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 Le bonheur, une fin en soi - 1e partieTue 7 Oct 2008
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Tout un courant. Prometteur : en croissance, depuis sûrement une quinzaine d'années. Je veux parler de la psychologie positive. Son objet ? Envisager l'individu comme une machine (un système) à aller bien. Par opposition à l'angle classique, psychopathologique, qui prend le genre humain (et l'étudie) par ses troubles. Ce qui ressemble à la charrue qui grille une politesse aux bœufs.

Chez l'homme, la téléologie (caractérisation des finalités de la vie, de la direction des efforts), en clair la téléologie s'oriente d'elle-même à la hausse : tout pousse l'individu à aller bien. Comme un programme en lui, fondé sur des constantes (les invariants). C'est donc légitime que la psychologie positive cherche à identifier les ressorts positifs. Et les questionne.

Commençons. Et parlons du psychisme versant sombre. On le sait, les bénéfices secondaires sont des installations intermédiaires (parfois durables), où le psychisme tire un suc, profite d'un relatif état de confort. Comme le dit la théorie des jeux, les gains sont optimaux - et c'est agréable - sitôt qu'ils excèdent les efforts demandés (engagés). L'intériorité, et sa formidable économie, peuvent alors « planter les sardines ». S'installer. S'endormir. Et souffrir, quand l'opportunité de rester comme ça se termine - car tout passe. Focalisé sur son acquis, le psychisme peut négliger, auto-censurer, voire nier le désir, cette saine poussée vers la procréation, l'inventivité, l'ethos authentique, la félicité. Ici, l'homéostasie pèse, étouffe et fabrique un ressenti morbide. La transformation, régime intrinsèque de la vie, patine et s'arrête.

Blam.

La téléologie envisage certes cette force (ambiguë) qui trouve les meilleurs compromis, les meilleurs rapports qualité/prix. Car coûteuse est la vie. Et limitée dans le temps.

Bien sûr.

Pour autant, la téléologie fait des visées de long terme, qui transcendent les états de satisfaction intermédiaires. Elle se projette dans une réalisation du potentiel humain. Sur le terme, et au quotidien (eccéité, intensité, joie d'être soi-même, plaisir du vivre-ensemble, disponibilité, profit de ce qui se présente). Tout ça en simultané. Tout ça dans une profondeur du ressenti qui confine à l'éternel présent. (À l'éternité.)

Au bonheur.




Fig 1. - L'homme, une architecture vivante ?



Tout ça pour quoi ? Pour dire que la psychologie positive s'approprie un champ longtemps réservé à la philosophie, à la mystique, aux institutions symboliques et idéologiques (sociales, religieuses, politiques).

Ce champ ? Celui de l'épanouissement. Vaste et profond. Mobile. Paradigmatique au possible (perméable à l'idéologie). Et pourtant vierge et natif : universel. Anthropologique. Au cœur énergétique de l'homme. Certes l'homme est-il singulier. Certes la feuille du chêne - quoiqu'unique - ressemble aux autres feuilles de l'arbre.

Ouais.

Psychologie positive ? Une affaire à suivre...

(Mmh.) Des idées ?
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[ L'excellente contribution de Jean Heutte | la psychologie positive s'intéresse à l'individu qui va bien et - par l'investigation - (re)découvre les vertus qui favorisent un bien-être durable | la téléologie (fait humain, élan vital, aménagement psychique en continu) mêle sûrement les forces d'homéostasie et d'entropie tout autant, sinon plus étroitement, que les pulsions de vie (état d'alerte, voire de conquête et d'épanchement) et les pulsions de mort (relâchement) | pour savoir ce qui va mal, il est intéressant de se demander ce qu'aller bien veut dire (aller bien, par exemple en PCM, c'est obtenir des sensations ciblées) ou, plus prosaïquement, quels sont les besoins humains et comment ils se mélangent (allant à l'infini) dans chaque individu ; de la même manière qu'il y a des milliers de façons pour les mêmes sortes d'atomes de former des combinaisons, réactives et mobiles (complexes) | la psychologie positive ressemble à une anthropologie, elle-même proche de la recherche des besoins (qui définissent une nature) | curieux matérialisme, qui considère l'homme comme une combinaison d'atomes, plus ou moins animés d'un principe de complexification (grotesque, si on en croit Stephen J. Gould et sa mise en valeur des bactéries, stationnaires à l'extrême) - l'homme peut tout autant se vivre comme une flamme, comme une intentionnalité, une Gestalt sensible et poétique (capable de faire des symboles, d'expérimenter des ressentis), une perception en mouvement, une recherche de transcendance, une envie de synthèse totalisante, etc. | trouver un référentiel de ce qui va bien, c'est sortir du regard réducteur (sociocentré) avec lequel on examine ce qui va mal - c'est, encore et surtout, une façon d'utiliser le cerveau dans son plein potentiel, cerveau qui fonctionne avec des affirmations, des choses positives, dites et désignées (et non leur contradiction, leur symétrique, cette apophasie à la petite semaine) | le représentant le plus connu de la psychologie positive est Martin E.P. Seligman, suivi de Mihaly Csikszentmihalyi ; il y a aussi - selon moi - les grands thérapeutes humanistes (optimistes pragmatiques) tels qu'Abraham Maslow, Milton Erickson, Alexandro Jodorowsky, Georges Romey, etc. | Seligman, histoire d'un déclic | le Positive Psychology Center | mmh, les belles photos d'/ivan | Tiens, que pensez-vous de l'écopsychologie ? ]


 Pandaloup - 2e partieThu 31 Jul 2008
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[ < 1e partie | thémas Animaux, Spiritualité, Jean Monbourquette, Ombre & Émotions | catégorie Management-Sc. humaines | archivage automatique du billet sur Flemming Funch avec, en commentaire, le lien vers ce qu'il dit des réseaux et de leur morphologie dynamique | interagissez sur ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre ]


Loup !


Le loup. C'est, après le panda (et son ennemi le gros félin), un guide utile : voyons voir ce que l'animal à dents pointues nous dit des émotions, de ce qu'elles apportent, de leur vocation.

Il y a six émotions de base, un détour par le travail du prêtre et psychanalyste Jean Monbourquette nous permet, vous et moi, de voir ce que la dynamique du loup soulève. Gros contenus, juste après.

Bien sûr Antonio Damasio et Edward de Bono rappellent combien les émotions et combien les associations [1] entre idées et volitions (idées différentes, sensations, ressentis), bref ce que ces mélanges spontanés - ou pilotés - provoquent de fort. Pour la science actuelle (cf. cognition), c'est un fait. Le quotidien, par exemple en entreprise, est éloquent : une collaboration entre raison et intuition (entre hémisphères cérébraux) génère synergie, puissance, harmonie, dépassement de soi.

Pragmatisme et créativité sont là. Polyvalence humaine ? Son talent s'exprime à plein.

Dans l'indispensable Apprivoiser son Ombre, Monbourquette raconte cette légende de loup. Il y a un village, il y a saint François d'Assise (1182-1226), il y a ce traumatisme, qui lui fait vite appréhender la souffrance du village. Un loup, voilà ce que balbutient les habitants hagards. Un loup qui dévore, tapi près du village : il prend sa part d'humains, il met en pièces, il terrorise. Que fait saint François ? Prend-il une épée, ou une lance façon saint Georges ? Que nenni, le saint part à la rencontre du loup, le trouve et lui donne ce qui manque le plus aux saisons de misère : de la nourriture. Il rend la bête calme et docile, presqu'utile.

Eh oui.

Les appétits sont des manques : saint François s'adresse à la bête en lui donnant à manger (cf. parallèle avec les strokes). Sa sensibilité naturelle, son empathie, lui permet de comprendre la souffrance. La souffrance ? C'est ce qui tenaille et anime le loup. C'est bien ça : quand une bête réclame son dû, c'est qu'elle rappelle qu'une fonction vitale (épanouissement, écologie), bref qu'une fonction sourde et nécessaire passe à la trappe. Famine, détresse et violence : l'animal, comme dans la lame du Mat, devient instinct mordant la chair. Ce retour - ici animal - du refoulé confirme que : 1. nous avons un corps, une chair parcourue d'instincts, 2. c'est bien elle qui nous rend vivants donc en capacité, donc en mesure de ressentir et d'être heureux (le bonheur, c'est avec et dans le corps, avec et dans le cœur, avec et dans le système nerveux), 3. le corps, temple de l'âme (l'intériorité), se respecte et se bichonne, sachant que c'est ce même lieu, cette même réalité qui fournit l'énergie, la frustration, l'envie d'atteindre d'autres états, d'autres sensations, d'autres apaisements (cf. changement et reconfigurations systémiques). Le corps permet de changer. Sensible, violent, mortel, il rappelle la nécessité de vivre, d'atteindre, d'évoluer. Tout est en mouvement, tout est passager, le corps est un véhicule, profilé pour pousser (cf. pulsions). Le corps, instance hydraulique, sort du confort, le corps rappelle, le corps fait changer.

Comme un loup.

La frustration motive.




Fig. 1 - Le loup inattendu de la belle série Fables,
comics disponible en français



Les besoins ? Des moteurs. Les besoins de la chair sont énergie pure (mise en mouvement). Or l'énergie instinctive engloutit, submerge, anéantit - agent de chaos (cf. Ombre). Ou elle propulse, favorise, fraie ses propres chemins d'évolution - agent d'accomplissement.

Que faire alors ?

Lâcher la bête et attendre bien sagement que la dévastation convoque en retour les pulsions de vie, d'organisation, de civilisation ? C'est coûteux, c'est passif, c'est cynique et c'est lâche. Dégotter un bouc émissaire et convaincre son prédateur d'épargner le village ? C'est affreux, c'est la tendance que le dynamicien de groupe Yves Enrègle relève en entreprise. C'est ce que déplore, en outre, l'anthropologue des civilisations René Girard.

Que faire ?

Apprendre à la bête à sublimer ? à collaborer ? à investir l'énergie autrement ? à construire un Surmoi (idéaux de réalisation, déconnexion des besoins primaires) ? à construire un Moi (projection dans le monde des conséquences, dans le monde des humains, dans le monde du socius) ? C'est utopique. J'ajoute que c'est se bander les yeux face à Milosevic, c'est abandonner Srebrenica en espérant que l'éthique et le droit internationaux vont arrêter les loups de Mladic et Karadzic.

Criminel.

Qui fait l'ange, rappelle Pascal, fait la bête : vouloir moraliser (civiliser) l'animal, c'est ouvrir le champ à la désolation. Seul l'arrête un estomac comblé (le sien propre). Et malheur aux victimes.

Il reste une voie.

Cette voie, c'est celle de l'écoute. Saint François comprend la bête, on l'a vu. C'est la compassion qui veut ça. Et en tant que saint, il la voit comme créature de Dieu, comme utile et comme partie-prenante du Tout. Elle a sa dignité d'agent : ce qui est enfoui, hurlant, brut et cru fait aussi son travail.

Qui écoute la bête alimente son ange. Et augmente sa part d'humain. Les ressentis violents rappellent qu'il faut certes vivre et ressentir pour être heureux (revanche de l'Anima). Ils montrent aussi comment être heureux. Là c'est précieux.

Passons par les émotions (ou affects ou ressentis ou feelings en anglais).

Regardons ça. Un modèle général [2] nous dit qu'il y a :

| la colère,
| la joie,
| le dégoût,
| la peur,
| la tristesse,
| la surprise.

Émotions primaires. Certes leurs effets sont-ils agréables ou non. Durables ou pas. Ils sont dévastateurs ou profitables.




Fig. 2 - Intensité & durée supposées des affects,
en appui sur les travaux de Carroll E. Izard,
Christian Derbaix (modèle Lisa Q) ou encore Michel Tuan Pham (modèle Gaim) -
image (c) Coralie Duval



Un point de vue spirituel se fait jour, qui donne à l'homme une vocation beaucoup plus large que celle de la pure animalité : et si les émotions nous servaient ?

Interroger le pourquoi des émotions, en contournant le cliché évolutionniste, bref donner un sens inédit et moral à tout ça, peut se révéler dur peut-être, passionnant sûrement.

Témoin, le questionnement des enfants. Si pressant.

Si tout ou presque a un sens, et si tout ou presque est agent de dépassement, d'évolution, pour soi, pour les autres, pour le tissu dans lequel nous vivons, alors :

| la colère préfigure la reconnaissance et le respect de soi (tempérament, valeurs, priorités), en ça elle annonce le détachement par rapport aux figures parentales (autonomie),
| la joie favorise la spontanéité, l'espièglerie, le naturel,
| le dégoût augmente le discernement, la sagesse, la juste appréciation des choses,
| la peur facilite la prudence, elle mène à la lucidité puis - quand les débouchés sont prometteurs - au courage, à la volonté, à l'audace,
| la tristesse (expérience du deuil) enseigne le lâcher-prise, la réalité de la transformation permanente du monde (vie-mort), et donc - par contraste - la profondeur,
| la surprise, c'est plus compliqué, c'est peut être le maître intérieur (la cohérence de l'inconscient) qui encourage l'offre de soi au monde (confiance, bienveillance, curiosité, concentration, disponibilité pleine).

Quand la sensibilité s'exprime, c'est qu'elle dit qu'il faut la reconnaître, l'écouter, la regarder.

La chérir.

L'énergie de l'émotion sert un dessein spirituel. Comprise et surfée, elle permet de s'accomplir.
__

[1] Les volitions, c'est l'ensemble des événements mentaux qui appellent une réaction ou - plus spécifiquement - une décision volontaire. Les bouddhistes regroupent tous ces schèmes nerveux sous l'appellation de sixième sens : un sens de saisie, d'épreuve, de ressenti des choses, internes ou venant de l'extérieur.

[2] Les études les plus connues sur les expressions du visage et l'affect qui les produit proviennent de Paul Ekman, Wallace V. Friesen et Phoebe C. Ellsworth (1972).

[ Damasio décortiqué | si quelque chose ou quelqu'un se sent frustré, il se sent tout de suite mieux si : 1. quelqu'un lui donne de la considération, par exemple en parlant la même langue de perception privilégiée du monde (cf. style ou langue intello-émotionnels), 2. cette personne, avec plus ou moins de délai, lui indique à quelles conditions de réciprocité elle peut collaborer avec lui, si toutefois cette collaboration est agréable ou utile aux deux à la fois (sinon, gare aux déséquilibres de dignité, gare à Karpman) | les émotions primaires, tableau récapitulatif des différents modèles | l'excellent mémoire de Coralie Duval sur le marketing et la réponse émotionnelle | les émotions que les jeunes enfants appréhendent le plus vite et le mieux sont, dans l'ordre : colère, joie, tristesse et peur (théorie de l'esprit, Marcelle Ricard) ]  Read More


 Besoins, une synthèseMon 9 Jun 2008
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En matière d'hommes, faut-il distinguer les besoins des attentes ? Bien sûr. Je le crois. Là où les attentes convoquent quelque chose de très personnel (le désir) et de caractérisé (entretien, sondage, enquête-qualité), les besoins eux se rattachent à quelque chose de naturel. De général. De brut (de sourd). D'anthropologique. Souhaiter manger un chou à la crème le mercredi à 13 h, à la sortie du bureau, c'est une chose. Avoir le besoin de se nourrir pour entretenir la vie est un besoin.

Abraham Maslow (1908-1970) fait pssshht. Quoiqu'intéressant (voire brillant), son modèle s'accomode à toutes les sauces barbecue, de manière stéréotypée, pré-digérée, abusive (Maslow aurait sûrement désavoué [*] la pyramide qu'on lui attribue).

Je propose qu'on donne la parole à René A. Spitz, à Jacques Salomé, à Taibi Kahler, à Jean Monbourquette et à Georges Romey. Les deux derniers prolongent admirablement Éric Berne et Carl G. Jung. Au final, un croisement de tous ces faisceaux se révèle fécond.

Plongée.

Pour le psychanalyste Spitz, le petit d'homme a besoin d'interactions avec son milieu humain. Sans quoi, on l'a vu mille fois, il dépérit. En renfort de quoi Berne précise que ces signes de reconnaissance - tellement vitaux - sont des contenus vécus comme des coups (métaphoriquement : règles, cadrages, confrontations au désir de l'Autre) ou des caresses (permissions, acceptations, félicitations). Et c'est une nécessité pour se sentir vivant. Pas forcément heureux (réglages oblige) mais vivant. La communication interpersonnelle est un maillage de ça, coulée permanente et complexe (réactive, mobile) de ces échanges, de ces strokes. Les strokes sont les aliments de base du ressenti de soi dans le monde, dans un environnement avant tout humain. Et si possible aimant (ferme et permissif, doté de répondant).

Avançons.

Pour Salomé, les besoins boivent à la source des strokes. À quoi il rajoute une composante philosophique (placement de soi dans une globalité intelligible) et écologique (confort et actes de garantie de la vie). Besoins, en conséquence, de se sentir en prise avec : une survie possible ; une protection, un respect, une interaction émanant des autres ; une distance aux autres, pleinement acceptée, porteuse de liberté et de style personnel (agir de son propre chef, déployer un ethos, une façon typique d'être au monde) ; un repli reconstituant ou un repos méditatif possibles (besoin de retrait, dirait Berne) ; une synthèse personnelle et une représentation cohérente et totalisante du monde (système explicatif ouvert, utile et apaisé).




Interview with Eva Ivanova -
(c) A. Novelli, amenove @ Flickr.com



Dès les années 1980, un des partisans de Berne, rapidement pressenti pour modéliser les comportements en milieu confiné-stressant (domaine aérospatial), bref Kahler détermine six grands besoins subjectifs. Champs concernés ? Psychologique, affectif, philosophique et moral, intellectuel. Beau modèle. Et complet. Les besoins : l'excitation (liée à l'action, au risque) ; les interactions fréquentes et les changements (prétextes à créativité) ; le calme et la connexion paisible à soi ; le sentiment d'être accepté en tant que personne ; ou en tant que contributeur direct à un travail ; ou en tant que personne-guide, engagée, valable pour ses opinions ou prises de position.

Romey, le psychothérapeute français le plus néo-jungien qui soit (mâtiné de l'érudition de Gilbert Durand quant aux figures récurrentes peuplant l'imaginaire, plus cette notion d'empreinte nerveuse qui découle d'Arthur Janov), en clair Romey estime que l'homme a besoin - au préalable - d'un regard parental positif (reconnaissance de l'existence et de la valeur de soi), nécessaire à l'autonomie. Il y a aussi ce besoin d'exercer sa volonté et son emprise personnelle sur les choses (Animus), en interaction avec cette vague instinctive, totalisante, ouverte et naturelle que constitue l'Anima, partie ronde et femelle de l'âme.

Intégration d'une confiance initiale ; exercice de la volonté de puissance ; de la réceptivité.

Romey va même plus loin. Quid des besoins de maintien et de dépassement de soi (pulsions) ? Ils dialoguent dans le creuset intime de la psyché, aboutissant par paliers à des formes de soi plus abouties, plus complètes, réconciliées avec le monde. Un mouvement pour consolider et conserver ce qui est bâti, un autre pour intégrer la différence, courir et réaliser des percées nouvelles. Le travail alchimique de ces deux ressorts (forces dialogiques dirait Edgar Morin) - en conflit énergétique ou en symbiose intime (cf. procréation) - c'est une façon d'accoucher de soi dans des versions augmentées. Évoluer, c'est à la fois maintenir et accueillir, dans une ronde harmonieuse et subtile. Très profonde. Voire coûteuse (notion de travail puissant, de negrido).

Monbourquette conclut avec brio (comme d'habitude). Le prêtre et psychanalyste estime, au regard de tout, que l'homme a besoin de se sentir comme une personne pleine et cohérente. C'est également, dit-il, être soi-même. Et aimer. Et se sentir aimé.

Je vous laisse le soin de conclure.

Excellente semaine à tous.
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[*] Maslow, en grande intelligence, a seulement listé les besoins humains. Quel bouffre les a hiérarchisés sous forme de pyramide ? N'importe quel garagiste ou cordonnier de centre ville sait que le cortex humain sait faire passer - en cas de choix ferme - les options morales avant la survie écologique. Cf., par ex., Jean Moulin (1899-1943) dans sa démarche de sacrifice.

[ L'attente a un ou plusieurs objets - Le désir, lui, tient son tonus de l'objet fuyant : est-elle vérouillée que sa cible s'enfuit déjà ]


 Pré-décision et décisionMon 7 Jan 2008
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Exceptionnellement, ce billet, de même que les mots et expressions-clés qui - du seul fait de l'auteur - s'y rattachent, sont (c), merci


Dans les sciences humaines d'expression francophone [1], qui fait autorité comme Anne Ancelin Schützenberger ?

Son expertise ? J'en vois trois majeures : 1. dettes inconscientes (l'attachement aux ancêtres - charnels ou symboliques, en tout cas porteurs d'une justification de la vie et d'un système de références - bref, cet attachement favorise chez l'individu une culpabilité latente à l'idée de réussir des percées d'émancipation, d'où des pressions inconscientes d'autosabotage, pour « rester comme » ou, par exemple, « changer sans changer »), 2. tâches inachevées (attachement excessif à ce que la vie a pu interrompre, ressassement psychologique, comme pour terminer - digérer - les actions figées par le temps, cf. effet Zeigarnik), 3. somatisations symboliques (le corps devient traduction et caisse de résonnance de vérités, pourtant porteuses de sens, pourtant étouffées), bref des mal-à-dits façon Françoise Dolto.

Le cursus ? Cette quasi-nonagénaire pétrie de terrain est une des élèves de Jacob Levy Moreno, le père de la cartographie socioémotionnelle et du psychodrame (regardez), de Dolto bien sûr, et aussi de Ronald Lippit et Leon Festinger, assistants de recherche du grand Kurt Lewin, pilier de la psychologie moderne.

Mmh, la classe.

Elle incarne une référence mondiale en matière de dynamique de groupe [2], versant thérapie : c'est dire si elle a voix au chapitre.

Et que dit-elle du processus de décision personnelle ?

Elle dit bien sûr qu'il baigne dans un système individu-interactions groupales (représentations, influences réciproques). Elle dit, encore et surtout, que la décision personnelle relève de deux degrés d'implication. C'est dans ce livre.

Il y a tout d'abord la déclaration d'intention. C'est un peu l'incantation, le « je veux » scandé par la bouche, voire traduit par le corps (acte symbolique posé, par exemple : je veux faire du footing, je mets mes baskets devant la porte). C'est, vous l'avez compris, la pré-décision, telle que la définit Lewin.

Il y a son corrolaire profond : la décision. Celle-ci engage les actes en vrai, elle opère quelque chose. Allez je sors, je fais trente minutes de footing dans le jardin public devant chez moi. Vous mesurez toute la distance entre l'un et l'autre des degrés d'implication.

La décision découle de la prise de conscience peut-être (identification d'un problème, assurance qu'un de mes actes peut faire basculer la donne, sélection de cet acte, démarche volontaire de mise en mouvement). Elle provient encore et surtout d'une vraie dynamique de changement, souvent dépensière en énergie. Et puis aussi anxiogène (c'est instinctif). Nous sommes en plein changement 2. Il y a tout un monde entre comprendre et réaliser. Entre réaliser et faire.

La décision, alors ? Redoutée. Et puis l'inconnu, vous savez comme moi que...

Ben oui : agir c'est forcément passer à l'étape d'après. La vie est une enfilade de seuils.

Vivre est un risque... (Et c'est tellement bon !)

Ouaip.

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[1] Alexandro Jodorowsky, bien distinct d'Ancelin Schützenberger, forme lui aussi ce front protéïforme de réappropriation de la clinique humaine. Mouvance francophone certes, et beaucoup anglophone aussi. Regardons ça : clinique mêlant psychisme et corps (psychosomatique), communication et inconscient (anthropologie de Palo Alto), destin individuel et conditionnements groupaux, voire familiaux (psychosociologie, systémique et psychogénéalogie d'inspiration psychanalytique). Il y a là un feu épistémologique que le XXe siècle ambitieux a bien voulu alimenter, séchant sur pied l'ethnocentrisme et l'étroite idéologie du positivisme. Je veux rendre hommage à tout ce magma pénétrant, à tous ces transversaux ou spécialistes géniaux et féconds : Gaston Bachelard et Gilbert Durand, Françoise Dolto, Gregory Bateson, Paul Watzlawick et Ray Birdwhistell, Ludwig Wittgenstein (plus tôt), Alfred Korzybski, Edgar Morin ou Joël de Rosnay (actifs plus que jamais), Mircea Eliade (tellement plus intéressant que Lévy-Strauss et son affreux structuralisme), Alfred Withehead, et plus récemment Georges Devereux, Tobie Nathan et Isabelle Stenger. Je veux encore saluer Georges Romey, l'éternel étonné, l'acharné de travail, le découvreur de symboles. Et puis clore, catégorie borderline, avec Rupert Sheldrake et Jeremy Narby. Nous nageons en pleine post-modernité, finie la notion de progrès, ce carcan mental d'augmentation de tout et de son contraire. La relativisation des portées de la pensée rationnaliste occidentale (Antonio Damasio, dans une certaine mesure Edward de Bono), couplée d'un retour aux racines (parfois ténues) de la perception (bain sémiotique) voire de la fulgurance (intuition, présence à soi, intensité au monde et eccéité), font à présent du monde un vaste complexus marin, un tissage aquatique et multidimensionnel enthousiasmant. Jouissance permanente que tout ça.

[2] Beaucoup de consultants se servent de la dynamique de groupe avec plus ou moins de bonheur (c'est souvent très moyen). Leur angle : la performance d'un groupe professionnel. Bien souvent, bof.

[ Aider la personne à passer à l'acte, tout le doigté, toute la mise en tension et la facilitation du coaching | dettes inconscientes, l'histoire du clan Kennedy, par Bernard Gensane | Anne Ancelin Schützenberger, interview sur le site du Cairn | le destin, c'est ce contre quoi luttent, par exemple, la psychanalyse - et en philosophie, le marxisme (hum, hum), il y a là une volonté prométhéenne d'affranchissement (s'arracher de sa condition, est-ce vraiment devenir libre, uh ?) | ressasser (rejouer constamment le film), c'est vouloir accomplir par la tête ce que le corps a laissé de côté (pour autant, la tête est toujours plus aérienne, donc futile et usante, qu'un corps qui marque durablement la matière et le cours - même imaginaire - du monde) - c'est là toute la puissance de l'incarnation (voir danse, théâtre, katas d'arts martiaux, gestes de l'artisanat, pélerinages avec les jambes, actes psychomagiques, chant traditionnel choral (si physique - cf. conditions d'émergence de la quintina), performances, doctrine de l'Incarnation, etc.) | sur le risque - vivre, c'est mourir tous les jours puisque la réplication des cellules (multiplication, renouvellement cyclique) se fait à partir de copies, puis de copies de copies, etc. | mourir de vieillesse, c'est mal répliquer la version n-1 (celle juste avant la fatale) | se décider en logique floue ]


 On Romey ça ? - 3e partieSat 15 Dec 2007
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Chez les adultes, et même (et surtout !) dans l'entreprise, il y a beaucoup de comportements qui ont poussé dans le terreau de l'enfance. Parlons futur et passé : c'est dans la psychothérapie d'expression française que je vous emmène aujourd'hui.

D'abord le futur. Certes le coaching permet-il de dévoiler les atouts présents et de construire les stratégies pour un futur individuel plus clair, plus épanouissant, plus concret. Ce qui fait dire à beaucoup [1] que le coach est un spécialiste du futur, des projections dans le temps (changement). Et l'expérience montre que ça marche, pour peu que certaines conditions soient là.

Parfois, et pour autant, il faut aller dans le passé. C'est là que le coach cède sa place à un autre spécialiste : le psychothérapeute.

Je veux vous donner un exemple de ce qui peut conditionner toute une vie, uniquement accessible par un travail psychothérapeutique : le regard parental.

Il y a Stéphane (exemple fictif), cet homme de 40 ans est doué. Il est brillant. Il travaille bien, se projette plus ou moins bien dans le futur (parfois des doutes le saisissent) : tout ou presque en fait un candidat à l'épanouissement, au moins professionnel. Il parait normal, et même plus que capable. Mais il y un trou. Ce trou, c'est un terrible trou de mine dans son autoroute personnelle vers le bien-être. Ce trou l'empêche de réussir : à chaque fois qu'un obstacle se présente, Stéphane échoue. Tout le monde le sait : Stéphane perd ses moyens (alors qu'il est brillant), ou alors il commet un terrible acte manqué, se « tire une balle dans le pied », fait une échappée folle, une sortie de route incroyable qui stupéfie tout le monde. Stéphane « pète les plombs ». Il stagne, échoue, déprime : quelque chose le bloque et le rabaisse. Quelque chose le maintient dans son état permanent non-accompli. Si ça continue, Stéphane va mourir dans l'œuf, il va mourir de tout le temps rester comme ça, usé par le temps, déprimé, cloué au tarmak.

Il y a certes les transactionnalistes (AT), certes les hypnothérapeutes ericksoniens ou les successeurs de géants de Palo Alto comme Gregory Bateson ou Paul Watzlawick, certes quelques psychiatres comme Jean Cottraux ou encore des psychosociologues lumineux comme le regretté Jacob Moreno ou Anne Ancelin Schützenberger. Bien sûr. Il y a encore les flamboyants inclassables tels que don Miguel Ruiz.

C'est sûr.

Mais lequel fait une analyse-terrain comme Georges Romey ?

Celui-ci ressaisit complètement le travail de Bateson en affirmant que la double contrainte (géniale découverte de la double bind) est une puissance opératoire majeure. Je suis un enfant qui ressent le regard parental comme faible : Papa et Maman me regardent peu [2], c'est donc que je suis digne de peu d'amour (peu aimable, dirait Taibi Kahler). Toute ma vie, je vais me conformer à ce premier regard (pourtant faible en strokes), parce qu'il est celui des géants qui m'ont accueilli et donné la vie. Impossible de passer outre, de contrevenir, de tuer cet état de fait. Tuer ce regard originel, ce serait tuer les porteurs du regard. Nul ne peut tuer ses parents.

Greffez sur ce complexe (au sens durandien de grappe vivante), greffez sur cette situation dynamique une faiblesse parentale. Je veux parler de l'enfant qui perçoit ses parents (à tort ou à raison) comme pauvres, malades, absents, faibles ou lésés.

Son impossibilité inconsciente de remettre en question le regard primordial s'augmente d'une impossibilité de faire mieux que le Couple. Cela rendrait, par comparaison, la situation parentale encore plus aiguë. C'est de l'optique : celui qui dépasse les retardataires de la vie les voit de plus en plus petits (donc pathétiques) dans le rétroviseur. Qui veut voir ceux qu'il aime, ceux qui lui ont donné les premières marques d'amour (même faibles), et puis - j'ajoute - ceux qui le protègent, comme de simples gens ?

Il y a là trois dimensions de souffrance, d'impossibilité. Elles s'interpénètrent et font une synergie : c'est le complexe. Le nœud vivant.

Stéphane a peut-être besoin d'un coach. Il a, encore et surtout, besoin de quelqu'un qui l'aide à réaliser que le psychisme tisse et se tisse autour de complexes, que lui-même est digne de son propre amour, que ses parents sont des humains comme les autres, que les parents souhaitent avant tout la réussite de leurs enfants (Dépasse-moi est beaucoup plus naturel que Partage ma condition), que le temps passe et qu'il se doit à lui-même d'être heureux.

Se réaliser c'est parfois passer par là. Le futur, c'est une projection de ce passé qui nous fait ici et maintenant : de vrais objectifs de changement, ce sont des guérisons.

L'imagination projective (façon Boris Cyrulnik), le travail (aimer et travailler, rappelle Freud), l'optimisme (la positivité, intramotivation forte ou confiance en soi des aventuriers Giacomo Casanova ou Cizia Zykë) et les bonnes rencontres (complexité mouvante, danse de la réalité façon Jodorowsky) font le reste.

Changer, c'est profond. Changer (en vrai), c'est juste aller mieux. C'est juste être. Suit alors le faire.

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[1] Merci Nathalie.

[2] Il y a une théma sur ce regard qui détermine tant de choses.

[ Le psychiatre, c'est un médecin spécialiste (bac + 10), qui travaille à rendre sa forme saine au système nerveux et aux représentations qu'il occasionne sur le bien-être de la personne, il utilise les thérapies qu'il souhaite (entretiens libres, entretiens dirigés, renforcements nerveux, thérapies de groupe, prescription de séjours en centres spécialisés, prescription de médicaments actifs sur l'activité nerveuse, donc les représentations, donc les comportements) | le psychologue (bac + 5) est une personne diplômée d'un master d'université en sciences humaines, catégorie psychologie (c'est une science, avec ses protocoles, son mode opératoire, son corpus, sa culture, ses visées) - il utilise les thérapies qu'il souhaite, sauf les médicaments, par définition réservés aux médecins | le psychanalyste est un représentant direct ou indirect de la découverte freudienne et de l'inconscient comme une structure autonome, discrète, dotée de sa propre logique et conditionnante du ressenti et du comportement humains (rêves, actes manqués, scénarios morbides, angoisses et souffrance psychique), il est nécessairement psychologue et formé pendant plusieurs années à l'école psychanalytique qui lui convient le mieux (Sigmund Freud, Jacques Lacan, Melanie Klein, Carl Jung, Wilhelm Reich, Alfred Adler) - particularité : le psychanalyste a conclu son parcours personnel en étant lui-même passé par le divan | le psychothérapeute est tout le monde ou n'importe qui, il y en a d'exécrables et d'arrivistes, certains autres sont des érudits dévoués, créatifs, intuitifs et efficaces ; certains sont affiliés à un courant, d'autres sont libres et disponibles à tout ce qui survient dans la vie du patient, certains sont des suiveurs - appliqués ou ternes -, d'autres de puissants pionniers ; je pense évidemment à Jodo | en coaching, les objectifs de la personne sont très souvent brouillés par cette histoire de regard originel, d'empreinte affective conditionnante | Romey apprend à voir les parents comme des êtres ambivalents : bons ET mauvais, aidants ET paralysants, marquants ET parfois faibles dans leur propre vie, facilitateurs ET castrateurs, parents ET amants entre eux, parents ET humains - c'est sortir du regard de l'enfant pour aller vers quelque chose de plus réaliste : la réalité devient multiple, donc praticable | ce qui rend la vie une et pleine, c'est par définition sa multiplicité chatoyante - nous rejoignons, cette fois-ci depuis l'inconscient, la représentation métaphysique de l'Un qui engendre le multiple, ce dernier renforçant l'unité de l'Un en l'augmentant, en le faisant parvenir à un plus haut degré de complexité donc de fonctionnalité peut-être, mais surtout de félicité et de jouissance à partager le lien, à cultiver l'amour (amour : liaison intense et pratiquée, connexion synergétique) ]  Read More


 Un contenu hautement émotionnel - 2e partieMon 3 Dec 2007
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Les réprimandes-minute sont un fiable outil de recadrage. Tout aussi efficient que les félicitations-minute, du même Kenneth Blanchard. Savoir réprimander est un art, que je vous brosse ici. La condition absolue étant de discerner s'il s'agit d'une faute ou d'une erreur. Il faut pour ça s'entretenir avec la personne. S'il s'agit d'une erreur, je vous renvoie au bel épisode de Thomas Edison.

La faute ? Là, ça diffère. Il faut la sanctionner comme prévu dans le contrat de travail ou dans le réglement intérieur. Mais avant ça, je recommande une mise au clair, au calme. Sinon, gare au tableau masochiste (décompensation morbide), gare à la triangulation Bourreau-Victime-Sauveur (Steve Karpman), gare à ce que Taibi Kahler décrit par ailleurs comme un scénario d'échec (voir notamment ce que donnent les profils Rebelle ou Persévérant s'ils se sentent acculés [1], soit potentiellement 20 et 10 % de la population).

Il faut réprimander selon quelques principes forts (cf. discernement). Et puis tendre la main en fin d'entretien, c'est déterminant. Trop de managers réprimandent sous le coup de la colère, en explosant. Ou alors froidement, méticuleusement (et intellectuellement), alors qu'il faut considérer la réprimande comme un contenu hautement émotionnel. Donc explosif, donc porteur de « sorties de route » définitives. Gare.

Gare aux Prud'hommes, gare aux croisades, gare à la culpabilité (la pire boule au ventre qui soit), gare à la démotivation des gens qui désapprouvent : nombreux sont ceux qui réclament une éthique serrée et finalement vous vouent aux gémonies parce que leurs amis « souffrent ».

C'est là qu'un manager doit avoir confiance en lui et en sa hiérarchie. L'autorité est reine. L'expérience ? Indispensable : c'est le moment de travailler les réprimandes avec un coach, bien à l'avance. Un coach qui se fonde tant sur le profil du manager que du collaborateur à problème. Et de celui du boss au dessus (cf. désengagement possible ou mécanisme de protection intellectualisant ou - pire - démarche machiavélique [2] ou alors inconsciente du Sauveur qui débarque comme un chevalier blanc).

Reparlons de la faute : réprimander puis tendre la main. Sanctionner puis montrer (en vrai) qu'un retour est possible. Possible ? Mieux : souhaité, désiré, voulu.

Comme - et c'est là que je veux en venir - le père du fils prodigue.

L'erreur est humaine. La faute aussi... Récupérer un fautif, c'est possible, je veux parler d'un fautif repenti.

Provoquer une repentance, c'est du management de haut vol. Puis, volontairement, prendre la personne en flagrant délit de réussite (pour renouer avec la vision lucide et bienveillante), c'est clairement une panacée.

Car celui à qui on pardonne (sous conditions de repentance, de contexte économique favorable et de profil psychologique sain), celui-là, il sait se montrer reconnaissant. Et donc dévoué. Un créancier avait deux débiteurs, expliquait Jésus : l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus ? Simon répondit : Celui, je pense, auquel il a le plus remis.

Ouais.

Be seeing you.
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[1] Lire Derrière chaque masque, une colère du très pédagogue Jérôme Lefeuvre [doc].

[2] Nicolas Machiavel (1469-1527) recommandait au prince de se servir de baronnets comme de fusibles, pour se maintenir. En contexte tendu, c'est comme en poker, si vous ne savez pas qui - à votre table - est le pigeon, c'est que... c'est vous.

[ La pire des armes, c'est le mépris (privation volontaire de strokes), cf. ostracisme | sur le discernement, relire le P'tit D | attention aux chefs qui sont dans la rationalisation ou le déni (Mais non, ça va ! Vous n'allez pas encore vous faire remarquer, Simone ?!) | les mécanismes de protection du Moi, gardiens de la représentation (réelle ou fictive) que l'on se fait de soi : forces de maintien, de cohésion, forces homéostatiques qui viennent en réaction d'un événement troublant, porteur de remise en question, de dislocation de l'image (rassurante et totalisante) que l'on se fait de soi | le psychisme, en proie à cette veille immunitaire, déplace la difficulté, fait « comme si » de manière instinctive, partielle, de courte visée : dans la hâte et malheureusement la cristallisation (inscription nerveuse durable) | principaux mécanismes de protection du Moi : refoulement (le souvenir aigu se dérobe à la mémoire et prend son assise dans une autre forme, immédiatement plus douce - quoique vrombissante, cf. Luc : Si eux se taisent, les pierres crieront), sublimation (la charge se coule dans des tendances « politiquement correctes », donc avouables), régression (retrait de l'investissement psychique dans des phases mieux connues en interne, plus archaïques - ex. boulimie), rationalisation (l'émotion revêt la brillance ou la froideur d'une spéculation rationnelle : elle semble perdre sa charge), projection (attribuer la gêne à d'autres personnes), identification (un exemple allant de soi - faisant autorité -, se dresse en fétiche protecteur, ou catalyseur-neutralisateur des tensions), refuge dans l'action (fuite en avant) ou dans la prévision à outrance (perfectionnisme et prudence à l'excès), imprécations ou vocifération (les tensions trouvent une voie d'expression par le déversement de la bouche), humour (distance ironique, pour dédramatiser voire dévaloriser une brûlante occurrence), folie (le psychisme reconfigure ses grands appuis fonctionnels pour s'adapter au traumatisme, il se tord plutôt que de transformer le plomb en or) | les mécanismes de protection du Moi composent le style de chacun (cf. drivers ou scénarios), ils s'apparentent d'ailleurs - d'après Jacques Lacan - à des figures de style, à des tournures, à des structures formelles (rhétoriques) quasi autonomes, employées en lieu et place des contenus transformatoires (perçus comme menaçants) | les Formes (Gestalt) sont des systèmes vivants, réactifs et conditionnants, comme telles elles sont des symptômes, des grappes de vie indépendantes quoique reliées entre elles (des complexes) | pour Sigmund Freud, les menaces intrapsychiques viennent de la conversion des poussées vitales (érotiques et agressives) en contenus psychiques trop bruts pour être assumés en direct, pour Georges Romey, les menaces viennent essentiellement de mécanismes qui soit étouffent l'ambition d'être soi-même (expressions d'un Animus-chape de plomb), soit qui permettent trop de fulgurances personnelles et déstabilisent ainsi un pacte secret de non-agression, de non-dépassement de l'idéal qu'ont vérouillé sur nous les figures parentales (cf. injonctions paradoxales de Gregory Bateson ou conformation au regard parental), dans tous les cas l'isolement et l'inaction guettent : le fait d'être soi-même (expression de l'Anima authentique, ou de l'Enfant spontané pour Eric Berne), bref être libre dans le rapport au présent (intense et plein), et aussi dans l'acceptation des risques possibles et de l'inéluctable mort, tout ce potentiel reste en simple amorce, séché sur pied - la vie devient visqueuse et rigide, l'étincelle blêmit dangereusement ]


 On Romey ça ? - 1e partieFri 17 Aug 2007
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On Romey ça ? [ 2e partie > ]

Bon, au revoir au passionnant Ray Birdwhistell et puis au revoir aux patrons « trois lettres [1] ». C'est ici même le retour de Georges Romey, le plus personnel des auteurs en psychologie des profondeurs [2] d'expression francophone. Pourquoi ce billet ? Lien avec le management ? avec le coaching ? Moui et non : l'idée c'est de relayer simplement ce que les livres habituellement disent avec emphase. Nous sommes ici dans les sciences humaines. Parlons d'inconscient, cette structure d'autant plus puissante, nous dit Romey, qu'elle vit dérobée. Et ce qui est occulte est fort (actif par la marge : en plein accès sur sa matière). Pour rappel, le père du rêve éveillé libre, ancien consultant pétri de pratique clinique [3], bref ce psychothérapeute rigoureux boit aux sources de trois géants. Citons-les : il y a Robert Desoille et de son investigation audacieuse - quoiqu'intrusive - de l'inconscient. Citons aussi ce puits de science qu'est l'anthropologue Gilbert Durand, puis - pour finir - Arthur Janov [4] et son travail sur l'engramme (inscription nerveuse de paquets traumatiques, autour d'un thème précis - ex. : la naissance).



Reconvoquons Romey. Il faut absolument lire le Dictionnaire de la symbolique des rêves. Ce travail immense, issu d'une titanesque encyclopédie du même auteur, plaide pour une redécouverte de l'impulsion naturelle [5], essentielle, intuitive et libre, par opposition aux structurations souvent pesantes de l'esprit de géométrie, tel que le définissait le grand Pascal.

Que dire ? L'inconscient, c'est beaucoup de choses. C'est encore et surtout, dixit Romey le pragmatique, un réseau bis, arborescent, puissant, opérant.

Écoutons-le (et j'en finis là - bonne fin d'août à vous) : Lorsque le regard transmet au cerveau des signaux spécifiques lui permettant de reconnaître tel objet, ces stimuli déclenchent deux réseaux de résonances, tout à fait distincts, bien qu'étroitement reliés l'un à l'autre. Le premier concerne notre insertion dans ce qu'il est convenu d'appeler la réalité concrète, tangible, objective. Il nous permet d'identifier ledit objet et de réagir à sa présence en fonction du système logique d'appréciation. Suivant le lieu, les circonstances et la considération habituelle que l'on a de cet objet, la réaction prendra la tonalité du plaisir, de l'attendrissement, de l'indifférence, de l'agacement, de la crainte, de la violence, etc. Ce réseau intègre l'image de l'objet dans le champ des valeurs reconnues par la conscience et sur lesquelles s'appuie la raison pour déterminer nos actes, des plus anodins jusqu'aux plus importants. C'est, en tout cas, ce que nous incite à croire un mental très imbu de ses prérogatives ! Le second réseau fonctionne en parallèle, à la manière de ces circuits occultes de pouvoir, dont l'action souterraine est d'autant plus efficace qu'elle est moins apparent. Celui-là, sûr de sa puissance, laisse volontiers à la raison consciente l'illusion de maîtriser les choses de la vie ! Il agit par interférences bénignes dans les circonstances banales et décisives lorsque les orientations majeures de la vie sont en jeu. Ce réseau de résonances c'est, évidemment, le champ des contenus inconscients, symboliques, pour tout dire, dont chaque image se prête à la projection.

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[1] Comme le disait ma grand-mère.

[2] Cf. Carl Gustav Jung.

[3] Est clinicien celui qui, étymologiquement, se penche sur des cas concrets. Des cas de déséquilibre ou de souffrance humaine.

[4] Faire attention. Cet excrément dévastateur qu'est la scientologie reprend à son compte la notion d'engramme, pour - évidemment - la tordre.

[5] Les transactionnalistes estiment en majorité que l'état naturel le plus profitable, le plus assumé, le plus proche des aspirations latentes, c'est celui de l'Enfant spontané. Voyez la théma sur l'Analyse transactionnelle (AT).

[ Théma Cerveau | Quand je regarde Rondoudou, je comprends qu'il y a des choses vraiment plus importantes - Mitch dans les Pokemon (que regarde sans regarder ma progéniture, à l'instant même) ]


 Confiance en soi - 4e partieSun 25 Feb 2007
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Regard, signe de Caïn et racines de la motivation profonde


Consideration, ça c'est le terme anglais. Un excellent terme : englobant, évocateur, précis. Prenons son sens, qui a peu ou prou les mêmes attributions en français. La considération, c'est central : considérer quelqu'un c'est poser un regard sur lui. C'est montrer qu'il existe. A lui, aux autres, à moi (trois dimensions).

Pour rappel, le management de la motivation met en mouvement des parties-prenantes, des travailleurs. Comment ? En activant les ressorts qu'ils ont en eux (ce qui les rend humains et en même temps uniques) et en fournissant quotidiennement la clarté des visées et aussi le bonne ambiance collective de sécurité et d'émulation (aller loin, aller ensemble, dépasser les blocages naturels, tranquillement). Fournir les moyens intellectuels et socioémotionnels de la réussite.

Le management de la motivation est un management de la considération. Considérer, c'est stroker (marquer l'autre d'un signe), c'est montrer une attention [1], c'est démontrer, c'est donc prouver qu'il existe. Si donc j'existe, je peux me projeter dans le temps, estime le collaborateur. Il y a une place (une chaise) pour moi, je peux me mettre en mouvement, je peux agir (ici, exister, me mettre en dehors de moi) : je peux travailler, produire un fruit.

Je peux travailler si l'on me considère. Je peux travailler si l'on me regarde, je peux travailler si l'on me dit ce qu'il faut faire. Un bon manager respecte mon expertise dès que j'en ai une, me laisse de l'espace quand j'en ai besoin, m'aide quand je le demande. Je peux travailler quand quelqu'un de bienveillant me rappelle ce qu'il faut éviter, à temps, et me félicite à chaque fois que je réussis quelque chose. Même des choses petites. Il me stroke (système de signalement et d'ancrage) de bonnes choses.

Considérer quelqu'un, c'est lui fournir un ou plusieurs éléments de tout ça, en fonction de sa mâturité. Pour ça, Kenneth Blanchard a mille fois raison. D'une part pour le primat qu'il accorde [2] au contact individualisé (réprimandes-minutes, félicitations-minutes). D'autre part pour le régime communicationnel (intellectuel et émotionnel) qu'il différencie selon les besoins du travailleur en marche, du travailleur qui gagne en mâturité. A chaque personne [3], un régime différent. Pour seulement une minute par jour et par personne, rappelle le gourou du management. Investir dans l'humain, voilà la plus utile des façons de gagner le défi de la rentabilité durable.

Blanchard est puissant. Le regard du manager (du motivateur) est un regard de discernement. C'est aussi un regard d'encouragement : vous êtes capable du mieux, je vous le montre en reconnaissant vos réussites successives. Le regard du manager suscite un beau regard intérieur : un regard de tranquille lucidité, un regard de capacité, un regard d'amour propre, de sain respect de soi (par opposition au harassant perfectionnisme).

Je termine sur le magnifique travail de Jean-Marc Dupeux, aumônier général des prisons (bulletin audio) et fournisseur de regards bienveillants. Même un détenu (frappé, à tort ou à raison, d'ostracisme) peut changer son regard sur lui-même. Et donner ensuite le meilleur de lui-même.

Un bel espoir pour les équipes humaines.

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[1] Un tel signe est une protection. Cf. le signe de Caïn. Selon la Bible, Dieu protège et apaise, par opposition à l'accusation permanente, qui frappe, sape et détruit. Voir ceci. (Mmh, l'article de Wikipedia est bourré d'erreurs.)

[2] L'on sait, grâce à Michel Crozier, combien le manager français rechigne à rencontrer ses sbires.

[3] En outre, le consultant Bruno Dusollier explique à merveille quelle langue parler au profil psychologique que vous avez en face de vous.

[ Le regard est un discernement (A qui vais-je donner quoi ?), le regard sur l'autre est de toute façon un signe de reconnaissance, ce type de regard (s'il est bienveillant) amorce chez lui un amour propre tout à fait salutaire au travail, à nouveau le discernement fera de belles choses : la boucle est bouclée | communication - ce qui fait changer une personne | le psychothérapeute Georges Romey estime que la présence d'un regard parental (vrai ou supposé) chez l'enfant détermine une partie de sa future capacité à réussir (viser quelque chose de conforme à ses envies et puis l'atteindre) | le regard est un faisceau de vecteurs, qui bâtit un relief singulier : le regard parental, le regard ainsi construit chez l'enfant, les actualisations que font sur cette matière, dans ce système, le regard (supposé ou réel) des autres | l'oeil et la bague | symboles ]  Read More


 L'entreprise névrosée - 4e partieThu 22 Feb 2007
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Jeu bureaucratique


La Montagne sacrée. Voilà le film que mon collègue Olivier et moi sommes allés voir à L'Utopia, tout récemment. Le réalisateur est Alexandro Jodorowsky (1973) :



Etrange et beau film, produit par John Lennon. A la sortie, nous avons parlé de beaucoup de choses, et notamment du modèle psychothérapeutique (puissant) de Jodorowsky. Dans les pages de La Danse de la réalité (Jodorowsky) et J'ai mal à mes ancêtres (Patrice van Eersel et Catherine Maillard), il semble que désormais des psychiatres se forment audit modèle. Et les résultats cliniques pleuvent.

Nous avons rapidement parlé de la névrose et des formations névrotiques groupales, ou comment des entreprises, des familles, des pays (totalitaires) donnent leur accord inconscient [1] à une résolution morbide à plusieurs. Naturellement, c'est le Triangle infernal de Stephen B. Karpman qui prédomine ici. La figure collective énergétique se vérouille et développe sa propre économie interne (échanges). Un renvoi vers le psychiatre Michel Dubec [2] est tout aussi intéressant : un individu (ou un groupe) trouve son équilibre (mécanisme compensatoire, mouvement de rétablissement, à l'instar des tissus intelligents, des tissus infroissables ou à mémoire), bref un système trouve une organisation stable dans un enfermement mental ou dans un comportement insolite voire excessif (bouffées ou échappées délirantes, passages à l'acte). Ou comment se rendre malheureux et par là-même construire le malheur des autres.

Certaines entreprises y parviennent à merveille. Donnant toute force à un Boris Cyrulnik universalisant (Un Merveilleux Malheur, 2002). A être malheureux (névrose ou psychose), un système vivant trouve des compensations, des bénéfices. Voilà tout le paradoxe de nos systèmes. Gregory Bateson, avec sa double contrainte, décrit un bien gros travers de nos organisations. Fais et en même temps ne fais pas [3], voilà qui affole, déstructure ou paralyse. Voilà qui peut nous occuper longtemps...

La solution ? Le changement de degré 2, la sortie d'un système, l'accès à quelque chose de plus totalisant, de mieux réparti, de plus engageant (énergies à présent tendues [4] vers un objectif).

Oui.

A l'instant, je trouve un bon passage du psychosociologue Alex Mucchielli (le fils de son père). Le texte est extrait des Motivations (éd. Que sais-je ?). Il évoque le sociologue des organisations Michel Crozier, c'est passionnant :

« Rappelons l'analyse du "jeu bureaucratique à la française". L'analyse englobe le cas de deux administrations : un centre de chèques postaux et une préfecture. Dans le cas du centre de chèques, les acteurs en présence sont : 1. les employés qui ne sont pas satisfaits de l'état des choses et de la manière dont cela se passe. Malheureusement ils ne peuvent eux-mêmes rien faire, sinon exercer tous ensemble une pression, 2. les cadres subalternes : en situation de tampon entre les cadres supérieurs et les employés. Ils sont en concurrence entre eux pour essayer d'obtenir des moyens pour leur service. Ils sont protégés par leur statut et les réglements, et leur avancement se fait à l'ancienneté. Pour avoir le maximum de moyens, ils sont conduits à fausser les informations transmises à leurs supérieurs. Ils s'efforcent d'entretenir de bonnes relations des deux côtés et ce qui se passe "n'est pas de leur faute", 3. les cadres supérieurs : conscients de leur capacité à percevoir la réalité, se contentent de prendre le minimum de risques en choisissant des décisions de routine et en se retranchant derrière "le réglement". Il se passe la même chose dans l'administration préfectorale. [...]

» Si les acteurs en présence continuent année après année à jouer à ce jeu, c'est, nous dit Crozier, que d'une part, chacun en retire des bénéfices secondaires et que, d'autre part, ce jeu satisfait des motivations profondes inavouables chez chacun des partenaires.

» Le bénéfice secondaire serait pour les différents acteurs d'avoir satisfaction de passer pour des victimes du système. Par ailleurs, le maintien du système bureaucratique qui comporte un coût très important pour tous les participants ne peut donc se comprendre que si l'on admet qu'il répond à des motivations profondes. Pour l'auteur ces motivations sont typiques de la société française : il s'agit de la peur des relations professionnelles de face-à-face, du goût pour l'autorité hiérarchique formelle, de la recherche de la sécurité dans le travail, de l'individualisme et du besoin d'égalité. De plus, pour Crozier, le "système bureaucratique à la française" entretient ces valeurs et contribue à "bloquer la société". »



Conclusion ? Les maladies mentales (configurations morbides) peuvent toucher les groupes. La raison : des bénéfices secondaires, qui brouillent la finalité collective (recherche du bonheur, d'après Baruch Spinoza). Les comportements individuels - nécessairement égoïstes à l'état brut (cf. Adam Smith) - génèrent une homéostasie confite (puissance de persistance, inertie d'un confort illusoire). Autre point : les valeurs véhiculent des motivations (des "mises en mouvement", selon l'étymologie). Pour finir, l'on peut dire qu'une culture nationale (ici française) entretient ses propres valeurs et, partant, ses propres troubles [5] : réticence communicationnelle, refuge dans la colonne hiérarchique, satisfaction du travail pour le travail (infantilisme - Fais plaisir, Sois parfait), individualisme et besoin d'égalité de traitement. Pour rappel, la mise en mouvement des choses est salutaire. Et naturelle : seul le changement est durable, dit le poète.

__


[1] Ces accords, ces adhésions se prennent parfois à contrecoeur. Cf. la théorie des agreements de Don Miguel Ruiz.

[2] Cette approche économique (transferts d'information ou d'énergie dans un système homogène, un milieu plus ou moins poreux avec l'extérieur), bref cette approche rappelle les fondements de la Gestalt. Cette théorie de la Configuration a notamment pour ambassadeur un immense monsieur, bien connu des consultants : Kurt Lewin. A sa manière, avec Le Macroscope, l'excellent Joël de Rosnay y souscrit. Pour prolonger, je vous renvoie à la théma sur la systémique, beaucoup de choses y figurent.

[3] Tout le monde a vu un chien courir en rond après sa queue ? L'animal se prend au jeu et enrage. Par ailleurs, cette gestion de deux contraires (je veux un truc alors qu'il est fait pour m'échapper) pourrait conduire à un paradoxe enrichissant, à une symbiose, une fusion de deux états, quelque chose qui dialogue en interne. Eh bien non, c'est la confusion, le chaos, l'ambigüité, l'angoisse. Georges Romey explique très bien qu'il faut une cure (un soin, une prise en compte des attentes profondes, parfois un deuil accompli) pour dépasser l'opposition du début et permettre ensuite aux contraires de constituer des pôles compatibles, riches, utiles. Tout à fait voisin de ce que dit Jean Monbourquette. Mettre à profit, d'ailleurs, les ressources sur Animus et Anima (ici). Cf. symbiose, également.

[4] Un objectif se mesure. Le consultant Hervé Gougeon estime que tout ce qui se mesure s'améliore : c'est une tendance humaine. De son côté, le grand Charlie T. Jones, gourou américain du management, rappelle à quel point le simple fait de noter quelque chose nous fait pencher vers sa déjà presque réalisation. (Pour peu que les efforts suivent.)

[5] La psychothérapeute et PNL-iste toulousaine Carine van den Broek rappelle qu'une valeur, qu'un principe (ou programme) n'est valable que jusqu'à un certain point. Au delà de quoi, il faut changer son fusil d'épaule. Ou souffrir. Traiter cela en pleine lumière, c'est l'objet de l'éthique des affaires. Ses articulations ? Les valeurs, oui. Et surtout les seuils, les points de bascule : les "jusqu'à-ce que" (l'inspiration est évidemment bernéenne).

[ L'entretien de Jodorowsky pour J'ai mal à mes ancêtres (texte) | la théma jeux psychologiques | changer de vie ]  Read More


 Systémique... ta mère - 11e partieSat 9 Dec 2006
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Harmonie

<< Les groupes de pensée se comportent à la manière d'un individu névrosé : ils nourrissent un complexe de l'enceinte. Dans ces lieux clos où ne pénètre que celui qui présente les signes de l'appartenance, on oeuvre au maintien, cet oppresseur des énergies créatrices. [...] Mon propos [...] est un acte de foi dans les deux courants dont dépendent les choses de la vie : le besoin de permanence, qui pousse tout organisme à sa conservation, et la pulsion d'évolution, qui assure son devenir. Hors d'un équilibre entre ces deux fonctions, rien ne peut exister dans l'harmonie. >>

Georges Romey, ancien consultant en organisation, psychothérapeute érudit, il est - avec Jean Monbourquette et Gilbert Durand - certainement le meilleur néo-jungien d'expression francophone, intellectuellement proche - par ailleurs - de Carl Rogers et de l'approche psychoneurologique d'Arthur Janov



[ Rendez absolument visite à Mickal | le changement, toute une théma | les territoires | Adrel, ressource officielle pour le courant thérapeutique de Georges Romey, le rêve éveillé libre ]


 Psychologie - 4e partieTue 10 Oct 2006
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La vie est faite de caps, de montées en puissance, voire de cycles [1]. Bref, les choses changent. Tout le temps. C'est d'ailleurs l'une des certitudes [2] les plus universelles qui soient. Ou sinon, les choses se condensent dans un mauvais cycéon, elles font de bien vilains grumaux (relire Héraclite, philosophe du mouvement). Ce qui explique la stagnation, je pense, c'est la recherche en boucle de satisfactions 1, alors que la Nature nous a faits pour nous sortir de nous-mêmes (étymologiquement, exister) et nous projeter dans un minimum de satisfactions 2. Alors que dire ?

Ben, c'est Flemming Funch qui a une théorie sur le dégoût. Lors d'une séance de travail, je lui confiais que certains traits de personnalité me faisaient horreur, et tout le monde connaît ce sentiment de arf. Comme vous le savez, je pense, Flemming a longtemps travaillé comme psychothérapeute aux Etats-Unis [3]. Et il a bien roulé sa bosse. Il me disait notamment que l'horreur de certains comportements était une peur inconsciente de régresser, de rencontrer - cette fois-ci chez les autres - des comportements que nous avons plus ou moins bien passés, bref des traits du passé psychologique, de l'avant, de l'archaïque et du grossier. Sûr qu'il y a l'idée d'évolution là-dedans.

Sûr que la vie nous dégrossit. Et ce que nous rejetons, à l'instar de la bête (de l'Ombre) de Jean Monbourquette, c'est une version n-1... (ou n-x) de nous-mêmes.

Encore une fois, je crois que Flemming a raison... Et puis c'est la démonstration qu'il faut accepter en nous-mêmes les versions antérieures, hésitantes, en recherche. C'est une façon de mieux cohabiter avec (tous les) soi-même(s) et - du coup - d'accepter les défauts des autres. Et de mieux aimer son prochain, je rajoute.

Qui fait l'ange fait la bête, d'une part. D'autre part, il faut faire un sort à ce foutu perfectionnisme...

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[1] Cf. notamment les logiques circulaires.

[2] Percy Bysshe Shelley disait : Seul le changement est durable.

[3] Il a même été traduit en... russe. Si ! J'ai vu les bouquins chez lui, c'est illisible.

[ Recherche d'excellence, pragmatisme, spontanéité et gentillesse sont - je pense - les remèdes au perfectionnisme | coaching | relire Le Baiser aux lépreux de François Mauriac, ainsi que les superbes travaux de René Girard | c'est Alexandro Jodorowsky qui parle du mépris des Blancs (j'ajoute des positivistes) à l'égard des cultures prétendument primitives - lire d'ailleurs le point de vue de David Nadeau-Bernatchez | le positivisme sous l'angle du philosophe des sciences Thomas Samuel Kuhn (1922-1996) | ah, ce vieux débat Apollon Vs Dyonisos - lire Nietzsche, ce qu'en dit l'Education nationale, ainsi que le sociologue Marcel Rioux | Kuhn, cétéki ? | Joel Peter Witkin, photographe catholique (à la Mauriac, quoique plus... libéral) des catégories humaines rejetées, mais acceptées par la lumière : 1. de son appareil photo, 2. de l'amour divin, par dessus tout ]  Read More


 Psychologie - 2e partieSat 16 Sep 2006
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[ << Psychologie - 1e partie ] Animer l'homme - 2e partie [ Intelligence bête | Comportements de chasse - 3e partie >> ]


L'intelligence collective pourraît bien venir... des bêtes


Etre une bécasse, une peau de vache, un requin, un jeune loup malin comme un singe... Les animaux, dans l'entreprise, ne sont pas à la fête. Et pourtant ! Leur meilleur défenseur, l'excellent Boris Cyrulnik, spécialiste des comportements humain et animal, les réhabilite en tant qu'inspirateurs. Il dit même que ce sont eux qui nous ont aidé à forger une humanité sociale. En les admirant, en les domestiquant, nous avons développé ce qui nous rend si spéciaux.

Ah oui ?

Regardez donc les loups. Ils chassent en plaçant sur les flancs les gros individus lourds, capables de terrasser par les dents. Par le milieu, ils font fuser les jeunes intrépides, légers, qui éreintent leurs cibles. Résultat : la trajectoire des proies, d'abord confuse, s'écrase ensuite sur le mur des gros tueurs, par côté (c'est se jeter dans la gueule du loup, commente Cyrulnik). Travail rôdé, intelligence synergétique affirmée, les loups sont des maîtres. Il est évident que les hommes les ont copiés, spécialisant les fonctions selon les talents de chacun (ou les atouts biologiques, concède Cyrulnik). Les butins de chasse ? Partagés en fonction de la vaillance et de la valeur contributive : la hiérarchie est née. Et avec elle, un découpage fonctionnel, qui devient peu à peu social : les statuts se font psycho-symboliques, ils deviennent fonctions de régulation. L'ordre culturel, ainsi que son infinie machine à idées, peuvent émerger. La transmission traditionnelle trace ensuite une multitude de sillons.



Fig. 1 - Boris Cyrulnik sur France 5 (vidéo)


Que dire des rennes, au nord de l'Europe ? Ces cervidés si précieux sont - tenez-vous bien - des amateurs d'urine humaine. Et alors ils suivent les hommes, l'urée représentant pour eux... une friandise. Ils la lèchent. Obligatoirement, une amitié inter-espèces naît : l'homme urine et le renne porte les lourds ballots de l'être qui marche debout. Mais il y a un prix, le renne est impossible à parquer, il faut donc le suivre. Le nomadisme vient de naître. Et avec lui, son luxuriant folklore [1].

Autre exemple ? Le cheval. Originellement chassé, ce merveilleux coureur se laisse monter (avec efforts) et l'homme élargit alors sa vision de l'espace. Tout devient surmontable. Les civilisations (cf. les Mongols, les Scythes ou les Arabes) rendront à l'équidé un fier hommage. Ils parviendront à bousculer les peuples, à s'installer, à dérober des ressources. Et donc à écrire l'histoire antique.

Autre apport du monde animal à nous : les outils. Bien sûr que le martin pêcheur perce l'eau comme un expert, bien sûr que le corps des animaux, si spécialisé [2], forme un arsenal précis. C'est une ressource imaginaire [3] et technique dont l'homme va s'emparer, par la réplication [4]. CQFD : tout devient possible...

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[1] Dévorez donc Arnold van Gennep (folkloriste). Ou le grand Mircea Eliade (surtout ceci).

[2] L'on dit de l'homme qu'il est un excellent généraliste : il sait tout faire correctement. Le poisson, à l'inverse, nage à merveille. Mais s'il s'agit de courir...

[3] A noter que l'anthropologue Gilbert Durand place l'imagination (onirique, artistique, etc.) devant l'inventivité technique. Ce qui, très indirectement, donne une belle étoffe aux célèbres mots d'Antoine Blondin : L'homme descend du songe. Propos en phase avec les découvertes d'un Jeremy Narby plus que fascinant (anthropologue). L'homme est avant tout un être de symboles et d'affectivité. Au fait, le saviez-vous ? René Descartes, champion présumé du cerveau gauche (technique, analytique), était un fervent admirateur des artistes (soulevé par Louis Pauwels et repris, à sa façon, par le bien inégal Henri Pena-Ruiz) : Il peut paraître étonnant que les pensées profondes se rencontrent plutôt dans les écrits des poètes que dans ceux des philosophes. La raison en est que les poètes ont écrit sous l'emprise de l'enthousiasme et de la force de l'imagination. Il y a en nous des semences de science comme en un silex des semences de feu ; les philosophes les extraient par raison, les poètes les arrachent par imagination : elles brillent encore davantage. Outre l'hommage à peine voilé aux alchimistes, extracteurs de principes, Descartes s'abandonne surtout aux joies de ce que Pascal nomme l'esprit de finesse, par opposition à l'esprit de géométrie. Preuve que le cerveau (est-il besoin de le rappeler) fait - et doit faire - les deux (analyse et/ou synthèse, calcul ou jaillissement créatif) à merveille. Cf. théma cerveau. Et détour conseillé par De Vinci.

[4] La mimesis interpelle. Depuis l'anthropologue René Girard, et le rôle civilisateur - fût-il tragique - qu'il lui confère, en passant par le psychologue Jacob Levy Moreno, la capacité de reproduire les choses est un ressort intriguant. Consulter en outre le périple des mèmes.

[ Sur l'entreprise mythique | dynamique de groupe, intelligence collective | sur Cyrulnik, père de la résilience d'expression francophone et de la 'bonne' culpabilité, fruit de l'empathie et racine de la morale | citations de Cyrulnik, via le blogueur Gilles Jobin ]  Read More


 You know you 'shocked' me babySat 1 Jul 2006
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Je vous recompose la chaîne [*] qui m'a amené à cette excellente ressource sur Stanley Milgram (1933-1984), l'un des piliers de la psychosociologie moderne :

Dorian(e) Purple -> L'Arbre des possibles -> Psychobranche -> Milgram, S. - Soumission à l'autorité, 1974 [pdf]

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[*] Electrique.

[ Fabuleux Led Zep | excellents... Dread Zep | Absara.com, leadership, management et pouvoir | AC/DC et la haute tension - yiiiha ]  Read More


 Sans problème il n'y aurait pas de créationThu 15 Jun 2006
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Nul n'est manager s'il n'est un peu philosophe, c'est-à-dire présent aux choses et aux gens : intense. Les sciences humaines, combinées avec les sciences sociales, sont d'un secours immense pour cartographier les scénarios possibles. Le désir de piloter un bateau (étymologiquement faire de la cybernétique) met tout le monde d'accord. Je veux dire tant Platon (Ve s. av. J.-C.), qui emploie le terme pour la première fois, que le mathématicien Norbert Wiener (XXe s.), qui le développe dans de nouvelles (et bien fécondes) perspectives. Qualiticiens et managers sont eux aussi à la tête de quelque chose. De même que les personnes qui gèrent des flux (argent, temps, ressources) [1]. De sorte que l'entreprise est tout autant en prise avec les sciences de la complexité que le laboratoire universitaire. Et que la vie. D'ailleurs, en ce début de XXIe siècle, les sciences dures [2], les sciences molles [3], le management [4] font cause commune : sortir des chapelles et venir s'interfrotter. Témoin, la démarche d'Emmanuel Ferraguti, prof de philosophie, érudit de sciences. Et blogueur. Pour lui, le cap est passé : tout - je dis bien tout - est philosophie, c'est-à-dire amour de la vie et recherche de solutions. Let's go.





Absara.com : - Emmanuel, pourquoi t'intéresses-tu aux sciences humaines et cognitives [5] ? Quelles connexions y vois-tu avec la philosophie ?

Emmanuel Ferraguti : - Je pense que le savoir est un, qu’il y a une unité de la connaissance. Il y a un beau métalogue [6] de Gregory Bateson intitulé « Jusqu’où va ton savoir ? » (in Vers une écologie de l’esprit [7]), dans lequel l’épistémologue anglais affirme qu’il n’y a qu’ « une seule grande pensée qui a des tas, des tas et des tas de branches ». On retrouve la même thèse chez René Descartes dans les Principes de la philosophie, chez Platon pour qui toute la connaissance doit parvenir à un terme anhypothétique (l’Idée du Bien) pour redescendre ensuite vers les différentes sciences déterminées. Je crois que « le savoir sur le savoir » (c’est ainsi que Bateson nomme l’épistémologie, ou la philosophie des sciences) est le tronc de tous les savoirs. De formation je suis plus attiré par les sciences de l’homme que par celles de la nature, mais cela est purement accidentel.



Fig. 1 - Gregory Bateson (1904-1980)


A : - Quels auteurs ou penseurs ont ta préférence ? Pourquoi ?

EF : - Ce qui m’intéresse dans la philosophie c’est sa capacité à engendrer, à donner vie à des problèmes. Je crois, avec Henri Bergson, qu’une réponse ce n’est jamais qu’un problème bien posé. Inventer un problème c’est, avant toute chose, inventer une réponse possible ; ensuite il suffit de découvrir celle-ci. Mais le plus important est l’invention du problème.

>> J’aime les penseurs de la rupture, ceux qui, au sens précis que Platon confère à ce mot, font preuve d’autorité (Archein, en grec, c’est l’art d’entreprendre et de conserver l’entreprise). Ce sont généralement les mêmes qui nous libèrent du passé et qui, dans le même temps, nous lèguent des schèmes de pensées d’une rare prégnance. Quelqu’un qui parle aujourd’hui d’« Idée » ou d’« autorité » fait son monsieur Jourdain philosophique s’il ignore que ces notions ont été inventées par Platon. Son disciple immédiat, Aristote, est incontournable. Ensuite je veux bien, pour faire court, faire un bond jusqu’à Emmanuel Kant (qui sépare définitivement l’essence de l’existence – l’absolu devient inaccessible à la connaissance), non sans passer par René Descartes (qui fonde la science moderne sur la conscience [8] – le point de vue subjectif, dit Arthur Schopenhauer). Mais évidemment on ne peut passer sous silence Friedrich Nietzsche (le plus grand des philosophes de la rupture).

A : - Où en est ta réflexion sur la façon dont se structure et se comporte l'homme ? En général et - plus spécifiquement - en prise avec son environnement de travail ? Par ailleurs, quel regard portes-tu sur les rapports interpersonnels, en 2006 ? Puis, parlons du vivre-ensemble. Quels axes d'analyse, d'étonnement, d'investigation personnelle, de réflexion dégages-tu de l'observation de ce socius ?

EF : - Actuellement je m’intéresse de près à la pensée de Bateson ainsi qu’à celle d’Henri Atlan [9]. Ces deux auteurs sont des cybernéticiens qui tentent de mettre à jour les modes d’organisation du vivant ; ce que Bateson appelle « la structure qui relie », ou encore « esthétique ». Je dois bien avouer que mes réflexions sur la question en sont encore au stade embryonnaire. Ce qui m’intéresse, en tant que professeur de philosophie, c’est le rapport entre la compréhension et le monde, tant physique et biologique, que, pour reprendre l’expression de Wilhelm Dilthey, « le monde de l’esprit ». Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’idée (bergsonienne) selon laquelle la notion de problème serait particulièrement importante pour la vie. Sans problème il n’y aurait pas de création. J’aime cette idée qui met à mal une conception que je juge naïve des rapports entre question et réponse. La plupart des gens font comme si, pour toute question, une réponse attendait quelque part d’être citée à comparaître devant le tribunal de la raison. Je crois, avec beaucoup d’autres (dont Bergson), qu’une réponse n’est jamais qu’un problème bien posé – et que la réponse est beaucoup moins importante que le problème lui-même.




Fig. 2 - Henri Bergson (1859-1941)


>> Un problème est ce qui nous oblige à nous poser des questions, à adopter des positions (des thèses). C’est dans ce rapport, dans cette lutte de la pensée avec elle-même, que celle-ci rejoint la vie, la nouveauté. L’homme évolue et se structure dans ce rapport aux problèmes qu’il est capable d’inventer. Ce n’est pas une simple question d’adaptabilité, mais de nouveauté (Henri Atlan a de très belles pages sur cette question dans Entre le cristal et la fumée - ici).




Fig. 3 - Henri Atlan (né en 1931)


>> En ce qui concerne spécifiquement le monde du travail, je préfère te laisser le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Mais plus généralement, le « monde du travail » n’étant qu’une espèce du genre « monde humain », je crois que la discorde, la mésentente (pour reprendre l’expression de Jacques Rancière), le conflit, sont les vraies raisons, les vrais moteurs, de la politique (Jean-Jacques Rousseau ne dit pas autre chose dans le Contrat social). La concorde, la paix, peut être un idéal régulateur, une fin vers laquelle tendre collectivement, mais ce qui nous fait avancer, aller vers elle, c’est le désaccord, l’opposition. Ce que Kant nomme, en un bel oxymore, « l’insociable sociabilité » des hommes (in Idée [c’est ça un principe régulateur] d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique).

>> Si nous rapportons cette hypothèse à ce que je disais précédemment à propos des rapports entre la compréhension et le monde, entre la pensée et l’être, nous pouvons en inférer que nous continuerons à créer, à évoluer, à accepter la nouveauté, et donc à vivre, tant que nous douterons de pouvoir atteindre l’adéquation entre l’être et la pensée ; tant que nous douterons de la vérité.

>> De ce point de vue, le retour en force des intégrismes religieux est – de mon point de vue nietzschéen – une réaction contre cette valorisation de la création, de la vie, induite par les nouvelles technologies de la communication (la Toile notamment).

>> Ceci nous amène au troisième point de ta question. Je pense que le développement des media favorisant la communication favorise aussi l’émergence de nouveaux problèmes et, incidemment, une évolution possible de la pensée. Je rappelle cette formule d’Hannah Arendt que j’affectionne particulièrement (la formule comme son auteur) : « Penser c’est toujours prendre un risque ; mais ne pas penser c’est en prendre un plus grand encore ». Tout dépend ensuite du risque que sont prêts à prendre individuellement ceux qui sont connectés. De ce qu’ils sont capables de mettre en commun (je ne t’apprendrai pas que « l’être en commun » ce dit, en grec, éthique). De ce point de vue l’anonymat quasi généralisé des blogs (et autres sites) est de très mauvais augure.

>> Kant comparait la philosophie à un champ de bataille (Kampfplatz) ; aujourd’hui l’arène est planétaire mais les gladiateurs sont plus prompts à s’inter-congratuler, à se déclarer mutuellement leur amour pour le genre humain, qu’à échanger des idées, a fortiori les soutenir.

>> Pour le quatrième point, je ferai court : depuis quelque temps (deux ans) je m’intéresse particulièrement à l’isolement, pire à la désolation de l’individu qu’induit la modernité. C’est la philosophie de Condition de l’homme moderne qui m’a conduit sur ces chemins que je vois partir de Descartes et de Thomas Hobbes. Pour le reste (l’individu opposé au général et l’amour opposé à la haine), je préfère rester prudent, et donc garder le silence, car ces réflexions sont trop récentes et problématiques pour être (actuellement) exprimables et compréhensibles (y compris de moi-même !).

A : - En quoi, pour toi, la philosophie est-elle nécessaire ?

EF : - J’aime que la question implique sa nécessité. Je pense que tu as raison, c’est le cas : elle est nécessaire. En quoi ? Elle le prouve d’elle-même : elle est là depuis plus de deux mille cinq cent ans. Je dis cela car, si ce n’était pas le cas, elle mériterait de disparaître (tout ce qui naît mérite de disparaître). Elle est nécessaire car, comme art d’inventer des problèmes, elle est l’indispensable compagne de la vie (individuelle) qui n’est pas totalement convaincue (quel que soit l’objet de la conviction : politique, religion, argent, haine ou bêtise.). La philosophie est l’indispensable compagne de la vie qui n’est pas morte.

A : - Outre la philosophie, à quoi t'intéresses-tu ?

EF : - Il ne reste pas grand-chose puisqu’elle est partout !

A : - Certes. Un grand merci, Emmanuel.

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[1] L'on ne gère pas des hommes. L'on gère seulement des ressources, des moyens coûteux, capables de générer quelque chose, une fois mis sous pression (investis, injectés, employés), dans un circuit vivant (récursif - cf. vocabulaire). Que fait-on des hommes ? On les anime, avec des strokes ciblés. Avec des objectifs (toujours chiffrés). On les écoute. On leur donne du souffle. (Parfois, on les engueule). Pour autant, l'homme n'est ni une ressource, ni un capital. Pourquoi ? Parce qu'il est juge et partie de tout : à la fois émetteur et cible, en permanence. Irradiant, imprévisible, connecté. Vivant. Tout sauf une ressource. A signaler : ce débat concerne aussi les connaissances, ce patrimoine bougeant (vivant). Cf. knowledge management ~ barre latérale.

[2] Sciences dites exactes.

[3] L'observateur - en tant qu'humain - fait automatiquement corps avec ce qu'il étudie, qui en outre change d'état en permanence. Par la combinatoire qu'il entretient constamment avec son environnement. Voir les règles de la complexité.

[4] Optimisation de ressources. C'est-à-dire travail d'économie (gestion des forces) et travail d'impulsion (amorçage, entretien, relances) en vue de réaliser quelque chose (but, objectifs, finalités - regardez), c'est-à-dire de vivre. Dans un milieu. Avec les autres, c'est important.

[5] La cognition, c'est cette fonction (ou cet ensemble dynamique de fonctions) qui permet : 1. de recueillir un signal (une stimulation, un événement), 2. de lui donner un sens (décodage, interprétation personnelle - souvent inconsciente), 3. de le stocker quelque part (cf. Cerveau ~ barre latérale du blog), 4. de le faire vivre, c'est-à-dire de le laisser former un tissu réactif avec des tas d'autres choses, 5. de le convoquer consciemment (avec plus ou moins de succès, puisqu'il s'implante en grande partie dans l'inconscient) chaque fois que c'est nécessaire. Il faut ici rappeler qu'il y a au moins trois inconscients. Tout d'abord, l'inconscient cognitif, qui est la 'boîte noire' de l'intériorité, voire la partie immergée de l'iceberg, cet ensemble de processus que l'on ne peut identifier que quand un comportement (partie visible, étudiable) surgit. Cf. Burrhus Frederic Skinner. Il y a aussi un inconscient d'espèce, un instinct (voir Boris Cyrulnik). Puis, l'inconscient freudien, qui est ce lieu psychique (parlons effectivement de lieu - topos -, faute de mieux) où les contenus traumatisants passent à la trappe, et s'interconnectent entre eux, générant un sens qui échappe à la conscience. L'inconscient freudien ignore le temps : les éléments se connectent entre eux selon la seule loi du sens. Il y a une logique interne, complètement déconnectée de la chronologie de ce que vous avez vécu. Voilà pourquoi les choses anciennes font aussi bon commerce avec les choses plus fraîches. Voilà pourquoi aussi, selon l'insolite Carl Gustav Jung, les choses peuvent - de l'intérieur - faire sens, c'est-à-dire émouvoir. Et faire avancer, si l'on compte sur elles comme sur des alliées. Cf. Ombre.

[6] Etymologiquement, des dialogues qui parlent de dialogues.

[7] Vers une écologie de l'esprit, version gratuite en ligne [pdf].

[8] Descartes a, depuis, cédé le pas à Antonio R. Damasio. Voir pourquoi.

[9] Les biologistes, dont Atlan fait partie, forment - particulièrement en France - parmi les plus grands explorateurs de la complexité. Témoins les grands Henri Laborit et Joël de Rosnay (déjà salué par Absara). Tenez, une communication de Jean-Louis Le Moigne sur Atlan [pdf].  Read More


 Pentagonez vos actions de com'Wed 3 May 2006
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C'est un responsable communication qui nous le dit (blog). Via l'excellente plateforme de conseil aux professionnels Enviedentreprendre.com [2], Arnaud Meunier, c'est son nom [1], indique qu'une action de communication se juge à l'aune de cinq critères. D'où le 'penta-titre' d'en haut.

Parlons de campagne de pub. Et commençons par 1. la mémorisation : il faut demander aux gens de votre cible s’ils ont déjà vu cette campagne de pub, ou s’ils ont retenu le message. D'accord ? Vient ensuite l'attribution 2. : Quelles sont donc la marque et l'entreprise à l'oeuvre dans cette publicité ? En 3., la valorisation : c'est ce que les destinataires de ladite pub en retiennent (l'impact conservé, approprié, interprété - cf. fonctions cognitives). Puis, en 4. et en 5., la question du changement. La pub change-t-elle l'idée (4.) que vous vous faisiez de la chose ? et surtout, vous donne-t-elle envie de passer à l'acte [3], c'est-à-dire de changer votre conduite (5.) à son égard (selon l'effet recherché, attraction ou rejet [4]) ?

La grille à cinq aspects ? Simple et fiable. Atomique. Le mot de la fin pour Arnaud : il est important de distinguer une action de communication qui cherche à transmettre une information d’une action de marketing qui tend à vendre un produit complet.

Nous voilà prévenus.
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[1] Voilà le genre de phrase que ferait Marc Kravetz (photo) dans les très bons Matins de Nicolas Demorand (France culture).

[2] Animation, Olivier Marone. Olivier ? L'un des gars du Net les plus réactifs et les plus à l'écoute que je connaisse.

[3] La psychologie structuraliste (un peu 'laissée sur le carreau' depuis Gilbert Durand) dirait que l'attitude (schème représentatif - ou image du monde selon l'idée de l'école de Palo Alto, prolongée par la PNL et ses métaprogrammes) précède (induit) un comportement. Je reprends : l'attitude fait le comportement, ce qu'il y a dans la tête conditionne l'action du corps (système nerveux, actions, gestes). Et les sciences systémiques (cybernétique en tête) rappellent à quel point le comportement, altéré par les retours de l'objet ou du milieu, impacte l'attitude à venir. (C'est la forme circulaire de causalité, qui ré-injecte la conséquence en tant que cause, blouclant ainsi la boucle - c'est l'ouroboros du génial Paul Watzlawick.) Le comportement ? Cette action mesurable qu'investissent les psychologues comportementalistes tels que le géant Burrhus Frederic Skinner (1904-1990). En management, son fils indirect, chantre des renforcements positifs (cette sorte de 'dressage' vers le haut, d'encouragement aux cercles vertueux), est le gourou Kenneth Blanchard et sa positive flash exposure.

[4] Cf. les campagnes sanitaires (drogue, pandémies, prévention routière). Même si l'expérience montre qu'il vaut mieux désirer une bonne santé (et tous ses attributs de jouissance, d'exploitation de potentiels et de bon 'vivre-ensemble' - de bon socius) que haïr les conduites à risque (scénario frappant mais anxiogène).

[ Autres outils atomiques | l'attitude en psychologie sociale | revenons-en aux actions de communication - interagir avec des journalistes | le marketing d'après le consultant commercial Patrick Tardivon | vendre | vendre et fidéliser | vendre au XXIe siècle | Changer ou améliorer ? | amateurs de symboles, un très bel ouroboros | les symboles, compagnons du fait humain - véritables outils de marche, ils forment probablement la béquille du vieil homme envisagé par Oedipe (avec la sphynge poseuse d'énigmes) | sciences humaines - les symboles, en prise avec les schèmes verbaux, sont générateurs de sens ]  Read More


 Communication - 1e partieTue 6 Sep 2005
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Communication - 1e partie [ Bain sémiotique - 2e partie >> ]

Un chien montre les crocs, comme s'il voulait se battre, pour signifier qu'il ne veut pas se battre parce qu'il n'a aucun autre moyen de signifier la négation : "ne pas [se battre]". C'est ce qui distingue le mode primaire de représentation du mode secondaire (au sens freudien).



Auteur - Emmanuel Ferraguti, passionné de communication et de cybernétique, selon l'angle mental, notamment, du grand Gregory Bateson [En] [Fr]. Il est, par ailleurs, professeur de philosophie et auteur du blog Nuire à la bêtise.
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[ Ferraguti - Cet auteur exigeant, Français, doté d'une plume acérée, recommande la consultation gratuite des classiques de sciences sociales, mis en ligne par l'université du Québec à Chicoutimi | Gregory Bateson (1904-1980), anthropologue et cybernéticien, est le père - entre autres choses - du double bind (double-contrainte), structure comportementale qui handicape tellement le quotidien des organisations et des individus | originale et lumineuse Anne Ancelin Schützenberger, élève de Bateson | Bateson était gestaltiste | morceaux choisis [En] du Gestalt Journal | Bateson et le changement | culture et changement | Bateson et l'école de Palo Alto, une autre idée de la communication ]


Gregory Bateson (c) ayants-droits & Infoamerica.org  Read More


 Vrac - 1e partieMon 20 Dec 2004
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Vrac - 1e partie [ Le goût âpre du cycéon | Vrac de janvier - 2e partie >> ]

1/5 - Pater familias

Bon, je ne dors pas puisque ma fille... non plus. Sa maman, crevée, me demande de consoler le fruit de notre union... ce qui me réjouit ! Cela me rappelle les toutes premières semaines, où mon bébé s'endormait au simple contact de mon poitrail animal. J'avais le sentiment d'une utilité apaisante, comme celle d'un boeuf qui chauffe l'étable (le premier qui me taxe d'âne gris, je le broute). Allez, rebelote : les grands pleurs sont revenus, je vais pouvoir me rendre utile. Voilà chose faite. Rien de bien excitant à la télé. Alors... weblog. (Il faut que j'arrête avec ces points de suspension, on dirait du Céline... !!!! .... !!!!)

2/5 - Poissons-paniers

Corbeille, corbeille, corbeille. Je me disais bien... Je lis quelque chose comme douze ou quinze bouquins à la fois, érigés au pied du lit comme une tour de Babel bancale. Et cette histoire de trois corbeilles me titille une zone cérébrale, un peu endormie (tu m'étonnes). Les Trois corbeilles, évidemment ! Il s'agit d'une somme bouddhique rédigée en langue påli, trois mois après la mort présumée du Bouddha, sur des feuilles de palme. Preuve qu'à l'époque - question stockage, on était à fond branché écologie. Vous me suivez ?

Mouais. Autres temps, autres moeurs : les trois corbeilles, en organisation, c'est cette méthode qui divise les documents en trois catégories. Bien sûr, ce type de classement touche tous les métiers, tous les services, tous les bureaux. Une panacée. C'est à un médecin - en parlant de panacée -, que je l'ai recommandé pour la dernière fois. Le malheureux croulait sous la documentation technique, commerciale et administrative. Il allait presque mourir, à l'étouffée. Dix minutes par jour, pour juger si chaque imprimé mérite la voie "A classer" ou le processus "A jeter". Allez, raus ! (Docteur, si votre municipalité le permet, optez pour une poubelle à tri sélectif... sinon changez de ville.) Mes amis, la catégorie "A faire" est la plus simple : c'est ce qui a un sens pour votre boutique, votre métier voire vos envies. D'une simplicité affligeante.

3/5 - Gaston, y'a Erikson qui son'

Du coq à l'âne, je vous propose d'aborder les ' huit crises psychosociales ' du psychanalyste américain d'origine allemande Erik Erikson (1902-1994), père de la psychanalyse culturelle. Pour les fous de sciences humaines, le courant eriksonien est cette tendance qui, notamment, reproche à la psychanalyse le primat qu'elle accorde à la sexualité. – Attends, tu m'exliques le lien avec ta fille, les corbeilles et tutti quanti ? – Ben, y'en a pas. – Pourquoi ? – Parce que. – Ok. – Voilà, t'es gentil.

Erik Erikson n'est pas le père des téléphones portables. - Attends, mec, trois corbeilles, huit stades à la gomme et en plus tu traînes ? – Ben ouais. – Pourquoi ? – Parce que. – Ok. – Merci. Erikson, rapporte le psychologue Jo Godefroid, estime que la personne - est - amenée périodiquement à affronter de nouvelles tâches développementales , résultat combiné de l'intégration des facteurs biologiques et de l'impact des pratiques éducatives, dans un contexte socioculturel donné. J'aimerais bien vous faire une cartographie des processus pour vous représenter les huit étapes avec les succès et les stagnations, mais là... non. Sachez que l'être humain est amené grosso modo à sortir par le haut ou par le bas - c'est selon - des huit crises que sa vie lui présente. L'intérêt, dans une organisation, c'est de pouvoir se demander si le collectif n'est pas en train de passer une crise de type 5, 3, voire 1, pour les institutions les plus jeunes (ou les plus névrosées). Même constat pour les collègues : la nénette en crise 4 se gère différemment du coco en crise 7. Vous comprenez. Alors, voilà :

1e crise | + confiance - méfiance,

2e crise | + autonomie - honte, doute,

3e crise | + intitiative - culpabilité,

4e crise | + travail - infériorité,

5e crise | + identité - confusion dans les rôles,

6e crise | + intimité - isolement,

7e crise | + générativité (extraversion, pédagogie, altruisme) - stagnation,

8e crise | + intégrité personnelle - désespoir.

Pertinent...

Esprit du tri sélectif, tu es partout puisque ce modèle - au demeurant passionnant - recycle et recycle encore. Même si, chez les psychologues, l'on ne sait jamais qui s'inspire de qui. Regardez bien : l'on retrouve la pyramide des besoins d'Abraham Maslow (1908-1970), également en vogue à l'époque, ainsi que la psychologie du développement. Allez, au pied levé : Jean Piaget (1896-1980) pour les stades et Henri Wallon (1879-1962) pour les crises (voir ici).

4/5 - T'as Bühler à laquelle tu rentres ?



Fig. 1 - Charlotte Bühler


A lire Jo Godefroid, je puis vous dire que l'allemande Charlotte Malachowski Bühler (1893-1974) prolonge singulièrement les travaux d'Erik Erikson. Le moteur du développement ? L'intentionnalité, héritée du pape de la phénoménologie : Edmund Husserl (1859-1938). Ce qui donne, en termes de stades de développement :

Phase I | vit dans le présent, absence d'objectifs [ note - typique de certaines entreprises ],

phase II | intentionnalité des grands projets, des grandes tentatives [ cf. Vivendi ],

phase III | objectifs clairs et précis [ attention au côté roboratif et/ou directif, exagérément centré sur la tâche ],

phase IV | bilan intermédiaire, ajustement ou re-définition des objectifs [ la structure mûre, souple et humble ],

phase V | bilan final, recherche de plaisir, de détente et/ou de cohérence existentielle [ institutions vénérables, qui gèrent un portefeuille de fidèles habitués, friands de loyauté réciproque, de valeurs(*), d'appartenance ].

Intéressant, également, pour la dynamique de groupe : quelle intentionnalité manifeste Untel ? Quelles sont ses aspirations ? Quid de ses territoires, prérogatives et attentes face au projet ? Vaste programme.

5/5 - Vaillance chancelante

Chez Jo Godefroid, et j'en termine ici, l'excellent George E. Vaillant (voir ici), a également bonne presse. Le refoulement et le déni de nos vélléités psychiques trouve - au fil de la vie - des formes sages et élaborées. Où en sommes-nous chez Machin SARL ? Quels comportements sont encouragés ? Plus prosaïquement, quel comportement mes acolytes affichent-ils en réunion ?

L'éminent professeur de psychiatrie relève cinq traits de maturité :

1. La suppression | reporter un enjeu ou une tension psychique à plus tard, au moment opportun,

2. l'anticipation | modeler l'organisation présente en fonction du futur,

3. l'altruisme | investir de l'énergie dans la rencontre et la satisfaction d'autrui,

4. l'humour | aménager une distance intellectuelle plaisante, confortable à tous,

5. la canalisation | déplacer l'énergie d'une tension dans un domaine a priori plus intéressant.

Eh bien moi, je vais me déplacer jusqu'à mon lit. Ce qui me permettra de ne pas mûrir trop vite. Je suis très, très, très "besoins physiologiques", en ce moment. Et puis, tout le monde me dit que j'ai les yeux au niveau des genoux. Déjà que je perds mes cheveux... Ciao !

(*) Allez, faites-vous plaisir : c'est ici qu'une relecture de Taibi Kahler s'impose.

[ La maturité sur une tâche, façon Paul Hersey & Kenneth H. Blanchard | les trois corbeilles du panetier d'Egypte | panorama, tenu à jour, des typologies mentales et psychosociales utiles à la dynamique de groupe | les psychogénéticiens | comment Pierre Mias traite les cheveux gris ]


 Un manuel exhaustifSat 18 Sep 2004
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L'auteur canadien de ces huit cent pages (!) - heureusement fort digestes -, est Jo Godefroid, psychopédagogue, éthologue, professeur de psychologie à l'Université du Québec pendant trente ans. Dans ce manuel complet, il condense tous ses contenus de cours, originellement destinés à ses élèves... et aux collègues enseignants. Résultat : c'est limpide et direct.

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