Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: pragmatique

Management & performance humaine | Motivation | Organisation & plannings stratégiques | Dynamique de groupe | Intelligence collective & réseaux

 Fourberies de Scapin - 3e partieSat 16 Dec 2006
0 comments
picture

[ << Jeux psychologiques | les chaises | dix bonnes façons d'être pragmatique | Cheval de Troie - 2e partie ] Fourberies de Scapin - 3e partie [ Aider pour de vrai - 4e partie >> ]

Il y a un copyright sur cet article.

~
La main qui fait mal


C'est Anna Freud, la fille de son père, qui - dixit Cyrulnik - disait qu'il y avait deux sortes de déflagrations dans un choc psychologique. Bien sûr la brusquerie blessante, le argh, et puis l'image sociale du traumatisme. Vous savez : le regard des autres. L'expérience montre que c'est davantage cette deuxième violence, diffuse et décevante, qui fait du mal. Ok. J'ajoute que dans l'économie c'est pareil. Et là, c'est Nietzsche qui vient à l'esprit : On a mal observé la vie si l’on n’a pas vu aussi la main qui, avec mille ménagements, assassine. Qu'est-ce-à-dire ? Que le pessimisme est roi ? Quelle horreur. Le pessimisme est une gnangnanterie chronophage : il vaut mieux la joie de vivre (tous azimuts) et la lucidité. Un coeur et une tête, une tête et un coeur. (Et du rythme, et de la vibration.) Coeur, tête et puis mains. Parlons des mains. La main, vous savez ? Cette main que l'on serre, professionnellement. L'on a déjà vu en quoi les fourberies professionnelles, venant par définition de collaborateurs proches, pouvaient heurter. L'entreprise est un milieu qui dérouille. Et, pire, qui trahit. Croyez-moi ou non : ces quelques derniers jours, trois professionnels [1] que j'estime m'ont confié les coups de poignard que leur ont donné ces mêmes mains qu'ils ont sérrées. C'est incroyable. Et c'est parlant.

Il y a, je crois, deux catégories de mains. Celle qui, fait étrange, vous donne envie - sitôt empoignée - de recompter vos doigts à la fin, pour voir si l'individu ne vous a rien volé. Ca c'est facile : le gars respire le vol et le coup tordu, comme une manipulation qui se sent de loin. Ok. Il y a, à l'inverse, la main du joueur : celle-là est plus difficile à palper. Franche et volontaire, cette main vous inspire... pas grand chose. Ou alors quelque chose de professionnel. (Sympathique ? Pas sûr.) Que dire ? Cette main affiche des voyants collaboratifs au vert : cela peut marcher. Mais c'est vite (ou pas vite, c'est selon) une triangulation qui vous tombe dessus. Et un truc à trois angles, ça fait des bosses.

Vous vous souvenez de Stephen Karpman ? Oui, c'est lui. Son ménage à trois est un classique : une victime, son bourreau, le sauveur de la victime. Et à chaque endroit du triangle une fonction puissante, que les trois parties-prenantes incarnent à tour de rôle. Chacun connaît les cartoons, ce reflet drôlatique des passions humaines (projections, rêves, pulsions - érotiques ou agressives). Eh bien, les changements de rôles (la valse) qu'opèrent Titi, Grosminet et le bouledogue chargé de veiller sur Titi sont une illustration correcte de ce que Karpman désigne comme une machine à souffrir, un système morbide.

Alors que dire ? Eh bien que la main fourbe, celle qui passe son temps à combiner, à exploiter les failles d'un sauveur potentiel (ou d'une belle gueule de victime) sait tout à fait vous paraître fiable, dans un premier temps. Puis fragile peu de temps après (elle incarne la victime) : vous aidez ou accordez de votre temps (c'est pareil) ou vous ouvrez à elle (c'est encore pire) et là, paf elle se fait bourreau-étrangleur. Elle vous dépèce. Sous l'oeil d'un sauveur, bien sûr, qui est décontenancé puisque vous incarnez, en réaction, le bourreau-qui-se-défend-bec-et-ongles. Résultat : la vilain, c'est vous. La victime c'est l'autre. Et le sauveur vous sanctionne moralement, devenant à son tour un bourreau (le zozo du départ jubile). La boucle se boucle. Sauf qu'elle ne se boucle jamais : c'est un jeu. Le jeu tourne, c'est sa vocation. Sa vocation, c'est de servir les intentions manipulatoires d'une, de deux, voire de trois parties-prenantes (même une victime peut jouer de sa vulnérabilité - c'est le cas, dans les contes, du Petit Chaperon rouge qui sait tout à fait "vendre" sa sauce au chasseur-persécuteur de loups). Les parties-prenantes de ce carrousel de la souffrance ? Elles sont toujours liées. Cherchez une victime, vous verrez toujours - dans son nuage relationnel - un persécuteur et un chevalier blanc, qui veille avec son épée.

Rien de tel qu'un associé pour prendre une place là-dedans. Un conseil : méfiez-vous. Plus que le palmarès, regardez l'âme. Et quand vous serrez une main, prenez le pouls du coeur de chair qui bat dessous. Et regardez l'oeil [2], qui est la fenêtre de l'âme. Le discernement. Voilà la vertu cardinale.

Reconvoquons Anna Freud. Et concluons sur la double-peine, ce morceau de souffrance en deux fois. Vous savez ce qui fait le plus mal, en plus du regard des autres ? La honte et la confusion : quand on a été "joué", l'on se déteste. Et le pire, pire, pire de tout, c'est qu'on estime avoir été - à un moment ou à un autre - à la place du bourreau. Place que la "victime" à poil de loups vous avait si chaudement préparée.

Ah, la main assassine. Vous auriez dû garder la vôtre dans la poche. Un signe de tête (lucide et poli) aurait mille fois suffi...
__

[1] De trois secteurs différents.

[2] Citation biblique.

[ Comment se sortir des griffes du loup ? En lui montrant que vous avez tout compris, finement (ce qui est une sorte de jeu). Vous savez ? Par le sourire narquois, qui montre que vous êtes - vous aussi - de cette pseudo-race des seigneurs que les manipulateurs affectent tant. Montrez-lui en outre que vous avez des alliés. Non pas des sauveurs, mais des troupes fraîches. Capables elles aussi d'en découdre. Dernier conseil : gardez la tête froide et rationnelle tout le long. L'individu va peut-être vous pousser à la faute, ou bien vous bousculer, vous menacer. Vos atouts définitifs : force, lucidité, maîtrise, alliances. Et dissuasion : Cherche-toi un vrai pigeon, moi je suis tout l'inverse... et je tire gros. Tout en gardant le sourire, bien sûr : le chef, c'est celui qui tient bon. Et c'est celui qui a de l'humour. Point de morale, là-dedans (jamais !). Que de l'humanité, et du rapport de force. Le jeu n'en valant plus la chandelle, l'animal va se trouver un autre plateau de cinéma psycho-émotionnel, un peu plus loin. Observez-le se ruiner la santé. Et si l'on vous demande votre avis sur l'individu, donnez-le : sans fard, sans pincettes. En vrai. Seulement les faits. | Lisez absolument ce qui se joue dans un groupe, au plan psychologique - Anne Ancelin Schützenberger (sociométrie, psychodrame et projections diverses), Sigmund Freud (tensions de l'oedipe réinvesties dans le groupe - cf. Claude Pigott) et Taibi Kahler (les drivers du Promoteur, par exemple) font des éclairages fiables et précieux sur la question | cinq idées fausses, tellement fréquentes, tellement douloureuses : 1. il va bien changer un jour, 2. je vais l'aider à sortir de sa morbidité, 3. ma blancheur de colombe (ou ma réputation) va m'aider - aux yeux des autres qui me jugent - à m'en sortir tout seul, 4. je reste tranquille, il va bien finir par se lasser un jour, 5. il va respecter mon intégrité de personne humaine, responsable ou noble, fiable et droit(e) dans mes bottes (que nenni, il interpète cela comme de la faiblesse - et la faiblesse, ça l'excite) | en prévention - je suis sérieux - déjeunez avec un candidat au rapprochement, l'on y voit beaucoup de choses ; et ne payez que si vous êtes obligé(e) | quelqu'un qui intrigue est quelqu'un qui a du mal à trouver sa propre chaise, alors il en vole une, en tire les bénéfices, jouit ensuite du jeu dans lequel se lancent les autres, puis vole une autre chaise, ici (c'est mieux), ailleurs (au besoin) | dès qu'il y a rivalité (absence de chaises enracinées), il y a vol, il y a jeu | quand il y a manipulation, il faut se poser la question de la place (la chaise, incarnation du regard positif des autres, du territoire donné et du statut solide et reconnu de la personne), du sens (ce qu'exister veut dire - croyances et valeurs) et aussi de la trajectoire puisque le défaut de chaise se traduit par l'errance et la rapine, avec son corrolaire, le jeu (la manip') | il y a dans la manipulation, l'errance, le vol et le travail de sape la même énergie désespérée à se hisser quelque part, par manque chronique (ou subjectif) de place : les manipulateurs sont des coucous, vous savez l'oiseau qui, faute d'en avoir un, vole le nid des autres | toute guerre larvée est une tentative de (re)trouver une place quelque part, de se fixer... en vain | c'est un travail sans fin | ah, Bad Lieutenant - vous vous souvenez sûrement de cette figure cinématographique de l'amour, cette religieuse, qui explique à Harvey Keitel que ce que les violeurs lui ont fait, c'était une façon pour eux de se servir faute d'avoir (à tort ou à raison) été servis en sécurité affective, en amour | ce que les parents font de bien en comblant les besoins (et pas forcément les attentes) de leurs enfants | les manipulateurs recherchent une limite (un père, une Loi, un stop, les frontières de la vie s'arrêtent ici, maintenant vis dedans), une affection indeffectible (une maman) et une sécurité statutaire plus une reconnaisance (une chaise) - sinon, c'est l'insécurité, l'angoisse sourde, la faim morbide (qui coupe la sensibilité aux autres), l'envie de razzia et le rapport de force interminable | voilà pourquoi il faut un chef dans une entreprise | le chef garantit la concorde, la protection des faibles contre les manipulateurs, et la direction générale de ce bateau vivant et parfois discordant qu'est l'entreprise | le chef coupe les petits potentats à la racine, les leaderships spontanés du P'tit D | de son côté, le manager, c'est le pivot charnel, c'est celui qui anime et mobilise les troupes au moyen de strokes positifs et négatifs ]


 10 bonnes façons d'être pragmatique - 2e partieMon 27 Jun 2005
0 comments
picture

[ << 1e partie ] 10 bonnes façons d'être pragmatique - 2e partie [ Se sortir du piège d'un manipulateur proche | Vendre autrement - 3e partie >> ]

Chose promise, chose due. Je vous confie mes 10 principes.

1. Manger avec ses interlocuteurs. C'est très archaïque : il y a presque un côté animal derrière ça. La bonne nouvelle, c'est que ça marche au-delà des espérances. A table, beaucoup de choses se disent, s'échangent et se partagent. Vous percevez mieux ce qui fait vibrer l'autre. Est-il fiable ? sincère ? investi ? franc ? chaleureux ? Quelles sont ses passions ? A-t-il vraiment fait toutes ces choses ou bluffe-t-il un coup sur deux ? Vous touchez là à la finalité privée : vous entrevoyez ce que l'autre a 'dans le ventre'. Faites l'expérience : invitez un futur collaborateur ou associé à déjeuner. Beaucoup de choses se décantent (pour vous) à l'issue du repas. Choisir les yeux grands ouverts passe ici par les avoir aussi gros (aussi réceptifs) que le ventre. A digérer.

2. Adaptez-vous aux VIP's locales. Ces very important persons ont dans leur bagage le savoir-faire local, les usages, les clefs d'entrée. De plus, elles ont la 'langue' qu'il faut : le juste ton, les mots forts, les prédicats du jargon industriel ou commercial. Très, très précieux.

3. Aiguisez vos atouts. Certains excellent là-dedans. Je pense au chanteur de rap américain 50 cent. Son enfance est digne de Cosette, en plus stupéfiant. Mais le gosse était intelligent. Et fin observateur des démarches à succès. Que pensez-vous qu'il arriva ? Cet artiste doué, élevé à l'école de la vie, fit de ses trois ou quatre atouts des leviers surpuissants. Dans une interview sur MTV, il déclara que son succès tenait 'seulement' à (tenez-vous bien) : 1. la musculature de son torse (si !), 2. le changement de direction artistique après chaque disque, pour étendre l'amplitude commerciale au maximum, 3. la délégation de la marque '50 cent' à toute une armée de professionnels du marketing qui la déclinent à toutes les sauces, 4. la sélection impartiale (en parfait blind test, sans les pochettes) des groupes que le chanteur produit, il applique là la bonne vieille règle de la qualité. Sélectionner un contenu. Ce gars-là est génial : son exemple est plus parlant, à mon sens, qu'un cours de stratégie à la Harvard Business School.

4. Encouragez les autres à vous voir 'en tant que'. C'est Kofi Yamgnane qu'il faut écouter : Les Français votent pour vous si et seulement s'ils vous imaginent... en tant qu'élu. Ils ont besoin de se représenter la fonction et vous dedans. Ils vous "voient" à ladite place : c'est à cette condition seule qu'ils vous donnent leurs voix. Sa vie, de galères puis de succès, vaut celle de 50 cent. En plus altruiste, peut-être.

5. Ecoutez beaucoup. Et mettez-vous au diapason de ce qui se dit, particulièrement dans le cas 2. Ca fait travailler la tolérance, l'écoute active et l'empathie. En cas d'embarras [*]... souriez. Franchement, honnêtement. Gentiment. La finesse est une vertu, appréciée à la tablée des rustres comme chez les grands. L'on peut être intègre et chaleureux. Adulte et réservé. Classe et calme. C'est de la courtoisie : un classique. Je vous donne mon avis - l'on vous pardonnera d'être ambitieux, jamais d'être mal élevé.

6. Faites des cadeaux ! Les Japonais en raffolent, les Européens se les montrent à l'envi. C'est important, ça fait plaisir et ça ancre un bon souvenir (exemple... un bon repas, cf. 1.).

7. Ah, très important : soyez aimable avec tout le monde. Rien de plus arrogant que de saluer les nantis et de snober les petits. Une fois encore, le mufle a une espérance de vie limitée. Ce qui est bien normal.



8. Le discours vaut, lui aussi, son pesant de gibier gras. Conseil d'ami : écartez tous les Honnêtement, Déontologiquement et autres éléments creux, pseudo-éthiques, résolument mous du genou. L'éthique, ça se vit. Et encore, du mieux que l'on peut.

9. Comblez les besoins. Vous constatez qu'il manque un petit quelque chose dans un contexte donné ? Allez-y franchement : la meilleure garantie de réussite, c'est là où on a besoin de vous. Coût énergétique du pionnier : 100. Coût d'amélioration de l'existant : 25. CQFD.

10. Pour finir, le conseil le plus important qui soit. Jamais, je dis bien jamais, ne succombez à la calomnie. Untel vous donne des ulcères et vous fait pousser des pustules ? laissez-le s'écrouler de lui-même. Passez à autre chose. Le monde est suffisamment riche et beau pour avoir à y faire des choses. La justice ? Bof, coûteuse et usante. L'aventure, elle, est gratuite. Et excitante.

Avisé, chaleureux, simple et cool. Comme le dit Yoda, cette bonne ligne de vie tu respecteras.
__

[*] Il faut ici que je vous narre ce déjeuner d'affaires, tenu il y a quelque dix mois dans notre bonne Ville rose. Un interlocuteur, fort cultivé, développait habilement son point de vue, de manière rigoureuse et documentée. A ma tablée, un homme du terroir - très, très puissant - aspirait du pâté, du vin rouge et roulait ses yeux proéminents pour rythmer un quelconque mouvement intérieur, difficile à interpréter. Croyez-moi si vous voulez : cette notabilité rugueuse, quasi san-antonionesque, profita d'une rare pause dans la parlante de l'autre pour lancer - en direction dudit orateur - un massif Hé, il se touche l'autrrre ou quoi ? Gêne absolue, silence total. De mon côté, que fis-je ? Je souris. Sans plus. Aimablement. Puis - grâce au Ciel - un brouhaha touffu et rassurant revint tapisser nos existences pénibles, suite à ce sacrilège trempé dans le gros sang du boudin. L'honneur était sauf : je pus de nouveau vivre. Merci la maîtrise. Merci le sourire discret, classe et bien élevé : tiliiing ! Qué galère...

[ Image (c) Saveurs.sympatico.ca | Les carnets ? Ah, une belle histoire d'écrit, tenez : Un Cantique pour Leibowitz - Walter M. Miller | pour ce qui est des conseils sur l'entreprise, je vous recommande absolument ceci ]