exemplaire à mort. Un vrai tue-l'amour, creux et pompeux, un tout-sauf-ça. Il est sous mes yeux, je le garde, je le regarde. Voir que des gens font ça (Et réussissent comme des boucaniers !), ça me stimule. Ce morceau de papier me rassure et me conforte, je m'en sers de fétiche. Quoi que je fasse, même avec une jaunisse ou un pied bot, mes propositions étaient, sont et seront toujours meilleures que ça. C'est une base.

Alors quoi ? Le kitsch est un stimulant naturel.

Be seeing you.

__


[1] C'est très fréquent de voir les sciences humaines (ici la motivation, traditionnellement rattachée à la psychosociologie d'essence anglosaxonne), en clair c'est amusant de voir à quel point les sciences dites molles empruntent aux modèles de la physique et de la biologie (entropie et Gestalt, entropie et dynamique de groupe), tout ça pour construire des métaphores édifiantes. D'ailleurs toutes les paraboles ont une visée pédagogique, thérapeutique ou métaphysique (cf. le touchant travail du grand Milton Erickson), bref d'amplification de la conscience et de réglage par tâtonnements d'une façon d'être, d'un confort (d'une place harmonieuse) dans le monde, monde immédiat (environnement socio-émotionnel) ou monde vaste et général (the big one). Enseigner, émouvoir, susciter, faire croître ou naître, encourager, résoudre des problèmes (faire converger ces trois pieds du tabouret que sont la donne du monde, la nature profonde de l'instigateur de l'action et les objectifs qu'il se fixe - le quatrième étant peut-être la plasticité de la frustration), tout ça je crois que c'est pareil. C'est vivre et aider à vivre comme il faut. Réconcilier principe de plaisir et principe de réalité (soigner les inconfortables décalages, résoudre les problèmes), c'est le travail spirituel par excellence. Taoïsme façon Wieger ? arrangement moléculaire ? harmonisation romeyienne ? cohérence synergétique ? À chacun de trancher.

[2] Tout ce qui est binaire est dynamique et stimulant. L'on trouve, dans une foule de systèmes traditionnels, un couple primordial (dyade), une association vivante de deux lois énergétiques, qui procréent ensemble : elles déploient tout un monde. C'est le modèle de l'émergence, je pose un minimum de principes (étymologiquement amorces) dont la combinaison immédiate fait naître la multiplicité. Relire le père de la complexité, l'immense Edgar Morin, ainsi que le très lateral thinker (maverick ?) Jeremy Narby et ses incroyables histoires de serpent double et d'ADN à deux brins. Il faut par ailleurs voir ce que le superbe Craig Reynolds donne à voir d'une poignée de principes capables de faire émerger une machinerie aussi complexe que le vol des oiseaux. Sur la combinaison synergétique de deux polarités premières, lire Animus-Anima.

[3] Filtres cognitifs.

[ Ah, les aimants, tellement amants ! tellement porteurs de la notion classique des affinités, des sympathies ou lois d'agrégation naturelles (cf. doctrine des Signatures, également pratiquée par les ayahuasqueros de Narby) | je me revois enfant avec un tome ouvert de l'encyclopédie Tout l'univers - un schéma (je le vois encore) montre une caisse en bois remplie d'aimants en vrac, fichus n'importe comment, le magnétisme « pulsé » hors de la caisse est désordonné, faible et malade, à l'inverse un rangement simple et conforme à la nature des attirances-répulsions des aimants génère une grande énergie : la caisse irradie un puissant champ | je crois (je sais) que c'est l'un de mes premiers contacts, excessivement saisissant, avec la notion de synergie : un « plusieurs » bien agencé (conforme aux lois du dedans, au tempérament, à la nature intrinsèque des constituants), eh bien ce « plusieurs » catalyse naturellement des principes (des lois, par exemple psychologiques), qui régissent l'extérieur, il emprunte alors des sortes d'autoroutes ascentionnelles et tricote une métamorphose, une forme au delà, plus évoluée (nouvel arrangement, nouveau système) | sur la notion de repoussoir (bouc émissaire) ou bien de fascination mimétique (forme de jalousie de ce que l'autre possède, façon Caïn), lire René Girard | représenter les affinités (ou tensions) interpersonnelles grâce au sociogramme de Jacob Moreno ]