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 La colline a des yeux - 3e partieTue 15 Sep 2009
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Combattre à poil
- Ou comment je fais, dans la vie, quand c'est
dead, mauribond, hors de portée



Comme un général. Un général avant la bataille, en reconnaissance du terrain : de la réalité. En vrai.

C'est ça.

1. Peut-être vous en souvenez-vous : pour dérouiller, moi, j'ai besoin de voir l'ennemi dans les yeux. Là. (L'ennemi : les lieux, le terrain, le contexte.) Je prépare la campagne. Et la vis.

Quitte, et c'est la clé, à vivre un parcours du combattant. Une mort. Une horreur.

Quitte à pleurer, quitte à me liquéfier.

Mais j'aime le voir, le toucher, le goûter, le digérer. Ce terrain, vous savez ? Cette montagne folle et démesurée. Cette impossibilité. Alors je la mesure, alors je la vis. Je la subis : me la mange dans la poire. (Et jusqu'au bout.) La montagne ? Je la laisse m'engloutir. (Elle est lourde.) Et l'enjeu me recouvre, me morcelle, me tue et me dit en vrai : Tu as bien raison, c'est impossible. (Ça sussure.) Alors je meurs - C'est douloureux, de mourir. Je meurs à mes illusions de toute-puissance. À mon manque de réalisme. À mon infantilisme. À ma candeur.

Qui s'éboulent.

J'aime (non, je déteste : c'est plutôt un besoin), en clair je passe par une mort pour conquérir. Sabre au clair. (Quand c'est désespéré, comme ça se produit parfois.)

Ce qui me fait peur, je le regarde. Je le touche. C'est comme un loup. Loup féroce, ultime, fantasmatique, qui met en pièces, ravage le ventre. Dans ce qu'il a de factuel ou de fantasmatique, justement, je laisse l'échec travailler en moi. Travailler librement. C'est éprouvant (éprouvant oui et non, je suis également spectateur du vécu ; je peux en sortir, m'y replonger, j'en suis libre). Et comme ça, ça se fait : le pire passe. Le pire se passe. Et il le fait avant. Il le fait en moi. Une fois pour toutes. En avant-première.

Ce pire, il avance sur le chemin, dans le terrain : j'ai l'impression de plonger dans la matière, ce matériau de l'action. Ce pire, il dit la vérité. La vérité, c'est que j'ai peur. Peur de mourir. Voir (ressentir) que j'ai peur d'échouer (de mourir), ça me fait vivre la douleur. Une fois vécue, la morsure folle est là. Pourquoi la redouter ? M'a déjà tué. Déjà digéré. (Ok, je la re-digère en retour.)

Garce d'épreuve.

Ça me fait entrevoir non pas le pire (si : échouer, c'est le pire), mais le possible, la limite, le fracas, la panique. Ce que tout en moi occulte et fuit. La réalité. Mieux : la vérité (le vécu intime, brut). La vérité de la mort. Vérité du chaos (boule au ventre) :




Fig. 1 - Un bon guerrier, il est déjà mort,
alors il est disponible à la vie, ici au combat

[ Gladiator, Ridley Scott (2000) ]



En connaissant - par l'esprit [1] - ce que je risque en vrai, eh bien comme ça c'est fait : ça me communique le pire. Connaisseur de ça, j'enchaîne. Je renais. Je fighte. Je découpe. Je larde. (Terminé.) Action. Action forte. Confiance (confiance prudente : trempée de discernement). Courage, plutôt. Mmh, action (oui). Comme une force qui sort. Et qui connaît.

C'est ça.

Un mort n'a plus peur de mourir. Un mort s'en fout. Un mort peut tout. (Tout est accompli, déjà fait.) La résurrection, et son puissant cortège de floraisons (conscientes, inconscientes) parcourt et envahit le terrain : je deviens bon. Je suis bon. Je bondis. Je me surpasse.

Je vis.

Je parle évidemment là des grosses épreuves. Les rares.

Ces trois derniers jours, je les mets là-dedans. Catégorie plus-plus. Et deux livres m'ont tenu. Deux livres et un chant.

2. Les livres :



Le premier, c'est - toutes versions confondues - le recueil (et même l'écrit) le plus traduit au monde [2] et c'est de Josué, son sixième livre, que je compte ici parler.

Le second ? Une référence en matière de leadership. C'est un bouquin que Charles me fait passer, un don probable de la main du regretté Tremendous. Charles fait ça pour m'encourager. Lisez en particulier, je vous le conseille (en anglais simple et limpide) : How can a plane have an attitude? (p. 14).

Un régal.

Passons à Josué. Plusieurs passages enseignent la notion de combat spirituel [3]. Et il y en a un qui particulièrement me parle, il s'agit de celui de la colline (si !) aux Prépuces. Il parle (chap. 5) d'épées : Fabrique-toi des épées de silex, dit alors Yhwh à Josué, et retourne circoncire une deuxième fois les fils d'Israël. S'étant fabriqué des épées de silex, Josué circoncit les fils d'Israël sur la colinne aux Prépuces (traduction Bayard - autres versions, en ligne).

Plusieurs choses sortent de là. J'en vois une (et vous me direz) : un guerrier doit peut-être se laisser consacrer (ici, sens de la circoncision - voir en corrélat Galates 6:15 et Colossiens 2:11), il doit encore et surtout permettre à Dieu de l'éprouver par l'épée. Fût-elle une réplique, en silex, ou une préfiguration de celle qu'il doit utiliser. Il doit donc mourir (et ici dans sa virilité) pour pouvoir vivre au combat. Subir le tranchant (avec la peur qui va avec) pour ensuite le manier : être ensuite efficace. Immunisé.

En fait, c'est perdre pour gagner. C'est d'abord avoir peur pour ensuite :

| gagner en réalisme (en préparation) ;

| gagner en liberté (en disponibilité, en courage au combat).




Fig. 2 - To live is to die
[ Metallica - And Justice for all, 1988 ]



Allez, j'en termine. Voilà le chant qui, depuis dimanche, me porte :





Et voilà que me reviennent les larmes...

(Un bien fou.)

God bless.

__


[1] Cf. Cinéma intérieur (PNL, théma).

[2] Cette Bible Bayard est belle. Et bien écrite (simple). Pour autant, beaucoup d'autres traductions ont de la valeur. Il faut simplement faire attention : les versions catholiques comportent des apocryphes que même saint Jérôme (v. 340 - 420) déconseille. Ce sont des ajouts tardifs, forts différents (donc bien en dessous) de l'originalité, de l'essence et du souffle bibliques.

[3] Ceux qui, ici comme ailleurs, voient là un encouragement au combat physique sont des bouffres. De pauvres gens. Des violents (relire d'ailleurs le grand Girard). Des personnes ignorant tout de la Bible. Ils vivent dans le trouble. Ou pire, ils lisent (donc interprètent) avec des fantasmes de violence, des penchants malsains que tout à leurs yeux (je dis bien tout), justifie quand même. Lire, pour se recentrer : Luc 10:21 et 1 Jean 4:8. (Des classiques.)


 Par foi, souvent - 3e partieFri 24 Jul 2009
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L'homme ne vivra pas que de business

(Anonyme)


La foi. Oui. La foi, la confiance, si différente de la religion (traditions). Tout ça dixit André Frossard (1915-1995).

L'auteur de Dieu existe, je L'ai rencontré, citant l'étrange Bernanos (1888-1948), rappelle que les convertis sont encombrants. Encombrants pour les institutions : religieuses, culturelles, sociales [1]. Les convertis ? Comme leur nom l'indique, ils transforment quelque chose : leur propre matière, eux-mêmes, leur coeur. Et ils attribuent ce changement fort (qui va jusqu'à baigner le monde, le reconfigurer à leurs yeux), eh bien ils l'attribuent à l'extérieur. À un agent qui les dépasse. En stature peut-être, encore et surtout en qualité : disponibilité, hauteur de vues, présence réelle au monde. Et, croyez-le si vous voulez, c'est un agent... qui les aime. C'est-à-dire qui prend le risque à leurs côtés. Et les soutient [2].

Le coeur, pour les convertis comme pour les autres, c'est la sensibilité, l'intimité qui perdure : c'est - pour citer l'Écclésiaste (et faire une boucle vers Don Richardson) - ce qui pressent l'éternité [3], cet état, ce vécu qui dépasse même la mort. Et ressemble donc à l'amour (voire se confond avec lui, ou procède d'une même source). L'éternité ? Le coeur la recherche, en mode actif ou par aspirations (plus ou moins conscientes, plus ou moins fructueuses - cf. recours aux idoles). Alors ce coeur, il va vers quoi ? Mmh ?

Le mien va vers ça, en dessous. Je veux dire que ces bouquins m'apportent des trésors :



Je leur ajoute La Croix et le Poignard (David Wilkerson), de même que The Incredible Power of prayer (anglais très simple à lire) de Roger J. Morneau. Reprenons Wilkerson (livre de ma fin d'adolescence) et ajoutons, côté témoignages, l'incroyable Miracle sur la rivière Kwai du vétéran Ernest Gordon (1917-2002), ouvert aux expériences les plus extrêmes. Une beigne. Digne de Papillon. Bouquin parallèle au film Le Pont de la rivière Kwai (mêmes faits).

Mention spéciale à Corrie ten Boom aussi. Son Dieu en enfer (The Hidding Place) - qui glace le sang - montre qu'on est loin (bien loin) de la guimauve. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment [4], après Ravensbrück, on peut trouver la force d'avancer ? (Bouquin sublime, bouquin ultime.) Le Rentrer chez soi d'Henri J.M. Nouwen [5] est un très beau condensé de théologie : logique, touchant et simple. On y comprend... tout. Il y a aussi, sur la question de la Trinité, le bel Évangile de Jean (individu qui a connu Jésus de son vivant), traduit par Jean-Yves Leloup. Une sage autorité (atypique, documentée) s'en dégage.

Le Business Unlimited de J. Gunnar Olson ? Affaires sans frontières, en français ? Il m'a « juste » aidé à vivre pendant 4 mois.

Allez, je finis avec L'Éternité dans leur coeur de Don Richardson. Livre-beigne aussi.

Mais ça, vous le savez ;)

__

[1] Ce qui, anthropologiquement, participe du même socle, voire se maille dans les approches et se confond. Cf. idéal de transversalité, à l'instar de ce que font par exemple Edgar Morin, Boris Cyrulnik ou Joël de Rosnay.

[2] Dieu serait-Il Promoteur ? Persévérant ? Empathique ? Débat stérile, mais drôle et ouvert.

[3] Pour les chrétiens, la juste appréciation de l'éternité (sa juste canalisation, comme si c'était une aspiration, un besoin, voire une pulsion) passe par l'expérience, ici et maintenant (ou progressive), de la résurrection. Celle-ci donne sa pleine mesure à la vie. Elle lui fait passer un cran, la sort non pas de ses contingences (ici-bas, les épreuves et la frustration), mais de sa vanité. De son creux. De son à-quoi-bon. De sa solitude intrinsèque. Là, tout change : c'est beaucoup plus qu'un espoir, beaucoup plus que des modifications, c'est un royaume qui vient (comme dans le cas de Naaman ou de l'eunuque de Candace). Un nouvel ordre qui s'installe : une transformation (un réveil, cf. Degré 2). Qui ouvre au monde et au prochain (sorte d'horizontalité). Et qui ouvre à la Source de vie (verticalité stimulante). À l'explosion fraîche et vivante.

[4] Même si le contexte diffère du tout au tout, le pasteur palestinien Maron peut expliquer comment vivre. Le pardon personnel, en temps de guerre, il connaît bien.

[5] Nouwen exprime une lecture particulièrement proche de celle de Girard, pour qui la racine du mal humain, c'est la convoitise : jalouser l'autre. Ce mauvais Animus (peur de la perte) exerce un contrôle morbide sur autrui. (Revoir ce pauvre Abel.) Pour affaisser ce pouvoir (terme de Nouwen), Dieu choisit l'impuissance : il décide de détruire le leurre et sa logique... de l'intérieur. À lire absolument.

[ Je suis protestant (2 % de la population française, l'un de ses berceaux, et 9 fois plus... en Corée du Sud), en même temps mes écrivains catholiques préférés sont Frossard et François Mauriac - de même que j'aime le photographe Joël Peter Witkin (eh oui - voici d'ailleurs mes photographes favoris, attention not safe for work, NSFW) | autre sujet - La grâce serait une synergie (rencontre, mélange énergétique) entre amour et liberté (Qu'en dites-vous ?) | l'amour, lui, pourrait être le carrefour vif entre contingences et liberté, c'est-à-dire risque volontaire (engagement) et dépassement de la mort (qui est repli, séparation, peur) : engagement, tiens, oui c'est ça - ou fidélité, ou attachement inconditionnel et confiance (Any idea, mmh ?) | who Nouwen was, video | Nouwen aidait les déficients mentaux | Corrie ten Boom, the museum | Ernest Gordon, personnage-choc pour le musicien Paul Adams | Bad Lieutenant, plus grand film sur la rédemption ? Interview de son réalisateur (inclassable) Abel Ferrara | après tout ça, soyons fous, rions ]  Read More


 Amour, foi, risque et vieTue 7 Apr 2009
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À Nadia


La Guérison des souvenirs est un ouvrage lumineux. Les auteurs : Dennis et Matthew Linn [1], théologiens américains spécialistes de la relation d'aide [2]. De cet ouvrage, je peux dire mille choses.

Je peux dire qu'à chaque fois que je traverse une épreuve majeure, comme il y a dix ans pile - et comme maintenant -, ce bouquin m'aide à grandir. Sa vision du monde, de l'identité humaine, du rapport à Dieu et aux autres est riche et trempée de pragmatisme.

Il y a dans ce livre une sagesse. Quelque chose qui communique un état, des connaissances, une foi revigorée, normalisée, adulte et pleine.

Une envie.

Un carnet près de ma table de nuit me permet, depuis des années, de noter des idées, des avancées, des choses personnelles. Et hier, comme rarement, j'ai rempli ce carnet. De choses que j'ai comprises. Sur les protections psychologiques, sur le fait d'assumer, de vivre avec des risques, de travailler pleinement, de localiser les idoles [3] qui remplissent un vide.

Un vide en moi.

Charles, bien souvent, parle d'une relation spirituelle dès le début cassée. Dès la conception. Il y a un manque existentiel bien antérieur [4] aux bains intra-utérins pourtant remplis de doute, à la naissance qui morcèle, au sevrage du sein qui isole. Un besoin encore plus radical, plus ancré, de trouver du réconfort, de la mise en mouvement, du soutien, de l'acceptation de soi. Du sens.

C'est inné.

Ouais...

Et les idoles sont de faux dieux : ce sont des béquilles, qui aident à tromper la peur et à déléguer à d'autres autorités - réelles ou fictives - ce qui normalement nous revient : aimer et travailler, pour paraphraser Freud. Surtout, nous assumer. Vivre par et pour nous. Et avancer. Et aimer en vrai. C'est là le propre de la vraie liberté de jouir, d'être un être autonome, pourrait dire Romey. Autonome, inter-relié (façon Gandhi), conscient, donc adulte et aimant.

Sûr.

Merci à Nadia, hier, pour sa fine intelligence. Et son partage d'expérience, sa tolérance, sa gentillesse gratuite.

Cette nana a tout compris de tout.

Merci à l'Esquinade aussi, pour l'accueil fréquent de mes joies, de mes peines.

Merci enfin à Celui qui donne, soutient, anime et est la vie : Esaïe 40 : 25-31 m'a fait grand bien [5].

Je termine en vous souhaitant de belles et bonnes journées à venir. La parole est à Dennis et Matt Linn (op. cit.), signalant un passage du Ne crains pas de l'humaniste chrétien Jean Vanier :

« J'ai appris plus sur l'Évangile, avec les handicapés, les écrasés et les blessés par la société, qu'avec les sages et les bien-pensants. Par leur croissance, leur capacité à accepter et leur modestie, les personnes blessées m'ont appris à accepter mes faiblesses sans prétendre être fort ou capable. Les handicapés m'ont montré combien je suis handicapé, combien tous nous sommes handicapés. Ils m'ont rappelé que nous sommes tous faibles et destinés à mourir et que ces réalités sont celles qui nous effraient le plus [...]. On dit à un alcoolique qu'il faut arrêter de boire, que c'est mauvais pour sa santé. Mais il n'a pas besoin qu'on le lui dise : il a vomi toute la journée. Il n'a pas besoin qu'on vienne lui apprendre la loi, il la connaît. Ce qu'il veut, c'est trouver quelqu'un qui lui donne la force et le goût de vivre. Ce n'est pas parce que vous dites à quelqu'un qu'il ne faut pas voler qu'il ne le fera pas. Ce dont il a besoin c'est de pouvoir s'appuyer sur quelqu'un qui lui insuffle la vie et le courage, qui lui apporte l'amour et la paix. »

__


[1] Ces deux frères de sang sont jésuites de formation. Matthew l'est toujours. Dennis, lui, a épousé Sheila. Tous pratiquent un christianisme de terrain (sûrement le seul valable) : ils font des conférences, pratiquent l'entraide, le partage et l'amour. Leurs ateliers se centrent sur le pardon : tout, chez eux, est intense, modeste et réel. Leurs pas - compatissants et fermes - les ont, entre autres, conduits jusqu'en Hongrie, 2e pays au monde pour le suicide. Ils sont connus aussi pour leur travail auprès des personnes divorcées, souvent en fort besoin de guérison intérieure.

[2] Voir aussi le grand Jean Monbourquette.

[3] Idoles : images, projections, reflets, fantasmes. Ce sont des rituels, des passe-temps, des croyances investies, des forces (augmentées de l'habitude) que l'on nourrit dans l'espoir d'obtenir soutien, réconfort, épanouissement (cf. bénéfices secondaires). Or, à l'arrivée, la livraison de l'idole, c'est la torsion de la vue, la fainéantise, la duperie, la fatigue, la répétition morbide. On se trompe soi-même. L'idole est le fruit du péché, ce manque-à-vivre qui en appelle à quelque chose qui nous surpasse, nous nourrit (confort, sensations, énergie), nous protège... en apparence. L'idole est une représentation, une coquille qu'on remplit d'attentes et de projections multiples. Il faut relire les récits de voyage de l'orientaliste Alexandra David-Néel. La grande aventurière explique comment certains peuples chargent une statue vide (idole, ici orientale) : ils la préparent, la chérissent, lui adressent des demandes, lui remettent leur confiance (foi). Ainsi l'objet recueille-t-il les énergies psychiques de tous et se remplit-il magiquement (spirituellement), pour venir rayonner et influer sur le quotidien de ses adorateurs. Voir théma Égregore. Voir les dangers de l'infantilisme spirituel (fascination, sujétion, dévoiement, perte du sens de la vie, tourmente intérieure, utilisation de la fine pointe de l'âme pour une orientation voilée, impasse énergétique absolue).

[4] Et tant pis pour Jacques Lacan. La perte du paradis, de l'unité, de la fusion placide avec un Tout s'envisagent ici avant même la formation du fœtus. Ce qui, au passage, s'accorde assez bien avec l'idée de Françoise Dolto que le fait humain (sa condition) s'enracine à l'avance dans l'inconscient des parents, qui rêvent d'un enfant et déjà l'engendrent symboliquement, lui faisant une peau et des viscères toutes d'inconscient tissées, pétries (l'enfant naît et croît déjà dans le cœur des parents, pourrait-elle dire). Idée proche de celle de l'Adam biblique : avant même que je sois, la trace d'Adam (le fait humain par excellence), cette marque venait déjà me remplir de sens (signifiants parentaux, croyances, attentes inconscientes, culture humaine)... et de vide. Le vide ? Le lien cassé, dont j'hérite en même temps : je suis - dès la matrice - marqué du sceau de la perte. Spirituellement envieux... mais paumé. Ma vie me sert à (re)trouver le chemin. Et à l'arpenter dans la grâce. L'esprit d'aventure. La confiance. La liberté. La réconciliation. La complétude. L'erreur. Le mouvement. Le risque.

[5] Voir, en ligne, un morceau d'Esaïe, version Bible Bayard. Bayard ? Une magnifique traduction, quoiqu'intégrant des livres traditionnels secondaires (compilation hellénistique puis catholique), dès le début extérieurs à la Bible - Cf. apocryphes.  Read More


 Pandaloup - 1e partieSun 27 Jul 2008
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Pourquoi ? Interrogation reine. C'est, en Occident, la porte d'entrée dans la vie. Chez nous, tout a (ou doit avoir) un sens, une explication. Pour le meilleur, la connaissance, porteuse de clarté, d'autonomie. Et pour le pire, l'intolérance et le conditionnement qui enferme (cf. paradigmes). L'intellect est un drôle de maître, qui guide et limite à la fois. Comme l'émotion, d'ailleurs. C'est seulement quand l'intellect est pur, innocent dirait Alexandro Jodorowsky (c'est-à-dire bien orienté, au service de la créativité personnelle et de l'ouverture au monde), bref c'est quand l'intellect est de cette qualité qu'il est porteur de positivité. Ce sont les bénéfices d'un Animus volontaire, structurateur, garant de la concrétisation des talents. L'Anima ? C'est quand elle s'écoute elle-même, se respecte et se combine à l'Animus qu'elle crée l'intuition, la profondeur naturelle, la fulgurance, l'intensité du ressenti. Tout ce qui vient du dedans et connecte et reçoit.

Ensemble, les deux procréent (cf. synergie), donnent un aboutissement, une réalisation à l'âme - nécessairement enfantine - que nous avons.

Une graine pousse.

Alors, dans nos pays, le pourquoi est important.

Vient ce pourquoi, le premier pourquoi, le pourquoi de l'enfance. C'est le pourquoi de ma progéniture [1], l'autre jour, au cinéma. Devant le dessin animé (étonnamment bon) de Kung Fu Panda.

- Pourquoi, Papa, il est méchant [2] le gros chat ?

Je réfléchis, bafouille, connecte mon ressenti à ce que je sais des sciences humaines (certains modèles abordent ça). Et finis par dire que je médite là dessus, c'est promis. Il fait chaud, nous buvons une granita (je suis pensif car je veux faire une réponse du cœur et non pas de la tête - une vraie, en somme). Puis je réponds que ce gros félin, il est méchant parce qu'il veut que son père le reconnaisse et alors lui permette d'être un individu autonome, comme quelqu'un qui se regarderait dans un miroir (cf. regard), quelqu'un capable d'accomplir son destin, de réaliser ses désirs. D'être heureux.



» Pourquoi ? fait encore la petite voix.

- Mmh, réponds-je. Nous sommes nombreux comme ça. Nous avons besoin de savoir que quelqu'un nous aime et veut qu'on soit heureux.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est une sécurité. On sait comme ça qu'en cas de problème, quelqu'un est là pour nous.

- Pourquoi ?

- Parce que nous avons peur d'être seuls et que la mort nous saisisse parce qu'on devient tout faibles. Et tout seuls.

- Pourquoi ?

- Parce que la mort, on sait pas bien ce que sait. Alors on croit comme ça que c'est pas bien, que ça fait mal, comme ça il y a quelque chose en nous qui est sûr de faire ce qu'il faut le moment venu. Et même avant. Comme si on se préparait à repousser la mort ou à lui faire face. Bref à faire ce qu'il faut. Au cas où. Parce que la mort, c'est quelque chose de sérieux, qui touche définitivement.

À suivre...
__

[1] Les enfants sont des amoureux de sagesse, des philosophes dans ce qu'il y a de plus pur et de plus puissant. Leurs questions sont les vraies, les bonnes, celles qui font qu'on se trouve une place (un ethos) dans le monde. Leur répondre demande de se plonger dans ce que nous avons d'essentiel : l'innocence, l'expérience, la créativité. Un vrai bonheur, ces mômes... De vrais humains. Des moteurs spirituels, qui veulent capter l'essence du monde et en faire quelque chose de bien, qui ressemble à l'âme (à la vitalité plus ou moins organisée) qu'ils sentent palpiter au dedans d'eux.

[2] Tai Lung, léopard des neiges.

[ La méchanceté, ça pourrait être une férocité de vivre - Reconnaissez-moi, reconnaissez mes besoins -, une pulsion qui oublie les autres, qui écarte toute empathie, qui manque de cette connaissance essentielle que l'Autre et moi-même sommes liés par le regard et, plus généralement, par la condition humaine | le fin du fin, le Royaume des cieux, dit Jésus, est pour ceux qui ont un cœur comme les petits enfants | la peur de la mort, de l'éparpillement, de l'entropie est ce qui nourrit l'homéostasie, cette énergie qui bloque, fait corps et se défend contre les différences émanant de l'extérieur | tiens, dans les archives, une correspondance entre profils stratégiques et animaux emblématiques du kung fu ]


 Budapest-synthèse - 7e partieFri 20 Jun 2008
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Heureux. Ce constat, pour me l'appliquer, il m'aura fallu un parc dans Budapest et une sieste sur son herbe douce pour me l'appliquer, pour la première fois de ma vie.

Je suis quelqu'un d'heureux.

Je me le suis avoué.
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[ Hier, à la soirée commune des chambres de commerce britannique et italienne (collines de Budapest), discussion avec Rita, directrice marketing d'un parc d'appart'hôtels - I'm an aquarius, m'a-t-elle dit | aujourd'hui, glace (succulente) au Café Catedral, chez Olivier (que je connais), près du Danube | tiens, Nico me parle de quelque chose qui lui fait grand bien : la méthode Grinberg ]


 Cerveau fraieSun 8 Jun 2008
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Je dédie ce billet à Charly


Tout fraie. Tout ce qui vit. Tout se cherche et se fabrique un chemin simple et fonctionnel : un trajet utile. Un optimum de vie. Tout, je dis bien tout, se trouve en live un chemin bien senti, qui amène une satisfaction des besoins pour un effort le plus petit possible. C'est là le présent de la vie, c'est là son challenge aussi. C'est là le cœur intime des phénomènes, la matrice de la course et du tissu du monde. Faire et ressentir, c'est bien. Le faire en utilisant un minimum d'énergie, c'est prolonger la vie elle-même (notion d'écologie). C'est aussi prolonger la jouissance, tisser avec autrui, trouver plus encore sa place, et interagir avec le monde et avec soi.

Le système nerveux, pour commencer par une échelle micro, bref le cerveau fraie tout le temps. C'est ce que pressent très tôt Sigmund Freud (regardez). Notre appareil cérébral - dans son réseau neuronal existant (arborescence) - fabrique son chemin, son saut de synapses en synapses, chemin le plus direct vers la satisfaction, la libération, le plaisir (plus ou moins fin) d'une poussée qui se décharge. Le cerveau ? Un vrai GPS dans les chemins de campagne. À bon port et le plus vite, à bon port et au mieux. Le cerveau est un expert du rapport qualité-prix.




Fig. 1 - Neurons [En] -
Discovery Channel



Le groupe des hommes, ensuite, est comme ça. Se maintenir a un coût (efforts, compromis, régulations). Aller au delà de ce coût fait problème. Et aller trop en dessous ramollit la bonne tenue des relations. Danger dans les deux cas. Il faut donc une position la mieux réglée possible, en permanence. La communication interpersonnelle sert à ça : donner à chacun et à tous la quantité, la qualité de strokes qui encourage à rester partie-prenante du groupe. Un peu comme une garantie. Tout ça, tout en lorgnant sur ce que ça coûte en permanence. Il faut ici revoir ce qui touche au système pulsionnel animant la vie : pulsions de maintien (cf. homéostasie) et pulsions d'évolution, différemment rythmées, sur une fréquence vitale différente, beaucoup plus « degré 2 » (dépassement de soi, métamorphose). Tout un ballet de processus.

Ouais.

Alors le manager, il sait ça. Il le conçoit. Face à deux chemins groupaux, deux façons collectives de faire (la routinière et la profitable, la pauvre en gain et l'optimale), il sait conduire les individualismes et l'instinctive machine groupale vers un mieux. Tout le temps. C'est un pédagogue : il félicite tout ce qui va dans le bon sens (identification et pratique des optimums) ; il signale simplement les erreurs et sanctionne les fautes.

C'est un pilote des choses. Et c'est un stimulateur. Un guide, un leader. Il sait que les structures détestent changer, il sait où sont les percées individuelles et collectives, il sait les féliciter.

Il y met du sien.

[ Sur le management qui incite, favorise et encourage, revoir Kenneth Blanchard | les vidéos didactiques et gratuites de Canal U ]


 32 ansFri 25 Jan 2008
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[ < Théma Vie | archivage automatique du billet sur la quintina, sur Birdwhistell et la synergie | catégorie Divers | mots-clés, permalien, commentaires ]

Le Qu'as-tu fait de ta vie ? est terrible. J'entends mal ma conscience me demander ça quand je serai vieux. Le Qu'as-tu inventé ?, beaucoup plus (ça c'est son genre). Et son corollaire : Quels risques as-tu pris ? Ça, je l'entends d'ores et déjà. Je l'entends même très fort.

Ce siècle va très vite.

Imaginons que nous soyons tous vieux. Ça y est. Qu'est-ce qui vous a habité ? Qu'avez-vous fait de nouveau ? qu'avez-vous amélioré ? Que vous a-t-il manqué ?

On touche à de vraies questions. Pas du flan, de vraies questions.  Read More


 Quintina - 12e partieWed 12 Dec 2007
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Le quinquina, c'est une liqueur. Mais la quintina, ça vous déroute tout autant les sens. Il s'agit d'une voix chantée, ou plutôt non. Parlons aujourd'hui de ce qui émerge sitôt qu'une combinaison fonctionne, sitôt qu'un collectif atteint un point d'harmonie (formation énergétique ou Gestalt). Discutons d'un ensemble pourtant plus fort et plus remarquable qu'un simple ajout de composantes : discutons synergie. Et nous verrons en quoi, justement, la quintina n'est pas chantée. On y va ?

Une discussion avec Olivier, hier, nous amène à parler de la vie. Et comme d'habitude, le bonhomme évoque la part dynamique de maîtrise-non maîtrise sur les événements. Il s'agit là d'une clé : se saisir de ça amène des satisfactions que les Stoïciens, les taoïstes ou les bouddhistes décrivent depuis longtemps avec profondeur. C'est vrai : pour connaître un champ d'action, il est sage de cartographier la route, c'est-à-dire de connaître à l'avance ces lieux praticables qui tapissent un contexte incertain ou dangereux de reliefs, de forêts et d'étendues d'eau. Savoir ce qu'on peut bien faire (par exemple s'améliorer, décider, être là, vivre ou être soi), ça se fait dans le champ de ce qu'on établit comme hostile, aléatoire ou compliqué : les surprises, la durée de vie, l'écho et l'amplification des choses, le tout-venant - bref, le cours du monde ou la complexité. Connaissances apprises et intuition sont les deux faces d'une même monnaie, c'est un constat de base.

Nos mentalités, pourtant, nous amènent à croire qu'une maîtrise exclusivement technique peut sécuriser nos parcours dans la vie [1], voire donner une empreinte à l'ensemble. Un peu comme si croire très fort [2], investir sa frustration ou son appétit de vie (libido) et travailler beaucoup [3] faisaient tout. Il faut évidemment de la clarté d'esprit, de la résolution, de la méthode et de l'adresse à exercer des choses (c'est là même la compétence). Pour autant, les surfeurs savent très bien que tout se fait en appui sur la vague.

C'est elle, par son impulsivité, sa force et son danger, qui définit ce qui est faisable : elle restreint et représente un potentiel de plaisir, de réalisation.

Agir, c'est circonscrire. Décider, c'est éliminer. Jouir, c'est expérimenter la contrainte.

Reprenons la métaphore du surf. Pour passer un bon moment, il faut :

| compétence technique (connaissances),
| planche de surf,
| bonne vague, bonnes conditions météo,
| contexte humain balisé (spot identifié comme tel),
| conjonction de tout ça, en live.

C'est cette conjonction qui fait tout. La relation entre tout ça fait un système, bien orienté ou non. La bonne entente de toutes ces composantes entre elles vous amène soit à jouir, soit à engloutir (ici le fond marin).

Il faut prendre toute la mesure du contexte, de ce qui bruisse, conditionne, porte ou empêche. La notion même d'individu, porteur de sa volonté propre, la notion même d'identité est à revoir : il faut l'envisager comme quelque chose de poreux, comme un ensemble avec ce qui englobe et - du coup - vaporise le Moi. Le grand anthropologue Ray L. Birdwhistell (1918-1994) fait comme un phare : L'unité d'analyse n'est pas la personne, prévient-il. Ce que nous appelons une personne [4] est un moment dans un ordre théorique donné [ndlr - une catégorie, une partie dans le rangement, dans l'ordre des choses] [...]. J'ai compris qu'un système de transport n'est pas fait d'une voie ferrée, de gares, de wagons, etc., mais que la chose dans son ensemble, le système, devient le processus ; les parties ne sont pertinentes que dans la mesure où elles constituent le processus de transport (La Nouvelle Communication, années 1970, ouvrage indispensable, simple, vivifiant, complet).

Tout est dans la relation, dans l'interaction. La vie est un orchestre où nous avons notre place dans la symphonie permanente : qui joue sur nous, dont nous jouons. Où tout se dessine et se décide et se joue. Et en direct.

Voilà qui caractérise la vie, et - partant - ce qu'on doit en faire, ou plutôt ce qu'on doit faire avec elle, avec ses principes (être libre, c'est comprendre les contraintes de la vie). Tout ça pour être heureux, puisqu'être heureux se vit dans le bassin de la vie (en dehors, c'est la rêverie, la perversion ou la folie).

Reparlons du lien [5], qui fait tout l'intérêt de tout. Le théologien, philosophe et psychologue Jean-Yves Leloup fait de Dieu même une essence unique en trois composantes. Dieu est tenu et plein de ses trois parties-prenantes : une générosité, qui est fondement-origine (le Père, également Mère puisqu'un père ne l'est qu'avec une mère), la présence manifestée de Dieu, à la fois organisatrice du monde et combinée dans la chair (le Logos, le Fils, incarné dans le garçon aîné de Marie) et la relation d'amour (le Saint-Esprit) qui unit le Fils au Père et baigne la Création. C'est la relation de deux puis (instantanément) de trois dynamiques qui fait la spécificité du Dieu unique. C'est cette vie intérieure qui caractérise l'Être (L'Évangile de Jean, 1989).

Il y a là comme une chimie, comme une combinatoire a priori. La sympathie opère à tous les plans.

Tout est dans le lien ou plutôt dans la relation [6], qui en est l'animation. De sorte que cette relation, éminemment énergétique, forme une entité. Elle participe des autres, boit à leur source, et pourtant constitue une force à part : dépendante-indépendante.

C'est ça la synergie.

Et si on va plus loin, c'est ça l'amour : dépendance-indépendance et sincérité. L'attachement libre (différent de la passion, qui est transport de poids). Je te connais, te connaissant je t'aime. Je me retrouve un peu en toi et je trouve en même temps la différence (altérité) dont j'ai besoin pour me sortir de moi. Et être davantage. Et être plus, et être mieux.




Fig. 1 - Chœur polyphonique sarde



Pour terminer, la quintina, synergie acoustique. C'est terrible et fascinant. Quatre hommes chantent, une cinquième voix s'ajoute : une voix de femme. Je vous laisse découvrir le splendide travail de l'ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob. C'est particulièrement saisissant en pages 3 et 4.

Brr. Mais whaao.

Excellente écoute.

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[1] Cf. fonction Animus.

[2] Revoir ces histoires de pensée magique, de croyances conditionnantes ou de Mojo.

[3] Fichu perfectionnisme.

[4] À mettre en parallèle avec ce que les bouddhistes voient de nébuleux, d'artificiel et de trompeur dans la notion d'individualité. Cf. les agrégats (la structure, les sensations, les représentations, les lois de cause à effet, la conscience - en clair ce qu'on appelle la réalité, ou les conditionnements, diraient les taoïstes).

[5] Le matérialisme fait de la matière un ensemble de propriétés orientées vers quelque chose : la constitution utilitaire d'ensembles et la désintégration de ceux-ci, au profit d'autres, ultérieurs, plus évolués et/ou mieux adaptés (cf. notion de progrès, d'évolution, d'enrichissement continu - il y a heureusement Stephen Jay Gould pour secouer tout ça). L'essentialisme se trompe tout autant, qui fait des choses des identités. Plus réalistes que tou ça : la théologie tri-unitaire, de même que tous les modèles scientifiques postmodernes, à base d'information, de complexité, d'empathie, de communication. S'y glisse une dimension sacrée (voir Le Sens du sacré) : c'est l'animation, issue de la combinaison de tout et aussitôt réinjectée dans le tout. Elle fait la tenue, la danse, les efforts et l'intérêt du monde et des gens.

[6] Le religare se fait par affinités : comme si la substance allait au contact de ce qui lui plait. Le sacré, c'est peut-être un peu ça aussi. Des choses a priori (en tête dirait l'humaniste érudit André Chouraqui).

[ Joël de Rosnay, dès les années 1970, décrit cette tendance morbide du tout-découper, pour lui privilégier une compétence à base de compréhension des contextes et d'écoute générale de ce qui se passe (Le Macroscope) | il faut aussi relire tout ce qu'Edgar Morin dit de lumineux sur la complexité : c'est un maître | rééquilibrer les hémisphères gauche et droit pour évaluer le monde et les situations, cf. cerveau | mettre à profit Georges Romey pour rétablir un dialogue entre Animus et Anima, microscope et macroscope, labor et intuition, esprit de géométrie et esprit de finesse (Blaise Pascal), capacités computationnelles et fabrique à images (Gilbert Durand) | sur cette simultanéité idées-sentiments, absolument voir Antonio Damasio | la logique floue, une tactique du cerveau pour agir avec ce grand point d'interrogation (l'imprévisible destinée de Romey) qu'est la vie | la fulgurance intuitive (Einstein, Mozart, etc.) et l'intensité aux choses ont souvent réputation de charlatanisme dans nos sociétés technico-scientifiques, où le temps passé à accomplir quelque chose a valeur de repère (toutes les étapes y sont controlables voire reproductibles ou industrialisables) | le blog de Bernard Lortat-Jacob ]  Read More


 Vie - 3e partieSun 25 Nov 2007
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Exceptionnellement, ce billet est (c) - Merci de votre compréhension

L'on a tort de penser que la mort d'un proche dépouille et appauvrit : au contraire. Elle élague, elle enlève les pensées secondaires et rapproche de la nature vraie des choses, d'un centre éternel [*] profond. En ça elle construit, mais ça fait mal. Quand j'étais petit, j'avais mal dans les jambes et mes parents m'expliquaient ça par la croissance. S'adapter est une douleur. Mes jambes disaient : Attention, travaux.

Ce qui harasse et mine, c'est le message que les neurones se transmettent à tous : Psst, il est mort, fais passer (le cerveau se reconfigure). Ce qui fait mal, c'est aussi le constat de la perte : Je ne le verrai plus (c'est le chagrin). Et il y a encore autre chose : Bon sang, je suis mortel moi aussi (débrouille-toi avec ça).

Ouais.

Je suis dans ce procédé de changement profond. Un deuil est un changement forcé. Mais ce qui force ramène toujours à la réalité, qui est le vrai siège de la vie. Réalité du moment, si dure, et réalité de la nature des choses en général. Il n'y a de vie que parce que la mort retire du monde des choses et des gens, vivre demande de la place et des ressources. C'est vrai. Par ailleurs, la mort donne un éclat à la vie : la vie n'a d'intérêt que parce qu'elle s'arrête un jour. Alors être soi-même et jouir devient une nécessité urgente. Gandhi, cité par Edgar Morin dans La Méthode, l'humanité de l'humanité, aurait dit que l'interdépendance de soi aux autres, en clair le religare, était un but en soi. Quelque chose de souhaitable et de sain. L'autonomie complète (d'origine grecque) est un leurre. Le vivre-ensemble, une bénédiction. L'enfer, c'est l'absence de l'autre.

Dernier truc, la mort met à plat les vanités (celles de l'Ecclésiaste) et oblige à avoir une spiritualité, elle interroge le fil de la vie : vie, tu t'arrêtes à la mort ou la transformation que tu procures par la mort est un tremplin vers autre chose ? Qu'est-ce que je vais devenir ? et les autres ? et ce mec qui me parle, ce prochain, qui me ressemble un peu (beaucoup) ?

Vivre c'est justement se régler avec les autres, c'est donner un parfum au tissu (complexus) qui nous nimbe et c'est s'harmoniser soi-même : tenir une place typique, dynamique, jouissive et vraie.

C'est vrai, ouais. Mais ça fait mal.

Beaucoup de témoignages parlent de comment ne pas être malheureux, un grand nombre de comment être satisfait, très peu de comment être heureux, en cohérence et en jouissance avec la nature profonde de ce que nous sommes.

En vrai : mortels.

Je me souviens des superbes conversations avec mon grand-père. Le vieil homme allait à l'essentiel. Celui qui avait été si plein était alors simple. Et sage.

Merci, Marcel : ça aussi c'était exemplaire. Peut-être autant (ou plus) que tout ce que tes mains avaient bâti.

Tes mains, elles vont nous manquer, mais on va faire avec.

God bless.
__

[*] C'est Jodorowsky qui rappelle que le cerveau fonctionne au présent : le passé, par la mémoire ou par l'intervention constante de l'inconscient, est en permanence effectif (influent) donc occurrent, donc présent. Quant au futur, il n'existe pas, c'est le fruit - tardif dans la psychogenèse individuelle - de l'imagination. En cela les bébés sont proches du temps cérébral originel, de l'intense présent, si voisin de l'éternité. L'éternité serait donc la mesure originelle de ce que nous sommes en dehors des conditionnements. De ce que nous sommes en vrai.

[ L'intelligent sait réduire la morsure de la gêne et de la contrariété : il sait résoudre des problèmes, il améliore (il crée) ou rétablit ; le sage, lui, a trouvé des actes ou des réponses à la mort, il vit en profondeur ]


 Mojo d'entreprise - 2e partieFri 12 Oct 2007
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[ < 1e partie ] [ Catégorie Organisation | mots-clés, permalien, commentaires ]

Ce qui est équilibré, c'est la mort : la mort est stable. À l'inverse, tout ce qui vit est mouvant, dynamique et transformatoire en puissance. C'est-à-dire porteur de champignons, de problèmes, de germes, de décalages et de contrariétés. Étant entendu que le problème est un fossé, une frustration entre les rêves d'épanouissement (appelons-les des objectifs) et les réalisations-terrain (mmh, sans appel). Un peu comme si la réalité faisait en permanence la nique au principe de plaisir. C'est comme ça. Que voulez-vous : c'est propre à la vie.

Reparlons du problème. Le problème est là, qui peut certes mener à la vraie mort si rien n'est fait (imaginons que tout explose, se corrompe ou perde son mojo, sa cohésion, sa raison d'être).

Le problème ? Il peut tout autant, et il faut voir ça, forcer un collectif à changer. Il est chargé de vie. Je veux dire que par essence, il incite un système à se transformer, par opposition au bidouillage d'une ou deux bricoles (cf. changement de degré 1 ou 2). Le bidouillage est tentant, presque naturel. En un sens, il est conservateur et rassurant. La métamorphose, elle, est exigeante et consommatrice d'énergie [*], c'est un processus quasi biologique.

Tout ça pour dire que la peur de changer se cheville aux corps. Témoin, cette conversation interne entre commerciaux. L'un d'entre eux fait un boulot superbe, fidélise et rassure ses clients. Qui, du coup, reviennent vers lui, de peur d'aller vers les autres, jugés plus rêches. Alors le collectif perd son équilibre, se décentre et dérive en direction du good salesman. Beaucoup l'envisagent comme une avarie : risque de... risquer quelque chose. Risque de perdre.

Ce que je dis moi, c'est qu'il est en déséquilibre, ce collectif. Bien sûr. Mais de ce déséquilibre stimulant et dynamique qui fait qu'on marche, appui instable après appui instable (l'enchaînement de ces instabilités, pour peu qu'on soit fluide et engagé, est équilibrant). Marcher, c'est évidemment risquer de tomber, mais c'est aussi jouir de vivre, être content de soi et rendre la course (la vraie) un jour possible. Voire même tout de suite, là : right now. Il faut y penser.



La lenteur fait tomber les anxieux,
pour les sagaces il y a... le roller


Quid de la conquête ? C'est, par définition, perdre la terre d'origine, le juste-avant. C'est aussi faire mieux (puisqu'on sort de soi-même, puisqu'on existe). Qui plus est, au contact ou dans la direction de celui qui nous fait vivre : le client, le bizarre, l'Autre.

Alors messieurs...
__

[*] Relire Henri Laborit. Ou mieux : Joël de Rosnay et son magnifique Macroscope, aussi indispensable à l'entreprise qu'une liasse fiscale.

[ Image (c) Placestosse @ Flickr.com | la peur de tomber, confirme Gilbert Durand, est un vieux schème, un vieil ensemble nerveux gravé dans nos têtes aux premiers âges de la vie, il est puissant (cf. héroïsme vertical et identitaire Vs mysticisme digestif et rentré en lui-même ou dynamique copulatoire, rythmée, mixte et circulatoire) | le mouvement mondial de la qualité, depuis 2000, insiste sur un lissage de tout en direction du client, celui pour qui les choses sont faites | dans le même registre - très parlant - la cale du PDCA (vidéo), une tentative de vérouiller les acquis (donc de rassurer une bonne fois pour toutes) mais aussi d'interdire le retour en arrière, donc d'autoriser la poussée d'évolution (cf. Romey) ]


 Dynamique de groupe - 8e partieTue 15 May 2007
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[ Stratégies de coopération, les meilleures - 7e partie ] Dynamique de groupe - 8e partie [ Coopération ou défection, c'est selon - 9e partie > ]


Un collectif humain, c'est un organisme vivant - illustration


Un peu datées les prises de note à la main. Les psychosociologues, fussent-ils d'entreprise, modélisent encore à l'ancienne les rapports (attachements et rapports de force - générateurs de confort ou d'inconfort socioémotionnel), bref ils modélisent encore à la main les états et surtout les « transactions » entre humains, entre collaborateurs : Untel fait ci, tel autre fait ça, je note ci, je note ça. Plutôt que Robert F. Bales et sa notation figée (effet « procès verbal », tout est consigné), je préfère de loin les modèles dessinés (cartographiques) de Jacob L. Moreno, plus dynamiques, beaucoup plus fluides, plus réalistes. Dans la saisie du vivant.

Parlons programmes. Nous sommes en 2007. Et pour étudier l'évolution d'un système (ex. une équipe), l'informatique fait des prouesses. C'est net. Des prouesses de pédagogie d'abord : tout s'anime et devient parlant. Le dilemme des prisonniers devient une clé d'entrée tangible, l'on comprend foule de choses. Mais pour aller plus loin encore, je vous propose le Jeu de la vie de Paul Callahan.

Il s'agit d'un programme sur la Toile : vous placez des cellules vivantes (ici des points) sur un graphe et regardez comment elles s'animent, s'agrègent et vivent. Amusons-nous :



(J'adore ce truc, je l'ai trouvé en navigant depuis la page du grand Robert Axelrod.)

Voyons... Mille choses à vous dire. Mais je dois voir un client...

A très bientôt : commentez si vous le souhaitez.

[ La vie, kesako ? Dans les sciences de la vie, de l'homme et des sociétés, la vie s'envisage comme à la fois ce qui met en mouvement le tissu des choses (le complexus), et la somme de ces mouvements eux mêmes. Mouvements qui se tendent vers la félicité (niveau de satisfaction stable et/ou croissant) de chacun ou presque des systèmes compris dans ledit tissu. Sachant qu'un regroupement (agrégation) de systèmes (par exemple des cellules) engendre un tissu plus grand (mettons, un organe), plus ou moins stable, posons que tout tissu est lui aussi doué de logique interne et donc de poussées - en prise avec le dedans et avec le dehors - qui le conduisent à fabriquer sa propre félicité. Terminons ici. Toute félicité est plus ou moins compatible avec celle des systèmes d'à côté, avec celle des systèmes du dessous (plus petits, plus élémentaires), avec celle des systèmes du dessus : plus englobants | consulter, à ce sujet, le modèle de Max Sandor | Palo Alto et les niveaux logiques | scénario de la vaine pature | une autre vidéo | le résultat de l'entropie, c'est peut-être la fin de la coopération, c'est-à-dire la mort... relative puisque les déchets d'un système impactent et fécondent un autre système - ce mouvement continu, c'est la vie | aah, l'ouroboros ]


 Ma formation - 2e partieSun 21 Jan 2007
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[ << Trente ans - 1e partie ] Trente et un ans - 2e partie


Je suis, pardonnez-moi, obligé de mettre ce billet sous copyright
~ c'est comme ça (la la laah la)



Traces à mes enfants

Le Net repose sur des 0 et des 1, il a un côté fragile. Tout, y compris cette jolie chose qu'est Wikipedia, risque de mourir d'un coup. En vrai ? Oui et non. Mais théoriquement, les supports numériques sont plus éphémères que la pierre sculptée [1]. C'est ce qu'on appelle la finitude, je veux dire que si le Net était un système conscient de lui-même, il serait presque humain : conscient qu'entre la naissance et la borne ultime (la mort), il y a tout l'enjeu de l'amour [2], tout l'enjeu de l'accomplissement [3].

Parlons accomplissement, tiens. Je veux ici dire ce que je retire du travail : les lois qui marchent pour moi. Je vous les livre, et en même temps j'ai une pensée pour mes enfants. Enfants à qui je dis : Voilà du concentré, voilà des conseils. Alors je les donne. Chers vous tous, j'ai trente-et-un ans cette semaine [4] et je vous livre ici le plus profond de mon coeur, dans ce qui occupe ce blog : le plaisir et le discernement touchant au travail. Compléments commentés et personnels bienvenus. Il y a huit principes-éclairs. On y va ?

1. La portabilité - Savoir facilement changer de casquette (père ou mère, professionnel-le, ami-e, etc.) au sein d'une même journée, c'est gage de sérénité,

2. Le coeur - Savoir apprendre de tout le monde, en toute naïveté émerveillée, tout le temps,

3. La visée absolue - Considérer qu'on va mourir un jour pour occuper le maximum de son temps à être heureux, comme une tâche noble et sacrée,

4. Le discernement - Savoir où sont ses proches et leur faire plaisir le plus souvent possible, c'est gage de joie, c'est gage de paix,

5. L'information pure - Poser aux gens des questions, y compris basiques ou attendues, pour confirmer plutôt que supposer, c'est là une source claire pour s'orienter chaque jour,

6. Confiance en soi - Ecouter son intuition, donner le primat à l'expérience intérieure, à l'instinct, et attendre qu'une pulsation intime fasse vibrer quelque chose pour alors coiffer cette résonance d'un processus intellectuel, voilà qui rend heureux, voilà qui relève d'un appui sain sur soi, l'amour-propre devient jaillissant et solide,

7. Jouissance de soi - Se respecter, en corps, en âme, en esprit, pour allonger la longueur de ses jours et faire de soi-même un ami fiable,

8. jouissance du monde - Prendre plaisir à tout, y compris à la difficulté, voilà qui réjouit le coeur, la vie, le sommeil et les idées.

Bien sûr, je suis croyant. J'ai aussi plusieurs bons maîtres, que je mets dans le coeur de tout ça, puis dans une première couronne et enfin dans une deuxième couronne. Le coeur : Alexandro Jodorowsky, Charlie 'Tremendous' Jones, Don Miguel Ruiz. Je passe à la première couronne : Kenneth Blanchard, Taibi Kahler. Deuxième rang ? Françoise Dolto, Jean Monbourquette, les braves stoïciens et - versant asiatique - Tchouang Tseu ; ensuite Paul Watzlawick, Edgar Morin, Anne Ancelin Schützenberger.

Plus intimement, il y a les exemples de ma famille. Et de quelques amis, mais là, c'est mon jardin secret. Pour mes enfants.

Très bonne fin de week-end,

Lionel

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[1] Parlons de civilisations du passé. Connaissez-vous Jiroft ? Splendide et fou.

[2] L'amour, c'est le bon et beau lien, de soi à soi et de soi aux gens et aux choses.

[3] Ce qui est la même chose à mes yeux.

[4] Il existe une liste de cadeaux oscillant entre 4 et 60 €, ici.

Consultez tous les auteurs cités,

[ Jiroft et Richard Covington | Jiroft sur Arte | Jean 'Moebius' Giraud, belles dédicaces ]  Read More


 Vrac de janvier - 8e partieFri 19 Jan 2007
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[ < Culbuto et F2F | Communication - 7e partie ] Vrac de janvier - 8e partie [ Vrac de presqu'été - 9e partie > ]


E bella la vita !


Fier de moi : voilà ce que je suis. L'effet culbuto, abordé ici, joue pleinement aujourd'hui. Je pourrais être abattu et c'est l'inverse qui se produit. Merci (et grands bravos) à moi - oui ! Mille raisons de jeter l'éponge brillent de leurs feux froids. Eh bien moi, j'ai de très bonnes raisons (et de très grands plaisirs) à vivre, à jouir, à me battre, à comprendre. Le pilier-moteur, c'est la poursuite du bonheur, ou plutôt l'envie, la grâce et la joie. En clair, la vie. La vie suffit : la vie s'autosuffit. Vivre est un bonheur en soi. (C'est Casanova qui le dit, il a raison - Spinoza, avant lui, disait que la félicité était... une fin en soi.) Jodorowsky, le probablement plus grand artiste-philosophe du XXe siècle, confirme tout ça en vivant. En créant... En riant.

La beauté est calme et folie, humour, courage. La beauté ? Confiance et foi, è bella la vita !

En outre, plusieurs choses précises me mettent en joie profonde. Il y a, depuis quelques jours, ces deux superbes livres. Profitez-en :



Et puis il y a (juste en dessous) cette magnifique illustration du complexus dans lequel nous vivons. Le tissu de la vie est dynamique comme un vrai tissu : il prend une forme, se reconfigure, s'actualise en direct comme un vêtement. De plus, les accrocs de la maille de l'épaule (événement A) peuvent déliter l'ensemble de l'étoffe et affecter la maille ou le bouton du bas (conséquence B). De la même manière, par capillarité, le fait de mettre un parfum précieux à un endroit du vêtement diffuse et fait boire la beauté balsamaire à l'ensemble. Nos vies ont un impact (merci Matoo et Max Le Mans) - look :



Spin
envoyé par Fredy_K



[ Tenez, un chat avec l'un des auteurs de 80 Hommes, Matthieu Le Roux | Les Quatre Accords - ressources de Thierry Cros | Maud Séjournant et Olivier Clerc | Don Miguel Ruiz se range parmi les grands du management, consultez donc l'excellent Businessballs | le complexus est une notion maîtresse du travail du lumineux Edgar Morin | attributs du complexus en sciences humaines | voir le grand Jodo | << Quand j'étais petit, mon père me disait qu'un château humain certes ne prenait pas de coups mais ses fortifications l'empêchent aussi de vivre les courants et les stimulations de la vie, c'est-à-dire le bonheur >> - Un psychothérapeute toulousain, fils de psychothérapeute | croyances limitatrices, à corréler avec les scenarios morbides - prophéties autoréalisatrices de William Isaac Thomas, incitateurs de Taibi Kahler (drivers) et jeux d'Eric Berne (stratagèmes inconscients) | Jean Cottraux, un spécialiste de l'inconscient et de ses scénarios morbides | ce qui est morbide, c'est ce qui s'autolimite, s'autocensure et bégaye | la vie, c'est sortir de l'idée de sécurité et accepter le tout-venant avec sérénité, avec joie ! - cf. Tchouang Tseu | blessed are the flexible for they will not snap ]


 Systémique... ta mère - 11e partieSat 9 Dec 2006
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[ < Tire-bouchons - 10e partie | besoins Vs attentes | névrose de groupe | permanence et changement ] Systémique... ta mère [ 12e partie > ]

Harmonie

<< Les groupes de pensée se comportent à la manière d'un individu névrosé : ils nourrissent un complexe de l'enceinte. Dans ces lieux clos où ne pénètre que celui qui présente les signes de l'appartenance, on oeuvre au maintien, cet oppresseur des énergies créatrices. [...] Mon propos [...] est un acte de foi dans les deux courants dont dépendent les choses de la vie : le besoin de permanence, qui pousse tout organisme à sa conservation, et la pulsion d'évolution, qui assure son devenir. Hors d'un équilibre entre ces deux fonctions, rien ne peut exister dans l'harmonie. >>

Georges Romey, ancien consultant en organisation, psychothérapeute érudit, il est - avec Jean Monbourquette et Gilbert Durand - certainement le meilleur néo-jungien d'expression francophone, intellectuellement proche - par ailleurs - de Carl Rogers et de l'approche psychoneurologique d'Arthur Janov



[ Rendez absolument visite à Mickal | le changement, toute une théma | les territoires | Adrel, ressource officielle pour le courant thérapeutique de Georges Romey, le rêve éveillé libre ]


 Motivation, facteurs intrinsèques et extrinsèques - 2e partieFri 13 Oct 2006
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[ << Ce qui dépend de nous - 1e partie ] Confiance en soi - 2e partie [ Les pieds dans le tapis - 3e partie >> ]


Facteurs motivationnels intrinsèques et extrinsèques
~ les ressorts de l'intra et de l'extramotivation



Emotionnellement parlant, il y a deux types de porteurs de projet. Les premiers ont intériorisé tous les compliments, toutes les marques de confiance et d'estime jadis adressés par leurs proches. Je dis jadis pour parler de l'enfance. Ces gens-là disposent d'un capital d'assertivité (affirmation de soi) et de foi en eux-mêmes qui les amène généralement loin [1]. Eh oui. Valoriser les enfants, en quantités intelligentes, c'est leur fournir le carburant qui leur permettra de persévérer dans un projet. Persévérer [2] en dépit : 1. du principe de réalité, tellement castrateur, 2. des critiques liées au balisage permanent des territoires humains, 3. du manque persistant de strokes, en cas de pénurie prononcée.

Et puis il y a les autres.

Les autres, ce sont ceux qui ont besoin de proches. Ils mettent à profit les strokes de leur entourage. Et c'est là leur moteur. L'on appelle cela : tirer sa motivation de facteurs extrinsèques, ici socioémotionnels.

C'est comme ça. Je sais que l'Education nationale encourage les appuis motivationnels internes (travail personnel important) et - côté externe - qu'elle confie le gros des strokes au bon vouloir des professeurs, encore trop souvent inconditionnels dans leurs remarques (cf. "Peut mieux faire", dans l'absolu).

L'idéal, c'est d'avoir les deux leviers. Des leviers sains et assumés. S'appuyer sur soi et sur les autres équivaut à avoir plusieurs colonnes dans sa maison.

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[1] Ils vont loin si tant est que le projet soit bon (voir ceci). Ou qu'ils en changent sitôt qu'il produit des fruits douteux. Parlons de ceux qui vont loin, justement. Napoléon Bonaparte avait tellement confiance en lui (merci à sa maman Corse) qu'il se fiait à son instinct en toute circonstance. Son ambition et son sens de l'observation (ressorts intrinsèques) lui suffisaient amplement. Pour être si autonome, du point de vue motivationnel, il faut - comme lui - être valorisé abondamment. Dès le plus jeune âge. Il était persuadé d'aller loin, dans tous les cas. N'importe où que ce soit. L'Histoire a d'ailleurs cristallisé ce trait mental dans une citation restée célèbre : Il ne va pas bien loin celui qui sait d'avance où il va. Ce qui plaide en faveur de l'impulsion interne, de la force désirante qui s'autosuffit. (Quand elle est mise en synergie avec une force d'adaptation et une capacité à engranger les expériences, comme chez Napoléon.)

[2] A l'instar du "père-haine" que le psychanalyste Yves Enrègle entend dans l'adjectif pérenne, il me semble que le persévère sonne comme un "père-sévère". (A relier d'ailleurs à la description que Taibi Kahler fait du profil du Persévérant.) Et vous, qu'en dites-vous ?

[ Les incitateurs (drivers) sont des injonctions parentales, passées en mode inconscient - donc constructrices de scenarii de vie ; ces incitateurs s'actualisent dans les épreuves et souvent se confirment voire se renforcent | l'expérience montre que les intramotivés ont tendance à trouver satisfaction dans les retours d'eux à eux (attention à la subjectivité, ou au syndrôme de la "tête de mule"), tandis que les extramotivés, en cas de coup dur, attendent souvent les confirmations d'un entourage parfois déconnecté (être proche émotionnellement, cela peut induire une certaine distance intellectuelle ou une saisie incorrecte - souvent à la baisse - des enjeux de celui qui, dans l'épreuve, demande des strokes) | l'on se souvient combien Françoise Dolto préconisait les marques d'affection claires et fréquentes, pour les enfants, afin de les rendre autonomes sur le plan affectif (et cognitif, donc intellectuel - l'on sait depuis Antonio Damasio combien les affects et les idées sont liés) | elle avait bien raison, Dolto - dire tout l'amour pour permettre à l'autre de "faire le plein" et de se détacher pour vivre une vie libre, c'est la finalité psychique absolue | ajoutez cette liberté à la créativité et à la présence au monde, dans son acception la plus grande, vous avez là le triptyque cher à Alexandro Jodorowsky, certainement le plus doltoïen des psychothérapeutes actuels, avec peut-être Jacques Salomé | à propos de l'assertivité, je me souviens qu'une Franco-Américaine expliquait sur France culture, il y a un an ou deux, que les petits Américains qui se cassaient la figure dans les parcs publics étaient encouragés par leur mère à recommencer leur défi physique, alors que les mères françaises réprimandaient systématiquement leur bambin pleureur - ah, la culture ! ]


 Systémique... ta mère - 7e partieThu 22 Jun 2006
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La bonne marche des systèmes
- Modéliser des actions (correctes) en environnement complexe



Je connais Max Sandor [1] depuis un an ou deux. Ce type est passionnant. C'est Flemming qui m'a présenté ce globe-trotter érudit, docteur en cybernétique [2], quand Max est venu à Toulouse : je l'ai aidé pour une étude de marché. Que dire ? Le bonhomme connaît l'allemand (langue maternelle), l'anglo-américain (Flemming l'a connu aux Etats-Unis), le portugais puisqu'il vit au Brésil. Par ailleurs, il parle l'italien pour affaires, mais aussi l'occitan (si !) et le sanscrit. Sa passion : les religions et les systèmes cognitifs (fabrication de sens) qu'ils engendrent. Un personnage...

Hier, en lisant son article sur les mèmes [3], j'ai eu envie de le relier à une ressource fraîchement mise à jour par mes soins, qui parle des archétypes. Je vous dévoile d'abord le modèle de Max. Puis nous abordons cette histoire d'archétypes, sous un angle nouveau vous allez voir.

Alors commençons par le modèle de Max. Il s'agit du Théorème d'amplification de mèmes (2006).

Il faut entendre par processus une activité locale finalisée. Kesako ? Une activité : 1. constatable à notre échelle, 2. vectorisée, c'est-à-dire orientée naturellement vers quelque chose : son propre acccomplissement. Ce pour quoi elle est faite. On le sait, les systèmes vivants sont finalisés. Un exemple ? Le projet d'entreprise, qui apporte à l'équipe humaine une finalité : par exemple son lot de rapports positifs au monde, son lot de bonheur. La finalité de tout processus ici-bas, explique Max, c'est d'obtenir la résonnance maximale avec une, et une seule, super-énergie. La super-énergie, c'est un arrangement de plus haut niveau (tout n'étant que systèmes) qui délivre aux choses une signification, une fulgurance et une fluidité (une facilité) particulières. Le cybernéticien compare cet état à une musique intérieure, transcendante, qui délivre une humeur particulière. Une magie. Max de poursuivre : 1. un processus local se termine exactement quand une résonnance locale est trouvée. 2. Par ailleurs, un processus local aura tendance à entrer en compétition avec d'autres jeux [activités, interactions] locaux, pour maîtriser le niveau de processus [le système] du niveau d'après. Quoi d'autre ? 3. Si la résonnance ainsi obtenue [4] est suffisamment proche de la super-énergie originelle, le processus se détruira de lui-même (c'est la catastrophe de résonnance). Deux cas sont possibles : soit le processus implose (destructive game - commerce destructif) et ne laisse aucune trace, soit il explose [5], propage ses fragments dans les systèmes parallèles (contamination, déstabilisation, enrichissement par ricochet). Certes cette explosion relève-t-elle de l'infecting game. Elle relève également du constructive game [commerce constructif]. Continuons : 5. les processus obéissent à une architecture qui va par 2. Dans la plupart des représentations philosophiques traditionnelles (mais peut-être aussi dans nos systèmes techniques, au fond) des polarités-mères (une 'plus' et une 'moins') tissent par combinaison tout ce qui fait la complexité du monde [6]. Engeandrant ainsi l'ADN (le modèle, les archétypes) des choses. Tout se charpente selon un shéma binaire : il y aurait 256 (2 puissance 8) polarités, à l'origine de 1024 (2 puissance 10) super-énergies différentes. Nous nageons en pleine émergence : quelques lois d'organisation simples font surgir la complexité la plus dense (il suffit de voir tout ce que quelques acides aminés sont capables de faire en termes de muscles, de nerfs, de cheveux, de globules rouges). 7. La polarité 'plus' fournit la super-énergie du régime implosif, localement stérile. La polarité 'moins' conditionne, elle, le commerce explosif, extraverti.

Le système est binaire, certes. Il est aussi combinatoire. Partant ainsi vers l'infini...



Fig. 1 - Maximilian Joachim Sandor


L'entropie ? Un classique. Que Max interprète sous l'angle de super-énergies chargées 'moins', se propageant par explosion. Il y a diffusion de quelque chose. (L'autodestruction, nous l'avons vu, gomme toute trace.) La polarité ? Une matrice, une filière super-énergétique. Un modèle 'atomique' (le plus petit possible) de la vie : un archétype, tout en potentiel.

Et puisque nous parlons de potentiel, je veux maintenant vous parler de ces potentiels contrariés, ces énergies qui se bloquent : elles sont pénalisées par des arrangements (des structures) pathologiques. Les stuctures collectives sont des organismes quasi biologiques. Ils ont une morphologie [7] et cette structure interagit avec le monde. Pour le meilleur et pour le pire. De sorte qu'entre elles, les structures se stimulent ou se bloquent, par des jeux de synergie [8]. Regardons de près et donnons la parole à l'expert américain en management William Braun.

Il y a, selon lui, dix compositions dynamiques (modèles génériques, archétypes) qui entravent la bonne marche des actions visées. Dix scenarii s'actualisent :

1. Limites à la croissance / au succès. L'on doit cet archétype (1972) à Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William Behrens. L'idée ? Nous semons les graines de notre propre destruction [9]. Il y a des limites en tout lieu : l'on peut légitimement douter des cercles vertueux indéfinis (renforcements positifs). Quelque part, en marge du système - ou en prise directe avec lui -, pousse (souvent de notre fait) un contre-système qui limite voire annule les efforts du premier. Cette idée me fait dire qu'une bonne caractérisation de projet doit (théoriquement) tenir compte de tous les tenants, même les plus éloignés. Je m'explique : tous les territoires des parties-prenantes doivent être balisés, pour envisager la survenue d'un contre-phénomène (ou d'un contre-pouvoir) de toutes les directions possibles. Dans un village, l'association désireuse de faire émerger une crèche parentale doit se poser la question de Qui est concerné et impacté par la chose : les enfants, leurs parents, les entreprises des parents, les commerces environnants, l'école, l'équipe municipale, l'opposition, le propriétaire du champ, le notaire, la Dass, l'architecte, ses concurrents, etc. Pré-recquis : envisager l'interrelationnel dynamique de toutes les parties-prenantes (effets de bascule et de seuil, opérateurs bernéens, etc.),

2. Le fardeau (shifting the burden). Cette situation survient quand un processus simple à réaliser - et porteur de gratifications immédiates [10] - aimante (vampirise) l'énergie de tout un groupe qui oeuvrait au départ sur un processus de plus longue haleine. C'est la solution de facilité, où le rapport efforts/résultats immédiats incite à traiter les symptômes (le superficiel, le court terme, le récurrent) plutôt que le fond. Un scénario propre à bien des actions d'intervention en management, déplore William Braun,

3. Baisser la barre / Grignoter (eroding goals). Ce scénario part du constat qu'il y a un problème, un fossé entre d'une part un objectif (toujours chiffré) et d'autre part sa condition de réalisation. Constat amer de l'inadéquation entre ce que l'on voulait et ce qui se passe [11]. Que faire ? La tentation est grande de laisser alors s'exprimer un mouvement de baisse : l'objectif de départ est ajusté, tiré vers le bas. A surveiller : ce que cette baisse cache, en termes d'ambition. A terme, prévient William Braun, cette tendance porte un coup d'arrêt à la performance. La productivité bat de l'aile,




Fig. 2 - Les systèmes sont des fleuves qui,
entre eux, forment des méandres



4. L'escalade (escalation). Ici, deux systèmes sont en compétition et risquent la surchauffe. Sous couvert de protéger et/ou de pérenniser les intérêts de leur organisation, des managers entretiennent une surenchère, une émulation constante, préjudiciable - à terme - aux clients comme aux détenteurs du capital. C'est la compétition à tout va : le clan A contre le clan B, perçu comme une menace. Les risques : division des forces, perte de la cohésion, de l'intérêt commun, du gain synergétique, brouillage de l'image projetée sur l'extérieur, course-poursuite vers un point de rupture, dévalorisation et 'casse' psychologique [12],

5. A chacun selon ses mérites / On ne prête qu'aux riches (success to the successful). C'est la prime au mérite : l'on alloue de nouvelles ressources (et de nouvelles gratifications) à ceux qui réussissent déjà. Les présupposés : les autres vont vouloir la même chose et se surpasser, le cercle vertueux va continuer indéfiniment, tout (succès comme échecs) est fonction de la performance des opérateurs. Nous sommes dans une forme de croyance au progrès, à la volonté et à la linéarité des choses (maîtrise d'une chaîne de cause à effet). C'est sans compter sur la complexité (tissu mouvant) des choses : les rétroactions et autres revirements sont pourtant légion. Sans parler des effets pervers de la rivalité et de la surchauffe (burn-out, démotivation). En outre, la prime au meilleur passe à la trappe les réalités du management situationnel (compétence/motivation de la personne, dans un espace et un temps donnés, sur un processus et une période précis). Le coaching de compétences est quantité négligeable : 'quand on veut, on peut', martelle l'institution (cf. confiance en soi ou encore Mojo d'entreprise),

6. La tragédie des communaux / de la vaine pâture / Dilemme du berger / des prisonniers (tragedy of the commons). Configuration selon laquelle un capital commun (les champs communaux - Garrett Hardin), par exemple la Sécurité sociale ou l'air que l'on respire, est pillé par chaque opérateur. Pourquoi ? Le manager de projets Michel Vaugrante le résume à merveille : je suis un bateau pêcheur, sur la grande mer, qui est à tout le monde et à personne, si je n'en profite pas, l'autre bateau (ou l'autre compagnie) va bien en profiter, donc...!, par ailleurs les autres le font, alors moi aussi, sinon je serais idiot de ne pas faire la même chose. Cette absence de propriété, de responsabilités individuelles, d'arbitrage marqué, légitime et régulateur, menace les ressources. Le risque : affaiblir et tuer le capital de tous [13]. Nous sommes à l'opposé du gagnant-gagnant. Cet archétype, orienté court-terme (et réductionniste, observe Braun), grève la pérennité des ressources,




Fig. 3 - Les systèmes ont une grammaire
(synergétique ou bloquante) bien à eux



7. Le remède pire que le problème (fixes that fail). Le problème traité manifeste, à l'usage, un dysfonctionnement plus préoccupant qu'à l'origine. Il y a comme un cercle vicieux : une poche à problème, indépendante, enfle. Et enfle encore. Dommage : l'accumulation d'effets secondaires, à terme doués d'une vie et d'une énergie propres parasitent l'activité principale et viennent consommer le temps et les ressources habituellement dévolus à la marche collective,

8. Croissance et désengagement (growth and underinvestment). Une demande augmente pendant que l'offre de l'entreprise s'essouffle : les parties-prenantes se loupent. La tentation, c'est de limiter la surface d'échange alors qu'il faut et fournir du cash à l'offre (approche quantitative), et se replonger dans les attentes de la demande (démarche qualitative, ciblage),

9. Adversaires par accident (accidental adversaries). Nous sommes à l'opposé de l'archétype 6 : ici, la pâture est correctement investie, chacune des parties prenant en charge ce que l'autre lui délègue, en vue d'une efficience à plusieurs (efficience = atteinte des objectifs avec des moyens, des ressources telles que le temps et l'argent, réduites au minimum du minimum). Que se passe-t-il, en quoi l'entente cordiale est-elle rompue ? De manière souvent involontaire, l'une des parties réalise quelque chose que l'autre interprète comme étrangère à l'esprit du contrat, explique Braun. Le complexe de trahison entraîne la partie 'lésée' (à tort ou à raison) vers le contentieux, pour cause non pas de lettre mais d'esprit rompu. A l'extrême, cette confiance 'trahie' peut se transformer en croisade. A rapprocher du Cette fois je te tiens, salaud d'Eric Berne. Porte de sortie : renouer avec la vision commune (c'est le moment de ressortir le Guide d'Yves Enrègle),

10. Le principe d'attractivité (attractiveness principle). Braun en cite les racines : l'école du Systems Thinker (avec Michael R. Goodman, partisan d'une grammaire des systèmes comme langage des organisations), mais aussi Art Kleiner et Gene Bellinger. Que dire ? Confrontés à de multiples défis, les managers doivent trancher quel problème (ou typologie de problème) est le plus tentant, en termes d'impact sur l'organisation. C'est la voie de la priorisation : l'idée de risque est là, les petites actions produisent (théoriquement) de petits changements alors que de 'fortes' préconisations peuvent amener de grandes réussites. L'Amdec et sa priorisation des effets permet, à mon sens, de trancher le noeud gordien. Il faut modéliser les conséquences de chaque acte possible, en insistant sur les effets de seuil : faire A peut certes impacter Z mais il faut envisager, en parallèle, que beaucoup de A entraîne - peut-être - une amorce ou un regain de B. D'accord ?

Allez, j'y vais. Encore des choses à faire...

En résumé, les systèmes vivent et meurent. Ils peuvent en contaminer d'autres, par leur propre destruction, ou - au contraire - s'affaisser sur eux-mêmes. Ils tendent vers quelque chose. Par ailleurs, dix jeux intersystèmes (structures primaires) 'coincent' la bonne marche des organisations. Le dialogue, ici conflictuel, entre systèmes peut 'gripper' les choses. La synergie est certes forte. Le blocage a tout autant de prise : la complexité a sa propre combinatoire. L'histoire, au sein des institutions, parfois bégaie. Et les choses empruntent d'étonnantes figures de style.

Discernement de mise, donc, pour tous les opérateurs en complexité. Au plaisir !

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[1] Encore un blogueur Orgspace.

[2] La cybernétique sous l'angle philosophique classique, et très clair, d'Emmanuel Ferraguti.

[3] Le mème est un objet théorique. Il serait à la culture ce que le gène est au patrimoine biologique : un vecteur mimétique (qui se répand, se copie, se développe par reproduction voire par imitation), se propageant ainsi de l'un à l'autre - ou de groupe à groupe - en fonction de l'impératif d'évolution (adéquation écologique) du moment. Ou de la période, pour de plus grandes plages. Voir ceci. Bifurquons un peu. Concernant le mimétisme (terme inspirateur de la toute récente mémétique), c'est certainement René Girard qu'il faut consulter. Ses applications en dynamique de groupe (désignation inconsciente du bouc émissaire) sont fécondes : témoin, la figure d'Assurancetourix, le mobilisateur négatif d'Yves Enrègle.

[4] Cf. Henri Atlan et son organisation (arrangement) cristalline des choses. L'on sent chez Atlan que cette configuration (quoiqu'optimale, selon moi) est porteuse de mort : elle est figée.

[5] En 1850, indique Wikipédia, une troupe traversant au pas cadencé le pont de la Basse-Chaîne, pont suspendu sur la Maine à Angers, provoqua la rupture du pont par résonance et la mort de 226 soldats. Depuis, le réglement militaire interdit de marcher au pas sur un pont. Article sur la résonance.

[6] Le taoïsme, bien sûr, est dans cette veine. Il faut lire Léon Wieger et son très accesible Tao Tei King.

[7] Cf la Gestalt : physionomie, forme, arrangement contextuel, structure, architecture synergétique. Un bon synonyme : la configuration.

[8] Convoquons ici le fougueux Francisco J. Varela (biologiste) : pour un scientifique en prise avec les enjeux actuels, << la stratégie [...] est de construire un système cognitif à partir, non pas de symboles et de règles, mais de constituants simples qui peuvent dynamiquement être reliés les uns aux autres de manière très dense. Ici, chaque constituant fonctionne seulement dans un environnement local de sorte que le système ne peut être actionné par un agent extérieur qui en tournerait [...] la manivelle. Mais grâce à la nature configurationnelle du système, une coopération globale en émerge spontanément lorsque les états de chaque 'neurone' en cause atteignent un stade satisfaisant. Un tel système ne recquiert donc pas d'unité centrale de traitement [ndlr - la fameuse boîte noire] pour contrôler son fonctionnement. Ce transfert de règles locales à la cohérence globale est le coeur de ce qu'il convenait d'appeler l'auto-organisation durant les années de la cybernétique. Aujourd'hui, on préfère parler de propriétés émergentes ou globales, de réseaux dynamiques, ou non linéaires, de systèmes complexes, ou encore même de synergétique. >>

[9] Ce 'Non' inclus dans le 'Oui, vas-y' rappelle à bien des égards les injonctions paradoxales (double binds) de l'Ecole de Palo Alto. L'on constate que le fruit facilitateur contient un ver restrictif, morbide, qui 'court-circuite' le mécanisme du départ. Un jeu psychologique ? Oui : une sorte de jeu ramassé sur lui-même, où le germe cohabite d'emblée avec la 'solution'. Lire les incitateurs de même que le travail (mortifère, s'il est mal configuré) de l'Ombre.

[10] L'on sait depuis René Arped Spitz que l'homme 'carbure' aux strokes. Cf. motivation et profils humains.

[11] Sigmund Freud, l'un des plus éminents cartographes de la frustration (et donc de l'action) humaine, envisageait déjà le fait humain comme une trajectoire poussée par la recherche du plaisir, mais contrariée tout le temps par la réalité (les contingences culturelles, biologiques, légales). Cf. principes de plaisir et de réalité. Du dialogue entre ces deux principes (adaptation permanente, actualisation de compromis, ou symbiose comme le dirait de son côté Carl G. Jung) naissent la pensée et l'action de l'homme. Sur la symbiose, lire cette note de Marie-Louise von Franz.

[12] Mettre à profit les jeux d'Eric Berne. Ici de Persécuteur (Battez-vous). Et pour se détendre, prévoir un détour par le P'tit D.

[13] C'est là toute la préoccupation des nombreux souscripteurs (et propulseurs) de la licence universelle Creative Commons, à laquelle Absara s'associe.

[ Bravo aux Bleus, partis pour les quarts de finale ! | images (c) Ifacollege.com, Photopix.de & Kconnors.com | La synergie ? Ce montage énergétique qui fait, par exemple, que les lettres R, A, U, M et O, correctement arrangées, délivrent toutes ensemble le sens nouveau (impact et portée inédits) du mot AMOUR | une présentation de Max Sandor | Karen Marais (MIT) & Nancy G. Leveson's systems dynamics (pdf) | The Systems Thinker, online glossary | Organizational Learning Lexicon | Francisco J. Varela, une introduction à sa pensée | son fabuleux travail sur la conscience, catégorie philosophique et cognitive (anthropologique, au sens pluridisciplinaire, donc plein) | la cognition pour les nuls | thématique : les archétypes | Les archétypes organisationnels et les scenarii morbides de Jean Cottraux, des passerelles possibles ? | Peut-on caractériser un système de processus de la même manière qu'un profil humain ? ]  Read More


 Sans problème il n'y aurait pas de créationThu 15 Jun 2006
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Nul n'est manager s'il n'est un peu philosophe, c'est-à-dire présent aux choses et aux gens : intense. Les sciences humaines, combinées avec les sciences sociales, sont d'un secours immense pour cartographier les scénarios possibles. Le désir de piloter un bateau (étymologiquement faire de la cybernétique) met tout le monde d'accord. Je veux dire tant Platon (Ve s. av. J.-C.), qui emploie le terme pour la première fois, que le mathématicien Norbert Wiener (XXe s.), qui le développe dans de nouvelles (et bien fécondes) perspectives. Qualiticiens et managers sont eux aussi à la tête de quelque chose. De même que les personnes qui gèrent des flux (argent, temps, ressources) [1]. De sorte que l'entreprise est tout autant en prise avec les sciences de la complexité que le laboratoire universitaire. Et que la vie. D'ailleurs, en ce début de XXIe siècle, les sciences dures [2], les sciences molles [3], le management [4] font cause commune : sortir des chapelles et venir s'interfrotter. Témoin, la démarche d'Emmanuel Ferraguti, prof de philosophie, érudit de sciences. Et blogueur. Pour lui, le cap est passé : tout - je dis bien tout - est philosophie, c'est-à-dire amour de la vie et recherche de solutions. Let's go.





Absara.com : - Emmanuel, pourquoi t'intéresses-tu aux sciences humaines et cognitives [5] ? Quelles connexions y vois-tu avec la philosophie ?

Emmanuel Ferraguti : - Je pense que le savoir est un, qu’il y a une unité de la connaissance. Il y a un beau métalogue [6] de Gregory Bateson intitulé « Jusqu’où va ton savoir ? » (in Vers une écologie de l’esprit [7]), dans lequel l’épistémologue anglais affirme qu’il n’y a qu’ « une seule grande pensée qui a des tas, des tas et des tas de branches ». On retrouve la même thèse chez René Descartes dans les Principes de la philosophie, chez Platon pour qui toute la connaissance doit parvenir à un terme anhypothétique (l’Idée du Bien) pour redescendre ensuite vers les différentes sciences déterminées. Je crois que « le savoir sur le savoir » (c’est ainsi que Bateson nomme l’épistémologie, ou la philosophie des sciences) est le tronc de tous les savoirs. De formation je suis plus attiré par les sciences de l’homme que par celles de la nature, mais cela est purement accidentel.



Fig. 1 - Gregory Bateson (1904-1980)


A : - Quels auteurs ou penseurs ont ta préférence ? Pourquoi ?

EF : - Ce qui m’intéresse dans la philosophie c’est sa capacité à engendrer, à donner vie à des problèmes. Je crois, avec Henri Bergson, qu’une réponse ce n’est jamais qu’un problème bien posé. Inventer un problème c’est, avant toute chose, inventer une réponse possible ; ensuite il suffit de découvrir celle-ci. Mais le plus important est l’invention du problème.

>> J’aime les penseurs de la rupture, ceux qui, au sens précis que Platon confère à ce mot, font preuve d’autorité (Archein, en grec, c’est l’art d’entreprendre et de conserver l’entreprise). Ce sont généralement les mêmes qui nous libèrent du passé et qui, dans le même temps, nous lèguent des schèmes de pensées d’une rare prégnance. Quelqu’un qui parle aujourd’hui d’« Idée » ou d’« autorité » fait son monsieur Jourdain philosophique s’il ignore que ces notions ont été inventées par Platon. Son disciple immédiat, Aristote, est incontournable. Ensuite je veux bien, pour faire court, faire un bond jusqu’à Emmanuel Kant (qui sépare définitivement l’essence de l’existence – l’absolu devient inaccessible à la connaissance), non sans passer par René Descartes (qui fonde la science moderne sur la conscience [8] – le point de vue subjectif, dit Arthur Schopenhauer). Mais évidemment on ne peut passer sous silence Friedrich Nietzsche (le plus grand des philosophes de la rupture).

A : - Où en est ta réflexion sur la façon dont se structure et se comporte l'homme ? En général et - plus spécifiquement - en prise avec son environnement de travail ? Par ailleurs, quel regard portes-tu sur les rapports interpersonnels, en 2006 ? Puis, parlons du vivre-ensemble. Quels axes d'analyse, d'étonnement, d'investigation personnelle, de réflexion dégages-tu de l'observation de ce socius ?

EF : - Actuellement je m’intéresse de près à la pensée de Bateson ainsi qu’à celle d’Henri Atlan [9]. Ces deux auteurs sont des cybernéticiens qui tentent de mettre à jour les modes d’organisation du vivant ; ce que Bateson appelle « la structure qui relie », ou encore « esthétique ». Je dois bien avouer que mes réflexions sur la question en sont encore au stade embryonnaire. Ce qui m’intéresse, en tant que professeur de philosophie, c’est le rapport entre la compréhension et le monde, tant physique et biologique, que, pour reprendre l’expression de Wilhelm Dilthey, « le monde de l’esprit ». Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’idée (bergsonienne) selon laquelle la notion de problème serait particulièrement importante pour la vie. Sans problème il n’y aurait pas de création. J’aime cette idée qui met à mal une conception que je juge naïve des rapports entre question et réponse. La plupart des gens font comme si, pour toute question, une réponse attendait quelque part d’être citée à comparaître devant le tribunal de la raison. Je crois, avec beaucoup d’autres (dont Bergson), qu’une réponse n’est jamais qu’un problème bien posé – et que la réponse est beaucoup moins importante que le problème lui-même.




Fig. 2 - Henri Bergson (1859-1941)


>> Un problème est ce qui nous oblige à nous poser des questions, à adopter des positions (des thèses). C’est dans ce rapport, dans cette lutte de la pensée avec elle-même, que celle-ci rejoint la vie, la nouveauté. L’homme évolue et se structure dans ce rapport aux problèmes qu’il est capable d’inventer. Ce n’est pas une simple question d’adaptabilité, mais de nouveauté (Henri Atlan a de très belles pages sur cette question dans Entre le cristal et la fumée - ici).




Fig. 3 - Henri Atlan (né en 1931)


>> En ce qui concerne spécifiquement le monde du travail, je préfère te laisser le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Mais plus généralement, le « monde du travail » n’étant qu’une espèce du genre « monde humain », je crois que la discorde, la mésentente (pour reprendre l’expression de Jacques Rancière), le conflit, sont les vraies raisons, les vrais moteurs, de la politique (Jean-Jacques Rousseau ne dit pas autre chose dans le Contrat social). La concorde, la paix, peut être un idéal régulateur, une fin vers laquelle tendre collectivement, mais ce qui nous fait avancer, aller vers elle, c’est le désaccord, l’opposition. Ce que Kant nomme, en un bel oxymore, « l’insociable sociabilité » des hommes (in Idée [c’est ça un principe régulateur] d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique).

>> Si nous rapportons cette hypothèse à ce que je disais précédemment à propos des rapports entre la compréhension et le monde, entre la pensée et l’être, nous pouvons en inférer que nous continuerons à créer, à évoluer, à accepter la nouveauté, et donc à vivre, tant que nous douterons de pouvoir atteindre l’adéquation entre l’être et la pensée ; tant que nous douterons de la vérité.

>> De ce point de vue, le retour en force des intégrismes religieux est – de mon point de vue nietzschéen – une réaction contre cette valorisation de la création, de la vie, induite par les nouvelles technologies de la communication (la Toile notamment).

>> Ceci nous amène au troisième point de ta question. Je pense que le développement des media favorisant la communication favorise aussi l’émergence de nouveaux problèmes et, incidemment, une évolution possible de la pensée. Je rappelle cette formule d’Hannah Arendt que j’affectionne particulièrement (la formule comme son auteur) : « Penser c’est toujours prendre un risque ; mais ne pas penser c’est en prendre un plus grand encore ». Tout dépend ensuite du risque que sont prêts à prendre individuellement ceux qui sont connectés. De ce qu’ils sont capables de mettre en commun (je ne t’apprendrai pas que « l’être en commun » ce dit, en grec, éthique). De ce point de vue l’anonymat quasi généralisé des blogs (et autres sites) est de très mauvais augure.

>> Kant comparait la philosophie à un champ de bataille (Kampfplatz) ; aujourd’hui l’arène est planétaire mais les gladiateurs sont plus prompts à s’inter-congratuler, à se déclarer mutuellement leur amour pour le genre humain, qu’à échanger des idées, a fortiori les soutenir.

>> Pour le quatrième point, je ferai court : depuis quelque temps (deux ans) je m’intéresse particulièrement à l’isolement, pire à la désolation de l’individu qu’induit la modernité. C’est la philosophie de Condition de l’homme moderne qui m’a conduit sur ces chemins que je vois partir de Descartes et de Thomas Hobbes. Pour le reste (l’individu opposé au général et l’amour opposé à la haine), je préfère rester prudent, et donc garder le silence, car ces réflexions sont trop récentes et problématiques pour être (actuellement) exprimables et compréhensibles (y compris de moi-même !).

A : - En quoi, pour toi, la philosophie est-elle nécessaire ?

EF : - J’aime que la question implique sa nécessité. Je pense que tu as raison, c’est le cas : elle est nécessaire. En quoi ? Elle le prouve d’elle-même : elle est là depuis plus de deux mille cinq cent ans. Je dis cela car, si ce n’était pas le cas, elle mériterait de disparaître (tout ce qui naît mérite de disparaître). Elle est nécessaire car, comme art d’inventer des problèmes, elle est l’indispensable compagne de la vie (individuelle) qui n’est pas totalement convaincue (quel que soit l’objet de la conviction : politique, religion, argent, haine ou bêtise.). La philosophie est l’indispensable compagne de la vie qui n’est pas morte.

A : - Outre la philosophie, à quoi t'intéresses-tu ?

EF : - Il ne reste pas grand-chose puisqu’elle est partout !

A : - Certes. Un grand merci, Emmanuel.

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[1] L'on ne gère pas des hommes. L'on gère seulement des ressources, des moyens coûteux, capables de générer quelque chose, une fois mis sous pression (investis, injectés, employés), dans un circuit vivant (récursif - cf. vocabulaire). Que fait-on des hommes ? On les anime, avec des strokes ciblés. Avec des objectifs (toujours chiffrés). On les écoute. On leur donne du souffle. (Parfois, on les engueule). Pour autant, l'homme n'est ni une ressource, ni un capital. Pourquoi ? Parce qu'il est juge et partie de tout : à la fois émetteur et cible, en permanence. Irradiant, imprévisible, connecté. Vivant. Tout sauf une ressource. A signaler : ce débat concerne aussi les connaissances, ce patrimoine bougeant (vivant). Cf. knowledge management ~ barre latérale.

[2] Sciences dites exactes.

[3] L'observateur - en tant qu'humain - fait automatiquement corps avec ce qu'il étudie, qui en outre change d'état en permanence. Par la combinatoire qu'il entretient constamment avec son environnement. Voir les règles de la complexité.

[4] Optimisation de ressources. C'est-à-dire travail d'économie (gestion des forces) et travail d'impulsion (amorçage, entretien, relances) en vue de réaliser quelque chose (but, objectifs, finalités - regardez), c'est-à-dire de vivre. Dans un milieu. Avec les autres, c'est important.

[5] La cognition, c'est cette fonction (ou cet ensemble dynamique de fonctions) qui permet : 1. de recueillir un signal (une stimulation, un événement), 2. de lui donner un sens (décodage, interprétation personnelle - souvent inconsciente), 3. de le stocker quelque part (cf. Cerveau ~ barre latérale du blog), 4. de le faire vivre, c'est-à-dire de le laisser former un tissu réactif avec des tas d'autres choses, 5. de le convoquer consciemment (avec plus ou moins de succès, puisqu'il s'implante en grande partie dans l'inconscient) chaque fois que c'est nécessaire. Il faut ici rappeler qu'il y a au moins trois inconscients. Tout d'abord, l'inconscient cognitif, qui est la 'boîte noire' de l'intériorité, voire la partie immergée de l'iceberg, cet ensemble de processus que l'on ne peut identifier que quand un comportement (partie visible, étudiable) surgit. Cf. Burrhus Frederic Skinner. Il y a aussi un inconscient d'espèce, un instinct (voir Boris Cyrulnik). Puis, l'inconscient freudien, qui est ce lieu psychique (parlons effectivement de lieu - topos -, faute de mieux) où les contenus traumatisants passent à la trappe, et s'interconnectent entre eux, générant un sens qui échappe à la conscience. L'inconscient freudien ignore le temps : les éléments se connectent entre eux selon la seule loi du sens. Il y a une logique interne, complètement déconnectée de la chronologie de ce que vous avez vécu. Voilà pourquoi les choses anciennes font aussi bon commerce avec les choses plus fraîches. Voilà pourquoi aussi, selon l'insolite Carl Gustav Jung, les choses peuvent - de l'intérieur - faire sens, c'est-à-dire émouvoir. Et faire avancer, si l'on compte sur elles comme sur des alliées. Cf. Ombre.

[6] Etymologiquement, des dialogues qui parlent de dialogues.

[7] Vers une écologie de l'esprit, version gratuite en ligne [pdf].

[8] Descartes a, depuis, cédé le pas à Antonio R. Damasio. Voir pourquoi.

[9] Les biologistes, dont Atlan fait partie, forment - particulièrement en France - parmi les plus grands explorateurs de la complexité. Témoins les grands Henri Laborit et Joël de Rosnay (déjà salué par Absara). Tenez, une communication de Jean-Louis Le Moigne sur Atlan [pdf].  Read More