Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: robert freed bales

Management & performance humaine | Motivation | Organisation & plannings stratégiques | Dynamique de groupe | Intelligence collective & réseaux

 L'entreprise névrosée - 3e partieFri 10 Mar 2006
0 comments
picture

[ << 2e partie - Quand le collectif parle (et s'impose) à chacun ] L'entreprise névrosée - 3e partie [ La névrose de groupe, un conflit entre nécessaires puissance de maintien et pulsion d'évolution | Michel Crozier et le jeu bureaucratique à la française - 4e partie >> ]


Sociologue Eugène Enriquez - Une presque plongée dans Léviathan


Est-ce que la psychanalyse explique tout de l'entreprise ? Non. Certes met-elle en jeu les tensions - agressives et érotiques - qui se jouent. Pour autant, il faut convoquer la dynamique de groupe pour tout comprendre, je veux dire pour savoir comment les forces s'organisent [1] concrètement. Voire aborder l'anthropologie, étude (entre autres) des territoires, donc des prérogatives de chacun. Autant dire des alliances et des guerres qui en découlent (cf. pouvoir). Je suis en train de me replonger dans le brillantissime René Girard, anthropologue français dont je recommande - pour commencer - la lecture du fraichement paru Les Origines de la culture, dialogue simple et fécond entre universitaires. Que dire ? Oui la violence parcourt les groupes. L'issue : trouver un bouc émissaire, chargé de libérer les tensions et de porter ce lourd héritage humain, ce signe que la concorde (le savoir aimer et travailler de Freud) exige un prix à payer. (Vilaine condition [2] que celle des groupes.) Un décharge-misère ? C'est le rôle du mobilisateur négatif, pour le psychanalyste et consultant Yves Enrègle (cf. Assurancetourix du Village gaulois). Le groupe, c'est tout cela. Et le pire, vous savez ? Ce ne sont pas les tensions de haut niveau, qui ensanglantent des chefs au cuir déjà épais. Ce sont les bassesses des échelons intermédiaires. Là, la guerre se fait à l'arme blanche : les places du 'mieux'- par opposition à 'cette base fangeuse d'où l'on vient et qui nous fait horreur' - sont peut-être les plus chères. Gare aux petits chefs, les leaders spontanés - autocrates en puissance - mal cadrés donc en chasse permanente. Un jeu de massacre, accentué par l'incertitude à pouvoir conserver sa place (voir les chaises de chacun, chères au psychiatre toulousain Patrick Çabal).

Mais le trophée de la violence revient d'emblée aux choses larvées, qui frappent en silence, qui minent. Vous savez, les pesanteurs internes, les boulets, les croix inter et auto-imposées. Dans un entretien d'avril 1991, donné à Sciences humaines, le sociologue et expert en psychanalyse des organisations Eugène Enriquez dresse un lucide bilan du fait humain en entreprise :

Sciences humaines : - Pourriez-vous donner un exemple de ce que signifie une analyse de groupe ou d'organisation ?

Eugène Enriquez : - Dans certaines organisations, on observe des gens qui se comportent comme des morts vivants. Ils préfèrent, malgré tous les dysfonctionnements qui assaillent l'organisation, se cacher la réalité et refuser d'affronter les difficultés. On peut voir des organisations qui préfèrent, parce que cela les rassure [3], maintenir une répétition mortifère [4] de ce qui se fait plutôt que d'envisager autre chose (par peur que tout ne s'écroule). Il y a aussi des organisations qui développent un stress professionnel tendant à briser, à casser les individus.

>> A l'inverse, on observe des institutions où prévaut le consensus, où l'on refuse le conflit et donc le dévoilement de certains problèmes par peur de briser l'harmonie interne. Il y aura donc refoulement de la parole libre, refoulement de l'agressivité...



Fig. 1 - Eugène Enriquez


SH : - En matière de management participatif [cf. les différents styles, plus ou moins opportuns - part. 1, 2 et 3], l'analyste constate-t-il de réelles modifications de pouvoir dans l'entreprise depuis vingt ans ?

EE : - L'idée du management participatif est en réalité une très vieille idée : elle date d'après-guerre [cf. Kurt Lewin]. Elle a mis du temps à s'imposer. En 1956, lorsque je parlais de participation, de consultation, je me suis entendu reprocher de vouloir installer des soviets ! Maintenant, on peut dire qu'il y a des soviets partout ! Ils s'appellent cercles de qualité, groupes d'expression, groupes de projet, groupes ad hoc... Il y a un changement en ce sens que l'on commence à mettre en place des idées proposées par les psychosociologues dès les années 1940. Personnellement, je ne pense pas beaucoup de bien de ces méthodes dans la mesure où la participation est exigée. Michel Crozier avait bien dit dans Le Phénomène bureaucratique que les gens voulaient des compensations à l'investissement en termes d'argent, de prestige [5]. Dans une certaine mesure, il est vrai que la personnalité des cadres ou des ouvriers est plus prise en compte ; ceux-ci se sentent plus valorisés lorsqu'ils ont de nouvelles responsabilités. Mais en même temps, jamais il n'y a eu un tel contrôle sur la pensée et la psyché des individus. Jamais ne s'est autant manifestée la volonté d'emprise de l'organisation sur l'individu. L'organisation tend à prendre l'individu au piège de ses propres désirs.

__


[1] Description des interactions par Robert Freed Bales et cartographie socioémotionnelle par Jacob Levy Moreno, par exemple.

[2] L'égrégore, archétype du groupe en tant que structure énergétique aboutie, vérouillée, pourrait influencer les mentalités individuelles. Bien souvent pour le pire (ex. : figures mystiques collectives qui engluent les parties-prenantes du Premier Conflit mondial - cf. Gustave Le Bon).

[3] Puissante homéostasie - cf. Edgar Morin.

[4] Lire La Répétition des scénarios de vie du psychiatre Jean Cottraux (voir ses typologies de personnalité).

[5] Voir, en complément, la notion de valence. Chacun donne à un phénomène donné une valeur de motivation qui est subjective.

[ Autres gourous | psychanalyse d'entreprise | management et cartographie des enjeux éthiques, outils d'équité, de volontarisme et de liberté | Qualiconsult présente Michel Crozier | Eugème Enriquez, membre du Laboratoire de changement social, adossé à Paris VII | Enriquez, synthèse d'ouvrage par le Groupe de recherche en médiation des savoirs | revue Changement social | Girard et Enriquez, même combat ? | Dynamique de groupe, article interactif du grand Didier Anzieu ; Systémique, article de l'incontournable Jean-Louis Le Moigne - excellentes ressources du site de psychiatrie et de pathologies sociales ACpsy | dynamique de groupe, fondements | manifestations de l'homéostasie selon le pédagogue André de Peretti (site exhaustif) | Freud et la dynamique de groupe, article essentiel de Claude Pigott | Thomas Hobbes) et le cauchemar de Léviathan - introduction à l'anthropologie politique (pdf) | Hobbe's resources ]


 Profils - 5e partie | Pro-feelSat 8 Jan 2005
0 comments
picture

[ << Profils - 4e partie ] Pro-feel - 5e partie [ Profils - 6e partie >> ]


Attention, exceptionnellement, tout dans ce billet est soumis à la législation sur le (c). Citations autorisées, avec mention de l'auteur, mais reproduction commerciale interdite - Merci.


Le profilage se révèle passionnant. Comment Untel va-t-il interagir avec tel autre ? Comment travailler (ou faire travailler) ce groupe, avec sa culture et son mode d'organisation typiques ? Un challenge permanent. Un appel quotidien. J'y retrouve personnellement des éléments appris dans l'analyse transactionnelle et la programmation neurolinguistique. Mais bien plus encore. Voir d'ailleurs la mise à jour du panorama dédié. Aujourd'hui, je vous emmène autour de la Méditerranée et aussi un peu partout. D'accord ? Mais avant cela, fixons les choses.


1. Particularités

Entendons-nous : un profil, c'est quelque chose de rapide, qui relève du coup d'oeil. Et du coup de pinceau vif, bien appliqué, en temps voulu. Le profilage ? Un excellent rapport qualité-prix. Rapide et fiable (si bien fait !) Alors, bien fait, cela induit qu'il y a beaucoup de réflexion en amont. Merci aux chercheurs en psychosociologie (parfois un peu 'stars', surtout chez l'Oncle Sam) qui testent et développent les modèles. LEURS modèles. Bien caractérisées - observation fine, rigueur protocolaire, esprit de synthèse -, les lois qui caractérisent les profils a priori font la qualité des profilages, qui en découlent a posteriori. Tout le monde est content. Mais je te profile si et seulement si mon modèle est un modèle sérieux. Quasi scientifique, sous l'angle des 'sciences molles', en prise avec la complexité, la difficulté à prévoir. Bref, la matière humaine.

Autre chose, le profilage se distingue de l'analyse de caractère - hommage au génial monsieur de La Bruyère (1645-1696) - et même de la psychologie en général. Il s'agit d'un genre à part. Ecartons également cette cousine qu'est la psychanalyse, discipline unique (la plus profonde ?) de toute l'histoire humaine, où l'on écoute vraiment la totalité de ce que l'autre a à dire. Mais l'écarter, c'est se priver d'une source d'inspiration précieuse. Alors, gardons-la un instant. Nous verrons ensuite pourquoi.

Le profilage est une branche à part, qui prolonge la dynamique de groupe, cette psychosociologie des petits groupes. Comme elle, elle s'intéresse aux interactions humaines. Mais elle sert avant tout le quotidien.

Manipuler quelques modèles simples pour agir au mieux avec les autres. Tout est posé.


2. Profilage, grandes familles

Y a-t-il des grandes familles ? Bien sûr. Quatre d'entre elles semblent évidentes.

2.1 Profilage traditionnel

Bien avant Platon (427-347), la métaphysique combinatoire (alchimie), lecture spirituelle de la Nature et de son cours, invitait l'homme de bonne volonté à intervenir sur tous les règnes (y compris le sien propre) pour réaliser sa destinée d'accoucheur d'évolution. L'homme est un petit dieu. L'alchimie, son mode opératoire. Cette alchimie - si dense - découpait le monde en quatre instances métaphysiques simples : les Eléments. Le Feu, l'Air, l'Eau et la Terre contiennent chacun un couple précis de caractéristiques. De vrais matériaux pour le vivant, combinables à l'infini. C'est bien connu : une loi simple d'organisation (ici une quadripartition, la tetrasomia en grec) peut engendrer la complexité : le monde ou bien sa réplique, en plus petit. Ce qui est la même chose puisque dans ce système, tout est lié. Tout se vaut.

Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, énonce d'ailleurs la superbe Table d'émeraude, empreinte de toute la poésie du Nil. Cet écrit synthétique et fondateur est quasi contemporain de Platon. A cette époque, l'analogie règle le monde. Faisons une pause. Et reprenons. Le microcosme humain (physique et spirituel) se comporte comme le macrocosme qui le surplombe et l'entoure. Les quatre Eléments se retrouvent en lui, qualifiés de tempéraments : sanguin, phlegmatique, bileux, mélancolique. Voilà notre première classification d'hommes.

Il y a là un modèle qui séduit Platon, puis - plus tard - Aristote : l'Artisan tourné vers l'action, le Rationnel versé dans la cogitation, l'Idéaliste établi dans la communauté humaine, le Gardien consolidateur des choses et conservateur par essence. Bien sûr, les médecins - qui étaient aussi métaphysiciens et donc alchimistes - soignaient les patients selon cette typologie, liée au comportement des fluides corporels, des humeurs. Dingue ? Oui, ça l'est. D'autant que Carl Gustav Jung (1875-1961), ô combien amoureux d'alchimie, se saisira de cette quadripartition de la communauté humaine pour mettre au point sa propre typologie. Je vous laisse le soin de retrouver dans le panorama cité plus haut ses nombreux héritiers. Un indice (eh oui, Yves Enrègle, que vous le vouliez ou non, vous en faites indirectement partie !) : ces modèles tournent toujours autour de quatre profils-pivots. Ou huit, le double.

Voilà pour la première famille, particilièrement féconde et fournie.



2.2 Profilage interactionniste

La seconde famille repose sur les interactions, ce tissu d'échanges que l'on peut noter - en tant qu'observateur - de manière rationnelle. Untel dit cela à l'autre, etc. Les échanges sont centrés sur la tâche ou bien sur l'interpersonnel, etc. Le chef de file de cette famille est incontestablement Robert Freed Bales, qui attache plus d'importance aux processus en jeu qu'aux personnes qui les initient. Le Quoi prime sur le Qui.

2.3 Profilage psychanalytique

Eh oui ! Certains le déplorent, mais Eric Berne, le père de l'analyse transactionnelle est un enfant - certes bâtard - du génial docteur Freud. C'est bien la psychanalyse qui lui a donné l'idée de mettre au point ses trois états du moi, déclinables jusqu'à sept. L'état parental correspond au Surmoi du modèle freudien, l'enfantin répond aux exigences du Ca (mince, la cédille !) Et caetera. Je vous étonne ? C'est pourtant le fil historique.

2.4 Profilage cognitiviste

La cognition désigne l'ensemble des processus intellectuels qui conditionnent la recherche, la compréhension, le stockage, l'activation et l'optimisation des informations par le cerveau. Cherchez dans le panorama ce qui vous semble relever de l'observation de conduites 'cérébrales'. Cela sent la synapse à plein nez. La logique et l'informatique, très orientées cognition, sont la piste de décollage de ce bel engin volant.


3. Conclusion

En guise de conclusion... je m'arrête ici. De toute façon, tout est dit. Et puis, Sylvie tient à partir pour le Tarn. Le temps passe. Ah, une idée pour agrémenter vos soirées d'hiver : allez donc sur le site sublime d'Hervé Delboy. L'appel de l'alchimie vous y emporte comme un torrent... C'est également le meilleur site conscacré à l'art d'Hermès. Demain, nous devons aider à un déménagement. Pff. A bientôt ! Salutations.


Excellent Jean Deleuvre (c) Editions Ramuel

[ << Profils - 4e partie | the temperaments according to psychotherapist and business facilitator Jack Falt [En] | barre latérale ~ Gr. Dynamics - Falt I & II [En] | barre latérale ~ psychosocio - groupes [Fr] | moteur de recherche interne, barre de droite : essayez directement Advanced search avec le mot-clé 'profil' | Profils - 6e partie >> ]


 Des sourires et des hommesSat 28 Aug 2004
0 comments
picture

Psychosociologie, psychologie appliquée, management, motivation, organisation, communication interpersonnelle...

Les vocables sont légion, qui parlent d'individus, de groupes, de capacité à les faire vivre dans un système sous contraintes, comme par exemple le travail.

Mais quels sont les modèles scientifiques pertinents ? Lesquels fonctionnent le mieux ? Comment, plus largement, faire cohabiter des hommes au sein d'une aventure collective ? Peut-on être heureux en travaillant ?

Ci-après, une sélection de 12 ressources (sites, documents), qui abordent une partie des concepts à notre sens les plus opérants :

[ Communication, dynamique de groupe | La Process communication de Taibi Kahler, célèbre psychologue américain, en charge d'optimiser la communication entre spationautes | les team roles de Meredith Belbin | les six Chapeaux pensants d'Edward de Bono (En) | les douze catégories de Robert Freed Bales | le modèle du Village gaulois de l'excellent psychanalyste et consultant Yves Enrègle | encore Yves Enrègle ]

[ Management, motivation | La théorie des expectations (attentes) de Victor Vroom (En) | les différents facteurs de motivation de Frederick Herzberg (En) | le leadership situationnel de Paul Hersey et Kenneth H. Blanchard (En) ]

[ Organisation, qualité, méthodes, génie industriel | portail ]

[ Psychosociologie, sciences humaines | excellentes ressources bibliographiques universitaires, Montréal | l'ethnométhodologie, une approche de l'intersubjectivité ]

Si vous souhaitez en savoir plus sur les ouvrages de référence, contactez-nous.

Nous vous souhaitons une excellente mise à profit de tout cela !