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 Maturation accélérée - 17e partieTue 29 Jan 2008
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« Je ne bâtis que pierres vives, ce sont hommes. »

Rabelais, Lettre de Gargantua à Pantagruel

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Un sacré changement. Voilà ce qui caractérise le tissu des réseaux. Pour faire un intéressant coup de loupe sur la Ville rose, il faut remonter à 2000. À l'époque, L'Express (n° 2580) voit dans la dynamique réticulée (oui, madame) un mouvement historique et cassoulet-flon flon. C'est cocasse : les formations de l'époque semblent porter le blazer industriel, l'équerre et le compas et presque la panoplie monocle et favoris.

Allons-y : clubs de grands comptes, militantisme politico-syndicaliste, mutuelles, écoles d'aéronautique, Lagardère ou Matra, Rotary.

C'est il y a seulement 8 ans.

Et qu'est-ce qui a pu changer ? Tout. Les réseaux actuels sortent au grand jour. Et communiquent. Pétris de nécessité (incertitude économique, besoin de qualifier des comme-soi, carrières, chômage massif) : les réseaux sont à présent 132. Grosse nouveauté : à tous les échelons, ils comportent des entrepreneurs, véritable maillon, catégorie socioprofessionnelle à eux seuls (services, hi-tech, etc.). En progression, qui plus est.

Pour les 30-40 ans, la vie de réseau est une deuxième nature. J'ai été abasourdi par la folie parisienne, en live : des meutes mal qualifiées de gens disjonctés. Un grand... pfff, un grand ch'ais pas quoi. L'avènement des réseaux sociaux du Net (Viaduc-Viadeo puis maintenant Facebook) a fait miroiter l'illusion d'une prospection à peu de frais. La fièvre meet-up est à son quasi paroxysme.

De sorte que cette fin de décennie croit dur comme fer que le meilleur moyen de prospecter, c'est d'avaler des petits fours en bredouillant un elevator pitch hasardeux (dans lequel tout le monde est consultant-bien-sûr), tout en fouillant pour retrouver ces foutues cartes de visite.

Mes coups de chapeau vont à ceux qui ont inventé quelque chose (il y en a 5 ou 10 %, gros ou petits - la bonne nouvelle, c'est qu'il y a désormais le choix et les modes relationnels sont plus simples).

Le réseau 2008 ? Un levier, paraît-il, pour rencontrer ses futurs clients, ou futurs associés (pour monter des offres plus pénétrantes), ou futurs clients issus de la sphère de vos futurs contacts.

Poudre aux yeux. Beaucoup, je dis bien beaucoup, désenchantent. Un principe de réalité commence à poindre.

Car le réseau, il vient juste amplifier une compétence, une offre ciblée, un choix stratégique aiguisé, modélisé, pensé, vécu. Il ne profitent qu'à ceux qui sont déjà en situation d'offre (pas en demande, fut-elle masquée en offre).

Penser qu'on y fait son marché ou que les clients affluent est une terrible perte de temps. Grincements de dents.

Le réseau, c'est simplement un moyen de ciseler ses produits, de travailler sa clarté, son extraversion, de veiller sur ce qui se fait. Et surtout de muscler son discernement stratégico-personnel : pas çui-là, pas celle-là, nan.

Le réseau ? Un moteur. À vous d'apporter l'essence.

2008 fera le tri. Certains des grands animateurs locaux vont s'attacher à une entreprise fixe, externe, alors s'éboulera le noyau motivationnel des équipes. Passages de relai crissants.

Les entreprises ? Beaucoup sont opportunistes. Peu surfent sur le gagnant-gagnant associatif. Relégué au statut de mythe pré-romantique...

2008, fin d'une époque. Et début d'un vrai boulot de fond. Probablement plus imaginatif, plus sincère, plus mobilisant que ce qui s'est fait ces cinq dernières années.

Beaucoup de choses à venir. Nous, nous nous mettons à la disposition de tous. Par goût. Et puis toutes les attentes sont dans la nature. Et tout a un sens sitôt qu'il y a du cœur, de la tripe, de la tête et des jambes. La vie, c'est ça. Perspectives ? Encore un an ou deux et il y aura plusieurs centaines de petites cellules de moins de 10 individus (niches bien vérouillées, voire friables), ou - à l'inverse - quelques nouveaux poids-lourds (ou poids-lours régénérés), agrégeant des entreprises membres de 5 ou 6 réseaux à la fois. Pff. Concentration à venir ?

Métamorphose, à coup sûr.

Et Toulrezo.biz aide à y voir clair : le ou les événements qui vous attendent chaque jour sont un signe de ce Big Bang qui vient, qui enfle et qui veut perdurer.

Le lien aux entreprises se fera par la nouveauté, le pragmatisme, le ciblage et la magie des sensations. La qualité des prestations. Et le management : l'animation.

God bless.


 Saurez-vous protéger Rome ? - 8e partieSun 30 Dec 2007
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Ah, Rome. Rome la Belle. Tu rayonnes comme une maîtresse et les peuples te convoitent. Ta naissance ? Huit siècles avant notre ère. Tu inaugures ensuite l'ère de Jésus-Christ, puis te partages le monde méditerranéen au bout de quatre siècles (pars occidentalis et orientalis, 395). Puissante. Au sixième siècle, tu t'effondres, sous les coups de boutoir de nomades pourtant épris de toi. Rome la sédentaire, Rome la bien faite. Voilà le paradoxe de ta passion : passionnée, tu es passionnante. Tu portes un feu dans ton essence. Ce feu te dévore et maintenant te mange. Viennent les siècles et leur patine. Et leurs cendres.

Mais basta nostalgie.

Voici un article dont vous êtes le héros : il s'agit de stratégie. Voilà votre challenge, ok ?

La stratégie se passe en entreprise comme sur le champ de bataille ou à la tête d'un empire. C'est la vision passée, actuelle et à venir [*] des rapports de force qui vous sont d'emblée favorables. Le gros de la stratégie ? Ce qu'il faut faire, où et quand (et avec qui), pour prendre et surtout conserver la main. Puis imposer son empreinte, son style, sa façon de vivre et ses valeurs. C'est de la politique. Vous situez ? Alors je vous pose la question. Nous sommes entre les quatrième et sixième siècles de notre ère : saurez-vous protéger Rome ? et la sauver ?

Vraiment ?

Donnons la parole à l'historien Paul Veyne, auteur de Quand notre monde est devenu chrétien. Le Point d'août dernier (n° 1822) l'interroge.

La chute de l'Empire romain n'est nullement due à une décadence, qui n'a jamais existé ! prévient Veyne. Si relâchement il y a, c'est très, très tardivement : au Ve siècle. La civilisation romaine affiche alors trois symptômes : 1. le remplacement des tuiles par des toits de chaume, 2. le disparition de la monnaie (outil économique et politique), 3. l'évanouissement du tour de potier, véritable moyeu civilisationnel. Il est évident que les Grandes Invasions ont étouffé l'Empire. Pour autant, précise Veyne, le IVe siècle - juste avant - voit un socle romain plus fort que jamais, grâce aux réformateurs Dioclétien puis Constantin (dévouement à l'Empire, leadership militaire et relance d'un sentiment d'appartenance par le christianisme). Que dire ? L'armée compte des centaines de milliers d'hommes, l'administration fonctionne bien, on frappe toutes sortes de monnayages. Que s'est-il passé alors ? Un accident, déplore l'historien. Excatement comme un vase qui tombe d'une cheminée.

Il faut évidemment revoir l'histoire des seuils de bascule (paroxysmes, acmés - théma Changement).




Fig. 1 - « La menace est plus forte que l'attaque »
(Aaron Nimzowitsch, champion d'échecs)



La cheminée, le vase qui tombe. Il y a là trois raisons qui brouillent le système. Et le déstabilisent (entropie).

1. L'Empire a en son centre un gros trou, la mer Méditerranée, ce qui a pour conséquence d'étirer considérablement ses frontières, donc ses longs tissus poreux, et - j'ajoute - de rallonger les trajectoires sur le bord du trou, ou d'affronter la mer au milieu, bref de perdre du temps pour défendre ou ravitailler. Et l'armée du Sud prête main forte au Nord s'il y a une attaque : c'est déshabiller Paul pour habiller Pierre. Vulnérabilité et lenteur. Pour ce qui est de la lenteur, renchérit Veyne, la machinerie romaine s'y connaît (intendance, logistique, transport des vivres). Elle vit mal les escarmouches permanentes. C'est le point 2. : comme une chasse au lièvre avec de trop lourdes bottes, l'armée est puissante mais visqueuse. Les Barbares ? Fluides, motivés, usants. Enfin, termine l'historien, le gros de la soldatesque se focalise sur l'empereur, au détriment des provinces. 3. Défendre le chef en permanence, voilà un trait statique et morbide : comme dans une partie d'échecs en repli, où on mobilise toutes ses ressources contre le mat. L'armée défend l'empereur plus que l'Empire. Une grosse erreur.

Allez, j'arrête ici. Connaissez-vous des cas actuels où, comme dans un échiquier, le centre est impraticable, les ailes trop longues, trop coûteuses en hommes et vulnérables ? où, enfin, tout est groupé autour du roi, bref où le gros des troupes est lent, handicapé, mal placé ?




Fig. 2 & 3 - L'Empire, un territoire compliqué | Les Invasions dites barbares (cliquer pour agrandir)



Et pour Rome, avec ce que vous savez maintenant, que feriez-vous ?

Hm ?
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[*] Le passé éclaire le présent. En ça, il inspire les traits de sagesse et les idées. Le présent ? Un pragmatisme, un engagement nerveux, une attention. Un discernement immédiat. Quant au futur, c'est une projection déductive, comme un aval qui se déroule à partir d'une actualité, d'un bilan in vivo (audit).

[ Image (c) Lorrainemd @ Flickr.com | il y a un facteur motivationnel rarement soulevé : les Barbares fédérés (alliés de Rome) vont se battre à l'autre bout de l'Empire, forcément loin de leurs foyers - c'est démotivant au possible | Rome est un épicentre et un symbole, interdiction de voir la cité tomber : c'est pour ça que l'élite militaire la protège | le déclin de l'empire romain d'Occident vu par Wikipedia | côté tactique, relire Sun Tzu, génie chinois des VIe et Ve siècles avant notre ère | les cartes géo-historiques d'Alain Houot | Rome est devenue - à tort ou à raison - l'archétype du système qui mûrit, enfle et meurt, puis se produit la perte d'un paradis, d'un idéal social ou spirituel (naïvement théorique ou exalté), vient ensuite un chaos | tout mythe produit une tension, une dépense sacrificielle (d'énergie ou bien d'un être ou d'un état mental), vient ensuite un ordre plus évolué, davantage conscient des tours multiples que prend la complexité (impermanence existentielle et - par contraste - éternité des essences) : c'est là le propre de la métamorphose, et de la spiritualité (dévoilement d'un principe essentiel) ]  Read More