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Allez savoir : 'tchi de managers ont de l'humour, du naturel, de l'humilité. Faute à la civilisation techno-scientifique ? au perfectionnisme ? au stress ?
L'humour, c'est une denrée rare : je compte sur les doigts d'une main le nombre de cadres capables de prendre du champ et de dérider leurs collègues. Sachant que la plaisanterie (la vraie) valorise, s'adresse au second degré, bref à l'intelligence ou à l'ingénuité de l'autre. Elle interroge la Persona. Et si elle vexe ? C'est que la galéjade est maladroite ou mesquine (cf. jeux psychologiques).
Le naturel, à présent. Il suffit de voir les laborieuses présentations Powerpoint de la faune en col blanc pour s'apercevoir qu'il y a du petit garçon ou de la petite fille mal mûri(e) en face de soi. Le fais effort, bête noire d'Eric Berne et de Taibi Kahler, fait des ravages : la jargon masque les idées-forces, la profusion d'éléments déroute et l'embarras désarçonne. Je me souviens d'un événement au cours duquel, à la fin d'une présentation intellectualisante (peu convaincante), un Anglais (il faut envier ce pragmatisme) avait demandé au présentateur : Mais, au juste, que faites-vous dans la vie ? C'était LA question. Ce type avait raison : trois phrases bien senties, libres, ouvertes, précises et fondées sur la réalité auraient amplement suffi.
Il suffit, d'ailleurs, de se faire décoiffer une ou deux fois par un orateur américain pour constater que le présentateur « gendre idéal » n'est guère qu'un pousse-au-somme. À l'opposé, deux écoles de la présentation essentielle, charnelle et percutante sont à saluer : la prédication anglosaxonne protestante (Martin Luther King et tant d'autres) et la PNL, avec ses prédicats, tendance à présent familière dans nos pays.
Le pardon, pour finir. Cette fois-ci, c'est sur le bout de la lunule de l'ongle d'un pachyderme amputé que je compte les managers capables de se rabibocher. Tout se voit : des managers autistes (J'ai du travail), des managers orgueilleux (Ce qui est dit est dit !), des techniciens (Cette personne n'a qu'à rationaliser ma remarque), des maladroits (Je vous présente mes excuses pour cette phrase que vous avez si mal interprétée).
Et puis, il y a ceux qui empruntent au P'tit D : Compte tenu de votre extrême sensibilité, je veillerai à l'avenir à vous mettre davantage en situation de confort. Là, c'est la palme : la personne dévalorise et infantilise un ressenti peut-être dilaté mais en tout cas bien réel. Elle a suivi un semblant de formation en communication interpersonnelle et elle se sert d'un vernis d'empathie pour jargonner, rabaisser, heurter une blessure encore fraiche.
Il faut être terre-à-terre. Si l'on est de mauvaise humeur, ça arrive. Et c'est la vie. Nul besoin d'être naturel, sympa ou dans la démarche de récupérer une relation. Il faut juste du discernement, un peu de temps. Et une capacité à poser les valises. Là, l'humour, le je-suis-moi-même-et-vais-à-l'essentiel-exactement-comme-n'importe-qui et l'empathie réelle commencent à être possibles.
S'il y a stress (distress, dirait Kahler), il faut laisser tomber. S'il y a le sentiment de devoir en faire des kilomètres pour passer un test - aux yeux de la direction générale -, c'est loupé. S'il y a la peur de perdre sa place ou de flamber une promotion, pareil. S'il y a, par contre, un intérêt trop léger pour le pragmatisme et la sincérité des relations, il y a peut-être un problème de casting.
Le manager, en effet, est dans l'action, la recherche de résultats, la relation aux autres.
Ce qui est probablement la même chose...
[ Une excellente représentante de la communication, de l'écoute et du respect de son propre style : LeeAundra Temescu [En] | et puis, plus proche de nous, le travail de Flemming | ce que Christian Blachas pense de la proximité, de l'humilité, de l'humanisme ] Read More
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Les masques
Les lecteurs réguliers de ce blog le connaissent : Carl Gustav Jung est un maître. Son domaine ? La psychologie, cette forêt de forces. Sortons de cela. Sa notion de persona, plutôt confidentielle, mérite qu'on l'extirpe de sa gangue. Elle rejaillit, très indirectement, dans bien des travaux. Taibi Kahler, le père américain de la Process Communication (années 1970), parle à son tour de masques. Ce sont les crispations émotionnelles : le visage comportemental du stress. Pour Jung, le masque est une espèce de façade sociale, de projection socioprofessionnelle - par opposition à l'intériorité réelle, riche et transcendante. Avec le masque ? L'on joue à quelque chose. Il faut lire Jean-Paul Sartre et son analyse (au vitriol) des artifices du serveur de café pour retrouver cette idée du 'je joue à'. Malgré moi. Le rôle social et le Moi se confondent. Hélas. Mais c'est en riant que je vous propose d'aborder aujourd'hui les masques... en entreprise. Et c'est à l'helléniste André Bonnard [*] que je cède la place.
Pour Bonnard, il y a six foyers historiques de la comédie, cette matrice de masques : l'antique pays dorien (autour de Sparte), les oeuvres du grand Aristophane (Ve s. av. J.-C.), la Commedia dell'arte, propulsée à Padoue, puis sous forme dérivée à la cour des Valois (XVIe s.), les villages du Brandebourg, ainsi que la France et l'Angleterre de l'ère Molière et Shakespeare.
Cinq masques se détachent alors :
1. Il Dottore, alias Dosennus, Doktor Faust [All], Diafoirius, Desfonandrès [Fr] ou Doctor Caïus [En] - c'est le docteur pédant, le savant étranger, souvent bossu, qui baragouine un sabir hermétique et franchement douteux,
2. Pantalon [Venise], Eudion, Pappas [Lat], Volpone, Harpagon ou encore Bartholo [Fr] - vieillard complètement libidineux, en tout cas jaloux comme un teigne et avare comme un rat perclu d'arthrite,
3. Arlequin, Agoracrite, Méson, Manducus, Hans Wurtz, Cléon, l'ogre-cuisinier, goinfre et féroce, à grandes bouches, à longues dents confirme Bonnard,
4. Plochinelle, Pulcinella [Naples], Kasperl [obligé de chasser tour à tour percepteur, belle-mère, diable, Mort et autres nuisibles - All. du Nord] - le fanfaron rossé, un peu dindon de la farce,
5. Capitaine Fracasse [Fr et It], Lamachos [le 'bataillard', en grec], Pyrgopolinice, Capitan [Commedia dell'arte], Matamore [Espagne] - là, c'est le guerrier grotesque, fanfaron, tout en menton martial, en langue épico-sanglante, en cliquetis de métal, en uniforme bouffant, ce faiseur de veuves est un vilain bonhomme amateur de charniers.
Mini tour d'horizon, dans votre entreprise. Un charlatan pédant, un vieillard jaloux, un ogre impulsif, un bouc émissaire affligeant, un viandard grotesque et dangereux : vous les reconnaissez ?
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[*] Auteur de la superbe Civilisation grecque.
[ Image (c) Datacaptureinstitute.com | André Bonnard, humaniste protestant | Arlequin et ses potes | les masques de Bonnard font leur entrée (colorée) dans le panorama des profils | Ubu, gagnant hors-compétition | la comédie, superbe mise en scène des jeux psychologiques ] Read More
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