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 Mille font quatre - 14e partieSun 14 Feb 2010
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Rendez-moi Budapest


Mille font quatre. Phrase fétiche, ici à Budapest. La mienne, je veux dire : souvent (tout le temps) je me la répète. C'est mon convertisseur mental de monnaie. L'idée : 1000 forints font 4 euros, de là tout est clair. Je peux acheter des choses.

Je reste à Budapest un mois, travail oblige. Un mois ? Première tranche de multiples séjours. Au delà de ce premier du genre (longue période), eh bien ceux-ci vont durer quinze jours. Quinze jours ici, quinze jours en France, auprès de ma douce progéniture. Comme un balancier. Un mouvement permanent - comme je les aime (et j'espère que ça va durer) - entre deux pays, deux richesses, deux angles et deux battements, deux pôles de vie.

Une danse. (Danse dialogique.) Elle claudique ? Nan : fait marcher. Ça m'ébroue, ça anime. J'aime ces polarités. Ces animations plus-moins. Animus-Anima. Différences de potentiel électrique : stimulation continue.

Ouais.

Les pays...

Trucs à vivre. (Réalités.)

Parlons pays, mh. Et je veux re-saisir cette histoire de mille font quatre. 1000 font 4, ça évoque une valeur. Un poids. Un truc bancal et penché : 1000 d'un côté... pèsent 4 de l'autre. 4, c'est peu. Ça fait très peu. Je hais les comparaisons, qui m'évoquent l'odeur rance des vestiaires masculins.

Et les comparaisons, là, les géométries à l'emporte-pièce, je les ressens. Je veux parler du racisme.

Il y a un regard, chez certains : Tu es Français, tu vaux 4. Alors que nous, regarde, on vaut 1000. La France ? Objet de haine des nationalistes hongrois. (Nombreux.) Ici, le glamour ou la joie de vivre à la française génèrent des fantasmes noirs. Des poussées irrationnelles. Attention ! les Français veulent conquérir. (Brrr.) Ils sont arrogants. Napoléoniens. Colons. Egoïstes. Menteurs. Calculateurs. Irrascibles. Un peu comme... des ogres.

Les Hongrois frustrés (minoritaires) détestent l'Europe, se méfient des espaces, renvoient tout au territoire, à la mesure, au cordeau millimétré, à la terre et à cette idée moisie, lancinante, de grande Hongrie. J'ajoute qu'ils haïssent les juifs, les Gitans, les homos.

Ils souffrent.

Tout le monde les comprend. (Mouais, si on veut.)

C'est juste que leurs histoires de vieux empires (Autriche-Hongrie d'avant la Première Guerre), à l'heure de l'Europe, c'est à contre-courant. Leur extrême droite ? Elle fait vomir. Antisémitisme ? Une horreur : amalgame entre sphère économique, lobbies (réels ou supposés) et pouvoir d'achat. Une abomination. Francophobie ? Un monstre, rescapé de l'histoire. Haine de Georges Clémenceau ? que dire ? (Ch'ais pas.) Haine du présent, de l'Europe, de la vie, du futur ? Hélas oui.

Faut-il que la France (et les autres vainqueurs de 1918) demandent pardon ? Bien sûr. Nicolas Sarkozy, d'origine hongroise, peut faire ça. Bien sûr et en même temps, moi, ça me passe au dessus.

Pire : les amalgames, d'emblée, ça me scie les jambes. J'ai juste envie de rejeter tout ça. Et fort.

Ou de m'intéresser aux vraies personnes. Les vrais Hongrois. Ceux des poètes nationaux, de l'architecture, de la musique, des bars, de l’entreprise, de la palinka, de la rue, du pavé, du cosmopolitisme, de la beauté, de la discussion. Ceux de l'Europe. Ceux de la Hongrie : de la vraie.

Ceux pour qui 4 font 4. Et 1000, 1000. Ceux pour qui 2010, c’est 2010.

Ouais.

On est en 2010.

J'espère que cette neige va fondre. Il me tarde de revoir le soleil vif (et les vraies personnes) de Budapest.

__


[ Traité de Trianon (1920), une cochonnerie il est vrai ]

Ma bande-son actuelle, qui me rappelle (ch'ais pas pourquoi) la maman de mes enfants :


 Jouer à l'uni-con - 2e partieMon 12 Oct 2009
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Comment gagner-gagner -
Synthèse des Rapoport-s de force





Re-parlons des cons. Ils le sont particulièrement ceux qui oublient autrui, le voient d'après leurs yeux, évacuent le fait qu'autrui soit différent : vivant. À part. Normal. Et là, sachant que la réponse est oui, est-ce que la théorie des jeux nous aide à y voir clair ?

(Pause.)

Allons-y, messieurs-dames.

La théorie des jeux, entre autres choses, emprunte à l'économie, à la biologie, à la psychologie (cf. théma psycho). La théorie des jeux, entre autres choses, se penche sur Mmh, je fais quoi ? sachant que je joue, comme bien souvent, une partie de poker avec quelqu'un. Cartes cachées. Avec ou sans flop. Alors, rapports de force ? Oui. Et recherche égoïste (court-termiste) - ou alors commune - d'un état stable voire gagnant. Gagnant-perdant, perdant-gagnant, perdant-perdant. Ou mieux : gagnant-gagnant. (Beaucoup mieux.)

Gagnant-gagnant, mécaniquement (au fil des parties, donc de la vie), découle de son petit frère : donnant-donnant (tit for tat). Qui est un programme. Historiquement, une émanation du biologiste et mathématicien d'origine russe Anatol Rapoport. Et dans la vie de tous les jours, un comportement-type, pour les intelligences artificielles, pour les colonies d'animaux, pour les humains, pour ce qu'on veut (vie en général).

Donnant-donnant, nous relate le grand Robert Axelrod, c'est quand un opérateur (un groupe ou bien vous) entame une partie (négociation, travail, discussion d'un contrat). Avec une idée simple à la clé :

1. Je commence en mode ok-ok (cf. Positions de vie). Si je joue en premier, je commence à tendre la main à l'autre (ex. : l'écouter, jouer le jeu, demeurer favorable),

2. Je persiste avec un bon esprit, s'il me re-tend la main le coup d'après, je fais pareil (donnant-donnant), et ainsi de suite,

3. S'il me tend un couteau, je lui en tends un aussi (donnant-donnant bis),

4. Dès qu'il se calme et re-tend la main, j'évacue volontairement son côté agressif et coopère à nouveau (gros challenge).

Look :



Fig . 1 - L'excellent boulot du cybernéticien Philippe Mathieu,
instigateur du projet Prison au Laboratoire d'informatique fondamentale de Lille



Ce qui peut faire dire que mon patron est un con s'il me tend au départ un couteau (1.), s'il me tend des couteaux aléatoires (2.), si je choisis de mieux faire et qu'il me tend à nouveau un couteau (4.).

Court-termiste. Un brin parano. Fierté mal placée ? raisonnements tordus ? rancune ?

Le couteau systématique, ou capricieux, c'est l'outil du con. Le couteau qui discerne (il sépare et trie), c'est l'outil du sage.

Regardons bien.

Si mon patron a du discernement, ce qui est le propre du bon manager, il me tend le couteau si et seulement si j'en tends un. Tous les autres moments, son ok-ok m'enseigne et me fait du bien. Il me renforce. Mieux : il me sécurise.

C'est le soupçon de l'autre qui m'insécurise donc me donne envie de montrer les dents. Au contraire, s'il sait (c'est tout un art) me saisir en flagrant délit de bonnes choses (voir Kenneth Blanchard), le patron me fait du bien. Me surprend. Me donne envie de grimper en compétences. De mieux faire. D'avancer.

C'est humain.

Reprenons donnant-donnant. Axelrod en tire des leçons. Pour lui, s'il est efficace, c'est que donnant-donnant :

1. Met sa foi dans l'autre et dans le jeu (c'est précieux la foi, c'est d'ailleurs du courage car ça annonce des claques possibles - je serre les fesses et me focalise sur les visées de long terme),

2. Observe et laisse l'autre jouer, délivre de la bienveillance donc bâtit sa réputation et sa légitimité (J'en ai le droit) en cas de riposte,

3. Discerne et rend les coups, donc corrige les cuistres et les outrecuidants (parce que les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les r'connaît), il les sort progressivement du jeu,

4. Se rend volontairement lisible, simple dit Axelrod, et persuasif. Compréhensible donc facile à suivre, à agréger parmi ses amis. Son mode d'emploi est clair. Sa relation ? Saine, rassurante. Sévère (capable de recadrages immédiats) et conciliante en cas de besoin (intervention du pardon).

Courageux ? Sage ? Exemplaire et capable de dépasser ?

Mmh.

L'a bien la pêche, ce donnant-donnant.

__


[ Anatol Rapoport, biographie | le bouquin d'Axelrod figure dans le carrousel de livres de la colonne de droite de ce blog | théorie des jeux, applications | animals | laboratoire LIFL - Regarder, dans le temps, l'efficacité de donnant-donnant (simulation) | grâce à Didier Müller, en savoir plus sur le comportement de 36 stratégies : Gentille, Méchante, Donnant-donnant, Méfiante, Rancunière, Easy-go, Per-ct, Per-tc, Per-cct, Per-ttc, Majo-mou, Majo-dur, Pas-mieux-mou, Pas-mieux-dur, Pas-5-mieux-mou, Pas-5-mieux-dur, Sondeur, Tft-dur, Tf2t-dur, Tf2t, Graduelle, Graduelle-tueuse, T-puis-per-ct, C-puis-per-cct, Per-ccctct, Per-cccct, Sondeur2, Sondeur3, Sondeur4, Sondeur-dur, Doubleur, Rancunier-mou, Pavlov, Tft-lent, Trois-tits-pour-un-tat et Lunatique - Et apprendre en jouant en ligne ]  Read More


 Échelle de Jacob – Une école qui dérouilleMon 13 Jul 2009
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Bim ! dans ta(rn) tronche...

Billet exceptionnellement (c) – Le livre d'un con-frère peu regardant vient de m'« emprunter » un élément central, en oubliant (volontairement ou non)... de citer la source, acte de civilité pourtant basique (yep)


36 chandelles. C'est généralement ce qu'on voit quand on s'en prend une. Une quoi ? Une claque. (Ouais.) Et tout le monde le sait : c'est quand elles sont morales qu'elles font le plus mal – Mal de chien. De sorte que ça monte, et ça monte. Les étoiles grimpent au compteur : on en voit tout à coup pléthore. Et ces étoiles, quiconque est attentif peut en dénombrer 81. (Facile : c'est 3 x 3 x 3 x 3.) Échelle de notation de 1 à 3, sur 1, 2, 3 et finalement 4 critères, juxtaposés. C'est ça [1]. Je vous propose aujourd'hui une échelle, pour évaluer combien ça fait mal. Combien ça pique. Histoire de voir aussi que, quand ça chiffre autant, c'est un bagage utile de savoir pardonner. Pardonner, pas oublier. En clair : libérer l'autre, se libérer soi, dépasser. (C'est tout sauf recommencer, cf. Discernement.) Eh oui. L'expérience enseigne que c'est plus qu'utile de savoir pardonner... 77 fois 7 fois. C'est puissant : ça soigne.

(Voilà.) On y va ?

81... reprenons ça. Vous, ça vous évoque quoi ? Moi, c'est le numéro du Tarn : département qui m'a vu naître. Et département à beigne(s) : ça remonte à samedi. (Grosse beigne [2].) Là, j'ai eu le temps de digérer. (Comprendre ? Oui et non.) Le temps de pardonner : certes. Et de réfléchir (je suis comme ça ; besoin de comprendre).

Alors, il y a quoi ?

Si on consulte le travail des psychiatres américains Thomas H. Holmes et Richard H. Rahe [3], on voit que la vie, selon l'expression, fait parfois sa chienne. Ou plus exactement que la réception d'événements éprouvants (stressants, anxiogènes ou choquants) va de « bof » à « oui, ça fait clairement mal » :




Fig. 1 – Look, à 3' : J'ai beau être matinal...



Ça tamponne [4]. Y compris dans l'intériorité, dans le dedans, interconnection oblige entre le corps et l'esprit [5]. Donc boum. Ça bouge les ressentis : de soi, des autres et de la vie [6]. Et des fois de manière durable (relire Anna Freud).

Normal...

Si donc je prends 4 critères, j'ai rapidement :

| la surprise, la soudaineté, la vitesse de la beigne (par exemple imprévisible),
| la précision (vous savez ? de celle qui vous fait mouche, dans des vérités cachées, comme dans des méridiens vitaux),
| la proximité de la personne qui vous administre la tarte (un proche fait évidemment plus mal, dixit la mafia dans les films de gangsters, où on finit assassiné par un proche),
| l'humiliation et la trace du geste (certaines claques vous sapent aux yeux des autres, vous culpabilisent, vous désarçonnent, vous brûlent, et vous démolissent socialement, vous les ruminez, les haïssez, les ressassez, façon Zeigarnik – C'est le fameux : Je m'en veux, j'aurais pu ou j'aurais dû dire et faire ça, pour me préserver de cette relation, de ce coup, du regard des autres, des conséquences éventuelles sur ma vie personnelle ou publique...).

J'ai donc Soudaineté (ou « mauvaise surprise », de 1 à 3) x Précision (ou malveillance ciblée, ou malice calculatrice, précise comme le laser, de 1 à 3) x Proximité (de 1 à 3) x Durée sociale (ou traces, ou effets quant à l'estime de soi : effets réels ou supposés – là aussi de 1 à 3).

Allez, j'en termine : ma beigne de samedi, je la chiffre à... mettons 3 x 1,5 x 2,5 x 1,5 soit 17 / 81. Si 1 c'est la piqûre de moustique et 81 le massacre à la vieille tronçonneuse rouillée, je suis à la fin du premier quart de mon échelle d'impact.

Ce qui me semble peu, dans l'absolu. Mais viril quand j'y repense...

Anyway : que ça m'apprenne un truc.

Et que les gens qui frappent me voient (ou me ressentent) leur pardonner : c'est tenir compte et c'est délibérément accepter de dépasser. Les yeux dans les yeux [7]. Peut-être est-ce la vraie force.

D'ailleurs, j'ai moi aussi motif à demander pardon.

(Ça tombe bien.)

Be seeing you.

__


Mmh, claque en anglais, c'est slap, qui désigne aussi une façon de jouer de la basse. Chez Marcus Miller, par exemple :



[1] Ce genre de formule rappelle, en analyse des systèmes, : 1. les scorings de situation (évaluations, « photographies »), 2. les mesures de points de bascule (seuils, passages de caps, clivages et paroxysmes, acmes, melting points), 3.. les inéquations sociales mesurant les rapports de force (sociométrie dynamique) comme celle de David Gleicher.

[2] Vous cliquez là ? Voyeurs ;)

[3] À vrai dire, tout parle ici de la découverte – chez le sujet (1970) – d'une intimité (contiguïté) entre ses sphères psychique, sociale et physique (étroit coefficient de corrélation entre indices de stress et développements somatiques ; voir en complément les indispensables travaux de Taibi Kahler, qui montrent – sur un campus – le lien évident entre développement de maladies psychosomatiques et apprentissage contraignant, stressant, pauvre en strokes, calibré pour complètement différer des besoins psychosociaux fondamentaux des personnes empathiques, généralement présentes à 30 % dans les sociétés occidentales). Retournons à Holmes et Rahe : il faut bien sûr consulter (1967) la Social readjustment rating scale (SRRS) ou fameuse Échelle du stress (cf. théma). Échelle citée par les frères Linn – Voir ceci. Et, pour le contenu de ladite Échelle, ce document : pdf.

[4] Duele, comme l'a un jour dit – en guise de constat ardent – Ejo Takata à son disciple Jodo, écrasé par la perte d'un enfant. Douleur, réalité ultime : on ressent, on est. C'est .

[5] Relire Antonio Damasio et ses travaux sur l'énigmatique Eliott. Et, plus généralement, mettre à profit les riches apports des tenants d'un nouveau paradigme pour comprendre l'âme et le corps. Que relie entre eux l'étonnant inconscient (psychique, métabolique, endocrinal, nerveux : ce qui est la même chose puisque nous avons un corps, qui éprouve, stocke, réagit, attribue – évidemment).

[6] Revoir les Positions de vie d'Eric Berne.

[7] Vu à la TV : les militaires français qui entraînent les reporters de guerre leur enseignent, s'ils ont un fusil déterminé sur la nuque, à encourager leur bourreau – au dernier moment – à les regarder dans les yeux. La proportion d'assassinats diminue.

[ Vous pouvez passer le test Rahe-Holmes en ligne | Rahe-Holmes, le point de vue de Judith A. Scully trente ans après | la défection, concept-pilier de la théorie des jeux | autre sujet – pour ce qui est de la protection de reporters, une autre technique consiste à se (ou à les) protéger des balles qui sifflent, derrière l'épaisseur de l'équivalent d'un tronc d'arbre ou d'un sac de sable (jamais d'un mur), de laisser en outre les robinets, les boîtes de conserves ou les portes de placard (souvent piégés) | Puisque nous parlons d'efficience dans l'adversité, et que ce thème intéresse la théorie des jeux, saviez-vous que les Templiers tiraient l'épée si et seulement s'ils recevaient une blessure ? ou... deux, lorsqu'il s'agissait d'adversaires issus de la chrétienté ? Autant dire, si c'est vrai, qu'ils pratiquaient une non-violence radicale, voire un sacrifice systématique (on le sait, dans le christianisme, le sang du juste est transformatoire et d'emblée vainqueur) | ici ou bien dans le forum dédié ]


 Amour, foi, risque et vieTue 7 Apr 2009
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À Nadia


La Guérison des souvenirs est un ouvrage lumineux. Les auteurs : Dennis et Matthew Linn [1], théologiens américains spécialistes de la relation d'aide [2]. De cet ouvrage, je peux dire mille choses.

Je peux dire qu'à chaque fois que je traverse une épreuve majeure, comme il y a dix ans pile - et comme maintenant -, ce bouquin m'aide à grandir. Sa vision du monde, de l'identité humaine, du rapport à Dieu et aux autres est riche et trempée de pragmatisme.

Il y a dans ce livre une sagesse. Quelque chose qui communique un état, des connaissances, une foi revigorée, normalisée, adulte et pleine.

Une envie.

Un carnet près de ma table de nuit me permet, depuis des années, de noter des idées, des avancées, des choses personnelles. Et hier, comme rarement, j'ai rempli ce carnet. De choses que j'ai comprises. Sur les protections psychologiques, sur le fait d'assumer, de vivre avec des risques, de travailler pleinement, de localiser les idoles [3] qui remplissent un vide.

Un vide en moi.

Charles, bien souvent, parle d'une relation spirituelle dès le début cassée. Dès la conception. Il y a un manque existentiel bien antérieur [4] aux bains intra-utérins pourtant remplis de doute, à la naissance qui morcèle, au sevrage du sein qui isole. Un besoin encore plus radical, plus ancré, de trouver du réconfort, de la mise en mouvement, du soutien, de l'acceptation de soi. Du sens.

C'est inné.

Ouais...

Et les idoles sont de faux dieux : ce sont des béquilles, qui aident à tromper la peur et à déléguer à d'autres autorités - réelles ou fictives - ce qui normalement nous revient : aimer et travailler, pour paraphraser Freud. Surtout, nous assumer. Vivre par et pour nous. Et avancer. Et aimer en vrai. C'est là le propre de la vraie liberté de jouir, d'être un être autonome, pourrait dire Romey. Autonome, inter-relié (façon Gandhi), conscient, donc adulte et aimant.

Sûr.

Merci à Nadia, hier, pour sa fine intelligence. Et son partage d'expérience, sa tolérance, sa gentillesse gratuite.

Cette nana a tout compris de tout.

Merci à l'Esquinade aussi, pour l'accueil fréquent de mes joies, de mes peines.

Merci enfin à Celui qui donne, soutient, anime et est la vie : Esaïe 40 : 25-31 m'a fait grand bien [5].

Je termine en vous souhaitant de belles et bonnes journées à venir. La parole est à Dennis et Matt Linn (op. cit.), signalant un passage du Ne crains pas de l'humaniste chrétien Jean Vanier :

« J'ai appris plus sur l'Évangile, avec les handicapés, les écrasés et les blessés par la société, qu'avec les sages et les bien-pensants. Par leur croissance, leur capacité à accepter et leur modestie, les personnes blessées m'ont appris à accepter mes faiblesses sans prétendre être fort ou capable. Les handicapés m'ont montré combien je suis handicapé, combien tous nous sommes handicapés. Ils m'ont rappelé que nous sommes tous faibles et destinés à mourir et que ces réalités sont celles qui nous effraient le plus [...]. On dit à un alcoolique qu'il faut arrêter de boire, que c'est mauvais pour sa santé. Mais il n'a pas besoin qu'on le lui dise : il a vomi toute la journée. Il n'a pas besoin qu'on vienne lui apprendre la loi, il la connaît. Ce qu'il veut, c'est trouver quelqu'un qui lui donne la force et le goût de vivre. Ce n'est pas parce que vous dites à quelqu'un qu'il ne faut pas voler qu'il ne le fera pas. Ce dont il a besoin c'est de pouvoir s'appuyer sur quelqu'un qui lui insuffle la vie et le courage, qui lui apporte l'amour et la paix. »

__


[1] Ces deux frères de sang sont jésuites de formation. Matthew l'est toujours. Dennis, lui, a épousé Sheila. Tous pratiquent un christianisme de terrain (sûrement le seul valable) : ils font des conférences, pratiquent l'entraide, le partage et l'amour. Leurs ateliers se centrent sur le pardon : tout, chez eux, est intense, modeste et réel. Leurs pas - compatissants et fermes - les ont, entre autres, conduits jusqu'en Hongrie, 2e pays au monde pour le suicide. Ils sont connus aussi pour leur travail auprès des personnes divorcées, souvent en fort besoin de guérison intérieure.

[2] Voir aussi le grand Jean Monbourquette.

[3] Idoles : images, projections, reflets, fantasmes. Ce sont des rituels, des passe-temps, des croyances investies, des forces (augmentées de l'habitude) que l'on nourrit dans l'espoir d'obtenir soutien, réconfort, épanouissement (cf. bénéfices secondaires). Or, à l'arrivée, la livraison de l'idole, c'est la torsion de la vue, la fainéantise, la duperie, la fatigue, la répétition morbide. On se trompe soi-même. L'idole est le fruit du péché, ce manque-à-vivre qui en appelle à quelque chose qui nous surpasse, nous nourrit (confort, sensations, énergie), nous protège... en apparence. L'idole est une représentation, une coquille qu'on remplit d'attentes et de projections multiples. Il faut relire les récits de voyage de l'orientaliste Alexandra David-Néel. La grande aventurière explique comment certains peuples chargent une statue vide (idole, ici orientale) : ils la préparent, la chérissent, lui adressent des demandes, lui remettent leur confiance (foi). Ainsi l'objet recueille-t-il les énergies psychiques de tous et se remplit-il magiquement (spirituellement), pour venir rayonner et influer sur le quotidien de ses adorateurs. Voir théma Égregore. Voir les dangers de l'infantilisme spirituel (fascination, sujétion, dévoiement, perte du sens de la vie, tourmente intérieure, utilisation de la fine pointe de l'âme pour une orientation voilée, impasse énergétique absolue).

[4] Et tant pis pour Jacques Lacan. La perte du paradis, de l'unité, de la fusion placide avec un Tout s'envisagent ici avant même la formation du fœtus. Ce qui, au passage, s'accorde assez bien avec l'idée de Françoise Dolto que le fait humain (sa condition) s'enracine à l'avance dans l'inconscient des parents, qui rêvent d'un enfant et déjà l'engendrent symboliquement, lui faisant une peau et des viscères toutes d'inconscient tissées, pétries (l'enfant naît et croît déjà dans le cœur des parents, pourrait-elle dire). Idée proche de celle de l'Adam biblique : avant même que je sois, la trace d'Adam (le fait humain par excellence), cette marque venait déjà me remplir de sens (signifiants parentaux, croyances, attentes inconscientes, culture humaine)... et de vide. Le vide ? Le lien cassé, dont j'hérite en même temps : je suis - dès la matrice - marqué du sceau de la perte. Spirituellement envieux... mais paumé. Ma vie me sert à (re)trouver le chemin. Et à l'arpenter dans la grâce. L'esprit d'aventure. La confiance. La liberté. La réconciliation. La complétude. L'erreur. Le mouvement. Le risque.

[5] Voir, en ligne, un morceau d'Esaïe, version Bible Bayard. Bayard ? Une magnifique traduction, quoiqu'intégrant des livres traditionnels secondaires (compilation hellénistique puis catholique), dès le début extérieurs à la Bible - Cf. apocryphes.  Read More


 Un contenu hautement émotionnel - 2e partieMon 3 Dec 2007
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Les réprimandes-minute sont un fiable outil de recadrage. Tout aussi efficient que les félicitations-minute, du même Kenneth Blanchard. Savoir réprimander est un art, que je vous brosse ici. La condition absolue étant de discerner s'il s'agit d'une faute ou d'une erreur. Il faut pour ça s'entretenir avec la personne. S'il s'agit d'une erreur, je vous renvoie au bel épisode de Thomas Edison.

La faute ? Là, ça diffère. Il faut la sanctionner comme prévu dans le contrat de travail ou dans le réglement intérieur. Mais avant ça, je recommande une mise au clair, au calme. Sinon, gare au tableau masochiste (décompensation morbide), gare à la triangulation Bourreau-Victime-Sauveur (Steve Karpman), gare à ce que Taibi Kahler décrit par ailleurs comme un scénario d'échec (voir notamment ce que donnent les profils Rebelle ou Persévérant s'ils se sentent acculés [1], soit potentiellement 20 et 10 % de la population).

Il faut réprimander selon quelques principes forts (cf. discernement). Et puis tendre la main en fin d'entretien, c'est déterminant. Trop de managers réprimandent sous le coup de la colère, en explosant. Ou alors froidement, méticuleusement (et intellectuellement), alors qu'il faut considérer la réprimande comme un contenu hautement émotionnel. Donc explosif, donc porteur de « sorties de route » définitives. Gare.

Gare aux Prud'hommes, gare aux croisades, gare à la culpabilité (la pire boule au ventre qui soit), gare à la démotivation des gens qui désapprouvent : nombreux sont ceux qui réclament une éthique serrée et finalement vous vouent aux gémonies parce que leurs amis « souffrent ».

C'est là qu'un manager doit avoir confiance en lui et en sa hiérarchie. L'autorité est reine. L'expérience ? Indispensable : c'est le moment de travailler les réprimandes avec un coach, bien à l'avance. Un coach qui se fonde tant sur le profil du manager que du collaborateur à problème. Et de celui du boss au dessus (cf. désengagement possible ou mécanisme de protection intellectualisant ou - pire - démarche machiavélique [2] ou alors inconsciente du Sauveur qui débarque comme un chevalier blanc).

Reparlons de la faute : réprimander puis tendre la main. Sanctionner puis montrer (en vrai) qu'un retour est possible. Possible ? Mieux : souhaité, désiré, voulu.

Comme - et c'est là que je veux en venir - le père du fils prodigue.

L'erreur est humaine. La faute aussi... Récupérer un fautif, c'est possible, je veux parler d'un fautif repenti.

Provoquer une repentance, c'est du management de haut vol. Puis, volontairement, prendre la personne en flagrant délit de réussite (pour renouer avec la vision lucide et bienveillante), c'est clairement une panacée.

Car celui à qui on pardonne (sous conditions de repentance, de contexte économique favorable et de profil psychologique sain), celui-là, il sait se montrer reconnaissant. Et donc dévoué. Un créancier avait deux débiteurs, expliquait Jésus : l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus ? Simon répondit : Celui, je pense, auquel il a le plus remis.

Ouais.

Be seeing you.
__

[1] Lire Derrière chaque masque, une colère du très pédagogue Jérôme Lefeuvre [doc].

[2] Nicolas Machiavel (1469-1527) recommandait au prince de se servir de baronnets comme de fusibles, pour se maintenir. En contexte tendu, c'est comme en poker, si vous ne savez pas qui - à votre table - est le pigeon, c'est que... c'est vous.

[ La pire des armes, c'est le mépris (privation volontaire de strokes), cf. ostracisme | sur le discernement, relire le P'tit D | attention aux chefs qui sont dans la rationalisation ou le déni (Mais non, ça va ! Vous n'allez pas encore vous faire remarquer, Simone ?!) | les mécanismes de protection du Moi, gardiens de la représentation (réelle ou fictive) que l'on se fait de soi : forces de maintien, de cohésion, forces homéostatiques qui viennent en réaction d'un événement troublant, porteur de remise en question, de dislocation de l'image (rassurante et totalisante) que l'on se fait de soi | le psychisme, en proie à cette veille immunitaire, déplace la difficulté, fait « comme si » de manière instinctive, partielle, de courte visée : dans la hâte et malheureusement la cristallisation (inscription nerveuse durable) | principaux mécanismes de protection du Moi : refoulement (le souvenir aigu se dérobe à la mémoire et prend son assise dans une autre forme, immédiatement plus douce - quoique vrombissante, cf. Luc : Si eux se taisent, les pierres crieront), sublimation (la charge se coule dans des tendances « politiquement correctes », donc avouables), régression (retrait de l'investissement psychique dans des phases mieux connues en interne, plus archaïques - ex. boulimie), rationalisation (l'émotion revêt la brillance ou la froideur d'une spéculation rationnelle : elle semble perdre sa charge), projection (attribuer la gêne à d'autres personnes), identification (un exemple allant de soi - faisant autorité -, se dresse en fétiche protecteur, ou catalyseur-neutralisateur des tensions), refuge dans l'action (fuite en avant) ou dans la prévision à outrance (perfectionnisme et prudence à l'excès), imprécations ou vocifération (les tensions trouvent une voie d'expression par le déversement de la bouche), humour (distance ironique, pour dédramatiser voire dévaloriser une brûlante occurrence), folie (le psychisme reconfigure ses grands appuis fonctionnels pour s'adapter au traumatisme, il se tord plutôt que de transformer le plomb en or) | les mécanismes de protection du Moi composent le style de chacun (cf. drivers ou scénarios), ils s'apparentent d'ailleurs - d'après Jacques Lacan - à des figures de style, à des tournures, à des structures formelles (rhétoriques) quasi autonomes, employées en lieu et place des contenus transformatoires (perçus comme menaçants) | les Formes (Gestalt) sont des systèmes vivants, réactifs et conditionnants, comme telles elles sont des symptômes, des grappes de vie indépendantes quoique reliées entre elles (des complexes) | pour Sigmund Freud, les menaces intrapsychiques viennent de la conversion des poussées vitales (érotiques et agressives) en contenus psychiques trop bruts pour être assumés en direct, pour Georges Romey, les menaces viennent essentiellement de mécanismes qui soit étouffent l'ambition d'être soi-même (expressions d'un Animus-chape de plomb), soit qui permettent trop de fulgurances personnelles et déstabilisent ainsi un pacte secret de non-agression, de non-dépassement de l'idéal qu'ont vérouillé sur nous les figures parentales (cf. injonctions paradoxales de Gregory Bateson ou conformation au regard parental), dans tous les cas l'isolement et l'inaction guettent : le fait d'être soi-même (expression de l'Anima authentique, ou de l'Enfant spontané pour Eric Berne), bref être libre dans le rapport au présent (intense et plein), et aussi dans l'acceptation des risques possibles et de l'inéluctable mort, tout ce potentiel reste en simple amorce, séché sur pied - la vie devient visqueuse et rigide, l'étincelle blêmit dangereusement ]


 Pardonne-nous nos offensesSun 28 Nov 2004
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Faut-il pardonner les mesquineries de son collègue de la compta ? Dans sa livraison du mois de novembre - entre autres consacrée à la postmodernité -, la pertinente revue Sciences humaines nous donne le bon Dieu sans confession. Après le kaizen post-bouddhique et le taoïsme du Petit Fabriquant de laque (ici et ), c'est du côté de Dieu, version abrahamique, que se tourne Absara. Qui pardonne quoi et au nom de quoi ? C'est tout l'enjeu de ce début de XXIe siècle, qui débute... Dieu sait comment.

Sommes-nous tous capables de pardon ? se demande la journaliste Hélène Vaillé. Réponse - qui n'est pas parole d'Evangile - dans une étude de Mark M. Leach et Russel Lark, chercheurs en psychologie à l'université du Mississipi du Sud. Does Spirituality add to personality in the study of trait forgiveness?, étude parue chez l'éditeur scientifique Elsevier, explore cette dimension humaine, dixit la journaliste, qui emprunte en grande partie aux théories de la personnalité. Cet engouement pour le pardon, comme objet d'étude [ndlr - et comme thérapeutique] serait tout récent, d'après Hélène Vaillé. On a pu lire ici et là, poursuit-elle, que les personnes de nature conciliante et extravertie sont généralement plus disposées au pardon que les personnes qualifiées de tourmentées. Traduction : difficile d'atteindre la voûte céleste avec la névrosée du marketing. Révélation : ce sont les personnes empathiques (Taibi Kahler doit rôder par là...) et qui, de surcroît, gèrent le mieux leurs émotions négatives... qui pardonnent le mieux.

Pour Mark M. Leach et Russel Lark, le pardon à soi-même et le pardon à autrui sont complètement distincts : leurs résultats, explique Hélène Vaillé, montrent que les personnes d'obédience catholique témoignent [...] d'une plus grande indulgence à l'égard des autres qu'envers eux-mêmes. Les traces culturelles d'une valorisation du mélange charité/culpabilité ? Mais puisqu'il vaut mieux s'adresser à Dieu qu'à ses serviteurs, revenons-en aux chercheurs d'outre-Atlantique. Pourquoi se sont-ils cantonnés au catholicisme ? Hélène Vaillé - Dieu merci plus alerte ! - mentionne que les résultats différeraient certainement selon les populations. A quoi l'on peut rajouter : selon les individus, aussi. La foi est affaire d'individus. La religion, elle, est un fait collectif.

Quelle foi accorder à cette étude ?


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[ Maison des sciences de l'homme (MSH), référence en matière de ressources en sciences humaines et sociales | l'hilarant Caméra café | pardon chrétien | théologie chrétienne, abordant le pardon | panorama des religions | Voir l'article consacré à la foi dans l'indispensable La Philosophie de A à Z chez Hatier ]  Read More