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 On Romey ça ? - 2e partieTue 30 Oct 2007
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700, c'est le nombre de contributions dans ce blog. La dynamique de groupe ? Le thème du présent et 700e billet.

C'est parti.

M'est avis que quand un modèle est simple, il dégage une puissance : l'exploiter revient à se brancher sur un gisement sourd, qui percute le système nerveux. Comme pour mieux le stimuler. Alors je vous parle ici d'un chercheur que j'affectionne. Il est pour moi un géant de ce siècle naissant, il est Français, c'est Georges Romey. Ce qu'il dit dégage, à mon sens, une puissance archaïque, que valident immédiatement l'intuition et l'expérience. Nous avons, vous vous souvenez, parlé des métaphores physiques ou biologiques dont la psychologie se sert pour illustrer sa dynamique, ses lois. Faisons donc un tour par ce que Romey nomme le besoin de maintien (homéostasie) et la pulsion d'évolution (entropie, poussée vers un dépassement de soi). L'on a vu à maintes reprises combien le changement de degré 2, cette métamorphose ou changement profond (cf. Palo Alto), était inscrite en germes dans tout système. Pourtant, sur le terrain, le conservatisme est souvent plus fort que la légitime ambition de mieux faire. L'accrochage aux acquis supplante et coiffe la poussée, toutes les entreprises connaissent ça.

Individus et systèmes ont des semelles en plomb. Pourquoi ?

La collecte anthropologique la plus rudimentaire fait voir qu'un enfant - naturellement - se porte vers un mieux-être, un mieux-comprendre (cf. Jean Piaget). C'est donc comme expérimentateurs que nous venons et nous développons au monde. Viennent alors les chapes de plomb, pour paraphraser Eric Berne : le facteur social ou parental nous dirige vers la dialectique permis/interdit. C'est donc un aiguillage imposé. Les renforcements (félicitations-récompenses) nous renseignent vite sur ce qui est socialement souhaitable et souhaité pour nous. Couplez ce conformisme encouragé avec l'intuition que la vie se finit par la mort (ce que les philosophes qualifient de contingence métaphysique ou de sentiment de finitude), bref la force qui nous bloque au sol est bien là : se fonder sur l'acquis devient une façon de vivre. Certes tout système tend à se maintenir, pour garder avec lui l'ensemble de ses parties (cohésion) et les tenir dirigées vers la jouissance et le maintien collectif de sa forme. Bien sûr. Pour autant, chez l'homme, l'homéostasie (individuelle ou groupale) est un régime aveugle.

Quand le discernement ordonne de changer, les pieds - comme toujours - s'alourdissent. Changer devient dur.

L'on se réfèrera au grand Kurt Lewin et à sa cartographie des forces parties-prenantes du changement. David Gleicher et Serge Moscovici sont également de vrais bons prophètes, très concrets. Pour autant, c'est à Romey que je veux revenir. Et je le complète avec Berne.

Regardons bien. Si j'en crois le psychothérapeute français, la poussée d'évolution est un fait : elle nous habite. Il suffit alors de la libérer, tel le phénix qui surgit du bambou (l'esprit) sur lequel on tape. Comment faire en vrai ?

Il faut, je crois, donner à manger au besoin de maintien, en lui racontant des choses précises. Lui, il est terre à terre : il a besoin de certitudes, c'est la visibilité dans le temps qui le motive. Un plan par étapes, une clarté cognitive façon Berne, c'est le pré-requis absolu. Dans le même temps, il faut exciter cette énergie d'autodépassement qui sommeille et se languit. Comment ? En accentuant le sentiment d'ennui, de morbidité, de délitement qui menace la situation en l'état. Le mécontentement larvé (frustration) est un moteur qui peut tout emporter (cf. révolutions).

Et là, je termine en recommandant à nouveau les travaux de Gleicher et Moscovici sur le management du changement pas à pas. Il permet à la fois de rassurer les pieds et de canaliser la frustration dans une gangue d'évolution : un chemin s'ouvre.

Excellente soirée.

[ Pêle-mêle - La poussée d'énergie, un élan de libido ? | Le phénix souverain, un animal qui transcende le flegmatique chameau et l'instable et impétueux lion de Nietzsche ? | Le Grenelle de l'environnement, une incitation à changer en vrai ? ]


 Vrac - 1e partieMon 20 Dec 2004
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Vrac - 1e partie [ Le goût âpre du cycéon | Vrac de janvier - 2e partie >> ]

1/5 - Pater familias

Bon, je ne dors pas puisque ma fille... non plus. Sa maman, crevée, me demande de consoler le fruit de notre union... ce qui me réjouit ! Cela me rappelle les toutes premières semaines, où mon bébé s'endormait au simple contact de mon poitrail animal. J'avais le sentiment d'une utilité apaisante, comme celle d'un boeuf qui chauffe l'étable (le premier qui me taxe d'âne gris, je le broute). Allez, rebelote : les grands pleurs sont revenus, je vais pouvoir me rendre utile. Voilà chose faite. Rien de bien excitant à la télé. Alors... weblog. (Il faut que j'arrête avec ces points de suspension, on dirait du Céline... !!!! .... !!!!)

2/5 - Poissons-paniers

Corbeille, corbeille, corbeille. Je me disais bien... Je lis quelque chose comme douze ou quinze bouquins à la fois, érigés au pied du lit comme une tour de Babel bancale. Et cette histoire de trois corbeilles me titille une zone cérébrale, un peu endormie (tu m'étonnes). Les Trois corbeilles, évidemment ! Il s'agit d'une somme bouddhique rédigée en langue påli, trois mois après la mort présumée du Bouddha, sur des feuilles de palme. Preuve qu'à l'époque - question stockage, on était à fond branché écologie. Vous me suivez ?

Mouais. Autres temps, autres moeurs : les trois corbeilles, en organisation, c'est cette méthode qui divise les documents en trois catégories. Bien sûr, ce type de classement touche tous les métiers, tous les services, tous les bureaux. Une panacée. C'est à un médecin - en parlant de panacée -, que je l'ai recommandé pour la dernière fois. Le malheureux croulait sous la documentation technique, commerciale et administrative. Il allait presque mourir, à l'étouffée. Dix minutes par jour, pour juger si chaque imprimé mérite la voie "A classer" ou le processus "A jeter". Allez, raus ! (Docteur, si votre municipalité le permet, optez pour une poubelle à tri sélectif... sinon changez de ville.) Mes amis, la catégorie "A faire" est la plus simple : c'est ce qui a un sens pour votre boutique, votre métier voire vos envies. D'une simplicité affligeante.

3/5 - Gaston, y'a Erikson qui son'

Du coq à l'âne, je vous propose d'aborder les ' huit crises psychosociales ' du psychanalyste américain d'origine allemande Erik Erikson (1902-1994), père de la psychanalyse culturelle. Pour les fous de sciences humaines, le courant eriksonien est cette tendance qui, notamment, reproche à la psychanalyse le primat qu'elle accorde à la sexualité. – Attends, tu m'exliques le lien avec ta fille, les corbeilles et tutti quanti ? – Ben, y'en a pas. – Pourquoi ? – Parce que. – Ok. – Voilà, t'es gentil.

Erik Erikson n'est pas le père des téléphones portables. - Attends, mec, trois corbeilles, huit stades à la gomme et en plus tu traînes ? – Ben ouais. – Pourquoi ? – Parce que. – Ok. – Merci. Erikson, rapporte le psychologue Jo Godefroid, estime que la personne - est - amenée périodiquement à affronter de nouvelles tâches développementales , résultat combiné de l'intégration des facteurs biologiques et de l'impact des pratiques éducatives, dans un contexte socioculturel donné. J'aimerais bien vous faire une cartographie des processus pour vous représenter les huit étapes avec les succès et les stagnations, mais là... non. Sachez que l'être humain est amené grosso modo à sortir par le haut ou par le bas - c'est selon - des huit crises que sa vie lui présente. L'intérêt, dans une organisation, c'est de pouvoir se demander si le collectif n'est pas en train de passer une crise de type 5, 3, voire 1, pour les institutions les plus jeunes (ou les plus névrosées). Même constat pour les collègues : la nénette en crise 4 se gère différemment du coco en crise 7. Vous comprenez. Alors, voilà :

1e crise | + confiance - méfiance,

2e crise | + autonomie - honte, doute,

3e crise | + intitiative - culpabilité,

4e crise | + travail - infériorité,

5e crise | + identité - confusion dans les rôles,

6e crise | + intimité - isolement,

7e crise | + générativité (extraversion, pédagogie, altruisme) - stagnation,

8e crise | + intégrité personnelle - désespoir.

Pertinent...

Esprit du tri sélectif, tu es partout puisque ce modèle - au demeurant passionnant - recycle et recycle encore. Même si, chez les psychologues, l'on ne sait jamais qui s'inspire de qui. Regardez bien : l'on retrouve la pyramide des besoins d'Abraham Maslow (1908-1970), également en vogue à l'époque, ainsi que la psychologie du développement. Allez, au pied levé : Jean Piaget (1896-1980) pour les stades et Henri Wallon (1879-1962) pour les crises (voir ici).

4/5 - T'as Bühler à laquelle tu rentres ?



Fig. 1 - Charlotte Bühler


A lire Jo Godefroid, je puis vous dire que l'allemande Charlotte Malachowski Bühler (1893-1974) prolonge singulièrement les travaux d'Erik Erikson. Le moteur du développement ? L'intentionnalité, héritée du pape de la phénoménologie : Edmund Husserl (1859-1938). Ce qui donne, en termes de stades de développement :

Phase I | vit dans le présent, absence d'objectifs [ note - typique de certaines entreprises ],

phase II | intentionnalité des grands projets, des grandes tentatives [ cf. Vivendi ],

phase III | objectifs clairs et précis [ attention au côté roboratif et/ou directif, exagérément centré sur la tâche ],

phase IV | bilan intermédiaire, ajustement ou re-définition des objectifs [ la structure mûre, souple et humble ],

phase V | bilan final, recherche de plaisir, de détente et/ou de cohérence existentielle [ institutions vénérables, qui gèrent un portefeuille de fidèles habitués, friands de loyauté réciproque, de valeurs(*), d'appartenance ].

Intéressant, également, pour la dynamique de groupe : quelle intentionnalité manifeste Untel ? Quelles sont ses aspirations ? Quid de ses territoires, prérogatives et attentes face au projet ? Vaste programme.

5/5 - Vaillance chancelante

Chez Jo Godefroid, et j'en termine ici, l'excellent George E. Vaillant (voir ici), a également bonne presse. Le refoulement et le déni de nos vélléités psychiques trouve - au fil de la vie - des formes sages et élaborées. Où en sommes-nous chez Machin SARL ? Quels comportements sont encouragés ? Plus prosaïquement, quel comportement mes acolytes affichent-ils en réunion ?

L'éminent professeur de psychiatrie relève cinq traits de maturité :

1. La suppression | reporter un enjeu ou une tension psychique à plus tard, au moment opportun,

2. l'anticipation | modeler l'organisation présente en fonction du futur,

3. l'altruisme | investir de l'énergie dans la rencontre et la satisfaction d'autrui,

4. l'humour | aménager une distance intellectuelle plaisante, confortable à tous,

5. la canalisation | déplacer l'énergie d'une tension dans un domaine a priori plus intéressant.

Eh bien moi, je vais me déplacer jusqu'à mon lit. Ce qui me permettra de ne pas mûrir trop vite. Je suis très, très, très "besoins physiologiques", en ce moment. Et puis, tout le monde me dit que j'ai les yeux au niveau des genoux. Déjà que je perds mes cheveux... Ciao !

(*) Allez, faites-vous plaisir : c'est ici qu'une relecture de Taibi Kahler s'impose.

[ La maturité sur une tâche, façon Paul Hersey & Kenneth H. Blanchard | les trois corbeilles du panetier d'Egypte | panorama, tenu à jour, des typologies mentales et psychosociales utiles à la dynamique de groupe | les psychogénéticiens | comment Pierre Mias traite les cheveux gris ]