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...je vous le dis, même Salomon dans toute sa splendeur n'était pas vêtu comme l'un d'eux - Matthieu 6:28
Ça va, ça vient. Gonflé, le Nico. C'est ma première réaction, là, au téléphone. L'argent ? Un flux. Un fait. Quelque chose qui - juste - rentre et sort. Mouais. Le premier truc qui me vient, en quittant Nico, c'est le trait d'humour de mon père : L'argent, moi spontanément, j'en ai modérément besoin. C'est mon banquier qui, lui, m'en réclame. Alors, même acabit ? Nico-paroles : un trait d'esprit aussi ? Que nenni. Je réfléchis à tout ça, ou plutôt écoute ce que ça m'évoque et - dès le début - ça fait impact. Un truc, là dedans, me parle.
Un flux.
Ouais.
Un fait.
Aussi.
Quand il (me) manque, l'argent, il faut juste que je voie ça. Que je considère les choses en vrai. Que je travaille en conséquence. Pour gagner. Et quand il est là, le flouze, l'idée c'est d'en faire quelque chose. Comme un outil. Comme un fait. Une donnée : un truc. Truc qui fluctue. J'ai souvent vu des gens aisés risquer le coup, comprendre cette donnée : ils gagnent, ils perdent, c'est normal. Je veux dire qu'eux, quand ils perdent, il leur reste quelque chose. En clair, leurs fluctuations sont fortes. Ok. C'est juste leur solde, le là-où-ça-se-joue (comme une fourchette), qui reste en positif.
Effectivement.
L'a bien raison le Nico. Qui parle en vrai. Qui me connaît (fort bien). Il a mon mode d'emploi, Nico. Et moi le sien aussi. C'est ça l'amitié : connaissance et courage. Savoir comprendre et parler à l'autre. Et aussi lui dire ce qu'on pense.
C'est peut-être ça le respect.
L'amitié.
Ouais.
L'argent ? Ça va, ça vient. Simplement. Pas plus, pas moins. Un fait.
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Le travail, c'est surtout pour gagner de l'argent - Pour le reste, il y a la vie perso
En matière de vie professionnelle, certains s'en sortent bien. Ils jouissent, ils assument, ils font quelque chose qui leur ressemble. Et, davantage qu'une vie conforme à des objectifs bien définis, une trajectoire dynamique congruente, assumée, ouverte, à l'affut, fait souvent des étincelles. Ils vont bien. Il y a dans le succès, semble-t-il, un savoir-être authentique, stylé, fort. Une personne assumée.
L'observation et la pratique conduisent à penser que les enfants frustrés, par exemple, donnent des adultes motivés : en mouvement. Le psychanalyste Alfred Adler (1870-1937) fait remarquer que la frustration est un moteur. Quand vient le manque (et sa sensation si prégnante, teintée de volonté - inconsciente - de réparation), les conduites de la personne se tendent vers une action nourrie. Action en actes ou action en pensée. Ce qui, selon moi, construit deux types de tempéraments. Parlons des frustrés financiers, ceux qui ont souffert d'un sentiment de manque d'argent. Cette sensation doublement gênante, dotée d'un premier ressenti intrinsèque, d'un ressenti de manque matériel, développe un renforcement tristement social : le regard des autres. Qui vient en second. C'est la différence. La souffrance de l'éviction, du vilain petit canard. Ça fait mal. Anna Freud décrit très bien, pour tout type de trauma, la logique qui pénalise en deux fois. J'ai mal, et d'un, et de deux je sens que les autres m'isolent.
Alors regardons ce que ça peut donner.
Il y a, selon moi, les affamés de strokes, de reconnaissance, de signes de valorisation, de succès personnel, de sentiment intérieur d'émancipation. Dès que je reçois mon salaire psychologique, je me sens mieux. La vie me fournit ce qui m'a manqué : le sentiment d'avoir de la valeur. D'être compétent, utile, dans le tissu du monde.
Il y a, par ailleurs, les affamés d'argent. Un enfant pauvre (et personnellement ressenti comme tel) peut devenir un adulte motivé en affaires. La finalité, ici, est éminemment matérielle : pour réparer, je gagne de l'argent. Tout euro m'arrache à ma condition, je suis un pragmatique. Et un homme d'affaires. Je suis même doué pour ça.
Les seconds, quand ils créent leur affaire, visent généralement un ROI au vert, sympathique et porteur. L'argent répare et fait du bien. Son confort est une manne.
Pour les autres, les assoiffés de justice, le bilan se mitige. Au lieu de solidifier mon entreprise, et la transformer en gigantesque tirelire (ce qui est sain), je me nourris des signes de justice, d'acceptation, d'intégration, de réussite intellectuelle, sociale ou morale. Je tire là mes nourritures affectives, pour paraphraser un grand.
La vie est cruelle, qui fréquemment couronne les seconds. Pour les premiers, une vie personnelle satisfaisante (porteuse de strokes) est à envisager au premier chef. Vient alors la sérénité, en annexe, d'une vie professionnelle solide, porteuse - elle - de finance. Et seulement de finance. Un pragmatisme peut s'enclencher. Il faut simplement séparer les registres : perso et pro.
Le pro, c'est pour gagner de l'argent. Et, si possible, en quantité correcte.
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Se donner les moyens
Troisième épisode. Aujourd'hui, parole à David (prénom d'emprunt). David est un musicien de mon ami Olivier. Olivier le guitariste. Qui d'ailleurs - quoique parallèlement très pointu - trouve du succès dans un laaaarge public (la preuve).
Écoutons David. Ce que je sais de lui me fait dire qu'il a une vision adulte de l'argent. Une vision sage de la réussite, du placement du travailleur (à succès) dans le monde.
Celui qui réussit financièrement, dit-il, c'est celui qui se donne les moyens. Un musicien doit par exemple investir dans du matériel professionnel : c'est ce type de geste qui garantit à l'avance la bonne exécution de ses contrats. Il est cohérent donc en mesure de. C'est-à-dire en place.
Simple ? Complètement ; plein de vérité.
Les communicants nomment cet état de fait la congruence, capacité à incarner, à animer dans sa forme concrète un fond ressenti, vécu comme vrai. Bien sûr, ça fait envie : les autres vous envisagent comme crédible. Et c'est pro donc glamour [*]. Matrice à succès.
Les musiciens ont une expression pour ça : c'est raccord.
Donc efficient.
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[*] Expression journalistique. Est glamour ce qui fait envie, ce qui donne envie de poursuivre (par exemple de lire).
[ Ishikawa, un moyen classique de lister les moyens | Tony Buzan : d'après moi passage obligé, beaucoup plus riche | la congruence, pour la grande Anne Ancelin Schützenberger, c'est passer de la prédécision à la décision façon Lewin | pour Kurt Lewin, par ailleurs, la correspondace fond-forme, tellement énergétique, est une Gestalt aboutie ]
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Wonder-bras
L'on dit souvent, et moi le premier, que les projets se délitent avec le temps. Pourquoi ? Parce que, dans la plupart des entreprises, le lien s'émousse : les camarades du début deviennent des collègues (pff, ils râlent) et parfois des rivaux (grr, ils grognent). Vous vous souvenez de cette bon sang d'entropie ? C'est une force physique qui provoque, avec le temps, la disjonction et puis la dégradation d'un corps, d'un système. Il y a son symétrique, vous le connaissez : la néguentropie aliashoméostasie ou force de cohésion (la fameuse résistance au changement). Elle agit comme un aimant inconscient. Mais il y a beaucoup mieux que l'homéostasie passive, grégaire. Il y a la communion autour de valeurs puissantes [1].
Encore une fois je convoque le cas Mondragón, où le prêtre José María Arizmendiarreta a créé une coopérative dans la Pays basque espagnol (1956). Il s'agit à présent d'un géant industriel dans une jungle mondialisée, qui embauche (si !) et qui enregistre de la croissance (dingue !). Quelques valeurs simples et une vision pour souder l'ensemble [2], ajoutez-y des cercles vertueux (ex. : mieux tu travailles, plus tu as de sous) et la machine ronronne.
Il y a aussi l'exemple de Def Leppard. Ce groupe de heavy metal anglais a connu son âge d'or dans les années 1980. Souvenez-vous :
Eh bien figurez-vous que leur batteur Rick Allen, à l'époque, a eu un accident et a perdu... un bras (1984). Vous vous rendez compte ? Passer du succès au handicap physique ? Et, plus concrètement, comment continuer à jouer ? Les gars de son groupe lui on dit : Ecoute, tu vas rester avec nous. On te garde et on va y arriver. C'est ce que j'appelle de la camaraderie. Vraiment. Le bonhomme a travaillé dur, avec son bras unique, et a construit un système de pédales pour augmenter son efficacité sur les toms (les caisses de la batterie). Que dire ? Bravo. Un corps qui fait corps, ça marche. Leur équipe pourrait, je pense, donner des cours aux grandes écoles de management.
Un principe (la camaraderie), une vision (tous ensemble, des tournées partout). Et du succès au bout. Moi je dis que c'est normal : un vrai groupe c'est ça. Et un vrai groupe, en management, ça marche.
[ Intelligence collective | Vision claire et pugnace + Valeurs simples + Cercles vertueux = Succès | comment, par ailleurs, un petit groupe et ses valeurs peut influencer une morne majorité - concrètement ]