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 Richardson of a...Wed 20 May 2009
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Pff, waow, etc. Ouais...


On le voit. À l'évolution linéaire des choses, comme une courbe qui croît, comme une globalité qui progresse, eh bien les sciences sociales et humaines préfèrent désormais le modèle du paradoxe ou du tissu [1]. Le monde ? Imprévisible et capricieux, tout juste bon à scénariser - Et encore. Modèle de joyeuse transversalité [2], où tout communique, où tout s'inter-contamine (capillarité), s'effiloche mutuellement (dominos, ruptures, cascades), où des choses enfin, en friction les unes avec les autres, en bref où des choses émergent. Viennent à la vie. Liées au flux, liées aux rencontres, aux sympathies [3] (procréation). Ces choses ? Idées ou faits. Ressentis, pensées, formes de vie. (Phénomènes.) Qu'on ait prévu tout ça... ou non. C'est réaliste et c'est proche de la vie, de sa façon d'innover, de bondir, de fabriquer, de combiner, de rejaillir partout. Comme un creuset magmatique. Comme un réseau de neurones. Un tissu d'étoiles. Ou comme un arbre gorgé de sève. Certes : puissant, continu, vif et sourd.

(Grosse théma là-dessus.)

Ok.

Dans le registre des ovnis, il y a un homme de poids. Que peu de gens lisent. Pourtant, son L'Éternité dans leur coeur (1981, Regal Books) est une bombe. Une stimulation fraîche et passionnante. Le champ : anthropologie et questions transculturelles (cross-cultural) (religions, représentations, identification de piliers, de principes humains communs - les « cages flexibles »). En France, ce type de recherches - fût-il empirique et simple à lire - reçoit des faveurs confidentielles. Témoin, l'accueil timoré des travaux à ciel ouvert antiparadigmatiques (pionniers, libres, perturbants, anti-consensuels) de Rupert Sheldrake, de Jeremy Narby, voire d'Alexandro Jodorowsky (savoirs traditionnels). Ces chantiers ? Résolument protéïformes et transversaux. Sacrément stimulants.

Que dire de Don Richardson ? Son travail, fondé sur les observations de plusieurs générations de missionnaires (dizaines de sources), développe des perspectives hallucinantes. Forcément riches. Et religieusement incorrectes. (Quel plaisir !)




Don Richardson
(c) Don Richardson & Carol Joyce



Je continue ici ? Non, je préfère vous recommander chaudement le bouquin. Et vous proposer de commenter à l'envi.

Excellente fin de semaine.

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[1] Côté francophone, cf. Joël de Rosnay ou Edgar Morin. C'est Reda Benkirane qui, de mon point de vue, fait l'état des lieux le plus avancé. Voir, en outre, et côté anglophone, l'étonnant Max Sandor.

[2] Je rappelle que l'érudition transversale était une vertu à la Renaissance (Jean Pic de la Mirandole, ici, ou Giulio Camillo, ). Comme le dit le sociologue François Dubet, l'hyperspécialisation occidentale (de même que l'organisation individualiste de la recherche - cf. Institutions), en clair toutes ces travées resserrées (quoique sérieuses et porteuses de fruits) contribuent à brouiller le corpus de connaissances tout autant qu'à l'enrichir... de chapelles. C'est particulièrement vrai pour l'homme, décortiqué médicalement, socialement, psychologiquement, économiquement, géographiquement, religieusement, etc. En ce siècle de défis (Edward de Bono le rappelle ô combien), il existe heureusement des initiatives, typiquement ouvertes, typiquement moriniennes, telles que celle-ci.

[3] Métaphore du fleuve, via Héraclite (IVe et Ve s. av. J.-C.). Cf. Fragments, pdf.

[ La religion ? On se souvient de la fascination que provoquaient au XXe siècle les travaux du grand spécialiste (et francophone) d'origine roumaine, Mircea Eliade (1907-1986) - Le meilleur panorama éliadien est peut-être celui du Cahier de L'Herne n° 33 (1978, pdf) ]


 Quintina - 12e partieWed 12 Dec 2007
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Le quinquina, c'est une liqueur. Mais la quintina, ça vous déroute tout autant les sens. Il s'agit d'une voix chantée, ou plutôt non. Parlons aujourd'hui de ce qui émerge sitôt qu'une combinaison fonctionne, sitôt qu'un collectif atteint un point d'harmonie (formation énergétique ou Gestalt). Discutons d'un ensemble pourtant plus fort et plus remarquable qu'un simple ajout de composantes : discutons synergie. Et nous verrons en quoi, justement, la quintina n'est pas chantée. On y va ?

Une discussion avec Olivier, hier, nous amène à parler de la vie. Et comme d'habitude, le bonhomme évoque la part dynamique de maîtrise-non maîtrise sur les événements. Il s'agit là d'une clé : se saisir de ça amène des satisfactions que les Stoïciens, les taoïstes ou les bouddhistes décrivent depuis longtemps avec profondeur. C'est vrai : pour connaître un champ d'action, il est sage de cartographier la route, c'est-à-dire de connaître à l'avance ces lieux praticables qui tapissent un contexte incertain ou dangereux de reliefs, de forêts et d'étendues d'eau. Savoir ce qu'on peut bien faire (par exemple s'améliorer, décider, être là, vivre ou être soi), ça se fait dans le champ de ce qu'on établit comme hostile, aléatoire ou compliqué : les surprises, la durée de vie, l'écho et l'amplification des choses, le tout-venant - bref, le cours du monde ou la complexité. Connaissances apprises et intuition sont les deux faces d'une même monnaie, c'est un constat de base.

Nos mentalités, pourtant, nous amènent à croire qu'une maîtrise exclusivement technique peut sécuriser nos parcours dans la vie [1], voire donner une empreinte à l'ensemble. Un peu comme si croire très fort [2], investir sa frustration ou son appétit de vie (libido) et travailler beaucoup [3] faisaient tout. Il faut évidemment de la clarté d'esprit, de la résolution, de la méthode et de l'adresse à exercer des choses (c'est là même la compétence). Pour autant, les surfeurs savent très bien que tout se fait en appui sur la vague.

C'est elle, par son impulsivité, sa force et son danger, qui définit ce qui est faisable : elle restreint et représente un potentiel de plaisir, de réalisation.

Agir, c'est circonscrire. Décider, c'est éliminer. Jouir, c'est expérimenter la contrainte.

Reprenons la métaphore du surf. Pour passer un bon moment, il faut :

| compétence technique (connaissances),
| planche de surf,
| bonne vague, bonnes conditions météo,
| contexte humain balisé (spot identifié comme tel),
| conjonction de tout ça, en live.

C'est cette conjonction qui fait tout. La relation entre tout ça fait un système, bien orienté ou non. La bonne entente de toutes ces composantes entre elles vous amène soit à jouir, soit à engloutir (ici le fond marin).

Il faut prendre toute la mesure du contexte, de ce qui bruisse, conditionne, porte ou empêche. La notion même d'individu, porteur de sa volonté propre, la notion même d'identité est à revoir : il faut l'envisager comme quelque chose de poreux, comme un ensemble avec ce qui englobe et - du coup - vaporise le Moi. Le grand anthropologue Ray L. Birdwhistell (1918-1994) fait comme un phare : L'unité d'analyse n'est pas la personne, prévient-il. Ce que nous appelons une personne [4] est un moment dans un ordre théorique donné [ndlr - une catégorie, une partie dans le rangement, dans l'ordre des choses] [...]. J'ai compris qu'un système de transport n'est pas fait d'une voie ferrée, de gares, de wagons, etc., mais que la chose dans son ensemble, le système, devient le processus ; les parties ne sont pertinentes que dans la mesure où elles constituent le processus de transport (La Nouvelle Communication, années 1970, ouvrage indispensable, simple, vivifiant, complet).

Tout est dans la relation, dans l'interaction. La vie est un orchestre où nous avons notre place dans la symphonie permanente : qui joue sur nous, dont nous jouons. Où tout se dessine et se décide et se joue. Et en direct.

Voilà qui caractérise la vie, et - partant - ce qu'on doit en faire, ou plutôt ce qu'on doit faire avec elle, avec ses principes (être libre, c'est comprendre les contraintes de la vie). Tout ça pour être heureux, puisqu'être heureux se vit dans le bassin de la vie (en dehors, c'est la rêverie, la perversion ou la folie).

Reparlons du lien [5], qui fait tout l'intérêt de tout. Le théologien, philosophe et psychologue Jean-Yves Leloup fait de Dieu même une essence unique en trois composantes. Dieu est tenu et plein de ses trois parties-prenantes : une générosité, qui est fondement-origine (le Père, également Mère puisqu'un père ne l'est qu'avec une mère), la présence manifestée de Dieu, à la fois organisatrice du monde et combinée dans la chair (le Logos, le Fils, incarné dans le garçon aîné de Marie) et la relation d'amour (le Saint-Esprit) qui unit le Fils au Père et baigne la Création. C'est la relation de deux puis (instantanément) de trois dynamiques qui fait la spécificité du Dieu unique. C'est cette vie intérieure qui caractérise l'Être (L'Évangile de Jean, 1989).

Il y a là comme une chimie, comme une combinatoire a priori. La sympathie opère à tous les plans.

Tout est dans le lien ou plutôt dans la relation [6], qui en est l'animation. De sorte que cette relation, éminemment énergétique, forme une entité. Elle participe des autres, boit à leur source, et pourtant constitue une force à part : dépendante-indépendante.

C'est ça la synergie.

Et si on va plus loin, c'est ça l'amour : dépendance-indépendance et sincérité. L'attachement libre (différent de la passion, qui est transport de poids). Je te connais, te connaissant je t'aime. Je me retrouve un peu en toi et je trouve en même temps la différence (altérité) dont j'ai besoin pour me sortir de moi. Et être davantage. Et être plus, et être mieux.




Fig. 1 - Chœur polyphonique sarde



Pour terminer, la quintina, synergie acoustique. C'est terrible et fascinant. Quatre hommes chantent, une cinquième voix s'ajoute : une voix de femme. Je vous laisse découvrir le splendide travail de l'ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob. C'est particulièrement saisissant en pages 3 et 4.

Brr. Mais whaao.

Excellente écoute.

__

[1] Cf. fonction Animus.

[2] Revoir ces histoires de pensée magique, de croyances conditionnantes ou de Mojo.

[3] Fichu perfectionnisme.

[4] À mettre en parallèle avec ce que les bouddhistes voient de nébuleux, d'artificiel et de trompeur dans la notion d'individualité. Cf. les agrégats (la structure, les sensations, les représentations, les lois de cause à effet, la conscience - en clair ce qu'on appelle la réalité, ou les conditionnements, diraient les taoïstes).

[5] Le matérialisme fait de la matière un ensemble de propriétés orientées vers quelque chose : la constitution utilitaire d'ensembles et la désintégration de ceux-ci, au profit d'autres, ultérieurs, plus évolués et/ou mieux adaptés (cf. notion de progrès, d'évolution, d'enrichissement continu - il y a heureusement Stephen Jay Gould pour secouer tout ça). L'essentialisme se trompe tout autant, qui fait des choses des identités. Plus réalistes que tou ça : la théologie tri-unitaire, de même que tous les modèles scientifiques postmodernes, à base d'information, de complexité, d'empathie, de communication. S'y glisse une dimension sacrée (voir Le Sens du sacré) : c'est l'animation, issue de la combinaison de tout et aussitôt réinjectée dans le tout. Elle fait la tenue, la danse, les efforts et l'intérêt du monde et des gens.

[6] Le religare se fait par affinités : comme si la substance allait au contact de ce qui lui plait. Le sacré, c'est peut-être un peu ça aussi. Des choses a priori (en tête dirait l'humaniste érudit André Chouraqui).

[ Joël de Rosnay, dès les années 1970, décrit cette tendance morbide du tout-découper, pour lui privilégier une compétence à base de compréhension des contextes et d'écoute générale de ce qui se passe (Le Macroscope) | il faut aussi relire tout ce qu'Edgar Morin dit de lumineux sur la complexité : c'est un maître | rééquilibrer les hémisphères gauche et droit pour évaluer le monde et les situations, cf. cerveau | mettre à profit Georges Romey pour rétablir un dialogue entre Animus et Anima, microscope et macroscope, labor et intuition, esprit de géométrie et esprit de finesse (Blaise Pascal), capacités computationnelles et fabrique à images (Gilbert Durand) | sur cette simultanéité idées-sentiments, absolument voir Antonio Damasio | la logique floue, une tactique du cerveau pour agir avec ce grand point d'interrogation (l'imprévisible destinée de Romey) qu'est la vie | la fulgurance intuitive (Einstein, Mozart, etc.) et l'intensité aux choses ont souvent réputation de charlatanisme dans nos sociétés technico-scientifiques, où le temps passé à accomplir quelque chose a valeur de repère (toutes les étapes y sont controlables voire reproductibles ou industrialisables) | le blog de Bernard Lortat-Jacob ]  Read More