Trois. Et même s'il y a des milliards de façons de décider, il y a peut-être trois fulgurances - trois chemins mentaux vifs - qui permettent de le faire proprement. C'est-à-dire de résoudre des choses.
Alors, on le sait, la décision, c'est le domaine du stratège, qui pense, imagine, constate, ressent et voit dans un contexte tendu. Et finalise son être (avec des priorités tout de même) vers un succès. Vers un mieux. Vers une position haute, ou solide. Tout ça au sein d'une creuset bouillonnant de rapports de force.
Gros boulot.
Edward de Bono, grand psychologue actuel, concret, consultant pour des organisation internationales, indique à quel point nous réfléchissons généralement mal (cf. éducation, institutions, conformations sociales, etc.). Son Réfléchir vite et bien décrit avec clarté comment fabriquer des solutions. Actions réalistes qui produisent du fruit [1]. Actions qui dépassent de loin la stérile Tragédie des communs. Actions utiles.
C'est simple et créatif. De Bono décroche encore une palme.
Décider ou se décider doit convoquer des forces (des capacités) et non les disjoindre, les mettre dos à dos, les faire entrer en dialectique [2]. Il est évident que chacun voit les choses différemment, avec son filtre à lui (son style, ses préférences). Comprendre que le malentendu est inhérent à tout ce qui anime un groupe est le point de départ, la base (cf. Conflits - Comment les résoudre, du même auteur). Alterner les points de vue, passer méthodologiquement par les différentes couleurs de l'arc en ciel, permet justement d'avoir un spectre complet, qui économise de l'argent, du temps, des procédures, et permet au leader d'avoir un arc décisionnel pratique et fiable (en même temps qu'il permet aux uns et aux autres de recevoir les feedbacks au travail, feedbacks psychologiques dont ils ont besoin).
Laissons le grand de Bono. Laissons un peu ça. Et reprenons du champ : je vous ai parlé de trois méthodes en gros, les voici.
La première est compliquée. Elle liste des éléments, les fait dialoguer entre eux, elle pèse le pour et le contre. Elle est rationnelle (ex. : choisir une voiture d'entreprise). Son intérêt ? Majeur pour des situations simples, où se combinent des valeurs en nombre limité, faciles à identifier (prix, look, performances, utilité, impact sur l'environnement, etc.). Outil emblématique : la liste-papier avec les plus et les moins. Un bilan (une addition, par exemple avec des coefficients) permet alors de trancher.
La seconde méthode est complexe. Elle marie beaucoup d'éléments qui, de plus, changent au fil des journées (tout peut fluctuer). Question possible : le choix d'un associé. Il y a tellement de choses à considérer chez Paul et chez Rémi (ambition, moralité, compétences, gentillesse, disponibilité, etc.), ces choses sont tellement fluctuantes et interactives (la situation de son fils rend parfois Paul taciturne), qu'il vaut mieux - dans l'appareil cérébral - écouter son propre hémisphère droit. Vous savez ? Celui qui voit les choses en général et dégage une impression (une intuition). Ici, la liste-papier devient vite un chantier. Soit vous la transformez en mind map, interactive et colorée, soit vous prenez le temps d'écouter les rapports de synthèse que vous fait votre cerveau droit (je trouve et ensuite je cherche). Outils recommandés : la discussion avec un proche, la méditation, le rêve nocturne, les loisirs décalés, qui amènent leur lot de digestion personnelle, d'écoute de soi, d'écoute des autres.
Il y a un troisième chemin. C'est le questionnement mental des facettes (des dynamiques) qui composent notre personnalité. Comme elles ont toutes une façon de voir le monde, et que tous ces styles ont une utilité (ce sont des ressources), chacune peut (doit) avoir voix au chapitre. À la suite de Taibi Kahler, ce père de la PCM, renforcé dans son modèle par les travaux de la Nasa, eh bien le psychologue français Gérard Collignon propose, en cas de questionnement aigu (ou qui dérange), de faire un « tour du propriétaire ». Dans une vidéo datant de 2000, Collignon recommande d'interroger à tour de rôle (dans sa tête) les six grandes tendances que nous avons tous en nous. La première statistiquement (pour une population occidentale) est celle qui fait la part belle aux sentiments, au bien-être avec les autres. C'est celle de l'Empathique. La seconde, par ordre d'importance, répond aux besoins du Travaillomane, qui recherche les faits, la maîtrise des objectifs et du temps. Il est rationnel. La troisième, c'est une vivacité, un amusement, une interactivité joueuse avec les autres : bienvenue au Rebelle. Quatrièmement, accueillons le Persévérant et ses impératifs de fiabilité, de conviction, d'engagement personnel, d'opinion, de morale. La cinquième tendance nécessite du calme, de l'introspection, de la recherche intérieure féconde et calme (imagination), en même temps qu'une date-butoir pour livrer enfin ce ressenti des profondeurs, nous avons là le Rêveur. Puis, pour terminer, place au Promoteur, qui recherche l'action, la séduction, le rapport de force, le défi changeant, le pragmatisme et cette piquante électricité qui fait ressentir la trépidante course de la vie.
Nous avons là un canevas riche. Avant de prendre une décision importante, je me demande :
| quel bien-être je peux envisager pour les autres et pour moi-même,
| quelles solutions concrètes (quels faits) peuvent venir se mettre en place au quotidien,
| quelle interactivité ludique je peux vivre avec mon environnement,
| quel type de conviction chez moi (et quel genre de fiabilité chez les autres) les choses peuvent garantir,
| quel contenu profond, quelles images peuvent découler,
| quels défis excitants telle ou telle option fait surgir.
Une impression, une force alimentée, une idée se fait jour. C'est quelque chose qui me ressemble : je peux y aller.
Je me sens bien.
__
[1] Ou, plus prosaïquement, qui ramènent les chiffres-terrain vers la ligne d'objectifs désirée (cf. résolution de problèmes).
[2] Revoir ce qu'Edgar Morin dit de cette opposition systématique entre un oui (thèse) et un non (antithèse), pressentis pour accoucher d'un oui mais (synthèse), coûteux en énergie, en débats, en fâcheries, en temps. À la dialectique, il préfère évidemment l'approche dialogique, qui vérifie s'il y a des et (éléments de conjonction, de coexistence logique, de synergie). C'est le fameux : c'est compatible, qu'on constate tous les jours.
[ De Bono, le site | Balayage intérieur - Une autre approche peut, par exemple, convoquer les quatre Moi d'Alexandro Jodorowsky (ici), qu'en pensez-vous ? | penser, c'est se situer soi-même dans un contexte ; réfléchir, c'est produire des solutions - c'est très voisin puisque se penser soi-même c'est en même temps se situer (envisager la topographie de l'être, la géographie environnante), donc ressentir les contingences, les frustrations, les amorces de solutions voire impulser les stratégies complètes ; cf. arc réactif de Charles Baudouin (1893-1963), psychanalyste et physiologiste humaniste transversal, pionnier, remarquablement riche et facile à lire ]
[ < 16e partie | thémas Vrac, Blog, PNL, Objectifs & PCM | catégorie Management-Sc. humaines | archivage automatique du billet sur mon interprétation (ici culinaire) de GTD | interagissez sur le présent billet en cliquant sur le bandeau de son titre | 18e partie > ]
Mille choses, que je vous donne en vrac. Et c'est bien, parce que les champs sont mélangés. Comme disait Picasso : Je mets dans mes tableaux [ou billets de blog, nda] tout ce que j'aime. Tant pis pour les choses, concluait l'homme à la tête d'obsidienne, elles n'ont qu'à s'arranger entre elles. Drôle. Et bien senti - On y va ?
Bon. Le premier constat, c'est que revenir ici - je veux dire en France -, c'est une pesanteur. Bien sûr il y a mes proches. (Évidemment.) Mais il y a aussi ce qui fait le bassin professionnel local : un mélange d'ambitions personnelles, de frime arrogante et de fausseté humaine (superficialité ?) qui me déroutent. Le terrain de jeu local est petit, saturé, compliqué (cf. contexte océan rouge). Est-ce que la capitale d'Occitanie, son naturel, son passé wisigothique et ses tropismes espagnols excitants (exotiques) me parlent moins qu'avant ?
Mmh.
Certes, ici, la vie a-t-elle son intérêt. C'est juste cette économie, ce bassin. Je, pfff, je sature. Le contraste avec la Nouvelle Europe est saisissant (le dynamisme, mes amis). Et d'ailleurs je compte ici conserver juste, en matière d'activités, mon rôle à venir dans Absara (forme en mutation - pour le coup très engageante), plus quelques cours. Et c'est tout. Le conseil, je le délocalise. J'ai d'ailleurs coupé le robinet des missions, encourageant tout le monde - à commencer par moi-même - à dimensionner les choses à partir d'ailleurs. Je referme ici le catalogue de plus de trente interventions [1] pour des firmes franco-françaises : mon atelier à ciel ouvert se déplace. Pareil, je l'ai dit, mais depuis ma tête de pont hongroise. Psychologiquement, c'est ce qui s'appelle passer un cap (cf. changement). Je ferme ce qui s'attache encore à mes talons, pour ouvrir ce que mes pointes de pied rallient. Je m'écoute enfin. À la semelle de vent, mon implication, mon désir ? C'est ça : l'appel du large. Et de la largeur. (Quelle énergie, quand on change de vie - je le recommande.)
What else? C'est décidé, je prends des cours de hongrois dès lundi. Trop de Français, à Budapest, me l'ont recommandé : les bases, bon sang les bases. Ça fait avancer plus vite par la suite. Voyons voir, une prof, un test avec elle, un livre d'une chercheure du CNRS sur Budapest, un Parlons hongrois qui a l'air bien fait. C'est bon : je bosse.
Deuxième élément, les blogs. Oh, belle trouvaille (je vous dis après). En temps normal, je déteste les blogs de management ou de RH. Ceux que j'aime touchent à l'innovation et à la dimension vivante (systémique) de la performance humaine - cf. Marc Traverson, Olivier Piazza, Flemming Funch (plus contribution sur la complexité, lors du salon Reboot 10), Alain Fernandez [2], Christophe Deschamps ou encore l'inclassable Max Sandor [3]. Ce sont des blogs documentés, assumés, avec du tempérament (incarnés, solides). Les autres, connotés performance humaine ? Pâles CV en ligne. Des tableaux de chasse. Conseils simplistes, ritournelles publicitaires. La prise de risque ? Zéro. Valeur ajoutée : 2,5 sur 10.
Et que m'arriva-t-il ? Croyez-le si vous voulez, je vais (expression occitane :) « par chez » C'éclair, carnet rafraîchissant. Qui liste mes futurs nouveaux copains de blogs. Ah là, je découvre du monde, de nouveaux angles, des choses qui changent.
Bravo.
Fig. 1 - Picasso, rencontre entre un Animus technique et conquérant
et le déversement instinctif de l'Anima -
l'accomplissement jubilatoire d'un potentiel humain
Autre élément, le troisième, c'est Le Journal des entreprises. Sa livraison de juillet-août (n° 13) parle des groupements d'employeurs. Vous savez ? Ces associations d'entreprises qui se répartissent, se partagent des employés pour leurs usages. Les employés, du coup, cumulent l'intérêt des missions (ici employeurs) qui changent en permanence, couplé de cette denrée rare qu'est le temps plein, pleinement rétribué. Passionnant. Je connaissais, par le Net : heureux qu'un journal-papier fasse un dossier là dessus.
Je sens souffler l'esprit des coopératives agricoles de ce pionnier qu'était mon grand-père. De même que l'innovation vertueuse et continue, versant industriel, de cet ovni précurseur de Mondragón.
Négy (quatre en hongrois). C'est le rang du point que voilà, sur la PNL. Vous dire qu'il est parfait, je veux dire le travail de l'expert en systèmes d'information (et blogueur) Nicolas Vautier, bref, c'est exagéré : fautes d'orthographe, appuis documentaires partiels. La bonne nouvelle, c'est que c'est intéressant, gratuit, synthétique. C'est ici (pdf). Une introduction, pour le grand public, à la communication interpersonnelle estampillée Côte-Ouest (cf. Palo Alto). Mon passage préféré [4] touche aux objectifs (le second, surprenant et stimulant, est en p. 25). Sur les objectifs, regardez :
[ Qu’est ce que je veux ? | Quel en sera mon bénéfice personnel ? | À quoi saurai-je que j’ai atteint mon objectif ? | Existe-t-il un inconvénient à l’atteindre, pour moi et pour les autres ? Et cet objectif prend-il en compte les différents intérêts des personnes impliquées ? | Y a-t-il des obstacles à la réalisation de mon objectif ? si oui, lesquels ? | De quelles ressources ai-je besoin ? | Comment vais-je m’y prendre ? ]
Ces 7 points sont bien fichus. Ils abordent très intelligemment la notion d'indicateur : à quoi percevoir (comprendre, ressentir) que l'objectif est atteint ?
Un thème cher à Alain Fernandez, qui martèle fréquemment que le choix d'indicateurs réellement pertinents [qui rendent comptent d'un critère de performance éclairant, capable d'aider à se décider au quotidien, nda] est [...] la clef de voûte de tout projet de pilotage.
Je boucle ce tournant de juillet en vous renvoyant, c'est le point öt, à Jérôme Lefeuvre. S'entraîner à la Process Communication au quotidien vous indique, en page 141, comment très vite évaluer une base comportementale selon son mode (driver) de montée en stress.
Très bon week-end à tous :
[ Empathique, « j'ai de la valeur si je fais plaisir aux autres » - Parle avec un air inquiet, se suradapte aux autres pour obtenir leur assentiment | Travaillomane, « j'ai de la valeur si je suis parfait pour les autres » - Alourdit son propos de re-saisies, de détails, de répétitions | Rebelle, « j'ai de la valeur si je fais des efforts » - Parle en cherchant ses mots, en soupirant, se plaint de difficultés pourtant surmontables | Persévérant, « l'autre a valeur à mes yeux s'il est parfait pour moi » - Relève uniquement ce qui échoue, se méfie, juge avec hauteur ou mépris | Rêveur, « j'ai de la valeur si je suis fort pour les autres » - Parle peu, se retire en lui-même, cache son ressenti | Promoteur, « l'autre a valeur à mes yeux s'il est fort comme moi » - Fixe des défis excessifs, invite à jouer au plus fort, manipule ]
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[1] J'avais déjà, dans mes références, des ferments internationaux. La France ? Mon cœur d'activité.
[2] Bravo, Alain, pour le focus sur le navigateur Skandia. J'ai de l'affection pour ces visions économiques humanistes.
[3] Maximilian Sandor est un visionnaire inclassable. Mais tous le sont...
[4] Un objectif, c'est toujours une quantité de choses capables de venir combler un manque bien évalué. Quantité à atteindre avec des moyens nécessairement limités (nombre de personne, niveau de motivation - énergie - de ce facteur humain, temps alloué, argent).
Naître gagnant ? Un classique. Le titre d'un ouvrage d'Analyse transactionnelle (AT) qui, depuis trente ans, fait autorité. Muriel James et Dorothy Jongeward y abordent les conditions personnelles d'un rapport à la vie confiant : ouvert, porteur de croissance.
Alors, ce titre, je le paraphrase et vous propose d'aborder avec moi le « partir gagnant ». La parole est au consultant Jérôme Lefeuvre (déjà salué), adossé au cabinet KCF et passeur - pour la France - du modèle Process Communication de Taibi kahler :
« Terry McGuire, le psychiatre de la Nasa [1] qui a fait le recrutement des astronautes » pendant son Âge d'or (années 1970), et aussi « sollicité Taibi Kahler pour créer l'Inventaire de personnalité Process Com, m'a confié [...] cette phrase que je n'oublierai jamais : Je n'ai jamais vu gagner quelqu'un qui partait perdant. Et même si en partant gagnant, - ce n'est - pas toujours gagné, ça reste la seule façon d'arriver quelque part. »
S'entraîner à la Process Communication au quotidien [2], mars 2008
[2] Très bon livre de Lefeuvre, concret, riche, enthousiaste et varié. Seuls points noirs : l'orthotypographie - bâclée - et la préface, paternaliste et altière, d'un autre grand de la Process Com. Quel besoin de la publier ? Elle dé-vend le livre.
[ Pour Jodorowsky, réussir c'est investir une innocence (un don complet de soi, une foi, libre et honnête), c'est travailler, c'est proposer de manière pratique un talent créatif personnel, utile aux autres et à soi (regardez) ] Read More
Avertissement - Cette traduction en français, par mes soins, est une adaptation librement annotée des propos de Taibi Kahler, le père de la Process Communication. Elle est - quoique respectueuse de l'esprit de Kahler - tout à fait officieuse : en France, la reconnaissance officielle des productions de cet Américain fameux émane seulement de KCF, instance d'accréditation de la Process Com. Pour toute question relative au dit modèle, il faut donc vous adresser à KCF, qui - fort heureusement - a le mérite d'être bien animée (pour s'en persuader, consulter leur forum). Revenons-en au Miniscénario. Dans le prolongement d'une communication co-signée, vingt-cinq ans plus tôt, avec Hedges Capers [1], Kahler publie ici (Transactional Analysis Journal Internet - 1999) un texte pilier. Travail déterminant. But recherché ? Retracer la genèse de la Process Com, depuis la recherche d'une unité entre les principales (et différentes) thèses d'Eric Berne (Analyse transactionnelle), jusqu'à l'émergence d'un modèle original (cohérent, unitaire), frappé de cette rigueur que l'on retrouve, en sciences humaines, chez les très grands contributeurs. Kahler est un observateur émérite. Kahler est un inventeur. Kahler est un opportuniste, au sens noble du terme. Ce addendum est, à mon sens, un must-have de l'histoire contemporaine de la psychologie.
Accessible sur le serveur de l'International Transactional Analysis Association (ITAA), le Miniscénariodoit avant tout se lire en version anglaise. L'original a le double avantage d'être limpide et captivant. Mais à qui reviennent les droits de la présente adaptation ? A Kahler, bien sûr. J'ajoute que - pour une raison ou pour une autre - si KCF souhaite le mettre à profit, c'est tout à fait volontiers.
Note : des rajouts [en italique] permettent, à certains moments, d'expliciter ou d'ouvrir plus encore les propos de l'instigateur de la Process Com. Ils sont, encore une fois, de ma main.
Maintenant, la parole est à monsieur Taibi Kahler. Je vous souhaite une excellente lecture.
Le Miniscénario, par Taibi Kahler
Addendum à l’'article de 1974 (Taibi Kahler & Hedges Capers), paru dans La Revue d'Analyse transactionnelle - 1999
I wish I had called the Not-OK Miniscript the negative Miniscript - It's a bit more descriptive and a little less evaluative. Taibi Kahler
JE REMERCIE l'équipe éditoriale du TAJnet de me donner l'opportunité tout à la fois de :
1. compléter l’article original sur le Miniscénario,
2. réactualiser le champ de recherche applicatif de ces vingt dernières années, certes dédié au Miniscénario [Miniscript, ndt], mais également aux modèles qui en ont découlé : je veux parler des modèles de Process Communication et de Process Thérapie.
A) En 1972, je dirige [2] un programme de recherche [3] visant à mettre en corrélation [différentes notions issues de l'Analyse transactionnelle] : drivers, Etats du moi, besoins psychologiques, positions de vie, rackets, injonctions, scénarios, rôles, jeux [...] J'administre alors la « check-list Kahler d’analyse des scénarios d'AT », créée à l'occasion de ma thèse [4]. Echantillon : 1 200 personnes. Je reçois 982 réponses complètes. Là, parmi les dix drivers de l'AT (cinq de l'Enfant, cinq du Parent), six se détachent très nettement : Fais plaisir, Fais des efforts, Sois fort, Sois parfait, Sois fort pour moi, Sois parfait pour moi.
A ce stade, les réponses fournies [par les sujets de l'enquête] et les [six] familles de drivers sont totalement disjointes. Mais, en revanche, de fortes corrélations se font jour parmi les réponses annexes [ex. : positions de vie, injonctions, etc.], non liées à des drivers. Ces corrélations forment six regroupements logiques. Un exemple [de ces regroupements] : Parent critique négatif, frustration, Ok / non-ok, Ne t’amuse pas, scénario Tant que, etc.
Des éléments [d'analyse] me montrent [bien] que six tableaux cohérents condensent à eux seuls... 95 % des comportements négatifs [situations de stress ou d'échec] envisagés par l’AT [5]. Je confie bon nombre de ces corrélations [résultats] à un ami et collègue, le docteur Paul Ware [psychiatre à la Nasa], lecteur des travaux de David Shapiro [6] et formulateur [comme moi] de six profils humains [7]. [Cela montre bien qu'] à partir de postulats [pourtant] différents, Paul Ware et moi semblions suivre une piste commune.
Après quoi, je commence à enseigner et à écrire au sujet des six tableaux et de leurs corrélations, les qualifiant [- un à un -, de] Suradaptés [Overreactors], Bourreaux de travail [Workaholics], Sceptiques [Doubters], Manipulateurs [Manipulators], Critiques [Disapprovers] et Rêveurs éveillés [Daydreamers], ajoutant toutefois un septième profil pour identifier les 5 % manquants : les Variants [Cyclers] [8].
B) Vers 1975, je voyage et enseigne abondamment. Je passe peu à peu des présentations cliniques aux séminaires portant sur la connaissance de soi et le développement personnel. Puis, aux applications de tous ces apports dans le milieu professionnel. En 1978, ma mission de recrutement à la Nasa (sélection et orientation des astronautes) met en évidence un besoin aigu de moyens pertinents et fonctionnels pour généraliser les entretiens à des centaines de candidats.
L'enchaînement se fait à merveille. Quoique, à l'époque, mon approche clinique des applications des Miniscénarios soit bien minime, je passe beaucoup de temps à étudier, observer et formaliser les schémas comportementaux positifs [par opposition aux schémas négatifs envisagés par l'AT] de mes six premières « adaptations » [profils]. Et je commence à les nommer les Six Types de personnalité : c’est le moment de reprendre la recherche.
C) Pendant plusieurs années, j’envisage la structure de la personnalité comme une séquence [en chaînons successifs] de ces six Types de personnalité. J'ai passé quelque vingt ans à former un groupe d’éducateurs familiaux, en Floride Ceux-ci, de leur côté, enseignent à presque dix mille parents comment : 1. évaluer la structure de la personnalité, 2. communiquer avec les enfants, 3. motiver ces derniers, 4. se conduire face à leurs comportements négatifs.
Les éducateurs et moi faisons l’hypothèse que l’ordre [succession de chaînons] dans la séquence des six Types de personnalité est, dans la plupart des cas, fixé vers sept ans [9]. (Les tests et recherches de validation établissent que la structure de personnalité reste fixée pour la vie.)
Aux alentours de 1978, je fais la découverte théorique peut-être la plus importante de ma vie : le Miniscénario. Je l’appelle « Phases ». Je cherche une clé [générale] pour expliquer pourquoi les gens, en fonction des [différentes] périodes de leur vie, peuvent manifester à la fois :
1. un driver primaire fixe,
2. des scénarios dominants différents,
3. des besoins différents,
4. des séquences de scénarios négatifs [...] distinctes du driver primaire.
Par ailleurs (5.), pourquoi les gens manifestent-ils non pas un, mais... deux Miniscénarios négatifs ?
D) Pour répondre à ces questions, j’entreprends une nouvelle étude, qui dure jusqu'en 1982.
Elle inclut un questionnaire (inventaire) sur papier, prolonge les questions d'origine, pour finalement toucher - dans chaque Type de personnalité - aux :
1. traits de caractère,
2. environnements favoris,
3. styles d’interaction privilégiés.
L'étude précédente [1972] mettait à jour la personnalité de Base [avec toutes les interrogations que cela soulevait - cf. C)]. Par exemple, si une personne présentait un driver Sois parfait, l’hypothèse était qu'elle manifesterait l'ensemble des comportements logiques suivants : Parent critique négatif, Ne t’amuse pas, frustration, Tant que, Ok / non ok, etc.
Enjeu de la nouvelle étude : décrypter... les Phases. C'est-à-dire le facteur comportemental essentiel [à même de clarifier tout paradoxe]. Tâche à l'étude d'évaluer ces Phases comme possibles émergences d’un [second] Type de personnalité, préfigurant :
1. les futurs besoins psychologiques,
2. [et donc] le nouveau Miniscénario négatif.
[La Phase est un moteur second, explicatif des changements apparents, ces fameux écarts par rapport à la Base.]
[En toute logique], mon travail épouse les caractéristiques du modèle de Paul Ware, fondé sur les catégories « ressentir, penser, se comporter » d'Eric Berne.
Je troque l'appellation « Ressentir » pour Émotions. Je remarque que « Penser » est un mélange de pensées et d’opinions, j’observe que « Se comporter » se subdivise en trois modes : Action, Réaction, Inaction.
Ainsi, de façon claire, les résultats indiquent-ils des corrélations entre :
1. Empathiques [Suradaptés] et Émotions,
2. Travaillomanes [Bourreaux de travail] et Pensées,
3. Persévérants [Sceptiques] et Opinions,
4. Promoteurs [Manipulateurs] et Actions,
5. Rebelles [Critiques] et Réactions,
6. Rêveurs [Rêveurs éveillés] et Inaction.
E) Là, trois « experts » dans l’évaluation des Types de personnalité interrogent séparément un échantillon de 100 personnes, toutes reconnues porteuses d'un des six Types de personnalité. Résultat : ils concluent de manière positive et univoque dans 97 évaluations sur 100. (Ecart obtenu : coefficient significatif au seuil de 1 / 1 000.)
[ La personnalité de phase.] Ces mêmes experts évaluent, comme prévu, la Phase [...] Ils interrogent d’autres personnes, sélectionnées indépendamment, afin d’en obtenir 30 de plus pour chaque classification de Type de personnalité, ce qui conduit l'échantillon total à 180 personnes. 213 items, issus de l'étude de 1972, sont fournis et 112 personnes au hasard (sur les 180) sont interviewées. L'analyse des données produites indique, encore une fois, une concentration naturelle sur six critères, les Six Types de personnalité.
204 des 213 items sont retenus, puis soumis aux 180 personnes dont les Types de personnalité ont été identifiés.
Ce qui apparaît :
1. Empathiques >>> Fais plaisir,
2. Travaillomanes >>> Sois parfait,
3. Persévérants >>> Sois parfait pour moi,
4. Promoteurs >>> Sois fort pour moi,
5. Rebelles >>> Fais des efforts,
6. Rêveurs >>> Sois fort.
Je suis transporté de joie, tant par les résultats de l’étude que par l'éclairage que cette dernière apporte à mes travaux de 1972 [quelque dix ans plus tôt].
[Reprenons l'exemple de D) :] Une personne présente un driver Sois parfait et théoriquement manifeste les caractéristiques : Parent critique négatif, Ne t’amuse pas, frustration, Tant que, Ok / non ok, etc. Imaginons que cette personne change de Phase et se retrouve maintenant dans un deuxième étage identifié comme Fais plaisir, et connaît les comportements liés tels que : Non ok / ok, Enfant adapté négatif, Victime, Je suis stupide–botte-moi les fesses, confusion, Ne ressens pas ta colère, Presque, etc.
Avec les résultats de la nouvelle étude, nous pouvons conclure que lorsqu’une personne ne parvient pas à satisfaire de manière positive les besoins psychologiques de sa Phase, elle essaiera de satisfaire ces mêmes besoins de manière négative en se défendant et en réglant les problèmes à l’aide du Miniscénario négatif qui correspond au Type de Personnalité... de Phase.
F) Ainsi, grâce à ce modèle, tout comportement d’une personne peut-il être observé, décrit, catégorisé, expliqué et contrôlé seconde après seconde.
Je compare la Structure de personnalité à un immeuble de six étages équipé d’un ascenseur. L’ordre est déterminé à la naissance (probablement pour le rez-de chaussée – premier étage) puis par l’environnement (pour les étages 2 à 6). Il existe 720 combinaisons possibles [6 x 5 x 4 x 2 x 1]. Et si l’on rajoute la notion de Phase, les Structures de personnalité comptent jusqu'à 4 320 combinaisons possibles.
Chaque étage contient une énergie propre que l’on peut mesurer de 1 à 100 %.
En d’autres termes, l'on peut dire qu’il existe des millions de Miniscénarios positifs possibles.
Bien qu’à l’origine j’aie identifié cinq drivers Parent (Je suis OK / tu seras OK si tu…) et cinq drivers Enfant (Je serai OK si je… / tu es OK), seuls six d'entre eux sont liés de manière significative avec les six ensembles cohérents comportementaux : Fais plaisir, Fais des efforts, Sois fort, Sois parfait, Sois fort pour moi, Sois parfait pour moi.
Autrement dit, il apparaît à l’observation et après étude que six Miniscénarios négatifs englobent un pourcentage important de la population générale.
L’autre apport de la deuxième vague d’étude est la production de l’inventaire papier qui propose toutes ces informations comportementales dans la vie personnelle, professionnelle ou clinique, sous la forme d’un rapport remis en séminaire. Plus de 500 000 personnes ont reçu leur profil Process com ® dans plus de 20 pays et dans 10 langues différentes. Ce rapport est remis avec les informations de validité et de fiabilité statistique.
135 personnes on été certifiées aux Etats-Unis et 170 dans le reste du monde.
Nulle intention pour moi de rédiger un traité de Process Thérapie : l'article d'origine est suffisamment prudent, dans ce registre.
Le plus important : les drivers ne doivent pas être « combattus » directement et encore moins supprimés. Le driver de la Phase ouvre une séquence de Miniscénario négatif qui le « connecte » à un couple injonction scénarique-décision comportementale. Ainsi le driver fonctionne-t-il comme mécanisme de défense et doit-il être traité comme tel [...].
Il y a cependant des transactions et des Perceptions préférentielles à utiliser lorsque nous communiquons avec une personne positionnée dans un driver. Parallèlement, le fait de fournir à cette personne des permissions liées aux drivers (ou stoppers : injonctions scénariques fonctionnelles) sera-t-il un échec.
Pour ceux qui souhaiteraient lire les documents de recherche, incluant 10 thèses ainsi qu'une série de présentations ou un aperçu de la Process Thérapie, n’hésitez pas à m’adresser un courriel à kahlercom@aristotle.net
Je vous remercie de noter que tout enseignement ou coaching d’applications non-cliniques du modèle du Miniscénario (Process Communication Model, PCM) fait l’objet d’un copyright et requiert une certification par Kahler Communications, Inc. aux États Unis et Taibi Kahler Associates, Inc. dans le reste du monde.
[8] Kahler, Taibi, “ Process Therapy in Brief ”. Human Development Publications, 1979.
[9] Stansbury, Pat, “ Report of Adherence to theory discovered when the Personality Pattern Inventory was administered to subjects twice ”. Kahler Communications, Inc., 1990.
[ Image (c) L'Usine nouvelle | Process Com, un excellent dossier d'Isabelle Germain pour L'Usine nouvelle ]