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 Au coeur du symbole - 1e partieSat 11 Mar 2006
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Au coeur du symbole - 1e partie [ Ernst Cassirer - 2e partie >> ]

Le symbole est une sorte d'atome : l'une des plus petites unités de compréhension humaine [1] et d'interprétation du monde (l'activité favorite de l'homme). Sa particularité ? Il peut être très petit, c'est-à-dire fonctionner comme un maillon élémentaire de tout un paquet (un essaim, un groupe) de pensée. Il peut aussi représenter un système à lui tout seul, doté de multiples connexions internes, à l'instar d'un macrocosme ou d'une minie-constellation de sens, qui se déploie par-delà l'individu ou le groupe humain qui l'a imaginé, comme doué de vie propre [2]. Son opposé, c'est le diable. Oui, étymologiquement, le dia (opposition, dispersion, division) bolos est un coupeur de cheveux en quatre qui - loin de se plonger dans l'analyse des choses - les disperse et les éclate en un nuage destructuré. Il les fâche. Le diable jette les choses hors d'elles-mêmes et arme les éléments sécessionnistes. L'unité se rompt : l'indépendance voile les coeurs, l'orgueil enfle, qui enfume - voire enflamme - et vend toute différence comme une opposition. Un fratricide [3] est à l'oeuvre. Allons du côté du symbole.

A l'opposé, symbole vient du grec 'symbolon', nous explique le philosophe Jean Lassègue, terme qui désigne un morceau de terre cuite [ndlr - syn veut dire avec] qui était partagé en deux et dont chaque morceau était conservé par deux familles vivant dans des lieux séparés : quand un membre d'une famille devait être reçu chez l'autre, poursuit cet érudit en sciences cognitives, il lui était possible d'exhiber le morceau manquant du 'symbolon' et de le recoller à l'autre, en montrant par là qu'il s'agissait bien d'un membre de la famille alliée. On héritait du 'symbolon', conclut-il, que l'on se transmettait à travers les générations. Le symbole est un 'vivre avec', c'est un pacte [4]. Que les familles (de gens ou de choses) soient voisines ou dissemblables, la réunion est donnée d'avance. Et gagnée.

Passionnant ? A l'évidence. Riche et bourré de ramifications. Je laisse à chacun le plaisir de rêver, en temps et en heure, aux bienfaits de la synergie humaine, de la complémentarité, de l'ajout de forces investies dans une finalité commune. Tout reste à faire. (Ouverture, gentillesse et pragmatisme font des miracles.)

Pour finir, faisons place au grand anthropologue [5] et sociologue Edgar Morin, spécialiste incontesté de la complexité : Au premier abord, la complexité est un tissu (complexus : ce qui est tissé ensemble) de constituants hétérogènes inséparablement associés. La complexité induit un grand nombre d'actions entre éléments d'un même système (actions de l'ordre de plusieurs milliards - donc imprévisibles), de sorte que sujet et objet se renvoient la balle en permanence : ce qui induit une action peut se trouver, à tout moment (et c'est la vie) impacté par cette même action, voire par une autre, en tant que partie-prenante dudit système. Tout, potentiellement, peut tout toucher. Tout le temps. La complexité a toujours à voir avec l'imprévisibilité, voire - nous dit Morin - avec le hasard. Ce qui pousse à la prudence et même à l'humilité (ouverture et lucidité bienveillantes) : si vous avez le sens de la complexité vous avez le sens de la solidarité. De plus, conclut le Français le plus visionnaire de notre temps, vous avez le caractère multidimensionnel de toute réalité.



Fig. 1 - Archetype, par le designer Marco Ganz


CQFD. Le symbole est une réunion dont le principe est durable, qui a lieu dans un tissu où tout, potentiellement, peut toucher à tout. Certes le logos (tri, identification et animation d'une unité de fond) est le bienvenu. A condition que l'esprit de finesse (l'intuition, selon Blaise Pascal - ici, approche idéale de la complexité) trouve tout aussi belle part que notre trop classique et finalement limité esprit de géométrie (logos sec et systématique).

Avec un autre anthropologue illustre, Gilbert Durand, gageons que la folle du logis (l'imagination, selon la formule maintenant dépassée de Sartre) a de beaux jours devant elle. Sa richesse et son épaisseur copient le réel. Et l'infléchissent parfois...

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[1] La PNL, par exemple, parle essentiellement de la façon dont nous structurons - de manière si typiquement humaine - le monde et ses phénomènes. Structuration qui passe par le langage (par les schèmes langagiers, préciseront les psychologues). Le langage ? Une structure à lui tout seul. Il faut voir en quoi les métaprogrammes neurolinguistiques façonnent l'image du monde et conditionnent les (ré)actions que nous y menons. Nous faisons le langage, qui nous conditionne en retour. Bel exemple de projection hors de nous, qui nous revient en plein visage.

[2] Pour comprendre l'autonomie les figures symboliques collectives (les archétypes), Carl Gustav Jung nous est, encore une fois, bien utile.

[3] Ici, mettre à contribution la façon dont René Girard parle de la violence comme fait fondateur de la civilisation : en cela Caïn tuant Abel marque notre espèce du triste sceau de la condition humaine, condamnée à répéter (bêtement) ses erreurs. Cf. violence mimétique et recherche de bouc émissaire, données anthropologiques désormais admises (quasi) unanimement.

[4] A la suite du psychiatre-psychanalyste américain Eric Berne), le psychanalyste et éthologue français Boris Cyrulnik rappelle que l'homme a inventé les rituels pour donner une forme (et donc consommer dans l'oeuf) l'énergie instinctive, par nature violente. C'est ce qu'a fait le Moyen-Age avec le sang bouillonnant de ses campagnes : les nobles, désormais maniérés, tenaient plus longtemps l'épée dans le fourreau.

[5] Superbe Introduction à la pensée complexe !

[ La PNL, un travail sur et à partir du langage | alliances et territoires | sur l'imagination qui infléchit le réel et bascule les rapports de force, lire quelle tactique l'homme politique Kofi Yamgnane utilise | idem avec les prophéties autoréalisatrices, selon William Isaac Thomas) | Agora.qc.ca, très belles ressources sur les symboles (entre autres choses) | cet article est dédié à Véronique P., que j'embrasse ]  Read More


 Culture et changement - 3e partieMon 28 Feb 2005
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Mardi dernier, notre parcours a mis le huit à l'honneur [1]. C'était la deuxième étape de notre cheminement en cinq parties. En ligne de mire : le changement culturel, résolument volontariste. Pour la circonstance, le psychosociologue John P. Kotter - épaulé du pasteur Peter Coutts - avait égrené les huit étapes de ce changement. Les voici : 1. décréter la rupture, 2. former un comité de pilotage vigoureux, 3. construire une "vision" identifiable [2], forcément avantageuse, 4. propager à tout prix cette nouvelle vision, 5. inciter les parties-prenantes à s'y investir corps et âme, 6. plannifier la célébration (rituels) des victoires-clés, 7. pérenniser les améliorations, en guettant les "retours de bâton" possibles, 8. enraciner les nouvelles avancées dans la matrice de l'entreprise. Je vous l'accorde, cela ressemble à une prise de pouvoir [3] : un projet frais vient évincer l'ancien. Les cultures se succèdent et ne se ressemblent pas [4]. Peut-être est-il temps de synthétiser ce que nous avons appris ? Pour cette troisième partie, l'Equation du changement sera donc opportune.

Avant tout, faisons les présentations. Il y a tout d'abord Richard F. Beckhard, célèbre pour la coloration humaniste qui domine ses conclusions de spécialiste en restructuration. Il est également connu pour le primat qu'il accorde à l'innovation en tant que facteur du changement. Puis, Reuben T. Harris, facilitateur du changement chez The Tom Peters Group. D'après Jaap de Jonge, notre guide dans la 1e partie, ces deux auteurs à succès (5) doivent beaucoup au professeur d'économie new-yorkais David Gleicher, véritable instigateur de l'Equation du changement. Au sens mathématique, il s'agit en fait d'une inégalité : elle mesure des seuils.

Dévoilons le modèle !


(c) Communitywordproject.org

3/5. Formule synthétique du changement

Besoin de rupture x Attractivité de la vision x Réussite de l'entame > Résistance au changement [6].

Si je sature totalement suite aux dysfonctionnements continus de mon entreprise, que je trouve la nouvelle idée fabuleuse et que les premiers changements sont éminemment prometteurs, mon tempérament conservateur s'inhibe [7]. Le plus dur est provisoirement (je dis bien provisoirement) contourné [8]. Tâche au comité de pilotage de me motiver, maintenant. Et de me donner, sur le long terme, les bonnes raisons de ne pas douter... [9] L'on dit bien : Chassez le naturel... [10]. Or, le naturel - pour moi - c'est le présent. Le plancher des vaches, bien stable : la routine.

Dans une organisation, indique Jaap de Jonge, pour - pouvoir - vaincre la résistance au changement, il est important de disposer de chacune des trois composantes de gauche (voir formule). Naturellement, si l'un des trois termes reçoit une valeur nulle, la résistance au changement prévaudra. C'est un rapport de force, qui permet d'évaluer les chances de succès de la nouvelle vision, finalité du processus de changement.

Pour conclure, permettez-moi de saisir mon bâton de conseil. Cette formule a le mérite d'être facile à mémoriser : sachez rester simples dans la quantification des termes. Notez-les de 0 à 3 (nul, un peu, beaucoup, extrêmement). Cela suffit.

En aide décisionnelle, la simplicité est une vertu précieuse...

~

[1] Consulter également l'approche en huit étapes de Harrison M. Trice et Janice M. Beyer, professeurs américains (respectivement :) de psychologie des organisations et de management.

[2] Cf. Ce qui est simple est efficace, célébre aphorisme de Marcel Dassault (1892-1986). Biographie ici.

[3] Mesurer, pour la forme, toute la distance conceptuelle qui sépare un tel système de celui de Rensis Likert.

[4] Voir la façon dont - historiquement - les minorités influencent la majorité. Cf. Serge Moscovici, Psychologie des minorités actives et Dissensions et consensus - Une théorie générale des décisions collectives.

[5] Cf. Organizational Transitions: managing complex change.

[6] Dissatisfaction x Vision x First Steps > Resistance to Change

[7] [ Gêne et frustration liées au statu-quo ] x [ pouvoir projectif (c-à-d clarté, positivité, caractère engageant) de la nouvelle vision ] x [ nature significative des premiers pas amorçant le processus de changement ] > [ résistance au changement ]

[8] L'impression intérieure est cruciale. De même, tout est-il affaire de seuils : si je suis seulement agacé, que la nouvelle idée me semble moyenne et que les premiers pas sont à peine corrects, je préfère évidemment rester dans le domaine du connu (le présent). L'idée de changement reste, à mes yeux, inquiétante.

[9] Voire - et c'est mieux ! - d'embrasser totalement le nouvel état de faits. Formulation qui demande, à tous, un degré de conviction (ou de véracité, si c'est vrai) supplémentaire. Pour juger, dans la "vente" d'une idée, de l'importance d'une projection formulée positivement, voir les 3P, selon Absara.

[10] D'où la vigilance recommandée - en étape 7 - par John P. Kotter (Huit Etapes du changement).

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