Bonsoir. Cette accumulation de cafés m'empêche allègrement de dormir, alors je butine, ce qui est mauvais [*] pour le sommeil donc pour le réveil, donc pour le système nerveux puisque je reprendrai du café demain matin. Après quoi je rendrai visite à un pôle de formation pour le BTP. Ce secteur, d'après une consultante du centre qui m'a formé en 2003-2004, est celui qui a le plus besoin d'améliorer sa productivité horaire, donc de se former en économies (priorisation) des tâches égrenant le temps.
Cette histoire de sommeil et de café ? Tant pis, j'assume. (Ma douce et tendre, en congès, est elle aussi debout.)
Je reviens à cette histoire de team building amorcée en mars dernier. Je peux dire ici que, sur le sujet, j'ai tout lu, tout entendu, et son contraire (c'est surtout ça). Et là encore, seule l'expérience peut départager les techniques, les angles mentaux, les styles personnels.
Bref.
Que dire ? Pour moi - je persiste et signe - le team building c'est ce travail « qui permet au manager de (re)bâtir des relations de travail entre individus et groupes. » Étant entendu que la zizanie est un grand classique.
Je lance le sujet d'une définition du team building : pour vous, personnellement, quelle peut-elle être ?
J'y vais... Je vais tenter de lire un livre, ou quelque chose d'apaisant.
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L'avocat du diable
Adios l'article sur l'Aiguille. (Ah non, il est encore en bas...) Bref, nous parlons aujourd'hui de team building, construction des conditions pour qu'un groupe fonctionne. Ou re-fonctionne.
Je vous campe le décor. Ch'uis dans un café, attendant à proximité le rendez-vous avec la directrice d'une école pour une partie de ma progéniture. Je discute de ladite école avec le personnel : C'est comment ? L'on me répond, et tout, et tout. Arrivent les collaborateurs d'un cabinet d'avocats établi à l'entour. C'est la pause-café. J'imagine qu'ils vont se détendre ou bien se libérer. C'est la libération qui l'emporte. Et ô combien : les discussions fusent, des cris aussi. Le contexte est tendu. (Incroyab'.) D'un côté : le staff d'avocats associés. De l'autre : un pool d'assistantes, usé par un persistant "mauvais climat". Je regarde, j'écoute. (Nous sommes dans un bar.) Je me dis en même temps : Bon sang, ces deux clans-là, ces deux univers ont besoin de team building.
Je vous explique.
Quand vous avez deux équipes à cran, avec une différence socioculturelle, une différence de reconnaissance ou de prestige (lire Caïn), la rivalité s'installe. Une sorte de parano flotte. La collaboration devient un champ de tir et abondent alors les mécanismes de sociocentrisme (repli sur sa propre famille, sur son semblable, par besoin de concorde et d'acceptation, par peur naturelle de l'autre-qui-blesse).
Que faire ? Il faut jouer avec ce sociocentrisme (solidarité), le faire travailler, et rendre à nouveau possibles les relations intergroupales. Là où il y avait un caractère morbide, il faut permettre à la vie, à ce qu'il y a de plus sain, de frayer à nouveau sa voie. Le team building est là, qui permet au manager de (re)bâtir des relations de travail entre individus et groupes. Bien sûr si le chef était un manager solide, impliqué, motivant, constructeur de visées claires, la zizanie resterait larvaire. Le problème, c'est que les excellents managers sont rares (je rassure tout le monde, les très bons épiciers aussi) et comme ils sont rares - ou qu'ils n'ont pas le temps d'être bons -, il faut souvent guérir un mal déjà bien mûr. Souvent, le mal, bien cristallisé, fait des ravages. J'invite les intéressés à revisiter les contributions sur le leadership et la névrose groupale, c'est meu-meu.
Je vous ai parlé de sociocentrisme. Faites appel à un intervenant extérieur, quelqu'un de neutre aux yeux de tous. Là, le consultant (souvent en communication interpersonnelle ou en management) sépare les équipes et les place dans deux pièces éloignées, insonorisées. Les équipes font bien sûr bloc.
Le consultant va voir l'équipe A, dans la pièce A. Pendant ce temps, l'équipe B cogite et c'est normal. Aux A il dit : - Je veux que vous me disiez tout ce que vous détestez chez les B. Allez-y, lâchez-vous, je vous donne du temps pour ça. Je veux juste que vous restiez dans cette pièce, au bout d'une heure et trente minutes, tous les griefs (fondés, infondés, peut m'importe) seront couchées là-dessus, j'écris tout à la volée, dit-il en montrant un tas de feuilles A4. Je vous écoute, qu'est-ce que vous n'aimez pas chez eux ? demande-t-il. Là, la glace se fendille et un premier interlocuteur assène un premier coup : - Ce sont des blaireaux, le Bernard, par exemple, est un arriviste arrogant, etc.
C'est gagné ! C'est le défouloir. Le consultant note tout, reformule fréquemment pour optimiser sa prise de notes (fous rires de l'assemblée, qui jubile de sa propre haine). Il note tout, je dis bien tout, au mot près. C'est du travail, il faut être concentré et endurant.
Puis, il laisse l'équipe A, vidée (tout a été dit, puis confirmé, sinon on continue encore et on valide, etc.). Le processus prend fin, les feuilles vont dans une pochette confidentielle que le consultant scelle du secret professionnel. Le bonhomme va voir l'équipe B et dit : - Si vous saviez tout le mal qu'ils ont dit de vous [ndlr - le consultant garde un secret absolu sur les contenus, les émetteurs, les cibles]. Alors je compte sur vous pour vous lâcher, reprend-il. Il faut y aller franco : dites-moi tout, etc.
Rebelotte. Les piques fusent, s'enrichissent mutuellement, le sociocentrisme est à l'oeuvre : tout le monde forme un tampon d'hostilité à l'égard des "autres". Même chose, le consultant note tout. Et expérimente jusqu'au dernier soubressaut de haine, le torrent s'asséchant peu à peu.
L'étape finie (les B sont maintenant "secs"), le bonhomme retourne aux A puis leur dit que les B ont été durs et en même temps... tendres. - De quoi ? dit le leader le plus virulent. - Oui, complète le consultant. Ils ont dit des choses très dures et j'ai senti en même temps du respect professionnel pour vous, une sorte de considération un peu maladroite.
Et là, c'est la surprise, le consultant propose sur le champ de faire le travail inverse : >> Je voudrais que vous m'indiquiez les toutes petites choses que vous tolérez, voire même appréciez chez eux.
La timidité prévaut. Quelques remarques se formulent du bout des lèvres et, petit à petit, une sorte de regret se forme : - Ouais, c'est vrai que Dédé de la compta arrive toujours à l'heure. Et sa mine austère, je crois que des fois, c'est de la fatigue.
C'est gagné, la pompe inverse s'amorce. Les feuilles A4 se remplissent, les propos se complètent, etc. Le consultant valide et termine. Il prend tous les écrits avec lui, symboliquement scellés. Et il fait la même chose avec les B, leur disant que les A les ont trouvés ceci, cela et encore cela (là, pour la première fois, de mémoire, il cite des fragments entiers, sans les noms). Silence de l'équipe : les autres sont des humains, eux aussi soumis à des passions, eux aussi capables de reconnaître nos propres qualités. Re-silence.
L'effet de symétrie se déroule jusqu'au bout. Les B font le même travail.
Puis le consultant réunit dans une même pièce les A et les B, leur lit à présent - collectivement et en vrac - les compliments des deux équipes à l'égard de l'autre. Il faut, à ce stade, que le consultant prenne les feuilles de reproches, les chiffonne l'une après l'autre en disant : - Tous vos griefs, je les connais par coeur, vous les avez tous dits. Je considère que c'est maintenant du passé, je ne veux plus en entendre parler. Je vais vous relire les compliments généraux et vous allez vous isoler dans votre tête, au calme. Je vais dire lentement ces choses et vous allez tous les intégrer.
Sitôt la séance finie, l'expert invite les protagonistes à boire un café ensemble, au calme. Il leur demande d'ancrer dans leur peau (par exemple en se pressant leur propre poignet ou leur propre bras) l'ambiance de calme qui règne alors, cette drôle d'ambiance un peu cotonneuse et si facile à vivre (la décharge émotionnelle fait un effet de repos bien mérité). Puis il s'en va. L'expérience montre que les gens recréent du lien, un lien mesuré, poli, constructeur.
Au moment de quitter l'entreprise, le bonhomme retourne dans le bureau de la direction, rassure tout le monde et prévient : >> Beaucoup de choses ont bougé aujourd'hui. Préparez-vous à ce qu'il y ait, comme avec les séismes, des répliques. Comptez une période de trouble d'à peu près trois semaines. De grosses disputes, comme pour s'enflammer avant de mourir, vont ressurgir. C'est transitoire. C'est le baroud d'honneur des fiertés, des mécanismes du passé (cf. résistances).
Peu de consultants parlent de ces répliques. Elles sont importantes et méconnues, quoique normales.
Voilà, je voulais vous parler de ce team building depuis longtemps. C'est quelque chose de puissant.
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[ Le diabolos, c'est celui qui apporte la zizanie, qui divise, tandis que LE satan (en hébreu, nom commun), c'est l'adversaire ou l'accusateur, celui qui vous crible au tribunal | la division, c'est une forme de dégradation d'un état de cohésion, c'est tout à fait similaire au second principe de la thermodynamique, déjà abordé ici quant à la dynamique de groupe | le remède, c'est cette expansion d'énergie - contrôlée par un méthodologue -, cela s'apparente au coït, qui projette de l'énergie, sature puis purifie les sensations... et libère | cette catharsis est constructrice d'une envie d'aller mieux, de plus elle apporte les premiers pas (cf. Gleicher) qui - de strokes en strokes - donnent envie de progresser, cf. renforcements positifs (cf. Blanchard, cf. Skinner) ] Read More
Un intervenant en prise avec le fait humain connaît bien le team building, animation (et observation - voire recrutement) d'une équipe de travail. Il s'agit tant à la fois d'un état d'esprit, d'une façon de travailler (réactivité, interventions ponctuelles), que d'une collection d'outils. Quels outils ? Des outils de management, qui mobilisent la composante intellectuelle et (surtout !) émotionnelle [*] des gens. Avant toute chose, quelques gourous sont à relire : Kurt Lewin, Meredith Belbin et Taibi Kahler, pour les plus connus ou les plus opérants.
Maintenant, qu'est-ce qu'un consultant en management doit vous dire ? S'il met un pied dans le team building, il doit vous en informer. Que celui (celle) qui touche à la configuration psychosociologique de votre groupe - même en séances de travail, même en simulations - vous l'indique. Un groupe, c'est une boîte noire, c'est une molécule dynamique fort complexe. Qui demande - à la base - beaucoup d'énergie à ses parties-prenantes. Un édifice, même pathologique, est une pièce d'architecture. Tout maître d'oeuvre doit agir avec précautions. Et avec votre accord.
Passons à un second fait. Le team building, c'est éprouvant. L'équipe, en prise avec ses émotions, peut - au bout de quelques heures - se sentir hors-service, claquée, vannée, vidée, inutile, triste, incapable, à l'abandon, perdue. Un peu comme une minie-dépression... passagère. Un peu comme un nageur intense qui sort de l'eau : ses jambes sont en coton. C'est normal. Boire un café, changer de climat peuvent être salutaires.
Dernier point, essentiel. Le team building, c'est quelque chose de particulier, qui agit sur et dans la complexité interindividuelle. Autant dire dans une zone dense et réactive. Et profonde. Et importante. Le consultant doit vous informer que cette pratique - bien faite - peut provoquer des retours en arrière passagers, comme si le groupe, intrinsèquement peureux du changement, régressait jusqu'à la situation antérieure, lisible et fort connue. Donc rassurante. Ce 'coup de reins' est normal : je pense qu'il est réflexe. Attendez-vous donc à un absentéïsme provisoire, à des crises de larmes, à de la suspission, à des sentiments plus ou moins partagés de rejet, à une peur (ouverte ou larvée) de l'inconnu, à une agressivité certaine. Tout séisme (ici émotionnel) provoque une réplique. C'est une affaire de jours. Tout au plus de semaines. Courage ! Courage et discernement.
De manière générale, sachez être gentil(le) et généreux(se) : les strokes sont un carburant précieux pour tous. Besoin de vous en convaincre à nouveau ? Relisez donc le Manager minute. Simple et concret.
Keep the faith. Pour le bien de tous, restez aux manettes : tout navire a besoin d'un(e) capitaine. Surtout dans la tempête...
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[*] Les partisans d'Eric Berne vous diront qu'au sein de la structuration Parent-Adulte-Enfant, c'est ce dernier état qui renferme le plus d'énergie. Et donc de potentialités quotidiennes. L'Enfant est un moteur émotionnel tant explosif que puissant. Fort utile, pour le coup (quoique culturellement délaissé en Europe occidentale). Utile en termes de motivation de la personne.
[ Images (c) Creativity-engineering.com, Teamtechnology.co.uk | la motivation - ou l'état général - d'une équipe, cela se détecte et se cartographie ]