Mon père. C'est maintenant à lui que je songe. Et pourquoi ? Je suis assis, là, je rembobine et me revois marchant tout à l'heure en train de penser à lui. Et à ce que j'aime chez lui. Un rapport avec le leadership ? Oui et non. Une grappe de choses [1] survient au sujet de mon père. Ce sont ses qualités qui me viennent facilement. (Pour le leadership, on voit après.)
Ses qualités. (Oui.) Je hiérarchise tout ça, je fais des blocs. Et me dis : Qu'est-ce que j'aime le plus chez mon père ? C'est évident, ce sont ses qualités morales. Le primat ? Je le mets, j'admets, sur des choses qui touchent au caractère, à l'attitude, à l'éthique des gens (placement de soi dans le monde [2] et comportement). Et mon père, il a ça : il est fidèle, dévoué, confiant. Il est intelligent et il est là. Il connaît sa place : il sait ce qu'il a à faire. Il y a là un lien avec la sagesse et avec la connaissance de soi : pourquoi je suis là. Pourquoi je persévère aussi. En quoi j'ai confiance [3].
Ensuite ? Ensuite il y a les qualités émotionnelles. C'est-à-dire l'empathie, la finesse, la compréhension de l'autre, la capacité à rire avec autrui quand il rit ou à pleurer quand il souffre. Ma mère, par exemple, avait ça.
Je termine. Les qualités intellectuelles. C'est savoir bien y voir. C'est savoir cerner : savoir ce qui relève du détail (verticalité) ou - au contraire - du régime général, du système, de la grande mécanique, du vaste tissu des choses (horizontalité). Savoir switcher de l'un à l'autre [4] : détails ou bien globalité mobile (articulations).
Un, la morale. Voilà mon palmarès. Deux, la gentillesse [5]. Trois, le discernement intellectuel : la bonne focale, la juste appréciation des interconnexions, des répercussions, des lois de cause à effet. J'ajoute, si possible dans le temps (cf. scénarisations, comme en stratégie).
Est-ce que je vais loin en disant qu'un bon leader (fût-il - regardez - économique, émotionnel ou organisationnel), eh bien qu'un bon leader il a tout ça ? et dans cet ordre là ?
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[1] La grappe, c'est - à mes yeux - l'une des jolies trouvailles de la psychologie des profondeurs d'expression francophone. Vous savez ? Gilbert Durand ou Georges Romey. La grappe est, pour l'esprit humain, le mot qui désigne les bouquets de neurones qui s'agrègent autour d'une idée.
[2] Il y a toute une théma sur l'éthique... des affaires - look.
[4] Façon Blaise Pascal (esprits de finesse et de géométrie), Edgar Morin, Joël de Rosnay ou encore Edward De Bono. Mettre à profit les choses sur le cerveau.
[5] Me revient une expression du dessinateur Paul Renaud - Finesse (considération, diplomatie, prévenance) : capacité à ménager les susceptibilités.
[ Au sujet de la morale du leader, je vous mets le lien de Voiture-réalité (conversation) | photo, le travail sublime de Jon Madison | rouh, que c'est compliqué de taper avec un MacBook - Un avis là dessus ? ]
Trois. Et même s'il y a des milliards de façons de décider, il y a peut-être trois fulgurances - trois chemins mentaux vifs - qui permettent de le faire proprement. C'est-à-dire de résoudre des choses.
Alors, on le sait, la décision, c'est le domaine du stratège, qui pense, imagine, constate, ressent et voit dans un contexte tendu. Et finalise son être (avec des priorités tout de même) vers un succès. Vers un mieux. Vers une position haute, ou solide. Tout ça au sein d'une creuset bouillonnant de rapports de force.
Gros boulot.
Edward de Bono, grand psychologue actuel, concret, consultant pour des organisation internationales, indique à quel point nous réfléchissons généralement mal (cf. éducation, institutions, conformations sociales, etc.). Son Réfléchir vite et bien décrit avec clarté comment fabriquer des solutions. Actions réalistes qui produisent du fruit [1]. Actions qui dépassent de loin la stérile Tragédie des communs. Actions utiles.
C'est simple et créatif. De Bono décroche encore une palme.
Décider ou se décider doit convoquer des forces (des capacités) et non les disjoindre, les mettre dos à dos, les faire entrer en dialectique [2]. Il est évident que chacun voit les choses différemment, avec son filtre à lui (son style, ses préférences). Comprendre que le malentendu est inhérent à tout ce qui anime un groupe est le point de départ, la base (cf. Conflits - Comment les résoudre, du même auteur). Alterner les points de vue, passer méthodologiquement par les différentes couleurs de l'arc en ciel, permet justement d'avoir un spectre complet, qui économise de l'argent, du temps, des procédures, et permet au leader d'avoir un arc décisionnel pratique et fiable (en même temps qu'il permet aux uns et aux autres de recevoir les feedbacks au travail, feedbacks psychologiques dont ils ont besoin).
Laissons le grand de Bono. Laissons un peu ça. Et reprenons du champ : je vous ai parlé de trois méthodes en gros, les voici.
La première est compliquée. Elle liste des éléments, les fait dialoguer entre eux, elle pèse le pour et le contre. Elle est rationnelle (ex. : choisir une voiture d'entreprise). Son intérêt ? Majeur pour des situations simples, où se combinent des valeurs en nombre limité, faciles à identifier (prix, look, performances, utilité, impact sur l'environnement, etc.). Outil emblématique : la liste-papier avec les plus et les moins. Un bilan (une addition, par exemple avec des coefficients) permet alors de trancher.
La seconde méthode est complexe. Elle marie beaucoup d'éléments qui, de plus, changent au fil des journées (tout peut fluctuer). Question possible : le choix d'un associé. Il y a tellement de choses à considérer chez Paul et chez Rémi (ambition, moralité, compétences, gentillesse, disponibilité, etc.), ces choses sont tellement fluctuantes et interactives (la situation de son fils rend parfois Paul taciturne), qu'il vaut mieux - dans l'appareil cérébral - écouter son propre hémisphère droit. Vous savez ? Celui qui voit les choses en général et dégage une impression (une intuition). Ici, la liste-papier devient vite un chantier. Soit vous la transformez en mind map, interactive et colorée, soit vous prenez le temps d'écouter les rapports de synthèse que vous fait votre cerveau droit (je trouve et ensuite je cherche). Outils recommandés : la discussion avec un proche, la méditation, le rêve nocturne, les loisirs décalés, qui amènent leur lot de digestion personnelle, d'écoute de soi, d'écoute des autres.
Il y a un troisième chemin. C'est le questionnement mental des facettes (des dynamiques) qui composent notre personnalité. Comme elles ont toutes une façon de voir le monde, et que tous ces styles ont une utilité (ce sont des ressources), chacune peut (doit) avoir voix au chapitre. À la suite de Taibi Kahler, ce père de la PCM, renforcé dans son modèle par les travaux de la Nasa, eh bien le psychologue français Gérard Collignon propose, en cas de questionnement aigu (ou qui dérange), de faire un « tour du propriétaire ». Dans une vidéo datant de 2000, Collignon recommande d'interroger à tour de rôle (dans sa tête) les six grandes tendances que nous avons tous en nous. La première statistiquement (pour une population occidentale) est celle qui fait la part belle aux sentiments, au bien-être avec les autres. C'est celle de l'Empathique. La seconde, par ordre d'importance, répond aux besoins du Travaillomane, qui recherche les faits, la maîtrise des objectifs et du temps. Il est rationnel. La troisième, c'est une vivacité, un amusement, une interactivité joueuse avec les autres : bienvenue au Rebelle. Quatrièmement, accueillons le Persévérant et ses impératifs de fiabilité, de conviction, d'engagement personnel, d'opinion, de morale. La cinquième tendance nécessite du calme, de l'introspection, de la recherche intérieure féconde et calme (imagination), en même temps qu'une date-butoir pour livrer enfin ce ressenti des profondeurs, nous avons là le Rêveur. Puis, pour terminer, place au Promoteur, qui recherche l'action, la séduction, le rapport de force, le défi changeant, le pragmatisme et cette piquante électricité qui fait ressentir la trépidante course de la vie.
Nous avons là un canevas riche. Avant de prendre une décision importante, je me demande :
| quel bien-être je peux envisager pour les autres et pour moi-même,
| quelles solutions concrètes (quels faits) peuvent venir se mettre en place au quotidien,
| quelle interactivité ludique je peux vivre avec mon environnement,
| quel type de conviction chez moi (et quel genre de fiabilité chez les autres) les choses peuvent garantir,
| quel contenu profond, quelles images peuvent découler,
| quels défis excitants telle ou telle option fait surgir.
Une impression, une force alimentée, une idée se fait jour. C'est quelque chose qui me ressemble : je peux y aller.
Je me sens bien.
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[1] Ou, plus prosaïquement, qui ramènent les chiffres-terrain vers la ligne d'objectifs désirée (cf. résolution de problèmes).
[2] Revoir ce qu'Edgar Morin dit de cette opposition systématique entre un oui (thèse) et un non (antithèse), pressentis pour accoucher d'un oui mais (synthèse), coûteux en énergie, en débats, en fâcheries, en temps. À la dialectique, il préfère évidemment l'approche dialogique, qui vérifie s'il y a des et (éléments de conjonction, de coexistence logique, de synergie). C'est le fameux : c'est compatible, qu'on constate tous les jours.
[ De Bono, le site | Balayage intérieur - Une autre approche peut, par exemple, convoquer les quatre Moi d'Alexandro Jodorowsky (ici), qu'en pensez-vous ? | penser, c'est se situer soi-même dans un contexte ; réfléchir, c'est produire des solutions - c'est très voisin puisque se penser soi-même c'est en même temps se situer (envisager la topographie de l'être, la géographie environnante), donc ressentir les contingences, les frustrations, les amorces de solutions voire impulser les stratégies complètes ; cf. arc réactif de Charles Baudouin (1893-1963), psychanalyste et physiologiste humaniste transversal, pionnier, remarquablement riche et facile à lire ]
Quelqu'un parlait de pansement, de soin. C'est ça, oui. « Soigner », « prendre soin de... ». (Le nom du bonhomme ? Il m'échappe.) Ce que je retiens - c'est bien ça -, c'est que penser participe de la même idée, de la même racine que panser. La pensée, c'est un soin pour soi, comme un pansement. Ça fait du bien. Partir d'un point de vue malade (ou boiteux ou partiel) pour rétablir et/ou mieux faire, bref coller à un idéal. Idéal (totalisation) de soi-même et de son propre ethos, façon personnelle d'être au monde. Façon d'avoir son style à soi. Style sain, accompli, plein (en termes de potentiel - car c'est bien ça la santé, un accomplissement du maximum possible, accomplissement doublé d'un sentiment de bien-être). Aller bien ; intéressant.
Ouais.
Ainsi, perception, processus mentaux (patterns ou schèmes), style et créativité personnels, bref tout ça viendrait d'un soin. Un entretien continu, un respect, une hygiène - de soi à soi, de soi aux autres. Une bienveillance, une écoute pénétrante.
Un mieux.
Penser, c'est se faire du bien. C'est mieux faire avec et dans le monde. Avec les autres (cf. Gandhi et son idéal d'interdépendance, de connectivité - le religare latin -, de partage et de communication vécus comme une finalité, comme un bonheur en soi).
Mais qu'est-ce que penser ? Le pré carré de René Descartes ? sa chose à lui ?
Pardon pour les cartésiens. Pardon pour trois choses - je vous dis ça. Premièrement, Descartes c'est un génie certes, mais un génie qui prend le parti quasi exclusif de la cogitation (du cerveau gauche, pour reprendre un terme de communication). Parti-pris du tout rationnel qui, par définition, élude tout le champ des possibles, tout le fécond dialogue avec la fulgurance intuitive, le ressenti saisissant, la percée, l'engagement nerveux dans son ensemble. Eh oui, choisir (opter pour X plutôt qu'Y), c'est éliminer. On sait désormais [1] que l'esprit, pour faire un travail optimal (assembler, trier, choisir - cf. cognition), bref qu'il nécessite un recours permanent aux ressentis [2], à cette partie que Descartes soupçonne de troubler l'entendement du sage, de l'autonome, du lucide. Troisièmement, penser que l'on est parce que, présentement, on pense à notre pensée (récursivité - forme de preuve), c'est très occidental : il suffit de consulter les Asiatiques, pour qui être est d'une intensité (métaphysique, artistique ou nerveuse) beaucoup plus tangible (beaucoup plus vraie, c'est-à-dire productrice d'effets) qu'une spéculation. Qu'un reflet, qu'un détachement de soi regardant... le soi (distanciation rationnelle). Troisième point, Descartes est un produit, une fierté nationale, une nécessité, un choix culturel (une restriction ?) venant de notre propre culture. Et l'ethnocentrisme à tout va, c'est encore un choix. Partant, une fermeture. Certains (Auguste Comte en tête) se drapent dans la rationalité à tout crin pour dévaloriser les modes traditionnels (naturels) d'appréciation du monde. En découle une arrogance et une fermeture à l'Anima des peuples.
Alors Descartes, pfff.
Descartes ou plutôt l'usage bestiassou qu'on en fait.
Fig. 1 - L'enfer des certitudes -
« The Magic Number », (c) Escapista @ Flickr.com
Allons à présent vers ce que notre siècle compte de novateur.
L'esprit respire. Animus et Anima s'autorisent de somptueux renforcements mutuels : collaborent masculin et féminin [3], rationalité et créativité, organisation de l'esprit et affectivité, volonté de changement du monde (goût de l'intervention, pôle actif) et réceptivité (retour à soi, observation du réel, pôle passif - ce qu'Eric Berne nomme le besoin de retrait).
Une ambition bat pavillon. Interrogeons les grands Edward de Bono (efficience humaine) et Alexandro Jodorowsky (psychothérapie).
Vous venez ?
De Bono met la pensée scolaire, raisonnable et bien pensante, au rebut. Secteur antiquités. Son Réfléchir vite et bien prévient que « Souvent une hypothèse ou une explication nous convainquent uniquement parce que nous ne pouvons pas en imaginer d'autres. Un exemple classique est celui de la théorie de Darwin sur l'évolution des espèces. Elle est plausible, rationnelle et meilleure que toute autre. Elle est également impossible à démontrer. [...] Une partie de la théorie de Darwin est une tautologie [affirmation prenant appui sur elle-même pour se justifier, nda] : Si un organisme survit, c'est qu'il devait survivre. [...] De manière générale, analyse de Bono, ce sont les théories scientifiques satisfaisantes pour l'esprit qui constituent les plus grands obstacles au progrès. [...] C'est l'hypothèse de départ qui détermine nos perceptions et le genre de preuves que nous cherchons. [...] Alors, que faire ? questionne de Bono. Il faut simplement changer de registre [...] pour nous donner une vision plus large [plus complète] du problème. [...] L'explication [au sens classique, étroit du terme] est un domaine où l'on se laisse facilement prendre au piège de l'acceptable. »
Ce déplacement des angles de pensée, cette façon de faire feu de tout bois, pour élargir le faisceau des associations neuronales, porte un nom : le pragmatisme. Ou le lateral thinking, approche qui considère le cartésianisme comme une simple façon - parmi mille autres - de résoudre les problèmes de la vie. Souvent, partir de biais, et revenir enrichi de stimulations, de ferments, d'altérité, de paradoxes, amène la matière qui enrichit le problème, la dimension qui élargit la fenêtre de considération du monde. Traiter quelque chose de dilaté, d'ample et d'inter-relié, soulève des tas de possibilités qui - croisées dans des associations de soins - fabriquent du mieux. Nous nageons dans la systémique : le monde est un tissu qui mérite concentration, créativité, implication de tout le cerveau. Les a prioris ? Des parti-pris [4]. Penser, c'est juste être. Fort, vite et partout. De manière... bizarre. À l'instar de la vie foisonnante. À l'instar du chasseur qui rampe et barrit pour attraper la vivacité du monde ou du gibier.
Mimétisme... Adaptation. Ambition. Abandon des certitudes : ouverture. Et concentration.
Seul compte un résultat. Le mérite va aux audacieux. J'ajoute : à l'écoute d'eux-mêmes, de la réactivité du monde, du tempérament de leurs collaborateurs.
Ce pragmatisme est une richesse. J'en reviens aux Asiatiques. Il y a ces approches du zen où bien souvent le disciple philosophe, raisonne, cogite et masturbe son intellect. Surgit la gifle du maître, qui le rappelle à la réalité tangible du monde. Ce qui nous entoure a une densité, un poids et des effets majeurs sur notre physiologie, nos gestes et nos vies. Le mental est une échappée gazeuse. Une illusion. Percevoir en direct (éprouver avec la totalité de ce qu'on est) est une façon d'être. Une vérité naturelle. Le reste est logos, langage, artifice.
Pôvre, je dis bien pôvre Descartes.
La parole est à Jodorowsky. Sa rose est une illustration que je trouve majeure. Retrouvez-la, je vous le conseille, dans Cabaret mystique - Histoires spirituelles.
Il y a cette histoire de petite fille.
Lui apprendre à penser. Voilà ce qu'elle demande à son père, et lui, sage, lui parle d'une rose. Cette rose, elle est belle :
| selon les goûts personnels de la petite fille (d'autres préfèrent le jasmin),
| selon son ressenti du moment (dans huit semaines, elle peut en préférer d'autres),
| avec ce qu'elle en perçoit et avec les limites anthropologiques de sa perception-compréhension (examinons la rose de plus près, on y verra des pucerons, sans parler de la vie microbienne - potentiellement hermétique),
| à un moment donné de la vie de la fleur, prise dans un grand tourbillon transformatoire (jeudi, elle évoluera vers des tons marron),
| par rapport à d'autres roses (il en existe des centaines de sortes, toutes similaires et forcément différentes, mieux : uniques).
La rose est elle belle dans l'absolu ? Réfléchis. Et observe, conseille le papa.
Tout est mouvement. Tout est passage et tout est vie.
Penser, c'est garder cette ronde à l'esprit. C'est s'appuyer sur le monde pour, en son sein, trouver (inventer ? combiner ? considérer ?) du mieux.
Penser, c'est vivre [5]. Penser, c'est bouger.
Excellent mois de juillet.
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[1] Cf. les angles du neurologue Antonio Damasio et, bien avant lui, de Blaise Pascal.
[2] Les traducteurs de l'anglophone Antonio Damasio rappellent à escient que feeling génère en français « affects », « émotions », « sentiments ». Ce terme-racine, fort pratique, est riche.
[3] La série d'expressions provient de Michèle Delcourt, graphologue experte (Historia - Thématique de mai-juin 2008, n° 113, sur Léonard de Vinci).
[4] Il y a ce discours du grand Jean-François Champollion (1790-1832), qui explique à ses pairs qu'ils ont eu tort. Pour eux, les hiéroglyphes égyptiens sont restés fermés parce que leur mode de pensée (ici, d'investigation) comportait un bridage. Ils présupposaient que le système d'écriture des Anciens codait un ensemble de sons OU un ensemble d'idées. La force de Champollion fut de s'en tenir aux faits vierges et bruts, de chercher, de recouper, de s'interroger et de découvrir que les dessins rendaient compte de sons ET d'idées.
[5] Se souvenir du grand Montaigne (1533-1592), pour qui penser allait de pair avec marcher ou monter à cheval.
[ Edward de Bono et son lateral thinking comme expression non plus de l'habitude, du frayage, mais de la vraie pensée, celle qui innove et traite à fond ]
Parlons de Bono. Non, ce n'est ni un bonobo ni le chanteur de U2 : Edward de Bono est un psychologue [*], mondialement connu pour ses casquettes. Vous savez ? Les Français, souvent, disent : J'enlève la casquette de comptable pour reprendre celle de père de famille. Le langage admet qu'on puisse passer d'un état mental (intellectuel ou émotionnel) à l'autre, d'une couleur à l'autre.
Les Six Thinking Hats sont un très bon outil. La casquette jaune est celle de l'optimiste. La noire ? Celle du critique un peu paranoïaque, la blanche celle de madame ou monsieur-chiffres (factuel, documenté, précis), la verte représente la pensée créative, gratuite et jaillisante, la rouge est un épanchement de ressentis, d'impressions, d'émotions personnelles politiquement correctes ou non, la bleue caractérise le/la méthodologue, qui indique calmement où on en est dans le Où et dans le Comment (caps, reste-à-faire). C'est l'ami Flemming Funch qui m'a parlé de cet intéressant modèle en 2003. Et je l'aime (le modèle et l'ami).
All right?
Ce modèle est puissant car il recoupe et dynamise les profilages pointus de Taibi Kahler (PCM), de Carl Jung (introversion, extraversion), de Georges Gurdjieff (Ennéagramme). Peut-être. Encore et surtout, il met en couleurs et en couvre-chefs (il fixe visuellement) des états que tout le monde connaît. Des états tout autant que des profils. Je peux avoir un tempérament de base, ok. La bonne nouvelle c'est que le modèle me permet, en groupe, de prendre une autre casquette - quelle qu'elle soit - et de faire des jeux de rôle intelligents. De changer d'optique. De faire circuler, de compléter la pensée. Ou le projet.
C'est là que je veux en venir. De Bono survolé, parlons de projet. Instinctivement, en entreprise, on a tendance à faire parler l'optimiste (généralement à l'origine d'une idée qui l'enthousiasme), puis on passe l'idée au crible du pragmatique, parfois condescendant, parfois respectueux. Souvent coupeur plus que chercheur du mieux possible.
Résultat ? L'idée perd en énergie. Si le management est correct (tout le monde se sent sûr de sa place), de même que le rapport à l'innovation, alors l'idée simple peut devenir service ou produit. L'abstrait peut devenir concret. Mais en plus faible.
Qu'est-ce à dire ? Bien sûr je me réjouis quand ça accouche. Et quand le ou les porteurs d'idée jouissent de voir le prototype ou le plan d'actions là, comme ça, en vrai. Evidemment. Pour autant, c'est rare. Et pourquoi, me direz-vous ? Mmh, management c'est sûr. Mais aussi méthode. Il vaut mieux, je crois, mettre un gars critique en amont de l'idée, le plus tôt possible. Et que Grincheux-Réaliste ait ce vrai rôle, qu'il puisse l'incarner dès la sortie du tuyau des méninges. Comme ça c'est fait (pendant ce temps, le porteur-amorce s'isole, ou alors vous le préservez, l'encouragez à passer au plan B). Un Chapeau blanc-factuel pur et dur (les chiffres, les spécifications, les chiffres, le terrain, les chiffres, seulement les chiffres) note alors comment entrer dans le réel. Puis, juste après, vous confiez la mise en enthousiasme de l'idée à sa maman ou son papa des débuts.
Là on peut bosser. L'énergie est toujours là. Le passage par les autres casquettes peut avoir lieu : le carburant motivationnel de départ jouit d'un potentiel quasi intact.
Les chapeaux ? Sûrement faut-il tous les passer (hop, hop) mais il y a un ordre à ça. Pour conserver la pêche.
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[*] De Bono rime avec pensée créative et lateral thinking (pensée alternative, passant par d'autres - pour presque dire par toutes - les modalités mentales, les façons de voir le monde). Le saviez-vous ? De Bono est tout aussi pénétrant dans la résolution des conflits humains (ce qui sépare et déçoit). Ouais.
[ Mandrake, l'homme au(x) chapeau(x) magique(s) - J'ai le n°1 de le toute première édition française, côté 50 € je crois ]
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« Un bon dessin vaut mieux qu'un long discours »
Napoléon
« Une bonne bière, c'est pareil »
Anonyme
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John Coltrane, ben oui, c'est fabuleux. J'ai une oreille rock et le jazz, pour que je l'aime, il faut me le servir intense. C'est-à-dire engagé, risqué (improvisé, virtuose, avec une grosse patte, un style massif). Avec Coltrane, il y a - en plus - la profondeur mystique. Son Love Supreme (1964) est puissant. Il est magnifique :
Je veux aussi vous parler de Twitter : je lis, vous le savez, les personnes qui me semblent apporter un plus. Un vrai. En 140 caractères, mes héros de la gazouille (tweet en anglais) savent informer, surprendre et apporter des focus personnels. Et bien écrits, dans la langue de Jean-Baptiste Poquelin. Leurs tweets me sont utiles. J'en veux pour preuve deux trucs d'hier.
Un, le lien vers VizThink, le forum conférencier participatif mondial (ici un BarCamp) sur la pensée visuelle. Il faut notamment voir, dans le désordre, le nombre de firmes qui y participent, et - pour le plaisir - la vidéo du narrateur graphique [*] Lee LeFever.
Deux, c'est le renvoi vers un blog anglophone, devinez lequel, qui propose des ressources pour améliorer l'efficience au travail, le recours aux blogs et la forme qu'ils peuvent prendre pour s'enrichir.
Résultat ? La refonte de Toulrezo.biz. Allez-y vouèr, comme ça.
Bon week-end.
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[*] Mon mémoire de fin d'études portait sur l'art séquentiel visuel. J'ai toujours cru au pouvoir d'ouverture et de pédagogie des images (explications, évocations, ancrages mémoriels et propulsion dans d'autres réalités, par exemple le futur). Cf. Gilbert Durand mais aussi les grands artistes théoriciens Scott McCloud et Will Eisner.
[ L'organisation et surtout la présentation de la pensée, au XXIe siècle, se fera - j'en prends le pari - soit par le discours en direct, charnel, intense, engagé (cf. pasteurs américains ou Marcel Bruel), soit par la bande dessinée (images statiques, en animation grâce à leur enchaînement dans l'espace), la carte mentale (images statiques, saisies dans leur foisonnement arborescent et posées à plat) ou le court-métrage (images animées, superposées sur une surface le plus souvent statique), format vif et percutant, comme souvent dans les plateformes d'échange (Dailymotion, Youtube) | et toujours le très clair diaporama de Jean Cumps | Twitter, la vidéo pour vous en servir ] Read More
[ << Dimostrazione et sensazione du Maestro - 3e partie ] La réplique du monde - 4e partie
Modéliser, c'est créer une maquette du monde, y introduire des changements, voir comment le tout réagit et en déduire ce qui se passerait à plus grande échelle, par exemple dans le vrai monde. Toutes les sciences sociales et humaines s'y engouffrent : c'est passionnant. Mais un modèle, c'est quoi au juste ? Et qu'est-ce que déduction et induction viennent y faire ?
Un modèle, c'est un juste milieu entre pratique et théorie. C'est donc un ensemble de lois réalistes. Et liées les unes aux autres par une loi plus générale, un peu comme les pulsions érotiques et les pulsions d'agressivité, qui - on le sait - trouvent leur explication dans la vocation qu'a l'organisme à vivre, à subsister. Ok. Deux petites lois, même antagoniques, ont un socle explicatif commun [1] : une loi-mère.
Je parcourais l'autre jour l'excellent Langage silencieux d'Edward Twitchell Hall. Il y avait je crois quelques lignes sur ce fantasme bien connu du chercheur : chercher à expliquer un maximum de choses avec un minimum de concepts, un peu comme si tout était simple en fin de compte. Eh bien, le fait de pouvoir prédire des choses, c'est de la déduction, c'est du développement en cascade, lequel provient selon toute logique d'une origine, d'un amont. Commençons par là : induit celui qui remonte le cours des choses et trouve une cause commune à une collection de faits, de phénomènes au départ disjoints. Ex. : dans un désert, la trace d'huile toute fraîche ainsi que la fumée qui se déplace plus loin sont bien le fait d'une voiture qui passe par là. Vous faites le rapprochement tout de suite. Comme Sherlock Holmes, l'étude des faits nous amène à induire une origine commune chez certains d'entre eux. Une parenté. Là où la déduction opère, c'est quand l'apprenti détective que nous sommes se dit : bon alors si la voiture continue à rouler dans ce désert, l'essence va venir à manquer tôt ou tard, de même que les provisions du conducteur. Ca, c'est de la déduction. Compte tenu du fait qu'il y a là une voiture qui roule, j'en déduis tel et tel faits. La cascade se déverse pleinement.
Alors, un modèle, qu'est-ce que c'est ? C'est un ensemble de choses qui ont des propriétés. Ces choses (des parties-prenantes) obéissent à une finalité qui leur est propre, à un mouvement particulier, comme une cadence ou un rythme sourds [2]. Et la bonne nouvelle, c'est que l'ensemble de tout ça (le système) possède un comportement propre, comme animé de quelque chose de singulier. L'on pense tout de suite à une logique interne.
Un modèle, pour terminer, c'est quoi ? C'est un système miniature induit (formant le résumé, la matrice explicative réduite) de plein de lois, qui engendrent sous votre poussée (ou sous vos problématiques, les fameuses questions) des tas de comportements. Vous en déduisez alors ce qui se passerait dans la vraie vie, à une plus grande échelle.
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[1] Un logos.
[2] J'emploie la métaphore sonore à escient. Je me souviens, en 1998, d'un entretien avec Clément Ségault, l'ancien patron de la start-up Commedia France. Il me disait que pour prendre une décision ferme, il attendait d'entendre une mélodie dans sa tête, signe intuitif puissant que la mécanique de l'esprit aboutissait à quelque chose d'harmonieusement positif. C'est le type de poésie, d'intuition business en marche, que je m'explique à présent par la systémique. Clément travaille maintenant chez Cocciweb.
[ Induction, déduction ? Tout est merveilleusement dit dans Le Théâtre de la mémoire de Giulio Camillo) | la déduction découle de l'esprit de géométrie ; l'induction, de l'esprit de finesse - cf. Pascal) | quelques magnifiques réplicants | l'émergence, c'est quand un système - parcouru de quelques lois simples -, sitôt stimulé, s'anime (cf. les oiseaux de Craig Reynolds) | << Par vie, j'entends pouvoir évolutif >> Jean-Pascal Percheron ] Read More
Leonardo ingénieur, Leonardo artiste, c'était connu. Leonardo héros (malgré lui) de fiction ésotérique [1], c'est relativement nouveau. Leonardo inspirateur de managers ? Voilà qui vaut le détour : tout le monde, à l'évidence, rêve d'avoir un tel esprit. Sa pensée, conforme à l'idéal renaissant [2], est une arborescence lumineuse. Et le secret dudit génie nous est dévoilé... depuis peu. Si ! C'est le consultant en organisation Michael J. Gelb qui vend la mêche. La clé du mystère ? Dévoilée par l'excellent Petillant.com, le portail des techniques de créativité professionnelle. A vrai dire, Da Vinci utilisait sept leviers. Bienvenue, chers amis, dans l'univers secret du Maestro. L'esprit entreprenant peut désormais compter sur :
1. la curiosité, qui permet de tout investir avec énergie,
2. la dimostrazione, qui découle de l'expérience et met à profit ce qui est intégré,
3. la sensazione, épiphanie des sens, qui enrichit l'expérience (à mettre en parallèle avec la notion moderne de cognition),
4. le sfumato, procédé artistique qui superpose diverses couches de peinture, assouplit les contours et brouille le rendu pour le rendre vaporeux, suggestif, prétexte au vagabondage de l'imagination et donc à la créativité,
5. l'arte-scienza, attitude de dialogue entre hémisphère gauche et hémisphère droit, logique et imagination, esprit de géométrie et esprit de finesse,
6. la corporita, recherche de grâce, de consensus, de finesse et d'harmonie,
7. la connessione, qui met en évidence l'interconnexion des choses, l'interdépendance, bref l'aspect systémique des ensembles.
Tout est là : une approche analytique et synthétique du monde. Cogitation et intuition fond un fécond produit. Le cerveau, au sens complet, est à la fête.
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[1] Très, très bon marché.
[2] Lire à ce sujet l'insolite et fascinant Giulio Camillo (1480-1544).
[ Cerveau | cartographie mentale | les ressorts de la complexité, de l'or pour les entreprises | l'éthique, approche complète des enjeux | la systémique - véritable discipline cérébrale - analyse autant qu'elle approche | énumération - sept, un nombre riche ]
Hercule, hyperactif alternatif - 1e partie [ Hercule et la valeur >> ]
Hercule, ci-contre moblogué depuis le musée Saint-Raymond de Toulouse, est un drôle de lateral thinker, de penseur alternatif. La solution qu'il trouve pour nettoyer les écuries d'Augias en est l'illustration. Comment - fameuse cinquième épreuve des pesants Douze Travaux - nettoyer l'accumulation de trente années de fumier ? Comment faire ce qui semble... infaisable ? Réponse : en trouvant une réponse saugrenue, originale et folle. Hors norme.
Cette épreuve d'écuries, même pour un demi-dieu, reste hors de portée : trop de travail. Un penseur conventionnel proposerait un nettoyage en bonne et due forme. Probablement une orgie de balais, pelles, huile de coude, etc. Avec des mois et des mois de labeur. Une horreur. Et que fait Hercule ? Par une espèce d'état second génial, il décide de détourner le cours de deux fleuves et de laisser l'eau puissante faire ce travail de titan. Un éclair de génie. Une solution à la mesure de l'épreuve : démesurée. Un problème fou ? Hercule mobilise la partie la plus intuitive de son cerveau. Seul un 'fou' (déconnecté des fonctions rationnelles classiques) pouvait trouver cette issue. C'est bien cela : le penseur alternatif va partout sauf là où on l'attend.
A éviter pour les problèmes simples. A sortir comme un joker (the fool en anglais) pour les points ardus. Une fois, bien sûr, qu'est enclenchée l'étape de résolution proprement dite [*]. Vous ne pouvez - de toute façon - pas résoudre un problème, disait Einstein, avec ce même cheminement intellectuel qui l'a engendré...
[*] Ce qui correspond à l'étape 3. suivante. En résolution (collective) de problèmes, le timing est toujours le même : 1. caractérisation (définition) du problème, 2. validation, 3. recherche des solutions, 4. sélection de la meilleure. S'ensuivent évidemment les modalités de mise en place (planning, CQQCOQP), voire les tests 'terrain' avant l'adoption. (Difficultés de changement ? Voir les changements culturels potentiels.) La mise en place calibrée, il est bon de recommander des dispositifs de vigilance (notamment culturelle) et d'amélioration continue (qualité).
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