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 Les GoldoMon 22 Sep 2008
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C'est le café. C'est son odeur. Je me sens fatigué, c'est en buvant une troisième tasse de café ultra-dense que tout me revient. Je porte la tasse à ma bouche et là tout se déploie (il y a dix minutes). Tout ? Plutôt du petit format. De grandes sensations mais de l'intimité : du très personnel. C'est en ça que je dis petit. Et petit concerne mon âge aussi : je m'y revois (ou m'y sens, connecté par l'odeur du café). Une odeur... de doigts. Des gros doigts chauds, rassurants. C'est voisin de l'odeur du café, c'est une odeur, tendre, de cigarettes brunes : des Goldo.

Je dois avoir six ou neuf ans et mon père a cette odeur : des doigts de fumeur. (J'adore cette odeur, elle me rassure et m'émeut.) Odeur virile et protectrice. Quelle puissance, ces odeurs.

Mon père est un type à part. J'ai la trentaine aujourd'hui, je l'admire : il consacre sa retraite à Zóodo [*], sa promesse - devenue champs d'actions, devenue arbre chargé de fruits - d'aider son pote d'il y a longtemps (agriculteur du Burkina Faso, devenu père de beaucoup de mômes). Et mon père y parvient. Comme un bonhomme tranquille, qui fait les choses qui ont du sens. Son association comporte maintenant 160 membres et sauve régulièrement des vies. Le magazine Marianne l'a, lui et son épouse, montré sur le terrain (cf. théma). Le reporter a vu juste : le sérieux, la régularité, le pragmatisme de cette minuscule ONG qui déplace des montagnes. Simplement : comme si c'était normal.

L'odeur.

Comprenez que je me sente dans les années 1980. Cette odeur de Gauloises est une odeur d'homme à homme, de père à fils. (Complicité.) Il y a la voix de mon père aussi. Et sa tristesse de l'époque, et nos difficultés familiales. Mais j'aime (et j'ai toujours aimé) mon père. Et maintenant - en plus - avec les yeux du père que je suis devenu. La fonction ? C'est l'amour qui la permet. Mon père ? En plus du père, ou différemment je sais pas, j'aime l'homme qu'il est (avec ses doutes, son quotidien, son humanité normale, ses instants d'absence, sa foi).




Fig. 1 - Travail graphique de Jacno



Six ? huit ? neuf ans ? Je sais plus. Je me revois dans ma chambre, près de la sienne. Couché. La séparation d'avec ma mère a eu des effets sur nous deux. (J'aime ma mère aussi.) Papa (je crois que c'est lui) m'a offert un petit bouquin sur Le Bon Samaritain : brûlez-moi tous les bouquins du monde, mais gardez-moi celui-là. Ce truc m'a davantage remué les tripes, le cerveau, le cœur et le sang que n'importe quel ouvrage théorique, même (et surtout) des années après. Je m'endors avec ce livre et ma porte reste entrebâillée.

Dans la nuit, je sens la présence aimante de mon père, comme s'il me comprenait, comme quelqu'un qui vous borde ou vous regarde tendrement, par la porte (Étais-je triste ? Me voilà en paix. Étais-je serein ? Me voilà conforté.) Une chaleur rassurante - que je connais - me parle. Une chaleur sérieuse : de celles qui vous réchauffent l'âme.

Ça marque le cœur qui, maintenant, écrit ces mots.

Une virilité protectrice, informée. Elle me connaît (ça se sent). Discrète et appuyée, forte et tranquille : comme quand on aime.

Vous connaissez ça ?

Je parle de son passage à mon père le lendemain (Tu m'as dit quelque chose hier, dans la nuit ?). Non, me dit-il. Question à nouveau. Même réponse. Re-question. Pareil. Mon père est sérieux : il me répond honnêtement.

Puis l'épisode m'est sorti de la tête. Et j'ai grandi.

Il m'a fallu dix ou quinze ans pour faire un lien entre cette fameuse nuit et ce que je connais à présent de Dieu (personnellement, pas par le religare socio-traditionnel, superstitieux et lénifiant).

Le Bon Samaritain (le vrai) avait, cette nuit-là, la gentillesse d'un Père.

Je veux remercier le mien de ressembler si souvent, et depuis longtemps, à Celui qui me donne envie d'aimer mon prochain. De me dépasser. D'élever mes mômes. D'améliorer des trucs. De faire battre mon cœur. De vous écrire aujourd'hui.

Merci à vous deux, les papas ;)

Vous comprenez.

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[*] Vidéos ici. Zóodo, le blog.

[ 1 Samuel 3 | le Bon Samaritain | Mémorial de Blaise Pascal (Les Pensées) | au fait, ça fait longtemps que mon père ne fume plus ]


 L'effet NathanThu 24 Jan 2008
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Cette contribution est (c) - Merci


Nathan est un prophète de la Bible. Vous le connaissez ? L'Histoire situe sa vie environ 1 000 ans avant notre ère. Un épisode de Nathan - dans la culture occidentale - est familier, je vous en parle après.

Premier point. Envisageons les métaphores, si puissantes qu'elles saisissent l'intériorité humaine (tous les peuples y recourent). Si bien que la PNL, dès le XXe siècle - et avec plus ou moins de bonheur - considère la narration symbolique comme une voie d'illustration peut-être, mais aussi d'édification et de compréhension pour autrui (comme un éclairage). L'étymologie de la métaphore suggère que ladite notion revêt un sens qui, d'emblée, dépasse et nous porte ailleurs. Un sens caché se développe, renforcé par le détour, généré dans sa pleine puissance : une voix nous parle. Voir le billet qu'Absara consacre aux paraboles, ici.

Car tout est là, dans le déplacement, dans le changement du point de vue. De l'angle.

Je reprends l'épisode de Nathan. Et c'est directement dans la Bible (2 Sam 12, ici traduction Louis Segond) qu'on comprend à quel point le bonhomme sait y faire :

« L'Éternel envoya Nathan vers David. Et Nathan vint à lui, et lui dit : - Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et des boeufs en très grand nombre. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée ; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants ; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la regardait comme sa fille. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses boeufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui ; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui.

» La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathan : - L'Éternel est vivant ! L'homme qui a fait cela mérite la mort. Et il rendra quatre brebis, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié.

» Et Nathan dit à David : - Tu es cet homme-là ! Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Je t'ai oint [désigné, ndlr] pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de Saül ; je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai placé dans ton sein les femmes de ton maître, et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore ajouté. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien ; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon. »

Terrible. Cet épisode est célèbre, où David prend la pleine mesure d'un meurtre qu'il a fait commettre sur un de ses soldats, pour voler sa si belle femme. Le pauvre Urie est mort. Et la brebis de la métaphore, tout le monde le comprend après, c'est Bath Schéba, l'épouse tant convoitée. Dur. Et il est fort à parier que si Nathan avait fait à David un reproche frontal, ce dernier s'y serait fermé et, outré, aurait envoyé le prophète à la mort.

Brrr...

La valeur de la métaphore nathanienne, c'est qu'elle contourne l'égo de l'auditeur et convoque directement ses valeurs personnelles. Et son discernement, au sens entier. On voit David se mettre en colère contre le riche sans-gêne, qu'il juge directement criminel.

Que dire ? La métaphore, c'est ça, c'est un para-récit, qui dit sans dire : il contourne une difficulté (difficulté à s'identifier à soi-même) et fait ainsi mouche. Un dévoilement a lieu : les mots qui remplacent ceux qui font mal délivrent directement le sens. Et c'est l'impact.

So what? Hier, une personne m'appelle. Et me dit les difficultés qu'elle a à se préparer (et à se réjouir) pour un cadeau professionnel que lui fait la vie. Comme si la gratuité de cet événement faisait problème. Connaissant bien cette personne, je l'engage à considérer la jouissance que c'est, la vie faisant parfois des cadeaux, parfois pas (il faut se saisir de ça). Mais la personne hésite, complique (semble-t-il) et finit par achopper, confiant la mise à profit future au hasard, qui tranchera lui-même, par une disposition de type je-verrai-bien-je-sais-pas-trop.

Incroyable.

Nous prenons alors congès. Puis je rappelle quelques minutes après en disant : - J'apprends, et c'est fou, que j'ai rendez-vous avec mon maître en management : Kenneth Blanchard ! le grand ! le gourou ! l'unique ! je suis tout excité. Mais c'est mon pasteur américain qui a préparé l'entrevue et, pour être franc, il m'arrive de ne pas toujours être d'accord avec son protestantisme : pour moi c'est un problème.

Un mot jaillit de mon interlocuteur : - Mais tu es c... ou quoi ?!

Je réponds, souriant : - C'est une métaphore. Cette histoire est une invention de ma part. Bonne journée !

Je raccroche.

Et juste avant, j'ai entendu comme une voiture lancée à pleine vitesse et qui s'arrête d'un coup.

Life is a feast. Passez une excellente fin de semaine.

[ Jacques Lacan et la métonymie psychique, un déplacement | revoir les systèmes de défense du Moi | ce que nous appelons la réalité comporte une multitude d'angles (sensations, interprétations) pour vivre ce grand tissu changeant (complexus) qu'est le monde | dévoilement, éloignement des enveloppes : apocalypsê en grec ]