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 Jouer à l'uni-con - 2e partieMon 12 Oct 2009
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[ < 1e partie | thémas Management, Motivation, Éthique & Théorie des jeux | archivage automatique du billet sur les 7 façons de démotiver les collaborateurs ]


Comment gagner-gagner -
Synthèse des Rapoport-s de force





Re-parlons des cons. Ils le sont particulièrement ceux qui m'oublient, me voient d'après leurs yeux, évacuent le fait que je sois différent : vivant. À part. Normal. Et là, sachant que la réponse est oui, est-ce que la théorie des jeux nous aide à y voir clair ?

(Pause.)

Allons-y, messieurs-dames.

La théorie des jeux, entre autres choses, emprunte à l'économie, à la biologie, à la psychologie (cf. théma psycho). La théorie des jeux, entre autres choses, se penche sur Mmh, je fais quoi ? sachant que je joue, comme bien souvent, une partie de poker avec quelqu'un. Cartes cachées. Avec ou sans flop. Alors, rapports de force ? Oui. Et recherche égoïste (court-termiste) - ou alors commune - d'un état stable voire gagnant. Gagnant-perdant, perdant-gagnant, perdant-perdant. Ou mieux : gagnant-gagnant. (Beaucoup mieux.)

Gagnant-gagnant, mécaniquement (au fil des parties, donc de la vie), découle de son petit frère : donnant-donnant (tit for tat). Qui est un programme. Historiquement, une émanation du biologiste et mathématicien d'origine russe Anatol Rapoport. Et dans la vie de tous les jours, un comportement-type, pour les intelligences artificielles, pour les colonies d'animaux, pour les humains, pour ce qu'on veut (vie en général).

Donnant-donnant, nous relate le grand Robert Axelrod, c'est quand un opérateur (un groupe ou bien vous) entame une partie (négociation, travail, discussion d'un contrat). Avec une idée simple à la clé :

1. Je commence en mode ok-ok (cf. Positions de vie). Si je joue en premier, je commence à tendre la main à l'autre (ex. : l'écouter, jouer le jeu, demeurer favorable),

2. Je persiste avec un bon esprit, s'il me re-tend la main le coup d'après, je fais pareil (donnant-donnant), et ainsi de suite,

3. S'il me tend un couteau, je lui en tends un aussi (donnant-donnant bis),

4. Dès qu'il se calme et re-tend la main, j'évacue volontairement son côté agressif et coopère à nouveau (gros challenge).

Look :



Fig . 1 - L'excellent boulot du cybernéticien Philippe Mathieu,
instigateur du projet Prison au Laboratoire d'informatique fondamentale de Lille



Ce qui peut faire dire que mon patron est un con s'il me tend au départ un couteau (1.), s'il me tend des couteaux aléatoires (2.), si je choisis de mieux faire et qu'il me tend à nouveau un couteau (4.).

Court-termiste. Un brin parano. Fierté mal placée ? raisonnements tordus ? rancune ?

Le couteau systématique, ou capricieux, c'est l'outil du con. Le couteau qui discerne (il sépare et trie), c'est l'outil du sage.

Regardons bien.

Si mon patron a du discernement, ce qui est le propre du bon manager, il me tend le couteau si et seulement si j'en tends un. Tous les autres moments, son ok-ok m'enseigne et me fait du bien. Il me renforce. Mieux : il me sécurise.

C'est le soupçon de l'autre qui m'insécurise donc me donne envie de montrer les dents. Au contraire, s'il sait (c'est tout un art) me saisir en flagrant délit de bonnes choses (voir Kenneth Blanchard), le patron me fait du bien. Me surprend. Me donne envie de grimper en compétences. De mieux faire. D'avancer.

C'est humain.

Reprenons donnant-donnant. Axelrod en tire des leçons. Pour lui, s'il est efficace, c'est que donnant-donnant :

1. Met sa foi dans l'autre et dans le jeu (c'est précieux la foi, c'est d'ailleurs du courage car ça annonce des claques possibles - je serre les fesses et me focalise sur les visées de long terme),

2. Observe et laisse l'autre jouer, délivre de la bienveillance donc bâtit sa réputation et sa légitimité (J'en ai le droit) en cas de riposte,

3. Discerne et rend les coups, donc corrige les cuistres et les outrecuidants (parce que les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les r'connaît), il les sort progressivement du jeu,

4. Se rend volontairement lisible, simple dit Axelrod, et persuasif. Compréhensible donc facile à suivre, à agréger parmi ses amis. Son mode d'emploi est clair. Sa relation ? Saine, rassurante. Sévère (capable de recadrages immédiats) et conciliante en cas de besoin (intervention du pardon).

Courageux ? Sage ? Exemplaire et capable de dépasser ?

Mmh.

L'a bien la pêche, ce donnant-donnant.

__


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 Con-texte - 1e partieThu 23 Jul 2009
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[ < thémas Anthropologie, Taibi Kahler, Communication et Besoins | archivage automatique du billet sur cette expectation négative (Si mon boss me propose quelque chose, c'est forcément pour me coller une pression supplémentaire, voire me dévaloriser), en clair cette indifférence ou cette maladresse ou cette malice qu'on voit se profiler derrière toute promesse... de promotion | 2e partie > ]



Tellement humaine, cette histoire de con, que Gustave Courbet lui a consacré un tableau

(Anonyme)


Le temps ne fait rien à l'affaire : c'est Brassens qui le ploum-ploum-ploume. (Le con.) Non pas Brassens : je veux dire le con de la chanson. (Moui.) Parlons-en, et de larges plages le font, ci ou . Mais le con, c'est qui ? Un peu comme le bobo, enchaîne Renaud. Chanteur sympatoche-aphone qui, par certains côtés, s'imagine qu'il fait aussi partie du lot. Quand j'étais môme, quelqu'un (ch'ais plus qui) me disait : On est toujours le con de quelqu'un. Première réaction : quel propos con ! La deuxième ? Mmh, ça comporte un sens. Réflexion, donc. Ré-flèc-cheun. Et croyez-moi si vous voulez, c'est Kahler et Axelrod qui débrouillent le mieux l'affaire [1] : on y va ?

Dans la catégorie communication (identifier, rassembler, pratiquer ensemble [2] ce que les gens différents ont... de commun), Taibi Kahler chamboule tout. Donc fait du bien (il explicite avec beaucoup de profondeur).

Kahler dit deux choses.

Et d'un, pour l'autre, la forme de ce qu'on lui dit a plus d'importance que le fond. On est clairement dans l'aphorisme percutant, voisin de ceux de Palo Alto (Bateson, Watzlawick, Erickson). C'est donc du lourd ; j'ajoute que ça taille un costard à la poussiéreuse tradition européenne, qui - en bon petit soldat platonicien - place les idées avant tout. Hé, guys, il faut s'y résoudre : le socius c'est la guerre et comme l'homme est parano, dans l'acte d'être et de palabrer, c'est la forme qui prévaut. Le contenant renferme une logique. Logique interne, logique magnétique, frénétiquement agglutinante (revoir Congruence ou Gestalt). L'homme écoute les lèvres autant que le flux qui en sort. Mieux : la façon d'incarner quelque chose a, pour lui, plus de sens que le coeur du débat. Gandhi ou Martin Luther King l'ont prouvé (revoir Minorités persuasives). N'en déplaise aux poètes, être (ou signifier) l'emporte sur dire. La forme rend compte d'un fond. Mieux : elle le modèle et lui donne à vivre. À exister. Dans son ivresse, l'autre retient surtout votre flacon. C'est ce dernier qui lui parle. Et non l'abstraction de votre flux mental, trop léger. La façon... façonne une intention. Elle adresse les choses.

Et de deux, dixit Kahler, l'homme change d'énergie au cours sa vie (ce qui botte le croupion, en psychologie, aux tenants des profils humains fixes).

On reprend : le ton, le climat, le non-dit, l'enveloppe et l'adresse du propos influent sur l'autre. Tout autant, sinon plus, que ce qu'on lui dit en vrai. Ça nous remémore que l'homme pense et ressent... à la fois (cf. Damasio). En outre, ce qu'on est intrinsèquement change : la source de satisfaction évolue. C'est ce que l'honorable docteur en psychologie, et son école de process-communicants, appelle le changement de phase [3]. Roseau pensant, roseau éprouvant, et maintenant roseau changeant ? (Revoir théma Changement.) L'homme est une surprise. Tant mieux, ai-je envie d'dire.





Forts de tout ça, que dire du con ? Les pieds ancrés dans les acquis de Kahler, on peut risquer : le con, c'est celui qui me donne ce qu'il a dans l'magasin, et non pas ce que je recherche, fût-ce inconsciemment. Minie-pause. Quand quelqu'un s'adapte à ce qui me constitue (envie de ci, passé comme ça, intelligence de tel type, préférences cérébrales de telle tendance), je le kiffe. Je l'aime, oh-oui-oh-oui. Il me stimule et me valorise (en plein dans les strokes). À l'inverse, quand il me peigne dans le sens de ses poils et non des miens, je ramasse. Je stresse. Je dégoupille : il y a danger. Danger pour la relation avec mon vis-à-vis, danger pour cette écharpe, dirait Jacques Salomé, que lui et moi tenons.

Pourquoi ? Parce que l'autre - analyse Kahler - parle simplement une langue qui diffère de la mienne. La grammaire de son cerveau, donc de sa bouche, m'oblige à faire des efforts fatiguants. Me mettre au diapason me coûte. Alors que s'il s'adapte, le coco me fait un bien fou : il m'appaise (revoir théma Paix). Je ressens du confort, de la mise en mouvement (cf. note [2]). C'est intrinsèquement humain.

Le con ? C'est ç'ui qui : 1. me stresse, et 2. me dévalorise (en me montrant combien venir à moi lui coûte, le contorsionne, le fait grimacer). Différent de moi... il le reste. Le con, c'est les autres façon Sartre [4].

Allez :




Fig. 1 - Omar & Fred, SAV des émissions



Le con versant Théorie des jeux, maintenant.

(Oh, puis non : plus tard. Dans la deuxième partie.)

Excellente soirée alors - Be seeing you.

__


[1] C'est même l'étymologie du mot analyser : défaire des noeuds. (Avec le con, on reste dans la théma.)

[2] Ce qui revient à définir l'homme. Et mieux : à modéliser ses comportements (dans la complexité), en fonction de ce qu'on sait de lui. L'homme a un développement avec des caps (psychogenèse biologique, affective, sociale, psychanalytique), un bassin culturel qui le conditionne (principes, croyances, valeurs), un milieu familial (donné) et un potentiel de rencontres humaines qui pétrit son inconscient. Il a, encore et surtout, des besoins. Selon qu'il les satisfait d'une part et les maintient en tension d'autre part (création d'un désir, d'une énergie, d'une saine frustration), l'homme est en mouvement (même racine que motivation) - il est en quête - et l'homme est en confort. Il est en recherche et en satisfaction plus ou moins durable (oasis, ou ruisselets volatils). C'est le souvenir des conforts du passé qui motive sa quête, comme des ancrages dans le système nerveux (revoir cerveau), des souvenirs ou des annonces (préfigurations, imagination, projections) d'un mieux potentiel. L'inconscient de l'homme se fraie des biais vers le confort, chemins qui évoluent, se tordent, s'assouplissent (s'optimisent - cf. procrastination) ou se durcissent (conservatisme, lascitude), bref vivent et se travaillent dessus en fonction du flux changeant de la vie (la névrose, c'est un trop-plein voire une saturation des deux : trop de recherche donc un métabolisme à vif, inquiet, qui peut finir par se rentrer en lui-même, donc s'étioler, et trop de confort donc faible incitation à changer). Ces deux forces sont nettes et diffuses. Comme deux puissances complémentaires (dialogiques), ces deux polarités (revoir les schèmes vertical et digestif de Gilbert Durand ou encore les pulsions d'évolution et de maintien de Georges Romey), bref ces deux tendances font de l'homme ce qu'il est : un être tout d'abord. Un être qui éprouve, évidemment. Et qui marche avec deux jambes. Il est en prise avec le monde et il le marque. L'homme se met en groupe, ou tout seul, puis il agit. L'anthropologie, c'est tout ça. La communication, qui étudie comment c'est possible, au nom de quoi, et surtout pour procurer quoi à l'homme (en fonction de ce qu'il est), c'est une anthropologie. Une anthropologie, bel et bien, comme tout ce qui envisage les besoins. L'anthropologie est l'étude des besoins humains : Dis-moi de quoi tu as besoin, je te dirai qui tu es. Or, on l'a vu, trouver - par la pratique - le dénominateur commun de gens différents, c'est-à-dire leurs besoins, c'est communiquer. Dernier truc : les besoins sont peut-être les mêmes, ils diffèrent en tout cas selon les dosages. Un peu comme les crêpes de la Jeanne à Picherande (si !), si elle dose différemment les ingrédients, les crêpes elles changent. (Cette crêperie, c'est mon enfance. Tiens, voilà que TeteChercheuse en parle.)

[3] Pourquoi changer de mode de motivation ? Parce qu'on enterre quelqu'un, parce qu'on gagne au loto (émotions fortes et reconfigurations existentielles), parce que les gens autour de nous nous donnent à jouir quelque chose de fort différent de ce que nous sommes. Adaptation, en clair. Ou plutôt évolution : changement de phase. La vie, par moments, fait feu de tout bois.

[4] Alors qu'autrui, pour le grand Lévinas, c'est le Visage. Beaucoup plus classe. Et plus ouvert. (Quel con, ce Jean-Sol Partre !)

[ La musique est de Franz Treichler, dans l'excellent Great Jewish Music: Serge Gainsbourg | Monsieur Connard, en téléchargement | les irrésistibles Requins Marteaux savent généralement bien camper les cons | un billet du blog de P'tit buisson-Nimu | BD piochée chez Virginie d'Edensland | débat fond-forme, ce qui est terrible c'est que la communication fait un effort : elle adresse les choses et soumet le fond à une forme livrée, compréhensible ; en psychanalyse, c'est le mouvement inverse : tout fourche et se bouscule, l'inconscient (le fond) reprend la main, habite la langue, parle à un Autre totalisant - presqu'illogique - plutôt qu'à une cible, c'est le propos de certaines glossolalies ]


 Jeux !Sun 18 May 2008
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[ < Théma Jeux | catégorie Sc.-humaines | interagissez sur ce billet en cliquant sur le bandeau de son titre ]

Les jeux, kesako ? Toutes les sciences humaines en parlent, le management aussi. Il y en a de quatre sortes. Leurs sens ? Fort distincts : regardons.

1. Il y a les jeux qui structurent le temps, dixit Eric Berne [1]. Ces jeux nous situent dans un cours (une frise chronologique, un ressenti de ce qui passe et qui se passe), ces jeux ritualisent notre occupation du temps. Ils mettent des étapes, des processus, des seuils d'introduction, de prise en main, d'achèvement à ce que nous entreprenons tous les jours. Ils rendent les choses granuleuses, préhensiles, actualisables. Un peu comme des poignées sur l'épine dorsale du temps. Je me sens vivre, en maîtrise (à tort ou à raison) du cours de ma vie, de mes relations, de mes actions. Je sens bien les choses et mon emprise dessus. Ces jeux-là, d'ancrage temporel, de génération de rituels (passages de seuils virtuels) et de maîtrise du cours des choses rassurent.

2. Les jeux sociaux. Ils rendent compte d'une existence, d'une façon d'être avec et au milieu des autres. Je peux voir et côtoyer des vis-à-vis [2], éprouver leur retour (feedback) sur ce que je suis. Sans eux, l'hospitalisme - et donc la mort - me guettent. Ces jeux d'interaction ? Nécessaires à ma vie nerveuse, à ma vie sentimentale, à ma vie tout cours. Je vis parce que d'autres interagissent avec moi. Je suis dans un tissu dynamique et vivant, qui me rend conscient de moi-même et sensible à mon existence. Ces jeux-là me renvoient des signes du monde, des strokes. Je peux, grâce à eux, épanouir ma créativité, que ce soit au contact de résistances (donc de possibilités), ou d'amitiés et de relations. Je ressens, je communique et crée du lien, je bouge.

3. Il y a des jeux malsains. Des jeux morbides. Quand je me fais prendre dans les filets inconscients d'une course à plusieurs, je subis. Ces jeux-là sont les jeux psychologiques de Steve Karpman. Je pers mon énergie, mon temps, mes ressources et ma foi aux autres ou en moi-même. Je perds même le fil de ce que j'étais venu faire. Une boucle s'enclenche entre les autres et moi où nos inconscients, toujours avides de strokes précis - et malheureusement coûte que coûte -, s'enferment et s'enferrent dans des enjeux troubles, violents et parfois durables. Sado-maso, Bourreau-Victime (ajoutez un Sauveur, pour bien terminer le Triangle). Des bénéfices secondaires, intermédiaires, me font perdre le sens de tout : je ressens quelques satisfactions et pourtant frappe et suis frappé. Je souffre vite. Mon profil et celui de quelques autres s'affrontent dans une pagaille en chaîne. On dirait qu'un scénariste sadique nous manipule. Ce scénariste, c'est le tissu de nos inconscients. La Gestalt de nos dépendances réciproques à quelque chose, à quelqu'un, à un ensemble de signes recherchés [3].

4. Les jeux de coopération. Il y a là une grosse théma. Ce qu'il faut retenir, c'est que ce champ d'investigation mobilise mille disciplines [4] : économie (étude des rapports de force ou de confiance autour de la notion de ressources, de territoires et de partage), stratégie (modélisation des prises d'avantage dans le temps), psychologie (étude de la vie intérieure et du comportement humains), psychosociologie (étude des influences entre les individus, les groupes et les groupes entre eux). Le jeu de coopération est une relation dynamique qui se joue par coups, par étapes, par périodes précises. Et, la plupart du temps, j'ignore ce que va jouer l'autre. Donc j'envisage à l'avance (et en aveugle) les coopérations ou les percées d'égoïsme (donc de défection) possibles.

Conclure là dessus ? Mmh, après nous, il y a jeux.

Bon dimanche à vous.
__

[1] Lire Que dites-vous après avoir dit bonjour ?

[2] Le philosophe Emmanuel Levinas (1906-1995) fait du visage un point central de l'éthique, capacité et façon typique d'être au monde. Le visage est ce qui me renvoie à ce que l'autre (le vis-à-vis) a de semblable avec moi. En filigrane, le visage me renvoie résistances et agréments (acceptations). Encore et surtout, il est le symbole de cette passerelle possible entre la différence et ce qu'il y a de commun.

[3] Cf. la préoccupation existentielle (leitmotiv) de chacun des profils PCM.

[4] Son maître à penser ? Pour moi, c'est Robert Axelrod.


 Coopération ou défection, c'est selon - 9e partieThu 31 May 2007
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[ < 8e partie ] Coopération ou défection, c'est selon [ 10e partie > ]


Collaboration conditionnelle et discernement


Alors que part pour les archives le billet sur le team building, levier capable de faire collaborer des équipes que tout oppose, nous prolongeons aujourd'hui [1] la théorie des jeux, présente en stratégie (modélisation des tactiques à succès), en négociation (diplomatique, juridique, commerciale), en économie (équilibre des grands ensembles), en biologie et intelligence artificielle (sciences de la vie), en informatique (modélisation des processus de circulation, de stockage et de hiérarchisation des informations) et en physique (science des résistances et des seuils).

La théorie des jeux modélise, grâce à des lois mathématiques, les comportements de plusieurs parties-prenantes, prises dans une situation où se joue à la fois la satisfaction de tous et la satisfaction de chacun. Coup après coup. Dilemme est bel et bien le mot-clé : qui dois-je aider ? moi-même ? les autres ? les deux ? aucun ?

C'est ce que traverse le fameux Dilemme des prisonniers.

Mais il y a autre chose : la théorie des jeux rappelle que les coups de la partie se font dans le risque, chacun ignorant ce que l'autre va bien pouvoir jouer ensuite. Seule certitude, plus ou moins posée au départ : l'on se souvient de ce que l'autre a joué les quelques fois qui précèdent. Ainsi a-t-il, à nos yeux, un profil, toujours d'égoïste, mais soit loyal et doté d'une relative intelligence collective, soit fourbe et empêtré dans des visées de court terme. C'est l'un ou l'autre : le joueur, pour imposer ses vues, sait plus ou moins collaborer, plus ou moins utiliser l'égoïsme des autres.

Un exemple ? Il émane de l'informaticien toulousain Sébastien Konieczny :

Vous vivez en voisinage permanent et souhaitez écouter votre musique préférée à fort volume. Si vous parvenez à diffuser votre CD à fond - par exemple au détriment du voisin -, vous jouissez à mettons 5/5, si c'est votre voisin qui - à la place - vous impose le sien très fort, vous en retirez un plaisir de... 0/5. Alternative : vous diffusez vos deux musiques en même temps (bonjour la cacophonie), le plaisir génère un faible 1/5. Et si tout le monde, y compris vous, s'abstient de musique, la satisfaction du voisin et aussi la vôtre atteignent un honnête 3/5. Conclusion ? En collaborant, c'est-à-dire en communiquant, en nous entendant avec les autres, nous obtenons des scores individuels, centrés sur nous-mêmes, parfaitement honorables. À la condition bien sûr que tout le monde soit loyal et joue le jeu. (Sinon, c'est du travail de sape : regardez.)



Le jeu de la coopération, photo de Ross Mayfield


Là où la confiance (et ses résultats constamment salués) maintiennent un collectif de travail, le doute [2] désagrège toute collaboration : les égoïsmes bruts, mal négociés, reprennent la main.

Ce que je vous propose, à notre stade, c'est de faire un test, tiré du très accessible Théorie des jeux de l'économiste Nicolas Eber (p. 64) :

C désigne une collaboration (stroke positif) et D une défection, le joueur « plante » l'autre. Vous-même, que jouez vous (C ou D) quand :

L'autre joueur vient de jouer (au 1er tour) rien ?
L'autre joueur vient de jouer (au 1er tour) C ?
- (au 1er tour) D ?
- (au 1er tour) C + (au 2e tour) C ?
- C + D ?
- D + C ?
- D + D ?
- C + C + C ?
- C + C + D ?
- C + D + C ?
- C + D + D ?
- D + C + C ?
- D + C + D ?
- D + D + C ?
- D + D + D ?

Ça y est ? (Prenez votre temps.)

C'est intéressant. Eber indique qu'il y a quatre tempéraments-types :

1. la stratégie purement coopérative (10 % des cas), qui joue systématiquement C,
2. celle de la trahison permanente (30 % des cas !), inconditionnelle du D,
3. celle de la coopération conditionnelle (50 % des cas), qui joue ce que l'autre a joué (C pour C, D pour D),
4. tout le reste (10 %).

Voir ce que Robert Axelrod pense de la collaboration conditionnelle, illustrée par le modèle Donnant_donnant.

Excellente journée à vous.

__

[1] À bien distinguer des jeux psychologiques, inconscients, groupaux, morbides.

[2] Voir tout le travail autour du diabolos, le diviseur, qui défait les ententes humaines. Sa vocation, c'est de morceler la foi (étymologiquement, la confiance). Il s'attaque au ciment naturel des relations interpersonnelles : l'envie de collaborer (échanger), doublée d'un profond besoin d'efficacité et de concorde (cf. Sigmund Freud et son aimer et travailler). À mettre en tension avec l'angélisme (fort différent de la foi), qui refuse les conflits et - par là même - la réalité du fait humain. À noter que la foi est un amour, elle a un côté inconditionnel. Revoir les fondements de la communication : Je t'aime quand / si... est une remarque conditionnelle. Je t'aime (dans l'absolu) est le ressort inconditionnel de l'amour.

L'amour... Naturellement, le fait d'aimer son prochain comme soi-même (Lévitique, Évangile selon Matthieu) inclut que l'on s'aime soi aussi. Avant tout, peut-être. Ainsi a-t-on le discernement : t'aimer oui, en connaissance de cause c'est mieux. (Écarter à tout prix la culpabilité, qui a tout d'une maladie - cf. Triangle de Karpman - puisqu'elle s'oppose à la grâce, cette liberté spirituelle, ce souffle léger qui remplace un fardeau moral.) La grâce se distingue très nettement du libre-arbitre, ce dernier n'étant qu'un exercice de l'immédiateté brute (je dis bien immédiateté et non spontanéité), bref d'une maladresse puisque - notamment pour Francis Bacon [1561-1626] - La liberté n'est pas dans l'absence de contrainte mais dans l'utilisation raisonnée de ces contraintes. C'est ce que l'on appelle les contingences. En faire notre affaire, et nous en nourrir, conforte l'élan vital de la liberté. C'est pour cela qu'il faut manger la vie à pleines dents, le monde de la félicité s'appuie sur le monde tout court.

[ Théma discernement ]


 Les coopérations qui marchent le mieux, palmarès - 7e partieTue 1 May 2007
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[ < Aide-toi, le Ciel t'aidera - 6e partie ] Les coopérations qui marchent le mieux, palmarès - 7e partie [ Stratégie des parties d'un système, exemple vidéo - 8e partie > ]


Je t'aime, moi non plus


Au revoir Dominique Wolton, au revoir distinction entre message, relation et paillettes. Attaquons-nous à la coopération.

Avant cela, jetons un coup d'œil au fait humain, je veux parler de la racine de ce que nous sommes en tant que « parlêtres » (Jacques Lacan). Communiquer, besoin fondamental (sinon hospitalisme, prévient René Spitz), bref communiquer comprend trois sens. Le premier, c'est se mettre en phase avec les sensations de quelqu'un, c'est le comprendre et faciliter l'échange avec lui. Dans le meilleur des cas, une osmose a lieu. Le second sens, c'est libérer une tension, donner corps à un jaillissement intérieur, une poussée libératoire (quoique problématique). Le troisième sens, c'est faire impact : c'est optimiser une idée (l'« aiguiser ») et ancrer cette idée dans le cerveau de l'autre. La PNL, et par exemple la condensation grand public que j'en fais dans le 5C-4P, en parlent clairement. De même que Serge Moscovici et ses idées (et conduites) provocatrices d'adhésion, revoir les minorités persuasives.

Faisons les malins. Mais si deux parties-prenantes ne communiquent pas, qu'est-ce qui se passe ? Imaginez que chacun des acteurs ait un intérêt à défendre, un intérêt égocentrique, un peu comme le conçoit l'économiste Adam Smith. Qu'arrive-t-il alors ? Qu'arrive-t-il a fortiori si les personnes concernées ont « la pression » ?

Il est intéressant de voir comment se conduisent des spationautes stressés, saturés les uns des autres, comme dans une capsule spatiale. C'est le syndrôme Apollo, il faut des psychologues de la trempe de Taibi Kahler ou de Meredith Belbin pour envisager des sorties de crise valables. Imaginons maintenant que deux voleurs soient au commissariat, les menottes au poignet. Particularité ? Ils sont dans deux pièces séparées et ignorent ce que l'autre va dire, soit pour « faire bloc » et jouer la solidarité, soit pour « sauver sa peau », tel un égoïste. Il est évident que nous allons pénétrer dans la théorie des jeux, ces conduites qui ignorent tout de l'autre et de ses réactions, pour se focaliser sur la résolution d'un problème où cet autre y est pour beaucoup dans votre salut personnel. Et où vous y êtes pour beaucoup dans le sien propre. Et partant, dans celui... des deux.

Quittons quelques instants le commissariat. C'est l'informaticien Robert Axelrod qui campe le mieux les choses. Dans son nécessaire Comment réussir dans un monde d'égoïstes - Théorie du comportement coopératif, il explique comment la guerre de 1914-1918 a pu soulever la question des jeux. Entendons par jeux les interactions entre parties-prenantes, qui ignorent tout de l'éthique (art de se comporter) et des réactions live de l'autre. Un peu comme dans les tranchées. L'exemple est patent : l'armée allemande patauge dans la boue, de même que les Alliés, en face. La petite histoire retient de ces situations de crise, où tout peut basculer en permanence, qu'elles ont débouché sur des coopérations tacites. Qu'est-ce à dire ? S'il en avaient la possibilité (période de relative indépendance quant à l'état-major), les soldats d'une tranchée ou de l'autre trouvaient le moyen de manifester leur calme aux autres. Par des signaux discrets. Lâcheté ? Que nenni. Survie collective : Je t'indique que nous sommes calmes chez nous. La réaction de l'autre est soit Nous aussi... Soufflons un peu, soit une décision immédiate d'attaquer. Pour anéantir ces ennemis imprudents. Que pensez-vous qu'il arriva ? La paix, bien sûr. La recherche de concorde, autant qu'elle a dépendu des soldats eux-mêmes, a prévalu.



L'exemple est fascinant et, si l'on revient aux deux voleurs menottés dans les deux pièces, il faut bien dire que les comportements de l'un et de l'autre forgent des issues différentes :

| Antoine protège Benoît, simultanément Benoît protège Antoine => meubles sauvés, tout le monde prend une peine symbolique [3 points ; 3 points],

| A protège B tandis que B accuse A (ou bien l'inverse), pour se protéger => le délateur avisé ressort plus blanc que neige [0 point ; 5 point],

| A et B s'inter-accusent => tout le monde plonge, avec une petite remise de peine pour dénonciation [1 point ; 1 point].

Nous sommes en plein Dilemme du prisonnier, qui dit que le mieux, c'est de faire bloc avec l'autre, évidemment. Mais c'est loin d'être gagné, car - après tout - qu'est-ce qui me garantit que l'autre a ma noblesse ? Il peut très bien me trahir, ce qui est à son relatif avantage.



Il faut alors se pencher sur les stratégies, les règles qui président, consciemment ou non, aux décision, précise Axelrod. Ces stratégies se déclinent en 37 attitudes possibles (ou patterns), laissons à Jean-Paul Delahaye, Philippe Mathieu et Bruno Beaufils, docteurs en informatique, le soin d'en décrire les 15 plus communes :

| Gentille (stratégie), coopère toujours ;
| Méchante, trahit toujours ;
| Méfiante, commence par trahir puis reproduit ce que l'adversaire joue ;
| Donnant_Donnant, commence par coopérer puis reproduit ce que l'adversaire joue ;
| Rancunière, coopère tant que l'autre coopère, sitôt que ce dernier trahit, elle trahit toujours ;
| Majo_mou, reproduit le coup majoritaire chez l'autre ; en cas d'égalité, coopère ;
| Majo_dur, reproduit le coup majoritaire chez l'autre ; en cas d'égalité, trahit ;
| Per_ct, réalise en continu la séquence [collaboration - trahison] ;
| Per_ttc, [trahit, trahit, puis coopère] ;
| Per_cct, [coopère, coopère, puis trahit] ;
| Pavlov, coopère et continue sur cette voie si le coup de l'un et de l'autre, quel qu'il soit, est identique ;
| Tf2t, coopère sauf si l'adversaire a trahi deux fois de suite ;
| Tft_dur, coopère sauf si l'adversaire a trahi au moins une fois dans les deux derniers coups ;
| Tft_lent, joue [c,c], et répète le coup précédent ou copie le coup de l'adversaire se ce dernier le joue deux fois de suite ;
| Lunatique, joue tout le temps de manière aléatoire.

Evidemment, c'est passionnant, d'autant que vous pouvez rejouer le Dilemme du prisonnier au moyen de toutes ces stratégies... en même temps. Et compter les points (Vous vous souvenez ? 0, 1, 3 ou 5.).

Une stratégie se détache par sa fiabilité. Je vous laisse deviner laquelle, en faisant faire les calculs (quasi instantanés) à un programme en ligne, depuis votre navigateur. C'est extraordinaire et c'est ici.

Pff, no comment, j'exulte.

[ Introduisez un seul traître dans une enceinte pacifique et regardez son travail de sape | l'excellent travail du Toulousain Sébastien Konieczny | le point de départ de cet article, un commentaire du consultant Michel Vaugrante | hiver 1914, fiche du film Joyeux Noël (2005), bande-annonce, interview du réalisateur Christian Carion, soutenir l'association Noël14 | Live and let die (vidéo), l'écho musical de Paul McCartney au Live and let live des soldats fraternels des tranchées | animation informatique - Un autre superbe applet Java, celui de Craig Reynolds ]  Read More


 De l'utilité des réseaux - 9e partieSat 29 Jul 2006
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Collaborez, qu'on vous dit


Sûr que je vais parler de carte grise. Et même de préfecture : si. Alors pourquoi un rock ? Mmh, pourquoi pas. Blues ? C'eût été faux, l'épisode qui vient est optimiste à cent pourcents. Complainte ? Même combat. Alors rock, mieux que ballade (plus énergique). Et puis mieux tout court. On y va ?

C'était vendredi dernier. Vendredi dernier carat, m'avait dit ma douce. Pff : j'y vais. Où ça ? A la préfecture, faire refaire la carte grise. Mais quelle horreur. Rapide coup d'oeil et non : cent vingt personnes dans le hall. (Les évaluations, ça m'connaît.) Alors je prends le ticket d'attente : 086. (Mais quelle horreur.) Le bandeau d'affichage indique 247. (C'est pas humain - un pressentiment me vient.) Je me tourne vers mon voisin de banc, la trentaine passée, cool, qui m'explique que le truc arrive d'abord à 300 puis revient à zéro. Attends, attends : ça veut dire que je passe dans... 139 rounds [1] ? Exact, qu'il me dit. Je me concentre : oui, c'est bien ça, les deux mecs du guichet mettent au pire 5 minutes, au mieux 3 minutes pour traiter les demandes. Je règle la moyenne à quatre minutes, ce qui veut dire que je passe dans... 9 heures ??? (J'vais tuer quelqu'un.)

Bon dix-mille trucs se passent : deux employés supplémentaires arrivent vers 14 h 30, le truc avance, etc. Alors je m'occupe en attendant. Longue, longue discussion avec le gars de gauche (qui est cool). Il est architecte, etc. Et puis échange avec un gars de derrière, qui me dit que lui aussi il fait des statistiques pour passer le temps. J'apprends par ailleurs que des gens viennent ici tous les jours depuis x jours. Ouah, Union soviétique, mon amour. Et puis une jeune femme, sympa. Je discute, échange et tout et tout. Et puis elle part (plus le temps) et me file son ticket : 022. Gosh, c'est beaucoup mieux. Et puis le processus, là-bas, devant et derrière les guichets, semble avoir bouffé du lion. D'un coup. Si ça s'trouve, j'aurai le temps de revoir mes filles avant qu'elles soient majeures. Ou que les poules aient des chicots genre jaune, cyan, magenta. Mouais, ça va mieux. Un mec à ma droite. Un imprimeur. Trente-cinq heures, management, paperasse, problèmes du quotidien : nous parlons beaucoup. Et puis il me dit que quand un client est sympa, il lui indique les fautes d'orthographe relevées, en amont. Et quand il est con (je cite), il lui imprime les trucs comme ça. Bien fait ! Marrant. Mon tour arrive. Je m'lève. Tout marche, ouf. Et c'est fini.

Tout ça pour quoi ? J'vais vous dire. Beaucoup de choses se sont passées. Un, la préfecture est incapable d'offrir un accueil quelconque (tout le monde est caché derrière la vitre, pour bien s'isoler du public). Alors les gens organisent leur attente. Intelligemment, j'entends. Discussions, plutôt profondes d'ailleurs (on a l'temps). Puis échange de tickets : Je dois partir, tenez mon vieux, mon ticket est meilleur que le vôtre. Concept contagieux : voilà que - par ricochet - vous donnez le vôtre à quelqu'un que ça avantage (il y en a des dizaines). Et ça fait dominos : en deux minutes, tout le hall échange son propre ticket. Logique. Reconfiguration en direct (nous sommes dans un système). Et puis échange de combines : Vous venez quand ? Quel est le meilleur créneau ? Moi je vous conseille de faire comme ci, comme ça. Il y a des sandwiches à cent mètres, etc.

Tout ça pour quoi ? Ben oui, pour parler du comportement coopératif. Exit la vaine pâture, cet horrible syndrôme de plombage d'ambiance, d'isolement et de consommation de ressources pour soi seulement. Parce ce que 'non-contrôle', parce que le chef est parti, parce qu'on est entre nous, sans le gendarme pour dire C'est bien, c'est mal. Je dois absolument vous parler de cette claque de lecteur (décidément), je l'ai eue récemment. Je dois vous parler de Robert Axelrod, le pape de la théorie des jeux. Son Comment réussir dans un monde d'égoïstes - Théorie du comportement coopératif est un coup de pied dans la bouche. Dans la bouche des poncifs. Il déboulonne toutes les imbécilités d'idées reçues en comportements sociaux et en vie de tous les jours. Son gagnant-gagnant est démontré par A plus B. Vous en voulez la preuve ? Quand un individu [ndlr - ou un collectif, par exemple une entreprise] doit-il se montrer égoïste dans une interaction avec un autre opérateur ? C'est bien la question. Pour la traiter, ce prof de sciences de l'information de l'université du Michigan a organisé un test grandeur-nature, à la toute fin des années 1970. En deux mots, une joute. Une baston à grande échelle, en accéléré, avec des centaines de 'coups' donnés en même temps. L'idée : transformer les protagonistes en ordinateurs (c'est rapide, ça calcule plein de choses, les crochets qu'ils se mettent dans le menton numérique sont indolores). Les soupes de phalange ? De simples lignes de code que les ordinateurs se débitent au visage. Le gagnant est celui qui rallie à sa cause, qui persuade par la 'manipulation', tous ses petits camarades. Anatol Rapoport. Retenez bien son nom. Il est le concepteur d'un champion : c'est son programme qui a remporté le tournoi (oui). Son nom de code : Donnant-Donnant. Les stratégies proposées [les programmes] venaient de théoriciens des jeux en économie, psychologie, sociologie, science politique et mathématique, commente Axelrod. J'ai opposé au hasard et successivement les quatorze catégories les unes aux autres [il y avait notamment un programme dopé à la haine, un autre qui agissait de manière aléatoire, etc.] A mon immense surprise, le gagnant fut Donnant-Donnant, le plus simple de tous les programmes proposés. La recette : bien cool-cool au départ [2], Donnant-Donnant amorce des choses positives avec ses 'copains', puis rend un coup sitôt qu'on lui en donne un. Mais 'pardonne' vite, il se remet en position de bienveillance aussitôt. Et de boulot : il avance.

Une panacée ? Oui et non : pour les stratégies sur le court terme (faire un coup) ou bien si l'attitude de votre partenaire est complètement transparente (lisible), c'est moyen. Mais dans le cas où les collaborations durent et où les motivations des autres vous semblent changeantes ou opaques, c'est un outil puissant.

Ce schème comportemental vaut de l'or... gris. (Comme la carte.)

Nuf' said. Ah si : une suggestion, ne change rien, la préfecture. On valide trop de trucs dans tes murs. Excellent week-end !
__

Théma rock :

Et le best-of :

[1] Les habitués de Crème de violette (CdV) doivent sourire.

[2] Vous reconnaissez la position de vie ok-ok du grand Eric Berne ? Eh oui, la bienveillance - sur le long terme - ça paye. (De même qu'une empathie bien placée. Voir ci et ça.)

[ Calcul avec mon voisin architecte : 6 ou 7 pièces (facture EDF, etc.) pour obtenir une nouvelle carte grise ; il suffit d'un très gros serveur par institution et hop ! avec une requête depuis le site de la préfecture vous croisez tout ça et 'pondez' un bon pour carte grise que le back-office de la préfecture transforme ensuite en vrai papier - une idée ? | à l'évidence, Donnant-Donnant est un programme de management | efficacité de la séquence collaborative humaine : 1. je suis bienveillant a priori, 2. si je prends un coup, je rends aussitôt un stroke ciblé (canal sentimental si le 'collègue' marche aux sentiments, info froide et documentée s'il est intello, épreuve de puissance s'il tourne à la testostérone, etc. - cf. efficience des messages humains), 3. je redeviens bienveillant aussitôt et continue mon travail dans tous les cas, 4. je rends mon comportement simple, prévisible, donc rassurant (cf. clarté cognitive) ; cette attitude est une attitude de main tendue, fructueuse à long terme (en fonction de la qualité des apprentissages successifs), de plus elle court-circuite complètement le triangle infernal de Stephen Karpman (cf. jeux pychologiques) et entretient même les cercles vertueux (les renforcements positifs - façon Kenneth Blanchard) qui poussent les gens à 'jouer leur meilleur tennis' | positifs collabos | collaboration informatique | les quatre principes du winner-winner (win-win) | ici, le destin de Mouche-du-coche, de Tartuffe et d'Un-Oeil-pour-deux-yeux | Likert et sa validation gagnant-gagnant | Axelrod a plus que la classe ]  Read More


 News en vrac, 3e partieMon 10 Oct 2005
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1. Orgspace a du caractère. Remis de la drague appuyée et - finalement - des atermoiements du grand Google, Flemming se consacre à la plateforme Orgspace et ajoute une fonctionnalité typographique supplémentaire. L'on peut désormais voir les blogs membres (tels qu'Absara.com) potentiellement arborer des caractères arabes. Ou mandarins. Votre blog, on vous le sert avec loukoum ou thé fumé ?

2. Nobel et les jeux. Le Monde est formel : Le prix Nobel d'économie 2005 a été attribué, lundi 10 octobre, à l'Américain Thomas Schelling et à l'Israélo-Américain Robert Aumann pour leur théorie de "décision interactive", une amélioration et extension de la "théorie des jeux". [...] Les deux économistes ont ainsi aidé "à expliquer les conflits économiques tels que les guerres des prix et les guerres commerciales, ainsi que les raisons pour lesquelles certaines communautés ont plus de succès que d'autres dans la gestion de ressources communes". [...] "Leur travail a transformé les sciences sociales bien au-delà des frontières de l'économie", a indiqué le jury du Nobel dans un communiqué. Pour en apprendre davantage sur la théorie des jeux - qui enracine les sciences sociales dans la complexité (cf. Absara.com) - voir le memo (pdf) de l'économiste français Frédéric Koessler, chercheur à l'université de Cergy-Pontoise, en région parisienne. Didactique et complet.

[ Robert J. Aumann et les étudiants grincheux (pdf) | un classique, le dilemme du prisonnier | modélisation | années 1950, Melvin Dresher & Merrill Flood | modèle de coopération | synergie et knowledge management, le blog-phare du Canadien Dave Pollard ]