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 Prendre soin des autresTue 10 Feb 2009
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[ < thémas Pédagogie, Humanisme & Éthique | catégorie Divers | archivage automatique du billet sur Muslmigauze et son rapport à l'Orient arabo-musulman | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre pour poster vos commentaires et naviguer par mots-clés ]

Peu. Peu sont aussi touchants que Janusz Korczak (1878-1942). Des humanistes, des pédagogues ? Peu s'engagent comme lui, se dévouent [1], inspirent définitivement le genre humain.

Korczak... Ce pédiatre du ghetto de Varsovie, médecin de la misère, traverse le fracas nazi entouré d'une ribambelle de marmots, orphelins, qu'il aide, encourage, éduque et soigne. Fidèlement, généreusement, de manière construite (Korczak innove et modélise une pédagogie, intelligente et moderne). Puis vient l'enfer de la rafle. Quelqu'un intime au médecin de fuir. Mais il monte... L'homme accompagne ses petits protégés dans le convoi de la mort.

Il meurt à Treblinka (Pologne).

Il faut admirer cet homme. Digne, juste et humain. Il faut aussi lire son journal (posthume) du ghetto.

Korczak, en plus d'être un homme d'étude et de terrain (figure paternelle, éducateur, clinicien qui donc se penche [2] sur les cas personnels), Korczak est un penseur social et un métaphysicien de premier ordre.

Il se demande [3] pourquoi le collectif humain, si tant est qu'il évolue, se heurte systématiquement à la tentation de la violence massive. Comme pour accoucher de formes éthiques, organisées, fonctionnelles. L'épreuve est-elle obligatoire pour organiser la vie ? ramener l'homme social aux évidences ? le faire marcher ? D'ailleurs, l'homme - par sa cécité - a-t-il une destinée tragique, qui marque sa chair et engloutit fatalement ses enfants ?

Je veux dire combien Korczak, grand inspirateur, est nécessaire à tous.

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[1] Pédagogie - Quelques pionniers féconds, nécessairement hors-système (cf. homéostasie et logique organique des institutions) : Rudolf Steiner (1861-1925), spiritualiste post-romantique, inclassable, original (voir citations) quoique pétri des préjugés de son temps ; Maria Montessori (1870-1952) et aussi Célestin Freinet (1896-1966) ou Françoise Dolto (1908-1988). Voir d'ailleurs la théma.

[2] La clinique, en grec, c'est l'art de se pencher au chevet, à l'écoute de la détresse et des moyens possibles de soulager. Il y a, infuse, l'idée d'étude et de soutien de la personne.

[3] Précédant, en cela, René Girard, anthropologue et philosophe de la civilisation. Citation de Korczak (Journal du ghetto) : « Le monde est-il une transformation continuelle du mal, ou bien avance-t-il vers un idéal en allant toujours plus haut et plus loin au milieu de ceux qui tombent ? ».

[ Droits des enfants, la lumineuse contribution de Korczak | Korczak est un pseudonyme (personnage romanesque et nom de plume), il se prononce Yânouss Kortchâk | Korczak, l'hommage de Kurt Lewin (ici, théma Lewin) | sur la cécité de l'homme social, revoir le scénario noir - si fréquent - de la Tragédie des communs (Vaine pâture) | Apprentissage vicariant de Freinet, un modèle pour l'entreprise ? ]  Read More


 Autonomie psychologique - 2e partieMon 13 Oct 2008
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[ < 1e partie | thémas Psychologie & Intramotivation | catégorie Sc. humaines | this post in English | archivage automatique du billet sur l'audace (confiance en son élan vital), audace qui fait réussir (Terry McGuire) | billet interactif, cliquez sur le bandeau de son titre ]


Provoquer et expérimenter des optimums


Selon le psychologue américain Martin Seligman, « il existerait des qualités personnelles, que l'on peut cultiver, qui favorisent la vie. Mihaly Csikszentmihalyi, professeur au Claremont College (Californie) est l'autre grande figure de la psychologie positive. Avec [...] l'expérience optimale [réalisation d'activités qui engagent l'envie et le talent personnels, nda], la vie passe à un autre niveau. L'aliénation fait place à l'engagement, l'enchantement remplace l'ennui ; le sentiment de résignation est chassé par le sentiment de contrôle. L'énergie psychique n'est pas orientée vers la poursuite de récompenses externes, mais elle est utilisée de façon à favoriser l'épanouissement de soi. »

Achille Weinberg, Sciences humaines - Les Nouvelles Psychologies (hors-série n°3)

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[ Que peut être un optimum ? Une émotion, physiologique ou plus cérébrale (relire Antonio Damasio), qui procure un bien-être authentique. Authentique : 1. a minima en prise avec les besoins de l'espèce (revoir les strokes), 2. encore et surtout capable d'amener l'apaisement (confort) ou la jouissance propre à chaque profil (6 patterns, par exemple en PCM), 3. au maximum capable de conduire le ressenti vers une plénitude différente des projections, de l'inquiétude, des conditionnements, comme quand l'essence est disponible, parfaitement dans l'eccéité, la conscience forte et apaisée, le présent intense et intuitif (ressenti alors comme éternel, véritable, libre des conditionnements ou des ruminations du passé [par ex., effet Zeigarnik] ou des anticipations partielles, pressantes - et forcément bridées - de ce qu'on appelle le futur) | l'authenticité c'est un naturel, un plein vécu de ce centre de la personnalité - inconscient - qui pulse et ressent quelles que soient les animations hydrauliques (systèmes faisant pression les uns sur les autres), combinatoires, synergétiques, telles qu'Animus et Anima, instinct de conservation et poussée d'évolution | le psychothérapeute Alexandro Jodorowsky donne une graduation aux satisfactions (qui s'acheminent - vous allez le voir - vers un bonheur authentique) : 1. satisfactions liées au moi corporel (instincts de survie, auxquels j'ajoute le repos, ce retrait dont parle Eric Berne), et/ou qui dépendent du moi émotionnel (besoin de reconnaissance, d'appartenance, de guidage parental, de sanction ou de cadrage), et/ou qui découlent du moi intellectuel (satisfactions Animus liées au contrôle des idées ou des opinions, à l'orgueil d'avoir des modèles fonctionnels, universalisants), et/ou qui touchent au moi sexuel (conquête, agressivité, séduction, procréation) - relire Cabaret mystique ; 2. celles qui résultent d'un vécu authentique de ces besoins, à l'aune d'une prise de conscience, d'une guérison, d'un moi-parmi-les-autres adulte et assumé (pragmatisme, pleine conscience, compréhension des choses essentielles, plaisir d'être autonome, joie du don gratuit, créativité, libre cours aux puissances de félicité, de naturel, etc.), 3. vient ensuite cette sensation d'éternel présent (Nirvana, ou Pardes, selon des traditions connues), de pleine habitation sur la terre (habitation calme et concernée, libre et concentrée), de plein investissement de la vie, avec cette distance et cette conscience que nous faisons partie d'un tout qui concourt à sa propre félicité, à son propre partage, à sa propre finalité : la vie | un œil attentif verra dans les besoins décrits plus hauts le découpage traditionnel des quatre éléments de la médecine et de la philosophie antiques : Terre, Eau, Air, Feu | un esprit plus contemporain retrouvera là certains des appuis neurologiques de l'Après-Guerre (cerveau et ses régimes reptilien, limbique et cortical, interactifs entre eux) | pour les thérapeutes issus de la mouvance Palo Alto, ce qui compte, c'est la résolution de problèmes : 95 % de la difficulté de (se) soulager provient du mal à dire où est le problème en termes concrets (relire le très terre-à-terre Milton Erickson) ; exit la notion de psychologie positive (qui recherche les invariants du bien-être en général), tout est affaire de cas précis, de situations du quotidien, de choses à résoudre ]


 Penser en roseThu 10 Jul 2008
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[ < thémas Cerveau, Cognition, Animus-Anima, Éthique, Paradigmes & Philosophie ; thémas Edward de Bono & Alexandro Jodorowsky aussi | catégorie Management-Sc. humaines | interagissez sur ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre ]

Quelqu'un parlait de pansement, de soin. C'est ça, oui. « Soigner », « prendre soin de... ». (Le nom du bonhomme ? Il m'échappe.) Ce que je retiens - c'est bien ça -, c'est que penser participe de la même idée, de la même racine que panser. La pensée, c'est un soin pour soi, comme un pansement. Ça fait du bien. Partir d'un point de vue malade (ou boiteux ou partiel) pour rétablir et/ou mieux faire, bref coller à un idéal. Idéal (totalisation) de soi-même et de son propre ethos, façon personnelle d'être au monde. Façon d'avoir son style à soi. Style sain, accompli, plein (en termes de potentiel - car c'est bien ça la santé, un accomplissement du maximum possible, accomplissement doublé d'un sentiment de bien-être). Aller bien ; intéressant.

Ouais.

Ainsi, perception, processus mentaux (patterns ou schèmes), style et créativité personnels, bref tout ça viendrait d'un soin. Un entretien continu, un respect, une hygiène - de soi à soi, de soi aux autres. Une bienveillance, une écoute pénétrante.

Un mieux.

Penser, c'est se faire du bien. C'est mieux faire avec et dans le monde. Avec les autres (cf. Gandhi et son idéal d'interdépendance, de connectivité - le religare latin -, de partage et de communication vécus comme une finalité, comme un bonheur en soi).

Mais qu'est-ce que penser ? Le pré carré de René Descartes ? sa chose à lui ?

Pardon pour les cartésiens. Pardon pour trois choses - je vous dis ça. Premièrement, Descartes c'est un génie certes, mais un génie qui prend le parti quasi exclusif de la cogitation (du cerveau gauche, pour reprendre un terme de communication). Parti-pris du tout rationnel qui, par définition, élude tout le champ des possibles, tout le fécond dialogue avec la fulgurance intuitive, le ressenti saisissant, la percée, l'engagement nerveux dans son ensemble. Eh oui, choisir (opter pour X plutôt qu'Y), c'est éliminer. On sait désormais [1] que l'esprit, pour faire un travail optimal (assembler, trier, choisir - cf. cognition), bref qu'il nécessite un recours permanent aux ressentis [2], à cette partie que Descartes soupçonne de troubler l'entendement du sage, de l'autonome, du lucide. Troisièmement, penser que l'on est parce que, présentement, on pense à notre pensée (récursivité - forme de preuve), c'est très occidental : il suffit de consulter les Asiatiques, pour qui être est d'une intensité (métaphysique, artistique ou nerveuse) beaucoup plus tangible (beaucoup plus vraie, c'est-à-dire productrice d'effets) qu'une spéculation. Qu'un reflet, qu'un détachement de soi regardant... le soi (distanciation rationnelle). Troisième point, Descartes est un produit, une fierté nationale, une nécessité, un choix culturel (une restriction ?) venant de notre propre culture. Et l'ethnocentrisme à tout va, c'est encore un choix. Partant, une fermeture. Certains (Auguste Comte en tête) se drapent dans la rationalité à tout crin pour dévaloriser les modes traditionnels (naturels) d'appréciation du monde. En découle une arrogance et une fermeture à l'Anima des peuples.

Alors Descartes, pfff.

Descartes ou plutôt l'usage bestiassou qu'on en fait.




Fig. 1 - L'enfer des certitudes -
« The Magic Number », (c) Escapista @ Flickr.com



Allons à présent vers ce que notre siècle compte de novateur.

L'esprit respire. Animus et Anima s'autorisent de somptueux renforcements mutuels : collaborent masculin et féminin [3], rationalité et créativité, organisation de l'esprit et affectivité, volonté de changement du monde (goût de l'intervention, pôle actif) et réceptivité (retour à soi, observation du réel, pôle passif - ce qu'Eric Berne nomme le besoin de retrait).

Une ambition bat pavillon. Interrogeons les grands Edward de Bono (efficience humaine) et Alexandro Jodorowsky (psychothérapie).

Vous venez ?

De Bono met la pensée scolaire, raisonnable et bien pensante, au rebut. Secteur antiquités. Son Réfléchir vite et bien prévient que « Souvent une hypothèse ou une explication nous convainquent uniquement parce que nous ne pouvons pas en imaginer d'autres. Un exemple classique est celui de la théorie de Darwin sur l'évolution des espèces. Elle est plausible, rationnelle et meilleure que toute autre. Elle est également impossible à démontrer. [...] Une partie de la théorie de Darwin est une tautologie [affirmation prenant appui sur elle-même pour se justifier, nda] : Si un organisme survit, c'est qu'il devait survivre. [...] De manière générale, analyse de Bono, ce sont les théories scientifiques satisfaisantes pour l'esprit qui constituent les plus grands obstacles au progrès. [...] C'est l'hypothèse de départ qui détermine nos perceptions et le genre de preuves que nous cherchons. [...] Alors, que faire ? questionne de Bono. Il faut simplement changer de registre [...] pour nous donner une vision plus large [plus complète] du problème. [...] L'explication [au sens classique, étroit du terme] est un domaine où l'on se laisse facilement prendre au piège de l'acceptable. »

Ce déplacement des angles de pensée, cette façon de faire feu de tout bois, pour élargir le faisceau des associations neuronales, porte un nom : le pragmatisme. Ou le lateral thinking, approche qui considère le cartésianisme comme une simple façon - parmi mille autres - de résoudre les problèmes de la vie. Souvent, partir de biais, et revenir enrichi de stimulations, de ferments, d'altérité, de paradoxes, amène la matière qui enrichit le problème, la dimension qui élargit la fenêtre de considération du monde. Traiter quelque chose de dilaté, d'ample et d'inter-relié, soulève des tas de possibilités qui - croisées dans des associations de soins - fabriquent du mieux. Nous nageons dans la systémique : le monde est un tissu qui mérite concentration, créativité, implication de tout le cerveau. Les a prioris ? Des parti-pris [4]. Penser, c'est juste être. Fort, vite et partout. De manière... bizarre. À l'instar de la vie foisonnante. À l'instar du chasseur qui rampe et barrit pour attraper la vivacité du monde ou du gibier.

Mimétisme... Adaptation. Ambition. Abandon des certitudes : ouverture. Et concentration.

Seul compte un résultat. Le mérite va aux audacieux. J'ajoute : à l'écoute d'eux-mêmes, de la réactivité du monde, du tempérament de leurs collaborateurs.

Ce pragmatisme est une richesse. J'en reviens aux Asiatiques. Il y a ces approches du zen où bien souvent le disciple philosophe, raisonne, cogite et masturbe son intellect. Surgit la gifle du maître, qui le rappelle à la réalité tangible du monde. Ce qui nous entoure a une densité, un poids et des effets majeurs sur notre physiologie, nos gestes et nos vies. Le mental est une échappée gazeuse. Une illusion. Percevoir en direct (éprouver avec la totalité de ce qu'on est) est une façon d'être. Une vérité naturelle. Le reste est logos, langage, artifice.

Pôvre, je dis bien pôvre Descartes.

La parole est à Jodorowsky. Sa rose est une illustration que je trouve majeure. Retrouvez-la, je vous le conseille, dans Cabaret mystique - Histoires spirituelles.

Il y a cette histoire de petite fille.

Lui apprendre à penser. Voilà ce qu'elle demande à son père, et lui, sage, lui parle d'une rose. Cette rose, elle est belle :

| selon les goûts personnels de la petite fille (d'autres préfèrent le jasmin),
| selon son ressenti du moment (dans huit semaines, elle peut en préférer d'autres),
| avec ce qu'elle en perçoit et avec les limites anthropologiques de sa perception-compréhension (examinons la rose de plus près, on y verra des pucerons, sans parler de la vie microbienne - potentiellement hermétique),
| à un moment donné de la vie de la fleur, prise dans un grand tourbillon transformatoire (jeudi, elle évoluera vers des tons marron),
| par rapport à d'autres roses (il en existe des centaines de sortes, toutes similaires et forcément différentes, mieux : uniques).

La rose est elle belle dans l'absolu ? Réfléchis. Et observe, conseille le papa.

Tout est mouvement. Tout est passage et tout est vie.

Penser, c'est garder cette ronde à l'esprit. C'est s'appuyer sur le monde pour, en son sein, trouver (inventer ? combiner ? considérer ?) du mieux.

Penser, c'est vivre [5]. Penser, c'est bouger.

Excellent mois de juillet.

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[1] Cf. les angles du neurologue Antonio Damasio et, bien avant lui, de Blaise Pascal.

[2] Les traducteurs de l'anglophone Antonio Damasio rappellent à escient que feeling génère en français « affects », « émotions », « sentiments ». Ce terme-racine, fort pratique, est riche.

[3] La série d'expressions provient de Michèle Delcourt, graphologue experte (Historia - Thématique de mai-juin 2008, n° 113, sur Léonard de Vinci).

[4] Il y a ce discours du grand Jean-François Champollion (1790-1832), qui explique à ses pairs qu'ils ont eu tort. Pour eux, les hiéroglyphes égyptiens sont restés fermés parce que leur mode de pensée (ici, d'investigation) comportait un bridage. Ils présupposaient que le système d'écriture des Anciens codait un ensemble de sons OU un ensemble d'idées. La force de Champollion fut de s'en tenir aux faits vierges et bruts, de chercher, de recouper, de s'interroger et de découvrir que les dessins rendaient compte de sons ET d'idées.

[5] Se souvenir du grand Montaigne (1533-1592), pour qui penser allait de pair avec marcher ou monter à cheval.

[ Edward de Bono et son lateral thinking comme expression non plus de l'habitude, du frayage, mais de la vraie pensée, celle qui innove et traite à fond ]


 Psychologie - 4e partieTue 10 Oct 2006
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[ << Comportements de chasse - 3e partie | coaching | Erikson, Piaget, Wallon, Buhler, Husserl, Vaillant et tutti quanti ] Psychologie - 4e partie [ Pieds dans le tapis - suite >> ]

La vie est faite de caps, de montées en puissance, voire de cycles [1]. Bref, les choses changent. Tout le temps. C'est d'ailleurs l'une des certitudes [2] les plus universelles qui soient. Ou sinon, les choses se condensent dans un mauvais cycéon, elles font de bien vilains grumaux (relire Héraclite, philosophe du mouvement). Ce qui explique la stagnation, je pense, c'est la recherche en boucle de satisfactions 1, alors que la Nature nous a faits pour nous sortir de nous-mêmes (étymologiquement, exister) et nous projeter dans un minimum de satisfactions 2. Alors que dire ?

Ben, c'est Flemming Funch qui a une théorie sur le dégoût. Lors d'une séance de travail, je lui confiais que certains traits de personnalité me faisaient horreur, et tout le monde connaît ce sentiment de arf. Comme vous le savez, je pense, Flemming a longtemps travaillé comme psychothérapeute aux Etats-Unis [3]. Et il a bien roulé sa bosse. Il me disait notamment que l'horreur de certains comportements était une peur inconsciente de régresser, de rencontrer - cette fois-ci chez les autres - des comportements que nous avons plus ou moins bien passés, bref des traits du passé psychologique, de l'avant, de l'archaïque et du grossier. Sûr qu'il y a l'idée d'évolution là-dedans.

Sûr que la vie nous dégrossit. Et ce que nous rejetons, à l'instar de la bête (de l'Ombre) de Jean Monbourquette, c'est une version n-1... (ou n-x) de nous-mêmes.

Encore une fois, je crois que Flemming a raison... Et puis c'est la démonstration qu'il faut accepter en nous-mêmes les versions antérieures, hésitantes, en recherche. C'est une façon de mieux cohabiter avec (tous les) soi-même(s) et - du coup - d'accepter les défauts des autres. Et de mieux aimer son prochain, je rajoute.

Qui fait l'ange fait la bête, d'une part. D'autre part, il faut faire un sort à ce foutu perfectionnisme...

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[1] Cf. notamment les logiques circulaires.

[2] Percy Bysshe Shelley disait : Seul le changement est durable.

[3] Il a même été traduit en... russe. Si ! J'ai vu les bouquins chez lui, c'est illisible.

[ Recherche d'excellence, pragmatisme, spontanéité et gentillesse sont - je pense - les remèdes au perfectionnisme | coaching | relire Le Baiser aux lépreux de François Mauriac, ainsi que les superbes travaux de René Girard | c'est Alexandro Jodorowsky qui parle du mépris des Blancs (j'ajoute des positivistes) à l'égard des cultures prétendument primitives - lire d'ailleurs le point de vue de David Nadeau-Bernatchez | le positivisme sous l'angle du philosophe des sciences Thomas Samuel Kuhn (1922-1996) | ah, ce vieux débat Apollon Vs Dyonisos - lire Nietzsche, ce qu'en dit l'Education nationale, ainsi que le sociologue Marcel Rioux | Kuhn, cétéki ? | Joel Peter Witkin, photographe catholique (à la Mauriac, quoique plus... libéral) des catégories humaines rejetées, mais acceptées par la lumière : 1. de son appareil photo, 2. de l'amour divin, par dessus tout ]  Read More


 Bloguer ! - 1e partieFri 7 Jul 2006
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Bloguer ! - 1e partie [ Cartographier un blog - 2e partie >> ]

Du blog et de l'esprit qui l'accompagne

<< Mes fantaisies se suivent, mais parfois c’est de loin, et se regardent, mais d’une vue oblique. [...] Il s’en trouvera toujours en un coin quelque mot qui ne laisse pas d’être bastant, quoiqu’il soit serré. Je vais au change, indiscrètement et tumultueusement. Mon style et mon esprit vont vagabondant de même. >>



Michel de Montaigne (1533-1592), De la vanité

[ Image (c) Cegep-chicoutimi.qc.ca | Renaissance | tolérance | Montaigne podcasteur ? ]


 Sans problème il n'y aurait pas de créationThu 15 Jun 2006
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Nul n'est manager s'il n'est un peu philosophe, c'est-à-dire présent aux choses et aux gens : intense. Les sciences humaines, combinées avec les sciences sociales, sont d'un secours immense pour cartographier les scénarios possibles. Le désir de piloter un bateau (étymologiquement faire de la cybernétique) met tout le monde d'accord. Je veux dire tant Platon (Ve s. av. J.-C.), qui emploie le terme pour la première fois, que le mathématicien Norbert Wiener (XXe s.), qui le développe dans de nouvelles (et bien fécondes) perspectives. Qualiticiens et managers sont eux aussi à la tête de quelque chose. De même que les personnes qui gèrent des flux (argent, temps, ressources) [1]. De sorte que l'entreprise est tout autant en prise avec les sciences de la complexité que le laboratoire universitaire. Et que la vie. D'ailleurs, en ce début de XXIe siècle, les sciences dures [2], les sciences molles [3], le management [4] font cause commune : sortir des chapelles et venir s'interfrotter. Témoin, la démarche d'Emmanuel Ferraguti, prof de philosophie, érudit de sciences. Et blogueur. Pour lui, le cap est passé : tout - je dis bien tout - est philosophie, c'est-à-dire amour de la vie et recherche de solutions. Let's go.





Absara.com : - Emmanuel, pourquoi t'intéresses-tu aux sciences humaines et cognitives [5] ? Quelles connexions y vois-tu avec la philosophie ?

Emmanuel Ferraguti : - Je pense que le savoir est un, qu’il y a une unité de la connaissance. Il y a un beau métalogue [6] de Gregory Bateson intitulé « Jusqu’où va ton savoir ? » (in Vers une écologie de l’esprit [7]), dans lequel l’épistémologue anglais affirme qu’il n’y a qu’ « une seule grande pensée qui a des tas, des tas et des tas de branches ». On retrouve la même thèse chez René Descartes dans les Principes de la philosophie, chez Platon pour qui toute la connaissance doit parvenir à un terme anhypothétique (l’Idée du Bien) pour redescendre ensuite vers les différentes sciences déterminées. Je crois que « le savoir sur le savoir » (c’est ainsi que Bateson nomme l’épistémologie, ou la philosophie des sciences) est le tronc de tous les savoirs. De formation je suis plus attiré par les sciences de l’homme que par celles de la nature, mais cela est purement accidentel.



Fig. 1 - Gregory Bateson (1904-1980)


A : - Quels auteurs ou penseurs ont ta préférence ? Pourquoi ?

EF : - Ce qui m’intéresse dans la philosophie c’est sa capacité à engendrer, à donner vie à des problèmes. Je crois, avec Henri Bergson, qu’une réponse ce n’est jamais qu’un problème bien posé. Inventer un problème c’est, avant toute chose, inventer une réponse possible ; ensuite il suffit de découvrir celle-ci. Mais le plus important est l’invention du problème.

>> J’aime les penseurs de la rupture, ceux qui, au sens précis que Platon confère à ce mot, font preuve d’autorité (Archein, en grec, c’est l’art d’entreprendre et de conserver l’entreprise). Ce sont généralement les mêmes qui nous libèrent du passé et qui, dans le même temps, nous lèguent des schèmes de pensées d’une rare prégnance. Quelqu’un qui parle aujourd’hui d’« Idée » ou d’« autorité » fait son monsieur Jourdain philosophique s’il ignore que ces notions ont été inventées par Platon. Son disciple immédiat, Aristote, est incontournable. Ensuite je veux bien, pour faire court, faire un bond jusqu’à Emmanuel Kant (qui sépare définitivement l’essence de l’existence – l’absolu devient inaccessible à la connaissance), non sans passer par René Descartes (qui fonde la science moderne sur la conscience [8] – le point de vue subjectif, dit Arthur Schopenhauer). Mais évidemment on ne peut passer sous silence Friedrich Nietzsche (le plus grand des philosophes de la rupture).

A : - Où en est ta réflexion sur la façon dont se structure et se comporte l'homme ? En général et - plus spécifiquement - en prise avec son environnement de travail ? Par ailleurs, quel regard portes-tu sur les rapports interpersonnels, en 2006 ? Puis, parlons du vivre-ensemble. Quels axes d'analyse, d'étonnement, d'investigation personnelle, de réflexion dégages-tu de l'observation de ce socius ?

EF : - Actuellement je m’intéresse de près à la pensée de Bateson ainsi qu’à celle d’Henri Atlan [9]. Ces deux auteurs sont des cybernéticiens qui tentent de mettre à jour les modes d’organisation du vivant ; ce que Bateson appelle « la structure qui relie », ou encore « esthétique ». Je dois bien avouer que mes réflexions sur la question en sont encore au stade embryonnaire. Ce qui m’intéresse, en tant que professeur de philosophie, c’est le rapport entre la compréhension et le monde, tant physique et biologique, que, pour reprendre l’expression de Wilhelm Dilthey, « le monde de l’esprit ». Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’idée (bergsonienne) selon laquelle la notion de problème serait particulièrement importante pour la vie. Sans problème il n’y aurait pas de création. J’aime cette idée qui met à mal une conception que je juge naïve des rapports entre question et réponse. La plupart des gens font comme si, pour toute question, une réponse attendait quelque part d’être citée à comparaître devant le tribunal de la raison. Je crois, avec beaucoup d’autres (dont Bergson), qu’une réponse n’est jamais qu’un problème bien posé – et que la réponse est beaucoup moins importante que le problème lui-même.




Fig. 2 - Henri Bergson (1859-1941)


>> Un problème est ce qui nous oblige à nous poser des questions, à adopter des positions (des thèses). C’est dans ce rapport, dans cette lutte de la pensée avec elle-même, que celle-ci rejoint la vie, la nouveauté. L’homme évolue et se structure dans ce rapport aux problèmes qu’il est capable d’inventer. Ce n’est pas une simple question d’adaptabilité, mais de nouveauté (Henri Atlan a de très belles pages sur cette question dans Entre le cristal et la fumée - ici).




Fig. 3 - Henri Atlan (né en 1931)


>> En ce qui concerne spécifiquement le monde du travail, je préfère te laisser le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Mais plus généralement, le « monde du travail » n’étant qu’une espèce du genre « monde humain », je crois que la discorde, la mésentente (pour reprendre l’expression de Jacques Rancière), le conflit, sont les vraies raisons, les vrais moteurs, de la politique (Jean-Jacques Rousseau ne dit pas autre chose dans le Contrat social). La concorde, la paix, peut être un idéal régulateur, une fin vers laquelle tendre collectivement, mais ce qui nous fait avancer, aller vers elle, c’est le désaccord, l’opposition. Ce que Kant nomme, en un bel oxymore, « l’insociable sociabilité » des hommes (in Idée [c’est ça un principe régulateur] d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique).

>> Si nous rapportons cette hypothèse à ce que je disais précédemment à propos des rapports entre la compréhension et le monde, entre la pensée et l’être, nous pouvons en inférer que nous continuerons à créer, à évoluer, à accepter la nouveauté, et donc à vivre, tant que nous douterons de pouvoir atteindre l’adéquation entre l’être et la pensée ; tant que nous douterons de la vérité.

>> De ce point de vue, le retour en force des intégrismes religieux est – de mon point de vue nietzschéen – une réaction contre cette valorisation de la création, de la vie, induite par les nouvelles technologies de la communication (la Toile notamment).

>> Ceci nous amène au troisième point de ta question. Je pense que le développement des media favorisant la communication favorise aussi l’émergence de nouveaux problèmes et, incidemment, une évolution possible de la pensée. Je rappelle cette formule d’Hannah Arendt que j’affectionne particulièrement (la formule comme son auteur) : « Penser c’est toujours prendre un risque ; mais ne pas penser c’est en prendre un plus grand encore ». Tout dépend ensuite du risque que sont prêts à prendre individuellement ceux qui sont connectés. De ce qu’ils sont capables de mettre en commun (je ne t’apprendrai pas que « l’être en commun » ce dit, en grec, éthique). De ce point de vue l’anonymat quasi généralisé des blogs (et autres sites) est de très mauvais augure.

>> Kant comparait la philosophie à un champ de bataille (Kampfplatz) ; aujourd’hui l’arène est planétaire mais les gladiateurs sont plus prompts à s’inter-congratuler, à se déclarer mutuellement leur amour pour le genre humain, qu’à échanger des idées, a fortiori les soutenir.

>> Pour le quatrième point, je ferai court : depuis quelque temps (deux ans) je m’intéresse particulièrement à l’isolement, pire à la désolation de l’individu qu’induit la modernité. C’est la philosophie de Condition de l’homme moderne qui m’a conduit sur ces chemins que je vois partir de Descartes et de Thomas Hobbes. Pour le reste (l’individu opposé au général et l’amour opposé à la haine), je préfère rester prudent, et donc garder le silence, car ces réflexions sont trop récentes et problématiques pour être (actuellement) exprimables et compréhensibles (y compris de moi-même !).

A : - En quoi, pour toi, la philosophie est-elle nécessaire ?

EF : - J’aime que la question implique sa nécessité. Je pense que tu as raison, c’est le cas : elle est nécessaire. En quoi ? Elle le prouve d’elle-même : elle est là depuis plus de deux mille cinq cent ans. Je dis cela car, si ce n’était pas le cas, elle mériterait de disparaître (tout ce qui naît mérite de disparaître). Elle est nécessaire car, comme art d’inventer des problèmes, elle est l’indispensable compagne de la vie (individuelle) qui n’est pas totalement convaincue (quel que soit l’objet de la conviction : politique, religion, argent, haine ou bêtise.). La philosophie est l’indispensable compagne de la vie qui n’est pas morte.

A : - Outre la philosophie, à quoi t'intéresses-tu ?

EF : - Il ne reste pas grand-chose puisqu’elle est partout !

A : - Certes. Un grand merci, Emmanuel.

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[1] L'on ne gère pas des hommes. L'on gère seulement des ressources, des moyens coûteux, capables de générer quelque chose, une fois mis sous pression (investis, injectés, employés), dans un circuit vivant (récursif - cf. vocabulaire). Que fait-on des hommes ? On les anime, avec des strokes ciblés. Avec des objectifs (toujours chiffrés). On les écoute. On leur donne du souffle. (Parfois, on les engueule). Pour autant, l'homme n'est ni une ressource, ni un capital. Pourquoi ? Parce qu'il est juge et partie de tout : à la fois émetteur et cible, en permanence. Irradiant, imprévisible, connecté. Vivant. Tout sauf une ressource. A signaler : ce débat concerne aussi les connaissances, ce patrimoine bougeant (vivant). Cf. knowledge management ~ barre latérale.

[2] Sciences dites exactes.

[3] L'observateur - en tant qu'humain - fait automatiquement corps avec ce qu'il étudie, qui en outre change d'état en permanence. Par la combinatoire qu'il entretient constamment avec son environnement. Voir les règles de la complexité.

[4] Optimisation de ressources. C'est-à-dire travail d'économie (gestion des forces) et travail d'impulsion (amorçage, entretien, relances) en vue de réaliser quelque chose (but, objectifs, finalités - regardez), c'est-à-dire de vivre. Dans un milieu. Avec les autres, c'est important.

[5] La cognition, c'est cette fonction (ou cet ensemble dynamique de fonctions) qui permet : 1. de recueillir un signal (une stimulation, un événement), 2. de lui donner un sens (décodage, interprétation personnelle - souvent inconsciente), 3. de le stocker quelque part (cf. Cerveau ~ barre latérale du blog), 4. de le faire vivre, c'est-à-dire de le laisser former un tissu réactif avec des tas d'autres choses, 5. de le convoquer consciemment (avec plus ou moins de succès, puisqu'il s'implante en grande partie dans l'inconscient) chaque fois que c'est nécessaire. Il faut ici rappeler qu'il y a au moins trois inconscients. Tout d'abord, l'inconscient cognitif, qui est la 'boîte noire' de l'intériorité, voire la partie immergée de l'iceberg, cet ensemble de processus que l'on ne peut identifier que quand un comportement (partie visible, étudiable) surgit. Cf. Burrhus Frederic Skinner. Il y a aussi un inconscient d'espèce, un instinct (voir Boris Cyrulnik). Puis, l'inconscient freudien, qui est ce lieu psychique (parlons effectivement de lieu - topos -, faute de mieux) où les contenus traumatisants passent à la trappe, et s'interconnectent entre eux, générant un sens qui échappe à la conscience. L'inconscient freudien ignore le temps : les éléments se connectent entre eux selon la seule loi du sens. Il y a une logique interne, complètement déconnectée de la chronologie de ce que vous avez vécu. Voilà pourquoi les choses anciennes font aussi bon commerce avec les choses plus fraîches. Voilà pourquoi aussi, selon l'insolite Carl Gustav Jung, les choses peuvent - de l'intérieur - faire sens, c'est-à-dire émouvoir. Et faire avancer, si l'on compte sur elles comme sur des alliées. Cf. Ombre.

[6] Etymologiquement, des dialogues qui parlent de dialogues.

[7] Vers une écologie de l'esprit, version gratuite en ligne [pdf].

[8] Descartes a, depuis, cédé le pas à Antonio R. Damasio. Voir pourquoi.

[9] Les biologistes, dont Atlan fait partie, forment - particulièrement en France - parmi les plus grands explorateurs de la complexité. Témoins les grands Henri Laborit et Joël de Rosnay (déjà salué par Absara). Tenez, une communication de Jean-Louis Le Moigne sur Atlan [pdf].  Read More


 Le sens, dans la complexité - 5e partieWed 26 Apr 2006
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[ << Complexité - 4e partie ] Le sens, dans la complexité - 5e partie [ Intelligence collective - 6e partie >> ]

<< Le chaos produit toujours de l'ordre. >>

Raoul Ruiz, metteur en scène d'origine chilienne, réalisateur du film Klimt - entendu aujourd'hui sur France culture (fichier ici, facilement enregistrable)

[ Le chaos peut avoir un sens, globalement et sur des échelles très longues, si l'on croit que le Réel (vaste système en vie profonde, bruissante ou sourde, intense, massive) tend vers une finalité pré-établie (et/ou construite voire ajustée en cours de route) - cf. Spinoza et l'idée de félicité comme fin en soi, ou bien Epictète, qui estime que les dieux ont créé tous les hommes afin qu'ils soient heureux ; ils ne sont malheureux que par leur faute. Dans cette optique, le chaos lui-même a une signification et une direction : les phénomènes se déploient pour tendre vers une harmonie durable. Un apaisement à un degré supérieur (évolution, stabilisation, puis jouissance ou alors placidité voire sentiment 'océanique' - selon que l'on se sent plutôt Occidental ou Oriental) | complexité | sur le Réel et sur le monde, lire Alejandro Jodorowsky, un vrai métaphysicien constructiviste, dans la ligne (indirecte) de Gregory Bateson ou Paul Watzlawick | Spinoza, quelques angles | culture et sens | le symbole, outil à attraper du sens | le sens est un logos, un classement des choses, ou alors une fulgurance qui fait évoluer par accoups : changements d'état de conscience ]  Read More


 Hercule - 2e partieTue 25 Apr 2006
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[ << Hercule, penseur latéral - 1e partie ] Valeur d'usage - 2e partie

<< Hercule aurait-il été Hercule sans les lions, les tigres, les sangliers, les brigands et tous les autres monstres dont il a purgé la terre ? et sans ces monstres, à quoi auraient servi ses bras nerveux, sa force, son courage, sa patience invincible, et toutes ses autres vertus ? >>

Epictète (fin du Ier s. ap. J.-C.)

[ Coaching | Epictète et la confiance en soi | Epictète, mentions | le stoïcisme | Hercule, un bel archétype par définition protéïforme (tantôt Chapeau vert, tantôt Chapeau rouge - cf. Edward de Bono, 1 & 2) | manager un Persévérant | voir aussi l'ennéatype Trois (Battant) de l'Ennéagramme - cf. barre latérale ~ Ennéagramme I & II ]


 Territoires - 3e partieTue 4 Apr 2006
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[ < 2e partie ] Territoires - 3e partie [ 4e partie > ]

<< [...] Pourquoi celui qui a la certitude de ne jamais manquer de rien [*] chercherait-il à posséder plus qu'il ne lui faut ? Ce qui rend en général les animaux cupides et rapaces, c'est la crainte des privations à venir. Chez l'homme en particulier, il existe une autre cause d'avarice, l'orgueil, qui le porte à surpasser ses égaux en opulence et à les éblouir par l'étalage d'un riche superflu. >>

Thomas More (1478-1535), avocat, moraliste et philosophe politique anglais. Cité par Philosophie magazine (n°1, avril-mai 2006).

[*] Dans la lignée de René Arped Spitz (1887-1974), l'on peut intégrer dans la liste des besoins les sacrosaints strokes.


 Confiance en soi - 1e partieMon 4 Apr 2005
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Confiance en soi - 1e partie [ Intra et extramotivation - 2e partie >> ]

Tout dépend de toi, mon fils (ma fille). Vous connaissez le refrain : c'est dans le diamant que cette assertion semble gravée. La bonne nouvelle, c'est que tout succès comporte une double joie : 1. les avancées produisent le 'mieux' tellement escompté, 2. la fierté du self made man (woman), elle, s'illumine comme une flamme olympique. C'est l'extase. Réussir, c'est mettre en oeuvre ses compétences. C'est aussi conditionner les choses pour qu'elles reçoivent la trace de notre identité. Celui (celle) qui réussit devient la preuve vivante du Quand on veut on peut. Sexy, politiquement correct, enviable. Mais un peu court : que dire alors des échecs ? Un fruit du manque de compétences ? du manque de volonté ? Pire : du manque d'ambition ? Passons les choses au crible. C'est dans la cité grecque de Nicopolis [En], que notre parcours fait aujourd'hui escale.


1. Une estime de soi adulte

En matière de direction de vie, c'est la voix du philosophe Epictète (Ier s. ap. J.-C.), jadis égosillée dans la péninsule de Preveza [En], qui résonne le plus nettement. Un appel à grandir. Les croyances de l'enfance, les injonctions, les rêves se ré-évaluent à la mesure de ce qui a un sens, de ce qu'il est POSSIBLE de faire. Outre les fantasmes. C'est là toute l'essence du stoïcisme, qui traite l'individu en adulte. Quoi qu'il arrive, devoir et lucidité dominent : il faut faire ce qu'il y a à faire. Mais aussi faire ce que la réalité dicte, c'est le pragmatisme. Ce que je dois et ce que je peux faire, tel est le coeur du plan d'actions.



L'ambition, Epictète l'aborde sous l'angle de sa propre condition, tellement spéciale. Il est esclave. Un maître sadique lui cassera le pied [1], tandis qu'Epictète ironisera sur la situation. (Quelle maîtrise de soi !) Alors qu'est-ce que réussir ? Dans quelle mesure la confiance en soi a-t-elle un sens ? Lui prend les choses à la base : Il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui ne dépendent pas de nous (voir ici). La croyance en la fortune [2], par exemple, est illusoire. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d'autrui. Une volonté étrangère, explique Epictète, peut nous en priver. C'est ce qui s'appelle se faire battre aux quatre vents : la fortune est de ce bois-là. Donner son énergie à ce qui dépend de l'extérieur - tellement chaotique - est une perte de temps et d'énergie, un danger pour la confiance en soi. Ce qui dépend de nous, estime l'esclave philosophe, ce sont nos actions, nos désirs, nos pensées. A l'inverse, ce qui ne dépend pas de nous ce sont les honneurs, la fortune, la mort [...] Bref, les choses qui sont le fait des autres et du chaos combiné (c'est la complexité, l'incertitude mouvante). Il faut donc savoir que seules les choses qui dépendent de nous peuvent être un bien ou un mal car il demeure en notre pouvoir d'agir sur elles. Le remède est simple : celui qui pense que seul dépend de lui ce qui relève concrètement de sa personne et que dépend d'autrui ce qui réellement dépend d'autrui, celui-là même ne se sentira jamais contraint à agir, jamais entravé dans - l' - action. Conclusion : bien détacher ce qui dépend de moi (de ma volonté, de ma sphère d'influence) des facteurs externes, eux qui - mal compris - peuvent me faire si mal. Je peux (et dois) économiser, et centrer, mon action, dixit Epictète, sur mes actions, désirs et pensées.

Il y aurait donc des déterminants externes et des facteurs internes, seuls leviers d'action véritables. Je peux envisager les zones dans lesquelles avoir confiance en moi. Le tranchant de l'estime de soi est sauf, lui qui s'exerce à bon escient.




2. La légitimité

Il est évident, par ailleurs, que je me sens confiant dans les zones où je me crois (à tort ou à raison) légitime. Ai-je le droit de faire cela : suis-je à ma place ? Un bon indicateur est le feedback (retour) que mon action suscite (pour savoir comment mettre à profit les feedbacks, voir ici).




3. Les signes de reconnaissance

Bien sûr. Si Napoléon rayonnait de confiance en lui, c'est parce que son entourage croyait en lui... et le lui disait. Tout autant que d'oxygène, j'ai besoin de strokes. Mon lien aux autres a un indicateur : les signes humains. L'homme est un support à contacts.




4. Conclusion

Si j'ai un problème de confiance en moi, je considère que : 1. tout ne dépend pas de moi, 2. les facteurs de valorisation à considérer sont (exclusivement) ceux où je peux faire du bien, actions, désirs et pensées, 3. la légitimité de mes actions est rigoureusement fondée, feedbacks à l'appui (beaucoup sont analysables et mesurables), 4. les strokes me viennent ou me viendront : l'activité humaine est un maillage de signes interpersonnels.

Courage. Courage et rationnalité...

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[1] L'on a beau dire, le management systématique - à l'époque - était des plus balbutiants.

[2] Réussite publique et professionnelle.

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