Blog Management & Organisation, depuis 2004 - Tag: systemes

Management & performance humaine | Motivation | Organisation & plannings stratégiques | Dynamique de groupe | Intelligence collective & réseaux

 Wiki...bsara - 5e partieSat 7 Oct 2006
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[ << 3e partie | wiki-ville | Dave Pollard et son portail | valorisation des connaissances | de l'utilité des réseaux - 9e partie ] Wiki...bsara - suite

<< En sciences humaines [ndlr - surnommées sciences molles], un réseau social [...] désigne un ensemble de parties-prenantes générant un tissu (complexus en latin, cf. Edgar Morin) de relations continues, plus ou moins denses, entre elles-mêmes (système fermé) et/ou en interaction avec l'extérieur (système poreux ou système ouvert). Ce type de réseau consomme, génère, partage, protège des ressources, que ce soit de l'argent, de l'information, du temps, des matières premières, de l'énergie, des gratifications psychologiques (stimulations, signes de reconnaissance ou strokes, cf. René Spitz et Eric Berne) nécessaires à la mobilisation (motivation) continue des parties-prenantes. Certains psychosociologues voient dans la cohésion des réseaux (l'homéostasie) un investissement naturel, énergétique, organique, des lois de la Thermodynamique (cf. entropie et néguentropie).

[...] En relations publiques, en management du capital social et en management des affaires, l'animation d'un réseau social peut se faire électroniquement ou de visu. Notamment lors de soirées dédiées, cf. soirées meet-up et soirées meet-down. >>

Vous aussi, contribuez sur Wikipedia.

[ Où l'on reprend cette vieille histoire de knowledge management, valorisation du savoir par le recueil, le partage, la croissance exponentielle et l'optimisation (renforcement en dédoublonnant, puis classement thématique) de la connaissance | ah, la synergie | oh, l'intelligence collective | parlons un instant du management de la motivation - c'est le profilage individuel et la cartographie comportementale des équipes qui vont amener le manager (Forcément de terrain, sinon à quoi sert-il ?) à stimuler au bon moment (c'est-à-dire souvent) les individus avec lesquels il collabore | le manager est un détecteur et un stimulateur | le 8 octobre, France culture, dixit Frédéric Martel, reçoit sur ses ondes le président de la Wikipedia francophone ]

Absara TV [ Joël de Rosnay, celui qui - depuis longtemps - a tout saisi des réseaux, cf. sa magnifique conférence ci-dessous | en plus des jeux et des signes de reconnaissance mutuels, psychosocio-affectifs donc structurants, l'information (cf. cognition) est le carburant de ce qui vit - vidéo du biologiste Jean Weissenbach | sublime - l'entropie en communication, par le physicien Roger Balian ]



 La bistourette des prés - suiteThu 5 Oct 2006
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[ << Vendre ! - 2e partie | Systémique... ta mère - 8e partie | Psychologie - 2e partie | Profils, vertus et complusions - 12e partie ] La bistourette des prés - suite



Parlons chasse (pour rappel, je suis végétarien), profils et synergie. La chasse, d'abord. Un guerrier est un chasseur. Il calcule tout. C'est le contrôle. Une fois qu'il a terminé ses calculs, il agit. Il laisse aller. C'est l'abandon, nous dit l'étrange Carlos Castaneda. Il est facile d'y voir le lâcher prise, le "pilotage automatique", la fameuse inspiration, fruit - d'après Thomas Edison - de tant de transpiration en amont. Ou bien l'alternance entre cerveau gauche (calcul - esprit de géométrie, disait Pascal) et cerveau droit (siège de l'inspiration et de l'action synthétique - esprit de finesse). Cela vous parle ?

Ce que nous disent, en outre, les excellentes émisions TV sur les guépards, c'est que leur profil est tout sauf celui d'un chasseur. Le guépard est fin, rapide et fragile : il course sa proie comme l'éclair, au risque de mourir d'épuisement en cas d'échec. Son problème, c'est qu'il chasse seul. Eh oui. Prenez le chat : certes chasse-t-il en solitaire. Mais il est surtout bon pisteur, capable de se tapir longtemps. Résultat : quand il bondit, c'est pour faire mouche à cent pourcents, son énergie est bien (dé)pensée. Il y a aussi les loups, dont la chasse synergétique (inspiratice, à coup sûr, de bien des tactiques [*] humaines) est un must.

Que dire ? Ben ouais, y a le mauvais chasseur et le bon chasseur.



C'est hier, en déjeunant avec Guillaume et Sophie, que la métaphore des chasseurs m'est venue : 1. chasse en solo, désespérée, tous azimuts, 2. chasse en solo, patiente et resserée, 3. chasse à plusieurs, synergétique.

L'on trouve ici trois métiers : 1. le métier qui consiste à consumer une passion (si, c'est un métier, que beaucoup font avec sincérité et dévouement), tellement épuisant (à moins d'être sur un tout petit terrain de chasse, ou marché, limité par un "enclos" réglementaire ou démographique ou technologique), 2. le métier du marketing opérationnel, qui repère calmement les tendances et les attentes et qui - paf ! - leur fait correspondre une proposition en phase à cent pourcents, 3. le métier de partie-prenante (ou d'animateur) de groupe, avec des troupes spécialisées, rôdées à la synergie.

Guépard, chat ou loup, quoi.
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[*] La tactique est à bien détacher de la stratégie, les entreprises savent bien (hum, hum) cela. La stratégie, c'est une idée de conquête (ex. : les Francs ont l'idée de reconquérir [sic] le tombeau du Christ - pourtant vide d'après les Evangiles - en "surfant" sur la ferveur fanatisante et sur une certaine crise de la noblesse). Quant à la tactique, c'est le déploiement des outils (cling, cling) sur le terrain : faire ci, faire ça. Et bouger. Regardez :



[ Image (c) le grand Frank Frazetta | Alexandro Jodorowsky nous donne son impression de Carlos Castaneda | Blaise Pascal (1623-1662), le meilleur rempart contre l'esprit cartésien, tellement incapable de résoudre les problèmes complexes : le grand sociologue Edgar Morin rappelle que "dès le le XVIIe siècle, deux types de pensées se posaient. Celui de Descartes (qui a triomphé) disait :"Quand je vois un problème très compliqué [ndlr - mais c'est là l'essence de ce qui est compliqué, c'est divisible, alors que ce qui est complexe est à considérer avec tous ses liens, la relation entre les choses valant souvent autant que les choses elles-mêmes, ce qu'ignorait certainement Descartes], je divise ses difficultés en petites parties et une fois que je les ai toutes résolues, j'ai résolu le tout." Celui de Pascal disait : "Je ne peux pas comprendre le tout si je ne connais pas les parties et je ne peux pas comprendre les parties si je ne connais pas le tout", invitant à une pensée en navette. Pascal n'a malheureusement pas été entendu, ni même compris. La pensée complexe essaie en effet de voir ce qui lie les choses les unes aux autres, et non seulement la présence de parties dans le tout, mais aussi la présence du tout dans les parties." - c'est le principe de correspondance ou principe hologrammatique | autre thème - stratégie et SWOT | en tactique, lire Sun Tzu (gratuitement) | le chat, animal efficient | le "tout, vite et bien" - regardez | profils comportementaux - se frotter au tigre, à la panthère, à la grue, au serpent | savourer l'immense Frank Frazetta ou la superbe Claire Wendling ]  Read More


 Changer ! - suiteMon 7 Aug 2006
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[ << Améliorer plutôt que changer | Culture et changement | Changer avec Yves St-Arnaud ] Changer ! - suite [ Permanence et changement - suite >> ]

Permanence et changement

<< Les philosophes de la science [1] acceptent généralement l'idée que le changement est un élément tellement immédiat et omniprésent à notre expérience qu'il ne pouvait devenir un sujet de réflexion après que les philosophes grecs présocratiques eurent établi le concept antithétique d'invariance [2] ou permanence. Jusque là, aucun concept ne pouvait être opposé à celui de changement [...], et la situation était sans doute analogue à celle que décrit [l'ethnolinguiste américain Benjamin Lee] Whorf [3] lorsqu'il dit que dans un univers où tout est bleu, le concept de bleu ne peut apparaître, par manque de couleur faisant contraste. Si nombre de théories de la permanence et du changement ont été formulées au fil de siècles de civilisation occidentale, la plupart étaient des théories de la permanance ou des théories du changement, et non des théories de la permanence et du changement. On a été porté, soit à prendre la permanence et l'invariance comme un état 'naturel' et 'spontané' qu'on acceptait d'évidence et qui ne demandait aucune explication, ce qui faisait du changement le problème à élucider, soit à prendre la position inverse. Pourtant, le fait même que l'une ou l'autre de ces positions puisse être adoptée aussi facilement conduit à penser qu'elles sont complémentaires - que quand il y a problème, il n'est pas absolu et en quelque sorte inhérent à la nature des choses, mais au contraire dépend de la situation et du point de vue impliqués. [...] C'est ainsi que chaque fois que nous observons une personne, une famille ou un système social plus étendu [ndlr - ou une entreprise], aux prises avec des difficultés qui durent et se répètent en dépit de leur volonté et de leurs efforts pour modifier la situation [4], deux questions se posent en même temps : 'Comment cette situation non voulue persiste-t-elle ?' et 'Que faut-il faire pour la changer ?' >>

Paul Watzlawick, John H. Weakland, Richard Fisch, Changements
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[1] Des épistémologues. Cf. le grand Gregory Bateson.

[2] L'on peut en outre évoquer les philosophes taoïstes (lire en priorité Léon Wieger) et les bouddhistes.

[3] Lire en corrélat les travaux du psychologue Lev Vygotski (pdf), qui relient langue et représentation (pensée) du monde. Question schèmes langagiers (vecteurs d'une pensée), il y a en outre l'anthropologue Gilbert Durand et - dans un tout autre registre - les PNListes, voir ici.

[4] De fait, le changement est facteur de bien d'autres choses que d'un simple, fût-il ferme, 'Quand on veut on peut'.

[ Paul Watzlawick et l'intrigant baron de Münchhausen | 1990, entretien avec Watzlawick | le paradoxe dans les thérapies brèves ]


 Systémique... ta mère - 8e partieThu 20 Jul 2006
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[ << Bonne marche des systèmes - 7e partie ] Logiques circulaires - 8e partie [ Guépard, chats et loups - suite | Changements de niveau 2, une application directe de la synergie - 9e partie >> ]

C'est fou. C'est comme si les gens avaient inconsciemment une interprétation circulaire des choses. Vous savez, à l'instar des Anciens, qui lisaient le monde comme une ronde : les cycles saisonniers, la progression en spirale, qui est une redite permanente à plus haut niveau, etc. La 'cage flexible', la structure des choses ressemble, vue du psychisme, à un cercle où l'énergie s'engouffre, arrive à un paroxysme et amorce à nouveau sa boucle, selon le même circuit. Vous avez remarqué ? Un exemple : imaginairement, il y a du bien dans l'excès de mal. Bizarre. Je me mets dans la panade jusqu'au bout, parcours la totalité de ce serpent infernal qui se mord la queue puis ré-amorce avec sa propre tête. Et je vais mieux. Un peu comme une pulsion de vie salutaire, issue des rangs de la mort. Pareil pour les réjouissances : trop de plaisir embraye circulairement sur quelque chose de confit puis de moisi. Le psychisme serait-il saisonnier, calqué sur une cadence analogue à celle de la Nature ? Est-ce que les gens cherchent un point de bascule [*] quelque part au bout d'un cycle ?

Et pourquoi pas. Faites le test, observez. Vous verrez que pour se sentir bien, beaucoup de gens - et en particulier des employés - attendent que l'excès de stress produise un relâchement et 'reboucle' sur une logique de satisfaction.

Intriguant... Bonne nuit à tous.
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[*] Lire ce que Taibi Kahler dit des phases de vie. Il est des moments où l'on cherche à satisfaire nos attentes (obtention de strokes, à brève échéance, et atteinte de la félicité sur le long terme) selon un autre programme. Tout change. Il faut dire que les systèmes (dont nous sommes) sont équifinalisés : ils changent en permanence leur fusil d'épaule, de tactique. Qu'importe le flacon...

[ Ouroboros | seuils de bascule | << Seul le changement est durable >>, Percy Bysshe Shelley (1792-1822) | changer | Changer ou améliorer ? ]  Read More


 Sans problème il n'y aurait pas de créationThu 15 Jun 2006
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Nul n'est manager s'il n'est un peu philosophe, c'est-à-dire présent aux choses et aux gens : intense. Les sciences humaines, combinées avec les sciences sociales, sont d'un secours immense pour cartographier les scénarios possibles. Le désir de piloter un bateau (étymologiquement faire de la cybernétique) met tout le monde d'accord. Je veux dire tant Platon (Ve s. av. J.-C.), qui emploie le terme pour la première fois, que le mathématicien Norbert Wiener (XXe s.), qui le développe dans de nouvelles (et bien fécondes) perspectives. Qualiticiens et managers sont eux aussi à la tête de quelque chose. De même que les personnes qui gèrent des flux (argent, temps, ressources) [1]. De sorte que l'entreprise est tout autant en prise avec les sciences de la complexité que le laboratoire universitaire. Et que la vie. D'ailleurs, en ce début de XXIe siècle, les sciences dures [2], les sciences molles [3], le management [4] font cause commune : sortir des chapelles et venir s'interfrotter. Témoin, la démarche d'Emmanuel Ferraguti, prof de philosophie, érudit de sciences. Et blogueur. Pour lui, le cap est passé : tout - je dis bien tout - est philosophie, c'est-à-dire amour de la vie et recherche de solutions. Let's go.





Absara.com : - Emmanuel, pourquoi t'intéresses-tu aux sciences humaines et cognitives [5] ? Quelles connexions y vois-tu avec la philosophie ?

Emmanuel Ferraguti : - Je pense que le savoir est un, qu’il y a une unité de la connaissance. Il y a un beau métalogue [6] de Gregory Bateson intitulé « Jusqu’où va ton savoir ? » (in Vers une écologie de l’esprit [7]), dans lequel l’épistémologue anglais affirme qu’il n’y a qu’ « une seule grande pensée qui a des tas, des tas et des tas de branches ». On retrouve la même thèse chez René Descartes dans les Principes de la philosophie, chez Platon pour qui toute la connaissance doit parvenir à un terme anhypothétique (l’Idée du Bien) pour redescendre ensuite vers les différentes sciences déterminées. Je crois que « le savoir sur le savoir » (c’est ainsi que Bateson nomme l’épistémologie, ou la philosophie des sciences) est le tronc de tous les savoirs. De formation je suis plus attiré par les sciences de l’homme que par celles de la nature, mais cela est purement accidentel.



Fig. 1 - Gregory Bateson (1904-1980)


A : - Quels auteurs ou penseurs ont ta préférence ? Pourquoi ?

EF : - Ce qui m’intéresse dans la philosophie c’est sa capacité à engendrer, à donner vie à des problèmes. Je crois, avec Henri Bergson, qu’une réponse ce n’est jamais qu’un problème bien posé. Inventer un problème c’est, avant toute chose, inventer une réponse possible ; ensuite il suffit de découvrir celle-ci. Mais le plus important est l’invention du problème.

>> J’aime les penseurs de la rupture, ceux qui, au sens précis que Platon confère à ce mot, font preuve d’autorité (Archein, en grec, c’est l’art d’entreprendre et de conserver l’entreprise). Ce sont généralement les mêmes qui nous libèrent du passé et qui, dans le même temps, nous lèguent des schèmes de pensées d’une rare prégnance. Quelqu’un qui parle aujourd’hui d’« Idée » ou d’« autorité » fait son monsieur Jourdain philosophique s’il ignore que ces notions ont été inventées par Platon. Son disciple immédiat, Aristote, est incontournable. Ensuite je veux bien, pour faire court, faire un bond jusqu’à Emmanuel Kant (qui sépare définitivement l’essence de l’existence – l’absolu devient inaccessible à la connaissance), non sans passer par René Descartes (qui fonde la science moderne sur la conscience [8] – le point de vue subjectif, dit Arthur Schopenhauer). Mais évidemment on ne peut passer sous silence Friedrich Nietzsche (le plus grand des philosophes de la rupture).

A : - Où en est ta réflexion sur la façon dont se structure et se comporte l'homme ? En général et - plus spécifiquement - en prise avec son environnement de travail ? Par ailleurs, quel regard portes-tu sur les rapports interpersonnels, en 2006 ? Puis, parlons du vivre-ensemble. Quels axes d'analyse, d'étonnement, d'investigation personnelle, de réflexion dégages-tu de l'observation de ce socius ?

EF : - Actuellement je m’intéresse de près à la pensée de Bateson ainsi qu’à celle d’Henri Atlan [9]. Ces deux auteurs sont des cybernéticiens qui tentent de mettre à jour les modes d’organisation du vivant ; ce que Bateson appelle « la structure qui relie », ou encore « esthétique ». Je dois bien avouer que mes réflexions sur la question en sont encore au stade embryonnaire. Ce qui m’intéresse, en tant que professeur de philosophie, c’est le rapport entre la compréhension et le monde, tant physique et biologique, que, pour reprendre l’expression de Wilhelm Dilthey, « le monde de l’esprit ». Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’idée (bergsonienne) selon laquelle la notion de problème serait particulièrement importante pour la vie. Sans problème il n’y aurait pas de création. J’aime cette idée qui met à mal une conception que je juge naïve des rapports entre question et réponse. La plupart des gens font comme si, pour toute question, une réponse attendait quelque part d’être citée à comparaître devant le tribunal de la raison. Je crois, avec beaucoup d’autres (dont Bergson), qu’une réponse n’est jamais qu’un problème bien posé – et que la réponse est beaucoup moins importante que le problème lui-même.




Fig. 2 - Henri Bergson (1859-1941)


>> Un problème est ce qui nous oblige à nous poser des questions, à adopter des positions (des thèses). C’est dans ce rapport, dans cette lutte de la pensée avec elle-même, que celle-ci rejoint la vie, la nouveauté. L’homme évolue et se structure dans ce rapport aux problèmes qu’il est capable d’inventer. Ce n’est pas une simple question d’adaptabilité, mais de nouveauté (Henri Atlan a de très belles pages sur cette question dans Entre le cristal et la fumée - ici).




Fig. 3 - Henri Atlan (né en 1931)


>> En ce qui concerne spécifiquement le monde du travail, je préfère te laisser le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Mais plus généralement, le « monde du travail » n’étant qu’une espèce du genre « monde humain », je crois que la discorde, la mésentente (pour reprendre l’expression de Jacques Rancière), le conflit, sont les vraies raisons, les vrais moteurs, de la politique (Jean-Jacques Rousseau ne dit pas autre chose dans le Contrat social). La concorde, la paix, peut être un idéal régulateur, une fin vers laquelle tendre collectivement, mais ce qui nous fait avancer, aller vers elle, c’est le désaccord, l’opposition. Ce que Kant nomme, en un bel oxymore, « l’insociable sociabilité » des hommes (in Idée [c’est ça un principe régulateur] d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique).

>> Si nous rapportons cette hypothèse à ce que je disais précédemment à propos des rapports entre la compréhension et le monde, entre la pensée et l’être, nous pouvons en inférer que nous continuerons à créer, à évoluer, à accepter la nouveauté, et donc à vivre, tant que nous douterons de pouvoir atteindre l’adéquation entre l’être et la pensée ; tant que nous douterons de la vérité.

>> De ce point de vue, le retour en force des intégrismes religieux est – de mon point de vue nietzschéen – une réaction contre cette valorisation de la création, de la vie, induite par les nouvelles technologies de la communication (la Toile notamment).

>> Ceci nous amène au troisième point de ta question. Je pense que le développement des media favorisant la communication favorise aussi l’émergence de nouveaux problèmes et, incidemment, une évolution possible de la pensée. Je rappelle cette formule d’Hannah Arendt que j’affectionne particulièrement (la formule comme son auteur) : « Penser c’est toujours prendre un risque ; mais ne pas penser c’est en prendre un plus grand encore ». Tout dépend ensuite du risque que sont prêts à prendre individuellement ceux qui sont connectés. De ce qu’ils sont capables de mettre en commun (je ne t’apprendrai pas que « l’être en commun » ce dit, en grec, éthique). De ce point de vue l’anonymat quasi généralisé des blogs (et autres sites) est de très mauvais augure.

>> Kant comparait la philosophie à un champ de bataille (Kampfplatz) ; aujourd’hui l’arène est planétaire mais les gladiateurs sont plus prompts à s’inter-congratuler, à se déclarer mutuellement leur amour pour le genre humain, qu’à échanger des idées, a fortiori les soutenir.

>> Pour le quatrième point, je ferai court : depuis quelque temps (deux ans) je m’intéresse particulièrement à l’isolement, pire à la désolation de l’individu qu’induit la modernité. C’est la philosophie de Condition de l’homme moderne qui m’a conduit sur ces chemins que je vois partir de Descartes et de Thomas Hobbes. Pour le reste (l’individu opposé au général et l’amour opposé à la haine), je préfère rester prudent, et donc garder le silence, car ces réflexions sont trop récentes et problématiques pour être (actuellement) exprimables et compréhensibles (y compris de moi-même !).

A : - En quoi, pour toi, la philosophie est-elle nécessaire ?

EF : - J’aime que la question implique sa nécessité. Je pense que tu as raison, c’est le cas : elle est nécessaire. En quoi ? Elle le prouve d’elle-même : elle est là depuis plus de deux mille cinq cent ans. Je dis cela car, si ce n’était pas le cas, elle mériterait de disparaître (tout ce qui naît mérite de disparaître). Elle est nécessaire car, comme art d’inventer des problèmes, elle est l’indispensable compagne de la vie (individuelle) qui n’est pas totalement convaincue (quel que soit l’objet de la conviction : politique, religion, argent, haine ou bêtise.). La philosophie est l’indispensable compagne de la vie qui n’est pas morte.

A : - Outre la philosophie, à quoi t'intéresses-tu ?

EF : - Il ne reste pas grand-chose puisqu’elle est partout !

A : - Certes. Un grand merci, Emmanuel.

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[1] L'on ne gère pas des hommes. L'on gère seulement des ressources, des moyens coûteux, capables de générer quelque chose, une fois mis sous pression (investis, injectés, employés), dans un circuit vivant (récursif - cf. vocabulaire). Que fait-on des hommes ? On les anime, avec des strokes ciblés. Avec des objectifs (toujours chiffrés). On les écoute. On leur donne du souffle. (Parfois, on les engueule). Pour autant, l'homme n'est ni une ressource, ni un capital. Pourquoi ? Parce qu'il est juge et partie de tout : à la fois émetteur et cible, en permanence. Irradiant, imprévisible, connecté. Vivant. Tout sauf une ressource. A signaler : ce débat concerne aussi les connaissances, ce patrimoine bougeant (vivant). Cf. knowledge management ~ barre latérale.

[2] Sciences dites exactes.

[3] L'observateur - en tant qu'humain - fait automatiquement corps avec ce qu'il étudie, qui en outre change d'état en permanence. Par la combinatoire qu'il entretient constamment avec son environnement. Voir les règles de la complexité.

[4] Optimisation de ressources. C'est-à-dire travail d'économie (gestion des forces) et travail d'impulsion (amorçage, entretien, relances) en vue de réaliser quelque chose (but, objectifs, finalités - regardez), c'est-à-dire de vivre. Dans un milieu. Avec les autres, c'est important.

[5] La cognition, c'est cette fonction (ou cet ensemble dynamique de fonctions) qui permet : 1. de recueillir un signal (une stimulation, un événement), 2. de lui donner un sens (décodage, interprétation personnelle - souvent inconsciente), 3. de le stocker quelque part (cf. Cerveau ~ barre latérale du blog), 4. de le faire vivre, c'est-à-dire de le laisser former un tissu réactif avec des tas d'autres choses, 5. de le convoquer consciemment (avec plus ou moins de succès, puisqu'il s'implante en grande partie dans l'inconscient) chaque fois que c'est nécessaire. Il faut ici rappeler qu'il y a au moins trois inconscients. Tout d'abord, l'inconscient cognitif, qui est la 'boîte noire' de l'intériorité, voire la partie immergée de l'iceberg, cet ensemble de processus que l'on ne peut identifier que quand un comportement (partie visible, étudiable) surgit. Cf. Burrhus Frederic Skinner. Il y a aussi un inconscient d'espèce, un instinct (voir Boris Cyrulnik). Puis, l'inconscient freudien, qui est ce lieu psychique (parlons effectivement de lieu - topos -, faute de mieux) où les contenus traumatisants passent à la trappe, et s'interconnectent entre eux, générant un sens qui échappe à la conscience. L'inconscient freudien ignore le temps : les éléments se connectent entre eux selon la seule loi du sens. Il y a une logique interne, complètement déconnectée de la chronologie de ce que vous avez vécu. Voilà pourquoi les choses anciennes font aussi bon commerce avec les choses plus fraîches. Voilà pourquoi aussi, selon l'insolite Carl Gustav Jung, les choses peuvent - de l'intérieur - faire sens, c'est-à-dire émouvoir. Et faire avancer, si l'on compte sur elles comme sur des alliées. Cf. Ombre.

[6] Etymologiquement, des dialogues qui parlent de dialogues.

[7] Vers une écologie de l'esprit, version gratuite en ligne [pdf].

[8] Descartes a, depuis, cédé le pas à Antonio R. Damasio. Voir pourquoi.

[9] Les biologistes, dont Atlan fait partie, forment - particulièrement en France - parmi les plus grands explorateurs de la complexité. Témoins les grands Henri Laborit et Joël de Rosnay (déjà salué par Absara). Tenez, une communication de Jean-Louis Le Moigne sur Atlan [pdf].  Read More


 Systémique... ta mère - 6e partieSun 28 May 2006
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[ << Le sens dans la complexité ] Systémique... ta mère - 6e partie [ Systèmes et archétypes - 7e partie | changement de niveau 2 - suite >> ]

Intelligence collective !

<< Nous entendons par intelligence collective la dynamique d'acteurs se rassemblant autour de finalités partagées, rendue possible par une mutation culturelle et la maîtrise des nouvelles technologies de communication. L'intelligence collective devient le vecteur de mutation de l'entreprise. Sa promotion suppose la mise en oeuvre de processus éducatifs, de développement et de changement culturel des personnes. Elle est rendue possible par des moyens logistiques (Internet, intranet), mais ne peut exister sans un minimum d'alliance entre les acteurs. La mise en oeuvre de ces changements rend nécessaire un ensemble d'accompagnements interconnectés (accompagnement par les dirigeants, les consultants internes et externes) : constructions collectives de visions, coaching, cohésions d'équipes, pilotage stratégique. >>

Vincent Lenhardt et Claude Rochet, animateur d'un excellent portail sur la systémique -

[ La systémique en quelques mots | Le système ? Un ensemble : 1. dialogique, 2. récursif, 3. hologrammatique (Edgar Morin), 4. total, 5. interactif, 6. homéostatique, 7. stockeur (Joël de Rosnay), 8. équifinalisé, 9. ouvert (Ludwig von Bertalanffy), 10. émergent (Nicolai Hartmann), 11. fini, 12. autorégulé, 13. actif sur le monde, 14. auto-informé, 15. compétent, 16. computatif, 17. coordonnateur d'informations, de décisions, d'opérations (Jean-Louis Le Moigne), 18. entropique, 19. synergique, 20. incertain | mise en oeuvre humaine - dynamique de groupe, ici et | profils et dynamique de groupe | management de projet, une véritable combinatoire humaine - ici et | systèmes ouverts et fermés, [ici] selon le biologiste autrichien Ludwig von Bertalanffy (1901-1972) | Larequoi, laboratoire des Yvelines de recherche en management | consulter Alain Fernandez | passer de la complexité à l'intelligence collective, conférence de Claude Rochet | carte des grands penseurs et experts, notamment systémiciens | intelligence collective - Olivier Zara | Philippe Durance | Flemming Funch, agent for building new participatory systems [En], un pape de l'intelligence collective | The Co-Intelligence Institute | Le Santa Fe Institute, la Mecque des sciences de la complexité | Dave Pollard [En] et beaucoup d'autres [En] | le knowledge management, par l'excellent Outils Froids | ethologie - intelligence collective et animaux sociaux | le 2.0, émanation fort concrète de l'intelligence collective | Intelligence collective, un nouveau paradigme ? ]  Read More


 Les indispensables - 8e partieFri 31 Mar 2006
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[ << Éthique en boîte - 7e partie ] Les indispensables - 8e partie [ Ethique et jeux psychologiques - 9e partie >> ]

À mes élèves du Cefire - Un récapitulatif des quinze indispensables à lire, à dévorer :


Communication

8/9
Gérard Collignon, Comment leur dire - InterEditions
[ intérêt *** | simplicité *** | bon marché ** ]

7/9
Bruno Dusollier, Comprendre et pratiquer la Process communication (PCM) - InterEditions
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]

6/9
Jacques Salomé, Pour ne plus vivre sur la planète Taire - Albin Michel
[ intérêt ** | simplicité *** | bon marché * ]

8/9
Christiane Grau et Alain Metral, Aider à retrouver un emploi, La PNL au service de la réinsertion - Jouvence, coll. Trois Fontaines
[ intérêt ** | simplicité *** | bon marché *** ]

7/9
Richard Bandler & John Grinder, Les Secrets de la communication, Les techniques de la PNL - Les Editions de l'homme
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]


Management et dynamique de groupe

8/9
Kenneth Blanchard & Spencer Johnson, Le Manager minute - Editions d'organisation
[ intérêt *** | simplicité *** | bon marché ** ]

7/9
Dominique Tissier, Management situationnel - Insep consulting
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]

7/9
Roger Mucchielli, La Dynamique des groupes, Processus d'influence et de changement dans la vie affective des groupes - ESF éditeur, coll. Séminaires Mucchielli
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]


Sciences humaines et épistémologie

7/9
Joël de Rosnay, Le Macroscope - Points, coll. Essais
[ intérêt ** | simplicité ** | bon marché *** ]

9/9
Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe - Points, coll. Essais
[ intérêt *** | simplicité *** | bon marché *** ]


Métaphysique

8/9
Alexandro Jodorowsky, L'Echelle des anges : un art de penser - suivi de 'Image de l'âme' - Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché *** ]


Anthropologie et psychologie

7/9
René Girard, Les Origines de la culture - Desclée de Brouwer
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché ** ]

8/9
Jean Monbourquette, Apprivoiser son ombre - Bayard
[ intérêt *** | simplicité *** | bon marché ** ]

8/9
Boris Cyrulnik, Les Nourritures affectives - Odile Jacob
[ intérêt *** | simplicité ** | bon marché *** ]

6/9
Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l'imaginaire - Dunod
[ intérêt *** | simplicité * | bon marché ** ]

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[ Éthique, tout le cours - part. 1, 2, 3, 4, 5 | complexité, mini-panorama | management, un ferme aperçu | profils en dynamique de groupe ]