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Rendez-moi Budapest
Mille font quatre. Phrase fétiche, ici à Budapest. La mienne, je veux dire : souvent (tout le temps) je me la répète. C'est mon convertisseur mental de monnaie. L'idée : 1000 forints font 4 euros, de là tout est clair. Je peux acheter des choses.
Je reste à Budapest un mois, travail oblige. Un mois ? Première tranche de multiples séjours. Au delà de ce premier du genre (longue période), eh bien ceux-ci vont durer quinze jours. Quinze jours ici, quinze jours en France, auprès de ma douce progéniture. Comme un balancier. Un mouvement permanent - comme je les aime (et j'espère que ça va durer) - entre deux pays, deux richesses, deux angles et deux battements, deux pôles de vie.
Une danse. (Danse dialogique.) Elle claudique ? Nan : fait marcher. Ça m'ébroue, ça anime. J'aime ces polarités. Ces animations plus-moins. Animus-Anima. Différences de potentiel électrique : stimulation continue.
Ouais.
Les pays...
Trucs à vivre. (Réalités.)
Parlons pays, mh. Et je veux re-saisir cette histoire de mille font quatre. 1000 font 4, ça évoque une valeur. Un poids. Un truc bancal et penché : 1000 d'un côté... pèsent 4 de l'autre. 4, c'est peu. Ça fait très peu. Je hais les comparaisons, qui m'évoquent l'odeur rance des vestiaires masculins.
Et les comparaisons, là, les géométries à l'emporte-pièce, je les ressens. Je veux parler du racisme.
Il y a un regard, chez certains : Tu es Français, tu vaux 4. Alors que nous, regarde, on vaut 1000. La France ? Objet de haine des nationalistes hongrois. (Nombreux.) Ici, le glamour ou la joie de vivre à la française génèrent des fantasmes noirs. Des poussées irrationnelles. Attention ! les Français veulent conquérir. (Brrr.) Ils sont arrogants. Napoléoniens. Colons. Egoïstes. Menteurs. Calculateurs. Irrascibles. Un peu comme... des ogres.
Les Hongrois frustrés (minoritaires) détestent l'Europe, se méfient des espaces, renvoient tout au territoire, à la mesure, au cordeau millimétré, à la terre et à cette idée moisie, lancinante, de grande Hongrie. J'ajoute qu'ils haïssent les juifs, les Gitans, les homos.
Ils souffrent.
Tout le monde les comprend. (Mouais, si on veut.)
C'est juste que leurs histoires de vieux empires (Autriche-Hongrie d'avant la Première Guerre), à l'heure de l'Europe, c'est à contre-courant. Leur extrême droite ? Elle fait vomir. Antisémitisme ? Une horreur : amalgame entre sphère économique, lobbies (réels ou supposés) et pouvoir d'achat. Une abomination. Francophobie ? Un monstre, rescapé de l'histoire. Haine de Georges Clémenceau ? que dire ? (Ch'ais pas.) Haine du présent, de l'Europe, de la vie, du futur ? Hélas oui.
Faut-il que la France (et les autres vainqueurs de 1918) demandent pardon ? Bien sûr. Nicolas Sarkozy, d'origine hongroise, peut faire ça. Bien sûr et en même temps, moi, ça me passe au dessus.
Pire : les amalgames, d'emblée, ça me scie les jambes. J'ai juste envie de rejeter tout ça. Et fort.
Ou de m'intéresser aux vraies personnes. Les vrais Hongrois. Ceux des poètes nationaux, de l'architecture, de la musique, des bars, de l’entreprise, de la palinka, de la rue, du pavé, du cosmopolitisme, de la beauté, de la discussion. Ceux de l'Europe. Ceux de la Hongrie : de la vraie.
Ceux pour qui 4 font 4. Et 1000, 1000. Ceux pour qui 2010, c’est 2010.
Ouais.
On est en 2010.
J'espère que cette neige va fondre. Il me tarde de revoir le soleil vif (et les vraies personnes) de Budapest.
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Hongrie-zonant
Toulouse. Et un groupe, là. Dans la rue. Gitans d'origine roumaine. C'est une famille qui discute. Ils parlent fort, c'est animé. Gestes, propos : tout est vivant.
Tout est « du Sud » (comme on dit chez moi).
J'ai souvenance du travail d'Edward Twitchell Hall, un grand. Le domaine ? Les territoires corporels, donc culturels (réglés par des codes : valeurs, conventions). Distance et espacement entre personnes... Qui varie selon les cultures. Yep. Il y a les Japonais, qui ont traditionnellement besoin d'espace. Si on prend les Tokyoïtes et si on considère le temps qu'ils passent dans le métro saturé, on souffre pour eux. Culture de réserve et de respect du champ corporel de l'autre (contacts réduits, réservés à l'intimité). Or, les Tokyoïtes se touchent, se frôlent, se compriment dans le métro. Un bien pressant socius. Mon analyse, c'est qu'un nombre massif arrive au travail stressé. Voire vidé, en lutte, en besoin de retrait (cf. AT). Donc : perte de compétence et de confort.
Oui.
Je revois les Gitans. Et je pense à la Hongrie, ce pays qui - parfois - les comprend si mal. Ou si peu. Xénophobie, repli, complications.
Et, parallèlement, j'entends le silence hongrois. Croyez-le si vous voulez : Budapest, la grande, est calme. Écoutez bien, vous avez les klaxons. Bien sûr. Écoutez maintenant les gens : c'est de l'air. Ils sont silencieux comme l'air. C'est impressionnant, les gens qui utilisent leur mobile... murmurent. Le métro ? Calme. La kinesthésie (pratique du toucher, ancrages sensoriels, cf. PNL), discrète à l'extrême.
Tout vit dans du feutre.
Une prof de hongrois me disait que l'âme de son peuple (culture intrinsèque), c'était de l'engagement solide, du parler-peu, du parler-vrai. Comme une gravité. Comme un silence qui pèse. Et signifie.
Il y a les codes, bien sûr. Il y a aussi le bain sémiotique. Tout ce qui touche les Hongrois est affecté, c'est sérieux. Profond. Important. Passionné. Porteur. Médié par du subtil. (Donc du lourd.)
Il faut décrypter ça... C'est du travail.
C'est de l'habitude.
Alors, la communication, quand elle vient d'Europe occidentale ou de pays latins, certains Hongrois la vivent en heurt. Je repense aux hordes d'Anglais, pour l'occasion extravertis. À Budapest, des bus entiers viennent déverser de joyeux buveurs de bière (l'été, cf. festivals). Et, le reste du temps, beaucoup de clients de prostituées viennent siffler les filles, en terrasse.
Dur.
Je termine en pensant que les Gitans d'Europe centrale ont des codes. Comme tout peuple. Il y a du il-faut et de l'interdit.
Parler fort est permis. Exprimer ses émotions, interagir aussi.
En Hongrie, au Japon et chez les experts-comptables, ce serait (et c'est peut-être) mal vu.
Affaire de codes.
La culture humaine est un formidable lieu de rencontre. C'est aussi un lieu d'éviction de l'autre.
Le genre humain est un territoire, avec ses prérogatives et ses us (clés d'entrée, clés de sortie du champ collectif).
Ouais...
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[ Qu'ils soient micro ou ici macro, les groupes humains sont des organismes vivants, pétris d'homéostasie, parfois électrisés d'envies (ou de besoins) d'évolution (dynamiquement, c'est le trajet entropique) ; revoir Georges Romey et son formidable travail sur les pulsions - théma Changement | Ce billet est le 900e du blog, merci de votre fidélité ! ] Read More