Stagiaires, 1e partie [ vécus de stagiaires >> ]
[A mes élèves :] Oui. C'est difficile de trouver un stage quand on a une expérience de 'seulement' quelques mois en entreprise. Et que le budget est serré. Et que les délais pressent. Je comprends complètement. Bonne nouvelle : j'ai des éléments pour vous, on y va ?
1. Moi. Je vous recommande, avant toute chose, de réfléchir à votre profil. Ce qui ressort de vous et que vous pouvez communiquer. Des adjectifs vous qualifiant, faisant tout de suite sens pour quelqu'un qui vous découvre [1]. Trouvez trois ou quatre éléments-clés vraiment prégnants. La caractérisation peut avoir lieu selon cette grille-là. C'est important.
2. Le projet. Ai-je un projet ? Où est-ce que je veux aller ? Qu'est-ce qui peut être logique pour quelqu'un comme moi ? Un ingénieur, reconverti en commercial et avide de technologie, aura tout intérêt - me semble-t-il - à cibler les projets commerciaux à forte composante technique. Une journaliste aimant les sorties trouvera peut-être du sens à investir les relations de presse voire - pourquoi pas ? - l'événementiel. Et caetera. A court d'idées ? Revenez à l'étape 1., plus large (en termes de potentialités). Je suis sûr que, dans votre profil interpersonnel, dans vos envies, se cachent des indices : ouvert(e) à tel secteur, en harmonie avec tel autre. Voyons, y a-t-il des secteurs où il faille être absolument 'droit(e)', 'calme' et - par exemple - doté(e) d'un solide appétit de réussite ? Je crois que oui.
3. Le CV. Eh oui, passage obligé. Au moyen de 1. et de 2., vous êtes en mesure de formuler une phrase-accroche, un ciblage cohérent, une raison d'être à votre CV. Si, dans un cadre en haut de la page, vous savez dire en quelques mots (simplement listés ou englobés dans une phrase) qui vous êtes et/ou quel est votre projet, vous marquez un point. Un point essentiel. Cela peut être : ouvert(e) aux processus humains, sensible et persévérant(e), je souhaite intégrer un secteur en prise avec les ressources humaines. Ou bien : pugnace, réactif/ve et doté(e) d'un bon esprit d'équipe, je compte investir mon énergie dans un secteur commercial en plein boom. Ou encore : formé(e) aux techniques de créativité en agence, rigoureux(se) dans les délais et chaleureux(se) avec le donneur d'ordres, je souhaite faire l'interface avec les clients, dans une agence de communication. Vous l'avez compris, tout est affaire de cohérence. Un cadre, je vous disais. Dedans : quelques mots bien précis.
4. Le CV dans le détail. Pas de photo, ou alors seulement si on vous la demande (eh oui, la discrimination par le 'minois' ça existe). Du bon papier, ensuite, suffisamment épais pour avoir une tenue en main convenable (pas un vilain papier à cigarette, désepérément trop fin). Blanc bien sûr. Et puis un nom et un numéro de mobile, pour qu'on vous appelle : cela suffit (à la rigueur, en pied-de-page, une adresse en petit). L'état-civil, c'est pour les repris de justice ou les candidats à la présidentielle. Il faut faire court, court, court. Ensuite le cadre (cf. 3.), pour prouver la cohérence (légitimité) de votre ciblage auprès du lecteur (Tiens, ce(tte) candidat(e) vient vers moi avec une vraie connaissance de lui/elle et également une idée, qui me semble conforme à ce que l'on fait chez nous). Et puis l'expérience en premier (à orthographier au singulier, de manière générique, car il s'agit d'un 'bagage'). Là, sachez indiquer uniquement les expériences en phase avec ce que recherche l'entreprise. Votre baby-sitting ? Corbeille. (Sauf si vous postulez dans un magasin de vêtements pour enfants.) Vos travaux agricoles ? Raus. A moins que vous investissiez un groupe agroalimentaire spécialisé dans la transformation du maïs. Vous comprenez ? Ce qui va à l'essentiel est efficace. Relevez, au préalable, les expériences qui font sens pour votre lecteur. Et intégrez dans leur desriptif éventuel le 'jargon' de votre futur employeur. Il répète à tout bout de champ (dans les annonces, au téléphone, sur son site Web) des mots tels que culture clients, tissu business local ou délégation de compétences ? C'est que ces expressions relèvent de sa façon de penser [2]. Souvenez-vous que vous approprier - dans les grandes lignes - la culture d'autrui vous met déjà un pied dans la maison. L'on embauche souvent ceux qui nous ressemblent (ou nous comprennent). Autre chose ? Oui, la formation. Je vous recommande de l'indiquer après. Après quoi - troisième pavé - vous pouvez lister les compétences (langues, logiciels, outils particuliers) qui intéressent votre lecteur. Un tuyau : les niveaux de langue n'ont de sens que s'ils sont formulés dans une perspective professionnelle. Indications : parfaitement bilingue, niveau opérationnel solide (présentations orales et écrites possibles, conversation téléphonique aisée, etc.), niveau professionnel satisfaisant pour les démarches courantes, etc. A vous de le formuler avec vos mots. Ah oui, important pour le CV : une page seulement. Avec quelques termes en gras, pour baliser la lecture et focaliser l'attention sur des mots-clés, extraits de l'idiolècte de votre interlocuteur (écrit ou oral). Ou de ses attentes, telles qu'il les a formulées.
5. La lettre de motivation. Exercice de style là aussi. Mais plus simple qu'il n'y paraît. Le 'vous-je-nous' ? Je ne sais pas. En revanche, ce que je sais c'est qu'il faut clairement placer, dans l'ordre : I. vos attentes sont a, b, c, d, e, II. comme je développe depuis 2003 des axes donnant vie à (par exemple) a, c et d, III. je vous propose une rencontre pour prendre la pleine mesure de nos apports mutuels, IV. dans cette attente, je vous prie... Ou mieux : Merci d'avance - Bien sincèrement. (Cela va plus vite.) Lettre tapée (sauf si l'entreprise vous dit pratiquer les analyses graphologiques). Et signature en bas à droite, à la main. En noir. (Le bleu connote 'scolaire'.)
6. Le salaire, bien sûr. Votre proactivité [3] sera bien vue : prenez - gentiment - le taureau par les cornes pour aborder le salaire (soit équivalent [4] à ce qui se pratique dans le secteur, soit - en cas de simple défraiement - parfaitement conforme à ce que vous dépensez au total). Et puis abordez le contenu de la mission : si le 'zozo' refuse de vous donner des objectifs et reste flou, sachez vous en fixer vous-même et faites-les valider ensuite par la personne concernée. Mmh, les questions : en entretien, l'on vous demande souvent si vous vous questionnez. Soyez mali(g)n(e) : montrez que vous avez un champ de vision complet (360°), une attitude pro voire une visée moyen-long terme. Prévoyez-vous de consolider ce poste ? Beaucoup de classe, de mon point de vue. De même que : Avez-vous de la visibilité sur l'activité 'communication' en général ? Et autres : Qu'est-ce qui est prévu sur ce marché, dans l'année à venir ? Ou bien encore : Avec quels départements (ou personnes) serai-je amené(e) à collaborer ? Est-il intéressant que j'en rencontre certain(e)s ? Un dernier pour la route : Qu'est-ce qui vous fascine, vous qui dirigez le département X ? Y a-t-il des éléments particuliers, liés à votre champ d'action ? Fort impact. Pro. Adulte et droit. Cela montre que vous savez interagir avec quelqu'un. Le tout étant de le demander sincèrement, avec gentillesse et tact (évidemment). Ce qui ressort de ce type d'échange a souvent valeur d'éclairage sur ce qui vous attend. C'est précieux, croyez-moi.
7. Le 'piston' pour terminer. Médium essentiel, incontournable. C'est Untel qui vous recommande ? doit entraîner Oui. Mais il/elle m'a surtout mis l'eau à la bouche : tout m'a semblé 'coller' a priori. J'aimerais bien le vérifier avec vous. Point par point.
Ok ?
Voyons... Une foule de choses à vous communiquer encore. Le mieux étant que vous me postiez vos réactions dans les commentaires. Ou par e-mail, comme vous voulez.
Bon courage. Pour tout besoin, je suis là : je reste avec vous ;-) Keep the faith.
Ah, dernier élément. La motivation en tant que telle n'existe pas. Gagnez du temps : je suis très motivé(e) sonne creux. A l'inverse, sachez montrer la force quasi magnétique (la cohérence, logique implacable) qu'il y a entre : 1. les attentes du recruteur, 2. vos compétences correspondantes, de même que vos envies (cf. projet), 3. votre démarche, parfaitement fondée, de venir à lui/elle. Message en filigrane : compte tenu du nombre important de points avec lesquels nous sommes en phase, il est normal que : 1. je sois là devant vous (par CV-lettre ou en face à face), 2. nous collaborions rapidement. CQFD.
A très bientôt - Au plaisir !
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[1] Voir les prédicats.
[2] Cf. idiolècte.
[3] Capacité à prendre les devants, pour servir une intention ou une action.
[4] Au prorata du temps passé, bien sûr. Ex. : pour un salaire habituel de 2 000 € bruts, demandez 1/5e pour 1 jour de présence par semaine, soit 400 € bruts (ou - directement - 312 €, s'il n'y a pas lieu de déclarer le défraiement comme un salaire). Mais si ces 312 € sont en dessous de vos dépenses réelles (transport, restauration), pensez à en parler. Il vaut mieux un négociateur franc, gentil et pro qu'un stagiare aigri, démotivé, rancunier.
[ Images (c) Worldhaikureview.org & Jerrykindall.com | ressources sur la culture, pilier de l'entreprise | autre chose - La mission risque de heurter vos valeurs ? Evaluez l'intérêt qu'elle a pour vous, en termes de concessions. Toujours mieux que de souffir. Et puis si les valeurs du collectif sont trop déconnectées des vôtres, c'est qu'il faut certainement vous poser des questions - à nouveau - sur vous-même. Et sur les secteurs adaptés à votre personnalité. Et à vos talents. Ce qui est la même chose ;-) | aborder l'entretien | les objectifs qui marchent vraiment ] Read More
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