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Bim ! dans ta(rn) tronche...
Billet exceptionnellement (c) – Le livre d'un con-frère peu regardant vient de m'« emprunter » un élément central, en oubliant (volontairement ou non)... de citer la source, acte de civilité pourtant basique (yep)
36 chandelles. C'est généralement ce qu'on voit quand on s'en prend une. Une quoi ? Une claque. (Ouais.) Et tout le monde le sait : c'est quand elles sont morales qu'elles font le plus mal – Mal de chien. De sorte que ça monte, et ça monte. Les étoiles grimpent au compteur : on en voit tout à coup pléthore. Et ces étoiles, quiconque est attentif peut en dénombrer 81. (Facile : c'est 3 x 3 x 3 x 3.) Échelle de notation de 1 à 3, sur 1, 2, 3 et finalement 4 critères, juxtaposés. C'est ça [1]. Je vous propose aujourd'hui une échelle, pour évaluer combien ça fait mal. Combien ça pique. Histoire de voir aussi que, quand ça chiffre autant, c'est un bagage utile de savoir pardonner. Pardonner, pas oublier. En clair : libérer l'autre, se libérer soi, dépasser. (C'est tout sauf recommencer, cf. Discernement.) Eh oui. L'expérience enseigne que c'est plus qu'utile de savoir pardonner... 77 fois 7 fois. C'est puissant : ça soigne.
(Voilà.) On y va ?
81... reprenons ça. Vous, ça vous évoque quoi ? Moi, c'est le numéro du Tarn : département qui m'a vu naître. Et département à beigne(s) : ça remonte à samedi. (Grossebeigne [2].) Là, j'ai eu le temps de digérer. (Comprendre ? Oui et non.) Le temps de pardonner : certes. Et de réfléchir (je suis comme ça ; besoin de comprendre).
Alors, il y a quoi ?
Si on consulte le travail des psychiatres américains Thomas H. Holmes et Richard H. Rahe [3], on voit que la vie, selon l'expression, fait parfois sa chienne. Ou plus exactement que la réception d'événements éprouvants (stressants, anxiogènes ou choquants) va de « bof » à « oui, ça fait clairement mal » :
Fig. 1 – Look, à 3' : J'ai beau être matinal...
Ça tamponne [4]. Y compris dans l'intériorité, dans le dedans, interconnection oblige entre le corps et l'esprit [5]. Donc boum. Ça bouge les ressentis : de soi, des autres et de la vie [6]. Et des fois de manière durable (relire Anna Freud).
Normal...
Si donc je prends 4 critères, j'ai rapidement :
| la surprise, la soudaineté, la vitesse de la beigne (par exemple imprévisible),
| la précision (vous savez ? de celle qui vous fait mouche, dans des vérités cachées, comme dans des méridiens vitaux),
| la proximité de la personne qui vous administre la tarte (un proche fait évidemment plus mal, dixit la mafia dans les films de gangsters, où on finit assassiné par un proche),
| l'humiliation et la trace du geste (certaines claques vous sapent aux yeux des autres, vous culpabilisent, vous désarçonnent, vous brûlent, et vous démolissent socialement, vous les ruminez, les haïssez, les ressassez, façon Zeigarnik – C'est le fameux : Je m'en veux, j'aurais pu ou j'aurais dû dire et faire ça, pour me préserver de cette relation, de ce coup, du regard des autres, des conséquences éventuelles sur ma vie personnelle ou publique...).
J'ai donc Soudaineté (ou « mauvaise surprise », de 1 à 3) x Précision (ou malveillance ciblée, ou malice calculatrice, précise comme le laser, de 1 à 3) x Proximité (de 1 à 3) x Durée sociale (ou traces, ou effets quant à l'estime de soi : effets réels ou supposés – là aussi de 1 à 3).
Allez, j'en termine : ma beigne de samedi, je la chiffre à... mettons 3 x 1,5 x 2,5 x 1,5 soit 17 / 81. Si 1 c'est la piqûre de moustique et 81 le massacre à la vieille tronçonneuse rouillée, je suis à la fin du premier quart de mon échelle d'impact.
Ce qui me semble peu, dans l'absolu. Mais viril quand j'y repense...
Anyway : que ça m'apprenne un truc.
Et que les gens qui frappent me voient (ou me ressentent) leur pardonner : c'est tenir compte et c'est délibérément accepter de dépasser. Les yeux dans les yeux [7]. Peut-être est-ce la vraie force.
D'ailleurs, j'ai moi aussi motif à demander pardon.
(Ça tombe bien.)
Be seeing you.
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Mmh, claque en anglais, c'est slap, qui désigne aussi une façon de jouer de la basse. Chez Marcus Miller, par exemple :
[1] Ce genre de formule rappelle, en analyse des systèmes, : 1. les scorings de situation (évaluations, « photographies »), 2. les mesures de points de bascule (seuils, passages de caps, clivages et paroxysmes, acmes, melting points), 3.. les inéquations sociales mesurant les rapports de force (sociométrie dynamique) comme celle de David Gleicher.
[2] Vous cliquez là ? Voyeurs ;)
[3] À vrai dire, tout parle ici de la découverte – chez le sujet (1970) – d'une intimité (contiguïté) entre ses sphères psychique, sociale et physique (étroit coefficient de corrélation entre indices de stress et développements somatiques ; voir en complément les indispensables travaux de Taibi Kahler, qui montrent – sur un campus – le lien évident entre développement de maladies psychosomatiques et apprentissage contraignant, stressant, pauvre en strokes, calibré pour complètement différer des besoins psychosociaux fondamentaux des personnes empathiques, généralement présentes à 30 % dans les sociétés occidentales). Retournons à Holmes et Rahe : il faut bien sûr consulter (1967) la Social readjustment rating scale (SRRS) ou fameuse Échelle du stress (cf. théma). Échelle citée par les frères Linn – Voir ceci. Et, pour le contenu de ladite Échelle, ce document : pdf.
[4] Duele, comme l'a un jour dit – en guise de constat ardent – Ejo Takata à son disciple Jodo, écrasé par la perte d'un enfant. Douleur, réalité ultime : on ressent, on est. C'est là.
[5] Relire Antonio Damasio et ses travaux sur l'énigmatique Eliott. Et, plus généralement, mettre à profit les riches apports des tenants d'un nouveau paradigme pour comprendre l'âme et le corps. Que relie entre eux l'étonnant inconscient (psychique, métabolique, endocrinal, nerveux : ce qui est la même chose puisque nous avons un corps, qui éprouve, stocke, réagit, attribue – évidemment).
[7] Vu à la TV : les militaires français qui entraînent les reporters de guerre leur enseignent, s'ils ont un fusil déterminé sur la nuque, à encourager leur bourreau – au dernier moment – à les regarder dans les yeux. La proportion d'assassinats diminue.
[ Vous pouvez passer le test Rahe-Holmes en ligne | Rahe-Holmes, le point de vue de Judith A. Scully trente ans après | la défection, concept-pilier de la théorie des jeux | autre sujet – pour ce qui est de la protection de reporters, une autre technique consiste à se (ou à les) protéger des balles qui sifflent, derrière l'épaisseur de l'équivalent d'un tronc d'arbre ou d'un sac de sable (jamais d'un mur), de laisser en outre les robinets, les boîtes de conserves ou les portes de placard (souvent piégés) | Puisque nous parlons d'efficience dans l'adversité, et que ce thème intéresse la théorie des jeux, saviez-vous que les Templiers tiraient l'épée si et seulement s'ils recevaient une blessure ? ou... deux, lorsqu'il s'agissait d'adversaires issus de la chrétienté ? Autant dire, si c'est vrai, qu'ils pratiquaient une non-violence radicale, voire un sacrifice systématique (on le sait, dans le christianisme, le sang du juste est transformatoire et d'emblée vainqueur) | ici ou bien dans le forum dédié ]
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Sociologue Eugène Enriquez - Une presque plongée dans Léviathan
Est-ce que la psychanalyse explique tout de l'entreprise ? Non. Certes met-elle en jeu les tensions - agressives et érotiques - qui se jouent. Pour autant, il faut convoquer la dynamique de groupe pour tout comprendre, je veux dire pour savoir comment les forces s'organisent [1] concrètement. Voire aborder l'anthropologie, étude (entre autres) des territoires, donc des prérogatives de chacun. Autant dire des alliances et des guerres qui en découlent (cf. pouvoir). Je suis en train de me replonger dans le brillantissime René Girard, anthropologue français dont je recommande - pour commencer - la lecture du fraichement paru Les Origines de la culture, dialogue simple et fécond entre universitaires. Que dire ? Oui la violence parcourt les groupes. L'issue : trouver un bouc émissaire, chargé de libérer les tensions et de porter ce lourd héritage humain, ce signe que la concorde (le savoir aimer et travailler de Freud) exige un prix à payer. (Vilaine condition [2] que celle des groupes.) Un décharge-misère ? C'est le rôle du mobilisateur négatif, pour le psychanalyste et consultant Yves Enrègle (cf. Assurancetourix du Village gaulois). Le groupe, c'est tout cela. Et le pire, vous savez ? Ce ne sont pas les tensions de haut niveau, qui ensanglantent des chefs au cuir déjà épais. Ce sont les bassesses des échelons intermédiaires. Là, la guerre se fait à l'arme blanche : les places du 'mieux'- par opposition à 'cette base fangeuse d'où l'on vient et qui nous fait horreur' - sont peut-être les plus chères. Gare aux petits chefs, les leaders spontanés - autocrates en puissance - mal cadrés donc en chasse permanente. Un jeu de massacre, accentué par l'incertitude à pouvoir conserver sa place (voir les chaises de chacun, chères au psychiatre toulousain Patrick Çabal).
Mais le trophée de la violence revient d'emblée aux choses larvées, qui frappent en silence, qui minent. Vous savez, les pesanteurs internes, les boulets, les croix inter et auto-imposées. Dans un entretien d'avril 1991, donné à Sciences humaines, le sociologue et expert en psychanalyse des organisations Eugène Enriquez dresse un lucide bilan du fait humain en entreprise :
Sciences humaines : - Pourriez-vous donner un exemple de ce que signifie une analyse de groupe ou d'organisation ?
Eugène Enriquez : - Dans certaines organisations, on observe des gens qui se comportent comme des morts vivants. Ils préfèrent, malgré tous les dysfonctionnements qui assaillent l'organisation, se cacher la réalité et refuser d'affronter les difficultés. On peut voir des organisations qui préfèrent, parce que cela les rassure [3], maintenir une répétition mortifère [4] de ce qui se fait plutôt que d'envisager autre chose (par peur que tout ne s'écroule). Il y a aussi des organisations qui développent un stress professionnel tendant à briser, à casser les individus.
>> A l'inverse, on observe des institutions où prévaut le consensus, où l'on refuse le conflit et donc le dévoilement de certains problèmes par peur de briser l'harmonie interne. Il y aura donc refoulement de la parole libre, refoulement de l'agressivité...
Fig. 1 - Eugène Enriquez
SH : - En matière de management participatif [cf. les différents styles, plus ou moins opportuns - part. 1, 2 et 3], l'analyste constate-t-il de réelles modifications de pouvoir dans l'entreprise depuis vingt ans ?
EE : - L'idée du management participatif est en réalité une très vieille idée : elle date d'après-guerre [cf. Kurt Lewin]. Elle a mis du temps à s'imposer. En 1956, lorsque je parlais de participation, de consultation, je me suis entendu reprocher de vouloir installer des soviets ! Maintenant, on peut dire qu'il y a des soviets partout ! Ils s'appellent cercles de qualité, groupes d'expression, groupes de projet, groupes ad hoc... Il y a un changement en ce sens que l'on commence à mettre en place des idées proposées par les psychosociologues dès les années 1940. Personnellement, je ne pense pas beaucoup de bien de ces méthodes dans la mesure où la participation est exigée. Michel Crozier avait bien dit dans Le Phénomène bureaucratique que les gens voulaient des compensations à l'investissement en termes d'argent, de prestige [5]. Dans une certaine mesure, il est vrai que la personnalité des cadres ou des ouvriers est plus prise en compte ; ceux-ci se sentent plus valorisés lorsqu'ils ont de nouvelles responsabilités. Mais en même temps, jamais il n'y a eu un tel contrôle sur la pensée et la psyché des individus. Jamais ne s'est autant manifestée la volonté d'emprise de l'organisation sur l'individu. L'organisation tend à prendre l'individu au piège de ses propres désirs.
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[1] Description des interactions par Robert Freed Bales et cartographie socioémotionnelle par Jacob Levy Moreno, par exemple.
[2] L'égrégore, archétype du groupe en tant que structure énergétique aboutie, vérouillée, pourrait influencer les mentalités individuelles. Bien souvent pour le pire (ex. : figures mystiques collectives qui engluent les parties-prenantes du Premier Conflit mondial - cf. Gustave Le Bon).
[5] Voir, en complément, la notion de valence. Chacun donne à un phénomène donné une valeur de motivation qui est subjective.
[ Autres gourous | psychanalyse d'entreprise | management et cartographie des enjeux éthiques, outils d'équité, de volontarisme et de liberté | Qualiconsult présente Michel Crozier | Eugème Enriquez, membre du Laboratoire de changement social, adossé à Paris VII | Enriquez, synthèse d'ouvrage par le Groupe de recherche en médiation des savoirs | revue Changement social | Girard et Enriquez, même combat ? | Dynamique de groupe, article interactif du grand Didier Anzieu ; Systémique, article de l'incontournable Jean-Louis Le Moigne - excellentes ressources du site de psychiatrie et de pathologies sociales ACpsy | dynamique de groupe, fondements | manifestations de l'homéostasie selon le pédagogue André de Peretti (site exhaustif) | Freud et la dynamique de groupe, article essentiel de Claude Pigott | Thomas Hobbes) et le cauchemar de Léviathan - introduction à l'anthropologie politique (pdf) | Hobbe's resources ]
Chat ! Point de clavardage ici, mais bel et bien le petit animal à fourrure. Ou plutôt sa version populaire, sous forme de jeu. Tout le monde connaît ça : je te touche, tu deviens le chat et tu touches à ton tour. Comme une chaîne, comme un fardeau qui se transmet : le mauvais rôle circule. Pourquoi mauvais ? Parce que le chat fait fuir, il repose sur l'idée de bouc émissaire. Pour preuve : personne ne veut se faire toucher. Il y a dans cet héritage du chat l'idée de faire bloc. Tous les autres sont d'accord avec l'idée que le contact du chat est déplaisant (dans le jardin d'enfants près de chez moi, les gamins hurlent, heureux mais peureux, au contact du chat). Tout le monde, y compris dans la fuite, fait l'unanimité contre le chat, ce qui socialise le groupe.
Et si l'on passe une vitesse, outre celui d'Yves Enrègle, c'est le travail de l'anthropologue René Girard (né en 1923) que l'on entrevoit. Les cours d'éthique sont prétexte à parler de la norme, de l'homéostasie et autres phénomènes groupaux (voir ici). A la lumière de Girard et de son éloquent travail sur la nécessité de sacrifier un individu pour préserver la concorde du groupe (régulation des tensions, etc.), je remercie les marmots joueurs du jardin, qui me donnent l'occasion de rappeler ici combien Girard m'est cher.