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Bim ! dans ta(rn) tronche...
Billet exceptionnellement (c) – Le livre d'un con-frère peu regardant vient de m'« emprunter » un élément central, en oubliant (volontairement ou non)... de citer la source, acte de civilité pourtant basique (yep)
36 chandelles. C'est généralement ce qu'on voit quand on s'en prend une. Une quoi ? Une claque. (Ouais.) Et tout le monde le sait : c'est quand elles sont morales qu'elles font le plus mal – Mal de chien. De sorte que ça monte, et ça monte. Les étoiles grimpent au compteur : on en voit tout à coup pléthore. Et ces étoiles, quiconque est attentif peut en dénombrer 81. (Facile : c'est 3 x 3 x 3 x 3.) Échelle de notation de 1 à 3, sur 1, 2, 3 et finalement 4 critères, juxtaposés. C'est ça [1]. Je vous propose aujourd'hui une échelle, pour évaluer combien ça fait mal. Combien ça pique. Histoire de voir aussi que, quand ça chiffre autant, c'est un bagage utile de savoir pardonner. Pardonner, pas oublier. En clair : libérer l'autre, se libérer soi, dépasser. (C'est tout sauf recommencer, cf. Discernement.) Eh oui. L'expérience enseigne que c'est plus qu'utile de savoir pardonner... 77 fois 7 fois. C'est puissant : ça soigne.
(Voilà.) On y va ?
81... reprenons ça. Vous, ça vous évoque quoi ? Moi, c'est le numéro du Tarn : département qui m'a vu naître. Et département à beigne(s) : ça remonte à samedi. (Grossebeigne [2].) Là, j'ai eu le temps de digérer. (Comprendre ? Oui et non.) Le temps de pardonner : certes. Et de réfléchir (je suis comme ça ; besoin de comprendre).
Alors, il y a quoi ?
Si on consulte le travail des psychiatres américains Thomas H. Holmes et Richard H. Rahe [3], on voit que la vie, selon l'expression, fait parfois sa chienne. Ou plus exactement que la réception d'événements éprouvants (stressants, anxiogènes ou choquants) va de « bof » à « oui, ça fait clairement mal » :
Fig. 1 – Look, à 3' : J'ai beau être matinal...
Ça tamponne [4]. Y compris dans l'intériorité, dans le dedans, interconnection oblige entre le corps et l'esprit [5]. Donc boum. Ça bouge les ressentis : de soi, des autres et de la vie [6]. Et des fois de manière durable (relire Anna Freud).
Normal...
Si donc je prends 4 critères, j'ai rapidement :
| la surprise, la soudaineté, la vitesse de la beigne (par exemple imprévisible),
| la précision (vous savez ? de celle qui vous fait mouche, dans des vérités cachées, comme dans des méridiens vitaux),
| la proximité de la personne qui vous administre la tarte (un proche fait évidemment plus mal, dixit la mafia dans les films de gangsters, où on finit assassiné par un proche),
| l'humiliation et la trace du geste (certaines claques vous sapent aux yeux des autres, vous culpabilisent, vous désarçonnent, vous brûlent, et vous démolissent socialement, vous les ruminez, les haïssez, les ressassez, façon Zeigarnik – C'est le fameux : Je m'en veux, j'aurais pu ou j'aurais dû dire et faire ça, pour me préserver de cette relation, de ce coup, du regard des autres, des conséquences éventuelles sur ma vie personnelle ou publique...).
J'ai donc Soudaineté (ou « mauvaise surprise », de 1 à 3) x Précision (ou malveillance ciblée, ou malice calculatrice, précise comme le laser, de 1 à 3) x Proximité (de 1 à 3) x Durée sociale (ou traces, ou effets quant à l'estime de soi : effets réels ou supposés – là aussi de 1 à 3).
Allez, j'en termine : ma beigne de samedi, je la chiffre à... mettons 3 x 1,5 x 2,5 x 1,5 soit 17 / 81. Si 1 c'est la piqûre de moustique et 81 le massacre à la vieille tronçonneuse rouillée, je suis à la fin du premier quart de mon échelle d'impact.
Ce qui me semble peu, dans l'absolu. Mais viril quand j'y repense...
Anyway : que ça m'apprenne un truc.
Et que les gens qui frappent me voient (ou me ressentent) leur pardonner : c'est tenir compte et c'est délibérément accepter de dépasser. Les yeux dans les yeux [7]. Peut-être est-ce la vraie force.
D'ailleurs, j'ai moi aussi motif à demander pardon.
(Ça tombe bien.)
Be seeing you.
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Mmh, claque en anglais, c'est slap, qui désigne aussi une façon de jouer de la basse. Chez Marcus Miller, par exemple :
[1] Ce genre de formule rappelle, en analyse des systèmes, : 1. les scorings de situation (évaluations, « photographies »), 2. les mesures de points de bascule (seuils, passages de caps, clivages et paroxysmes, acmes, melting points), 3.. les inéquations sociales mesurant les rapports de force (sociométrie dynamique) comme celle de David Gleicher.
[2] Vous cliquez là ? Voyeurs ;)
[3] À vrai dire, tout parle ici de la découverte – chez le sujet (1970) – d'une intimité (contiguïté) entre ses sphères psychique, sociale et physique (étroit coefficient de corrélation entre indices de stress et développements somatiques ; voir en complément les indispensables travaux de Taibi Kahler, qui montrent – sur un campus – le lien évident entre développement de maladies psychosomatiques et apprentissage contraignant, stressant, pauvre en strokes, calibré pour complètement différer des besoins psychosociaux fondamentaux des personnes empathiques, généralement présentes à 30 % dans les sociétés occidentales). Retournons à Holmes et Rahe : il faut bien sûr consulter (1967) la Social readjustment rating scale (SRRS) ou fameuse Échelle du stress (cf. théma). Échelle citée par les frères Linn – Voir ceci. Et, pour le contenu de ladite Échelle, ce document : pdf.
[4] Duele, comme l'a un jour dit – en guise de constat ardent – Ejo Takata à son disciple Jodo, écrasé par la perte d'un enfant. Douleur, réalité ultime : on ressent, on est. C'est là.
[5] Relire Antonio Damasio et ses travaux sur l'énigmatique Eliott. Et, plus généralement, mettre à profit les riches apports des tenants d'un nouveau paradigme pour comprendre l'âme et le corps. Que relie entre eux l'étonnant inconscient (psychique, métabolique, endocrinal, nerveux : ce qui est la même chose puisque nous avons un corps, qui éprouve, stocke, réagit, attribue – évidemment).
[7] Vu à la TV : les militaires français qui entraînent les reporters de guerre leur enseignent, s'ils ont un fusil déterminé sur la nuque, à encourager leur bourreau – au dernier moment – à les regarder dans les yeux. La proportion d'assassinats diminue.
[ Vous pouvez passer le test Rahe-Holmes en ligne | Rahe-Holmes, le point de vue de Judith A. Scully trente ans après | la défection, concept-pilier de la théorie des jeux | autre sujet – pour ce qui est de la protection de reporters, une autre technique consiste à se (ou à les) protéger des balles qui sifflent, derrière l'épaisseur de l'équivalent d'un tronc d'arbre ou d'un sac de sable (jamais d'un mur), de laisser en outre les robinets, les boîtes de conserves ou les portes de placard (souvent piégés) | Puisque nous parlons d'efficience dans l'adversité, et que ce thème intéresse la théorie des jeux, saviez-vous que les Templiers tiraient l'épée si et seulement s'ils recevaient une blessure ? ou... deux, lorsqu'il s'agissait d'adversaires issus de la chrétienté ? Autant dire, si c'est vrai, qu'ils pratiquaient une non-violence radicale, voire un sacrifice systématique (on le sait, dans le christianisme, le sang du juste est transformatoire et d'emblée vainqueur) | ici ou bien dans le forum dédié ]
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La poooorte !
Mille choses... Vous vous en doutez. Bon, par étapes. (Ok.) Je vous dis plusieurs trucs, qui vont venir comme une grappe [1] : on y va ?
1.Crème de violette, pour commencer. Que dire ? Au ralenti. Dans l'institution avec qui nous travaillons parfois, je sens une pause, comme un ronron. À l'envie d'innover, que nous aimions, nous voyons se substituer des choses... classiques. (Du calme.) À nous de convaincre ? ou de faire autre chose à la place (c'est-à-dire ailleurs) ? À voir. La bonne nouvelle, c'est qu'Absara fait des choses exportables. Transportables. Si c'est en lien avec le territoire, évidemment, c'est mieux. Pour autant, apporter des pratiques innovantes, de la vivacité, du format ouvert et producteur de valeur, ça peut se faire ailleurs.
(La vie est un torrent.)
2.Toulrezo.biz, ensuite. Absara prend une coloration internationale. Le groupe est en lien avec les réseaux économiques de plusieurs grandes villes. Tendance à venir : après l'intra pur et dur (qu'il fallait historiquement charpenter), les synergies inter-territoriales. Toulouse, évidemment, c'est bien. Mais Toulouse en circuit fermé... c'est fermé. La vocation de notre groupe, c'est d'ouvrir. Alors ça a du sens de cultiver les amitiés transfrontalières (mon père appellerait ça l'heterogenesis - c'est la synergie). L'économie, l'homme et l'action, c'est - en 2009 - mondial. Les connexions ? Quelque chose de dynamique et de normal.
Dans le même ordre d'idées, nous vous proposons de rejoindre la communauté Facebook d'Absara. Il existe aussi le groupe Toulrezo. Et, pour les amateurs de microbloguage en temps réel, il y a désormais le Twibe (Twitter, versant mini-réseau) pour Absara et Toulrezo : c'est ici.
Oui.
3. Ce blog, aussi. (Ouais.) Que jespère plus simple et plus intuitif. Les icônes remplacent les menus d'antan (certains me disent aimer). De plus, les liens montrent avec plus de force la relation entre Absara (communauté d'innovation en pratiques d'affaires), Crème de violette (un produit), et Toulrezo (à la fois produit et réseau).
Voilà.
4. Parlons de jeux maintenant. C'est quoi ? Les jeux viennent toujours parler d'intérêts. Et de territoires, fussent-ils virtuels (de jouissance - revoir besoins). Le grand Edward de Bono (voir théma) le dit clairement : à première vue, les intérêts des uns divergent de ceux des autres. Ils ont une nature polémique [2]. Les vues divergent. Mais, la bonne nouvelle, c'est que les vues, ça peut se changer. Ça peut s'associer (elles se ressemblent souvent). Edgar Morin le martelle depuis longtemps : en Occident, les pensées trient et divisent. La pensée dialectique, héritée des Grecs, fâche plus qu'elle assemble. Là où j'ai besoin de forces avec moi, je démobilise. Je vexe. Travailler devient dur. La communauté (force groupale), je l'effrite. Cf. syndrome Apollo.
Sortie : la pensée dialogique, qui combine, ressent, étudie au calme et mobilise les forces, les vues, les gens. Je m'appuie sur les autres. Et je convoque à peu près tout ce qui existe.
Là, je comprends.
Là, j'agis.
Les jeux sont un fait humain. Le plus gros, peut-être. C'est la friction de vues. À découvert, de manière tacite ou encore larvée, ou encore dans le secret de l'inconscient ou des quartiers généraux d'équipes. Les jeux ? Une discipline aussi. Qui étudie, eh bien, les jeux. Mots-clés : coopération, défection, intrigue, stratégie, Robert Axelrod, scénarios, gagnant-gagnant, donnant-donnant, Tragédie des communs, tactique, dynamique de groupe.
Oui.
5. Tout ça pour quoi ? Pour vous parler de la porte. C'est celle d'un établissement scolaire. Je vois ça, ce matin, et ça m'interroge. Vous savez ? Le sas est sécurisé et les gens se tiennent mutuellement la porte (question de politesse, cf. rituel). Si on pose les choses à plat, tout le monde (mettons 25 personnes) passent 30 secondes à tenir la porte à la personne d'après. Regardons les fruits : je perds 30 secondes, c'est-à-dire 0,5 minute multipliée par 22 jours ouvrés, multipliés par 11 mois de l'année. Je dépense à l'année 121 minutes à tenir la porte à quelqu'un de différent de moi. Soit 2 h et 1 minute. Que dire ? C'est grosso modo ce que dépensent annuellement 25 personnes. Le package ? Une cinquantaine d'heures en tout. De sorte que le collectif passe à l'année 50 heures à s'inter-servir, prenant pour cela 30 secondes par jour et par personne. Le gain ? Quand on me tient la porte, je gagne, voyons voir... les 10 secondes du digicode, les 5 secondes de l'ouverture de la porte (qui est lourde), les 3 de celle d'après, avec la manoeuvre de tout mon matos (3 secondes de plus). Bilan : je gagne 21 secondes.
Plusieurs seuils (c'est le cas de le dire) :
| Combien de fois est-ce que je tiens la porte ? combien de fois me la tient-on, à l'année ?
| Quel impact cette porte tenue a-t-elle sur mon moral et donc sur l'entame de ma productivité journalière ? voire sur ma collaboration éventuelle - et plus poussée - avec la communauté de ces teneurs de porte ?
| Combien de fois à l'année, par exemple sous la pluie, le fait qu'on me tienne la porte me délivre-t-il un gain supérieur aux 30 secondes (porte tenue plus longtemps, mise à l'abri rapide, etc.) ?
On le voit : si les rituels et la coopération émergent d'une situation groupale, c'est que - sur le long terme - ce que je perds, eh bien c'est comme avec les assurances : je le récupère amplement. C'est comme avec les mutuelles.
M'est avis que c'est positif. (M'est avis en outre que la question de la productivité d'une équipe se considère toujours à l'aune des jeux, de la communication, du management.)
Allez, je termine. Et puisqu'on évoque ces histoires de coopération, d'entraide - voire quand c'est plus spontané d'empathie -, c'est le moment de reparler de Zoodo. L'ONG familiale anime à présent deux centres de formation : alphabétisation de personnes handicapées à Ouagadougou, artisanat d'art et tourisme équitable à Bobo-Dioulasso. Et il y a, en plus d'un nombre croissant de familles (19 salariés, désormais), un gamin boiteux et un gamin aveugle. Je veux dire qu'ils peuvent espérer (nous allons tout faire pour), en clair ils vont pouvoir s'appuyer sur Zoodo. Oui. Mon père et ma belle-mère, de retour de Ouagadougou, sont passés nous voir mercredi et jeudi. Fatigue. Et troubles physiques (là-bas, il faisait 48°). Mais sérénité. C'est une bénédiction de recueillir, chaque année, les primeurs de leur voyage, là, en direct.
[1] Notion durandienne. Et une belle, que j'aime (très moderne). Revoir d'ailleurs l'important apport de la psychologie des profondeurs d'expression francophone (Charles Baudoin, Gilbert Durand, Georges Romey) aux sciences cognitives (cf. entre autres cerveau ou encore pensée latérale voire cartographie mentale).
[2] La polémique (importation de ferments de guerre, de division - cf. diabolos), est tellement culturelle que l'immense René Girard voit dans le conflit l'unique et bien triste moyen de bâtir des civilisations. Structurer, c'est se jalouser, c'est s'opposer... et c'est bien bête. Voilà un vieux réflexe. La cité devient le refuge contre la violence, mais elle provient de la violence. Et l'entretient parfois. (Souvent.) Cf. facteur Caïn.
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François Dubet
En deux temps. Je les aime comme ça les billets de blog. Vous savez ? Un fil directeur, qui introduit, et puis un cœur de sujet juste après : parfois en phase (dans la droite continuation), parfois différent. Comme une bifurcation. Vient alors une histoire, un rythme - oui - un truc en deux temps. L'un installe et l'autre dit.
C'est vrai que les derniers billets de ce blog ont des accents très perso. Je l'assume. Écrire des billets, c'est ouvrir quelque chose. Une boîte à choses (et c'est open). Une âme, un vécu... Souvent dans l'instant. Aux contributions pro, viennent contraster (compléter ?) des éléments perso : certitudes, doutes, expériences. Des pointillés forts. Ou bien le tiers-élément d'une tresse à trois brins : 1. le pro, 2. le perso dit (ici écrit), 3. le perso secret (le vrai, diffus, induit, invisible - comme un tempérament, comme un nuage humide, personnel, qui nimbe les écrits).
Ouais.
Je reprends un instant cette histoire de propos en deux temps. Puis passe, avec vous, à François Dubet, sociologue français.
Parlons des Simpsons. La série animée. (Hilarante.) L'art de ses nombreux scénaristes, c'est de couper l'épisode en deux temps, deux histoires. Que dire ? Narration bien faite. Et rebondissement central, qui fait une charnière immédiate. Alors vient un rythme, ok. L'histoire se tord, se dynamise, prend une posture. Un souffle.
Direction France culture à présent. (C'est le second point). Et chapeau bas. Dans son rendez-vous du mardi, de 11 h à 12 h, le journaliste Sylvain Bourmeau (blog, émission La Suite dans les idées) reçoit des personnages-piliers en sciences sociales et humaines. Son invité d'aujourd'hui : le sociologue méridional François Dubet, spécialiste de l'exclusion. Sa contribution d'aujourd'hui confirme un rôle, une pensée à part, stimulante. Qu'en dire ? Les grilles de lecture, selon lui, se plongent dans l'idéologie du XXe siècle. L'épreuve des faits dépasse, malmène et désarçonne donc ces anciennes (quoique vivaces) façons de lire le monde, de l'analyser (voir théma Paradigmes). L'idéologie donne une logique interne : une forme. Une limite...
Or, le monde a changé.
Le monde riche (le nôtre, celui du Nord) change à grands pas. Les institutions classiques ont du mal à suivre. Elles sont en crise. Leur côté rassurant, prépondérant, modérateur, répartiteur (en clair central) s'efface. Et le doute arrive. Regardons ça : la pratique religieuse perd du terrain, l'école absorbe mal la détresse culturelle, l'université isole au lieu d'introduire au choc (et aux attentes) du monde du travail, l'entreprise détruit ses propres emplois (elle est cannibale), les travailleurs sociaux peinent à tisser des références, des pratiques, des liens salutaires, les intellectuels lorgnent tantôt vers les idéologies (forcément réductrices, forcément croupies) tantôt vers le succès personnel lénifiant, pauvre et bien-pensant (carrière, reconnaissance, appétit pour les choses évidentes), les familles deviennent de simples noyaux, souvent monoparentaux, parfois marqués de la chute du père (divorce, chômage, mal à se projeter, à être un individu socioprofessionnel tenace, donc porteur d'une image de structuration, de légitimité, de sagesse - recul, enseignement - et d'autorité ; cf. Nom-du-Père - Lacan -, et cf. Animus).
La lose, en clair.
La perte des repères...
Augmentée d'un moteur ferme et à présent général : l'individualisme à tout va. Quand mon tissu va mal, et que son rôle signifiant part en toupie, je m'appuie sur moi-même. Fini le religare : mes liens, qui pourtant me définissent, s'effilochent. L'Autre devient un rien, un point d'interrogation, voire un porteur de microbes.
De sorte, et c'est là que je veux en venir, la déroutinisation s'installe. Ce qui faisait le code du vivre-ensemble perd en substance. Il se vide. Les modes de communication s'individualisent, donc perdent en efficacité générale. Et comme tout s'évanouit, j'échoue. Je doute. Je bataille. Porteur de moi et de moi seul (survie, accrochage délibéré). Moi seul avec - ou contre - le monde, c'est une croisade perdue.
L'Autre devient un moyen ou, pire, un obstacle. Il n'est plus lui.
Et moi sans lui, je deviens une soustraction. Une peine à être.
Dubet parle du sentiment d'échec. C'est le signal qu'un processus s'arrête. Au lieu d'attribuer à ce tissu de crise mes ralentissements, mes tentatives, mes arrêts dans le milieu (voir Attribution), je crois que l'échec est mon résultat. Ma chose. Mon fruit. Si le reste est maigre, c'est que moi je suis (et je me le dois) être fort. C'est-à-dire opérant. Mais comme c'est sociologiquement infondé, je me heurte à moi. Je crois que tout est de mon fait.
Je déprime. Et perds plus encore le lien avec autrui.
Que dire ? C'est intelligent, c'est réaliste. Je range Dubet parmi les pragmatiques.
Revenons-en à la déroutinisation, qu'il faut rattacher aux thémas Rituels et Besoins de structurer (de maîtriser) le cours du temps. J'en termine ici. Pour communiquer (trouver ce que les autres et moi avons en commun : attentes, envies, projets), je dois passer par des rituels. Des routines. Des garanties. Des clés. Ces processus amènent la paix sociale : si je sais comment pacifier un rapport (les rituels rassurent et montrent que l'on a le même référentiel que l'interlocuteur), eh bien si je possède ça, je me débrouille. Je sais rassurer l'autre et rentrer dans un lien. Il me reconnaît comme un pair.
Si mon trousseau comportemental est vide de clés - ou pire, doté d'une abondance de cultures différentes, segmentées, morcelées, microscopiques (pontillistes, pour paraphraser Dubet), autant dire spécifiques et individualistes -, je me perds. Je perds en lien. Je perds en assurance. Je me perds moi. Je m'éparpille. Et prends des coups (rejet, éviction).
Je m'attribue l'échec. En ligne de mire ? La violence : faite à moi-même, faite aux autres.
J'en finis : je veux rappeler combien, dans sa sagesse, le docteur Berne soulignait l'intérêt d'être superficiel. D'avoir les codes. C'est une dynamique sociale, tournée vers autrui, futile et utile. Constructive, en clair. Naturelle.
L'individualisme est une impasse. La peur de souffrir (maîtrise et prudence excessives) ? Un beau leurre. Le risque : une nécessité, consubstantielle à la vie.
Car il faut bien vivre. (Bon sang.) Et vivre, ça se fait ensemble.
Vous êtes ici chez vous : je vous souhaite une excellente semaine.
Be seeing you.
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[ Bande-son de mes dernières semaines : Charlie Winston, beatnik à souhait (The less I have, the more I'm a happy man... - Ouais, et un hobo, c'est un vagabond de la Grande Dépression, années 1930) | hobos, langage visuel ]
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Peu. Peu sont aussi touchants que Janusz Korczak (1878-1942). Des humanistes, des pédagogues ? Peu s'engagent comme lui, se dévouent [1], inspirent définitivement le genre humain.
Korczak... Ce pédiatre du ghetto de Varsovie, médecin de la misère, traverse le fracas nazi entouré d'une ribambelle de marmots, orphelins, qu'il aide, encourage, éduque et soigne. Fidèlement, généreusement, de manière construite (Korczak innove et modélise une pédagogie, intelligente et moderne). Puis vient l'enfer de la rafle. Quelqu'un intime au médecin de fuir. Mais il monte... L'homme accompagne ses petits protégés dans le convoi de la mort.
Il faut admirer cet homme. Digne, juste et humain. Il faut aussi lire son journal (posthume) du ghetto.
Korczak, en plus d'être un homme d'étude et de terrain (figure paternelle, éducateur, clinicien qui donc se penche [2] sur les cas personnels), Korczak est un penseur social et un métaphysicien de premier ordre.
Il se demande [3] pourquoi le collectif humain, si tant est qu'il évolue, se heurte systématiquement à la tentation de la violence massive. Comme pour accoucher de formes éthiques, organisées, fonctionnelles. L'épreuve est-elle obligatoire pour organiser la vie ? ramener l'homme social aux évidences ? le faire marcher ? D'ailleurs, l'homme - par sa cécité - a-t-il une destinée tragique, qui marque sa chair et engloutit fatalement ses enfants ?
Je veux dire combien Korczak, grand inspirateur, est nécessaire à tous.
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[1] Pédagogie - Quelques pionniers féconds, nécessairement hors-système (cf. homéostasie et logique organique des institutions) : Rudolf Steiner (1861-1925), spiritualiste post-romantique, inclassable, original (voir citations) quoique pétri des préjugés de son temps ; Maria Montessori (1870-1952) et aussi Célestin Freinet (1896-1966) ou Françoise Dolto (1908-1988). Voir d'ailleurs la théma.
[2] La clinique, en grec, c'est l'art de se pencher au chevet, à l'écoute de la détresse et des moyens possibles de soulager. Il y a, infuse, l'idée d'étude et de soutien de la personne.
[3] Précédant, en cela, René Girard, anthropologue et philosophe de la civilisation. Citation de Korczak (Journal du ghetto) : « Le monde est-il une transformation continuelle du mal, ou bien avance-t-il vers un idéal en allant toujours plus haut et plus loin au milieu de ceux qui tombent ? ».
[ Droits des enfants, la lumineuse contribution de Korczak | Korczak est un pseudonyme (personnage romanesque et nom de plume), il se prononce Yonouss Kortchok | Korczak, l'hommage de Kurt Lewin (ici, théma Lewin) | sur la cécité de l'homme social, revoir le scénario noir - si fréquent - de la Tragédie des communs (Vaine pâture) | Apprentissage vicariant de Freinet, un modèle pour l'entreprise ? ] Read More
Briser la glace plutôt que les gens qui déambulent dessus
Échanges verbaux. Vifs comme des glaçons qui glissent. Le lieu : la patinoire événementielle de la mairie, montée pour Noël, à Toulouse. Là, dans l'hyper-centre. Veille de week-end... Contexte populeux, juste avant les fêtes. Tension dans l'air (électrique), mauvais temps, parents sur les nerfs : sur cette patinoire à bambins, il y a peut-être un stabilisateur (sorte de déambulateur individuel glissant, qu'un môme pousse devant lui et qui le maintient) pour trois enfants chaussés de patins. Et des gamins, il y en a. Autant dire que pour un enfant heureux, qui déambule normalement, en moyenne deux autres - en carafe - se viandent et se re-croûtent à vous faire blêmir. Sur la glace, ça fait mal. En plus, ça trempe les pantalons et ça fait rouspéter, surtout les parents, fort nombreux, qui paient pour ça. (Moi, je suis là sur le bord avec ma progéniture, agacé que la mairie, organisatrice, ait oublié : 1. l'animateur-régulateur-glacier, qui s'occupe des enfants, les sécurise, fasse appliquer une ou deux règles ludo-sociales, 2. de mettre, eu égard au succès, le nombre suffisant de stabilisateurs). Et sur la glace, c'est la guerre. C'est Règlement de compte à Pas-Ok Corral : chaque privilégié en goguette (encouragé par ses parents) se cramponne à son déambulateur, si convoité. Chaque parent lésé, par conséquent, grince des dents. Et recuit sa colère en attendant de la livrer à tous, façon volcan.
Ambiance.
Une mère (mi-Victime, mi-Persécuteur en devenir), à l'attention de votre serviteur : - Quel scandale, monsieur. Vous voyez ? Si peu de déambulateurs pour autant d'enfants. Ma Solène [1] ne pourra jamais en profiter. Regardez : elle passe son temps à tomber. C'est outrant !!
Votre serviteur (énervé-songeur) : - Ils ont sacrément mal prévu leur coup, à la mairie. Je pense qu'il va falloir s'organiser. Pas de règle, pas de matériel : c'est le chaos. Il faut sûrement...
La mère (ulcérée, les yeux soudain exorbités) : - Eeeh, vous là-bas ! Laissez-nous ce stabilisateur : ça fait un moment que votre gamine le garde pour elle !!
La famille en question : - Ah bon, et au nom de quoi ?!? Vous vous mêlez de quoi ?!? On fait ce qu'on veut. On a payé. Mêlez-vous de vos oignons, d'abord !!
La mère : - Moi aussi j'ai payé, espèces d'égoïstes !!
Votre serviteur (énervé-fatigué) : - Mmh, j'envie votre énergie, madame. D'habitude, j'ai les paroles qu'il faut, acérées à souhait, mais là il me manque un café.
[ Quelques minutes après, le temps que mon cerveau se re-cale : ]
» Bon, cher monsieur (à l'adresse du chef de famille Onfé-Skonveu). Vous êtes quelqu'un d'intelligent, moi aussi ; ce que je vous propose - pour que tout le monde soit content (et les enfants surtout) - c'est quelque chose de simple. Ok ? Comme ça, votre gamine est contente, vous aussi, ma progéniture et celle de madame itou, et tout le monde avec. Par exemple, votre petite, elle finit avec le stabilisateur. Genre un tour ou deux. Juste après elle le passe à Solène, genre un tour ou deux, qui le passe à ma progéniture, pareil, qui le re-passe à votre fille. C'est facile. Nous faisons une équipe à trois, ça vous va ?
Le père (dubitatif-gentil) : - Moui, d'accord. (Sourire édenté.)
Votre serviteur (prenant pour dérivatif un catalyseur externe, ici abstrait, façon Mobilisateur moins) : - Voiiilààà. C'est la mairie qui s'est trompée. On peut tout à fait s'arranger ; ça va bien se passer, vous allez voir.
La mère de Solène : - Ben voilà, quoi...
Moi : - Voui. Ben ouais.
Une autre mère arrive (et vitupère, nous faisant sursauter) : - Eh, vous là-bas, donnez-nous ce stabilisateur !!
Le triumvirat (maintenant civilisé) lève les yeux au ciel : - Pff, quelle agressivité...
Eh oui. Civiliser [2], c'est convenir d'un truc à plusieurs. Fabriquer une entente, des règles, des encouragements quand ça marche (renforcements), des effets d'éviction pour ceux qui contreviennent.
Plus le sentiment de fierté, bête et drôle, qui couronne les succès comme ça. Vous savez ? Avec les yeux qui se plissent, la moue qui se met en avant et le Pff qui vient qualifier les autres, les moins-bien.
(Héhéhé.)
Be seeing you.
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[1] Prénom d'emprunt.
[2] C'est, rappelle René Girard, la violence qui fournit le prétexte de la civilisation. Lire, en outre, l'helléniste André Bonnard (in le superbe Civilisation grecque), pour qui le mot civilisé, c'est en grec le même qui signifie apprivoisé, cultivé, greffé. L'homme civilisé, c'est l'homme greffé, celui qui se greffe lui-même en vue de produire des fruits plus nourrissants et plus savoureux.
[ L'absence de règles, ou le retrait du chef, c'est la livraison des faibles aux forts, c'est le chaos, d'où ressortent souvent des loups grimaçants, rarement des formes auto-éco-organisées, gagnant-gagnant - c'est comme ça | cf. leadership ]
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Le grand absent. C'est lui le grand absent, c'est Abel. La guerre, ce propre de l'homme qui incarne ce qu'il a de plus sale (incapacité à s'entendre entre soi), cette horrible guerre nous le prend. La guerre, c'est la jalousie. Témoin, la Bible. Dans leur récit, les Écritures nous parlent d'Abel. Elles nous montrent la portée universelle du crime. (Le crime, c'est une attaque avec mobile, une attaque sous prétexte - contrairement à l'autodéfense, tournée vers le sursaut vital.) Caïn tue Abel car il veut confisquer l'amour (et le regard) de Dieu, par la violence. Pauvre fou. Caïn est un passionné, un tourmenté, un dingue. Il tue son frère et cet acte terrible, le grand René Girard en fait le fondement, le nœud matriciel violent, fracassant, où tout se joue. De ce chaos passionnel naît la civilisation (régulations, paradigmes, productions collectives concertées). Les constructions humaines sont violentes (elles violent), les édifications se font dans le sang.
Pauvre Abel ! Cette guerre de Quatorze-Dix-huit nous l'aura pris. Abel, c'était le gars dans son champ, le type avec son agriculture et avec son père et sa mère et ses frères, et ses sœurs et ses copains. Pauvre Abel. Abel c'était François et c'était aussi Franz (c'était également Ali, Gábor et tellement d'autres).
Abel (vrai prénom), c'était aussi l'oncle de ma grand-mère paternelle. C'était l'oncle de Georgette. C'était ce gars que le combat de 14-18 mena loin. Et son officier le porta disparu. Des documents l'attestent. Ce pauvre Abel, sorti de l'adolescence, ce pauvre Abel, il est parti loin de chez lui et il a fait un trou. Un trou familial : porté disparu se hurle et se chuchote (c'est le pire cri, celui des pierres - cf. Luc 19:40). Sa mère (grand-mère de ma grand-mère) en est morte de chagrin. Épuisée par l'absence et par les pleurs. Mais tu crois qu'il reviendra, Abel ? Pauvre Abel. Et pauvres deuils, même pas faits.
Un trou.
Et puis par hasard, il y a une poignée d'années, lors d'un voyage, Georgette a retrouvé la trace d'Abel. Comme ça. Abel était bien mort lors d'un assaut.
La grand-mère, la maman d'Abel, pouvait enfin vivre en paix. Et, depuis sa tombe, entamer son deuil.
Toutes les familles ont un Abel en elles. L'immense Anne Ancelin Schützenberger le clame.
Et vous voudriez qu'on arrête de parler de la guerre ? Qu'on désinfecte l'Histoire ? Vous avez vu les monuments aux morts dans nos campagnes ? tonnait mon grand-père dans ses discours sur la paysannerie. Pleins de noms de paysans, les grands oubliés, la chair à canon, la force vive et nourrissante du pays.
Honneur à vous, pauvres hires. Nos familles sont pleines d'Abel.
Et je veux parler ici de violence et de deuils certes, mais aussi d'humiliation.
Le besoin de se sentir fier est anthropologique et profond. Je pense aux familles de chez nous, bien sûr. Je pense aussi à celles de nos frères outre-rhénans. Et puis à tous les grands perdants (pauvre Hongrie). Humiliés.
Je pense aux fracas de l'Histoire, aux mutilations territoriales et culturelles, à l'érection des nations occidentales. Dans le sang. Les grands perdants ? Les civils de tout bord. À l'exception de l'Inde de 1947, pour l'occasion non-caïnique, convertie à la non-violence par un Gandhi inspiré.
Il y a aussi les Juifs, les Palestiniens (sous mandat britannique une partie du XXe siècle), les Gitans, les Africains et tellement d'autres.
L'humiliation, je disais. Pensons au monde arabo-musulman et aux poussées qu'il connaît ce siècle-ci.
Tout est le fruit de Caïn. Caïn le coléreux, le jaloux. Mais aussi Caïn l'illuminé.
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[ Le manque de regard et la réprimande mal embouchée conduisent au syndrôme de l'assoiffé de vengeance | La figure d'Abel - Voir Neil Gaiman (le blog) et son magnifique travail sur les archétypes (théma) | Caïn et Abel, personnages récurrents de la saga Sandman de Gaiman (poster, merci Vulture) | autres dessins, et aussi chez Flooby | Le Nouvel Observateur (HS d'octobre-novembre 2008, n° 810 H) est une perle sur l'Histoire, lire notamment l'émouvant édito de Jean Daniel (son blog) | il y a, chez ma grand-mère, une boîte qui contient des photos de soldats de la guerre de Quatorze-Dix-huit | tenez, la dynamique de groupe, vrai labo à ciel ouvert de la violence, de ses régulations, des scénarios qui pendent au nez des parties-prenantes | l'Europe de 2008 est une zone de paix ]
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[ Exceptionnellement, cet article est (c) ]
Bien sûr que le management donne des territoires aux uns et aux autres. C'est même son propos central : il distribue le qui-fait-quoi et le en-cas-de-problème-c'est-Untel (un être concret ou alors symbolique - ex. : le Client, cf. Sam Walton) -qui-a-le-dernier-mot. S'ensuivent alors, de la part des managers, les renforcements positifs [1] en direction des collègues (récompenses, félicitations, gratifications - c'est-à-dire strokes positifs, reconnaissance de l'existence et de la valeur des contributeurs, sitôt qu'un succès individuel leur vient). Le management, s'il est bien fait, tranquillise les gens.
De quoi est-ce qu'il est fait ? Basiquement, de quelques ingrédients. Allons-y : il y a tout d'abord un ordre, même souple. Un ordre ? C'est un mode d'arbitrage, de régulation des conflits. Appelons ça une hiérarchie : un chef régule le caractère impétueux des individualismes personnels [2]. Il les transforme en collaborations suivies (animation des leviers individuels de motivation [3], vigilance, sanctions en cas de fautes - et non d'erreurs [4] -, félicitations aux moindres améliorations, je dis bien aux moindres, fourniture de visées claires, dans le temps [5], capacité à garder la barre en cas de crises). Il y a aussi des codes communicationnels, culturels : des règles (se dire bonjour ou non, etc.). Il y a - pour terminer - des principes ou, plus exactement, des normes : une règle invisible (tacite) fait que le collectif, animé par son chef, intègre ou exclut les nouveaux arrivants sur des critères moraux tant précis qu'arbitraires (propres au groupe, et par-là même typiques, étonnants). Ce qui se fait, ne se fait pas, etc. La facilité qu'il y a à introduire de nouvelles façons de voir (tendance néguentropique [6], attirance pour l'évolution). Et puis il y a cette gestion - correcte ou calamiteuse - de la horde.
Fig. 1 - Œdipe expliqué
Entrons dedans. Nous allons parler de sauvagerie humaine, telle que la décrit René Girard. Let's go, on le sait : les relations pseudo-familiales dans l'entreprise sont un leurre. Je connais des structures qui pensent que tout le monde est frère (ou sœur). L'entreprise est une utopie, un lieu-qui-n'est-pas-lieu, où tout le monde vit et régule les choses d'égal à égal. C'est terrible. Pourquoi ? Parce que l'absence de chef expose les calmes aux ambitieux. Si, en l'absence du marié, la mariée est à prendre - je parle là de pouvoir, de prérogatives -, il est fort à parier que les quarante violeurs (avec ou sans Ali baba) vont le faire de force. C'est le scénario de la guerre civile, autrement appelé guerre des petits chefs (leaders spontanés). Qui paie ? Le placide. Et le violent impose sa tyrannie.
Il faut donc un régulateur suprême, garant de la concorde. Beaucoup d'auteurs concèdent que c'est le fondement même du leadership : la capacité à incarner le rôle du je-tranche. C'est là l'invitation (l'ordre) à ce que chacun tienne son rang et jouisse de ce qu'il a [7], la liberté des uns se terminant, de fait, où commence celle des autres.
J'ai parlé de horde. Le concept est de Freud. Et il y a, outre l'utopie des frères, un autre scénario morbide. C'est celui du papa (ou de la maman). En incarnant une figure familiale, la personne référente risque de déclencher une tempête œdipienne. L'idée est simple : si je suis Papa (ou Maman), certains individus vint cristalliser à mon endroit un complexe (un complexus, un tissu vivant, une grappe, un ensemble mobile) de sentiments ambivalents. Tantôt l'amour, tantôt l'hostilité (rivalité, affirmation violente de soi, etc.). Et c'est à nouveau la passion, qui prépare la guerre.
Il y a des vraies familles (au sens du livret de famille) qui font le choix de clarifier tout ça, indépendamment ou non de leur rang de naissance. Ils caractérisent le qui-fait-quoi et neutralisent en amont l'utopie des frères et la fascination œdipienne. Il y en a d'autres, familles de sang ou non, qui tombent dedans comme dans un piège. Et c'est un jeu [8] : dynamique morbide.
Il faut du discernement. L'entreprise peut être un lieu de casse. Au lieu d'être un moyen matériel sain, je veux parler d'un attrape-sou. C'est bien dommage de risquer sa santé, son porte-monnaie, son estime de soi pour de l'idéalisme.
[ << Comportements de chasse - 3e partie | coaching | Erikson, Piaget, Wallon, Buhler, Husserl, Vaillant et tutti quanti ] Psychologie - 4e partie [ Pieds dans le tapis - suite >> ]
La vie est faite de caps, de montées en puissance, voire de cycles [1]. Bref, les choses changent. Tout le temps. C'est d'ailleurs l'une des certitudes [2] les plus universelles qui soient. Ou sinon, les choses se condensent dans un mauvais cycéon, elles font de bien vilains grumaux (relire Héraclite, philosophe du mouvement). Ce qui explique la stagnation, je pense, c'est la recherche en boucle de satisfactions 1, alors que la Nature nous a faits pour nous sortir de nous-mêmes (étymologiquement, exister) et nous projeter dans un minimum de satisfactions 2. Alors que dire ?
Ben, c'est Flemming Funch qui a une théorie sur le dégoût. Lors d'une séance de travail, je lui confiais que certains traits de personnalité me faisaient horreur, et tout le monde connaît ce sentiment de arf. Comme vous le savez, je pense, Flemming a longtemps travaillé comme psychothérapeute aux Etats-Unis [3]. Et il a bien roulé sa bosse. Il me disait notamment que l'horreur de certains comportements était une peur inconsciente de régresser, de rencontrer - cette fois-ci chez les autres - des comportements que nous avons plus ou moins bien passés, bref des traits du passé psychologique, de l'avant, de l'archaïque et du grossier. Sûr qu'il y a l'idée d'évolution là-dedans.
Sûr que la vie nous dégrossit. Et ce que nous rejetons, à l'instar de la bête (de l'Ombre) de Jean Monbourquette, c'est une version n-1... (ou n-x) de nous-mêmes.
Encore une fois, je crois que Flemming a raison... Et puis c'est la démonstration qu'il faut accepter en nous-mêmes les versions antérieures, hésitantes, en recherche. C'est une façon de mieux cohabiter avec (tous les) soi-même(s) et - du coup - d'accepter les défauts des autres. Et de mieux aimer son prochain, je rajoute.
Qui fait l'ange fait la bête, d'une part. D'autre part, il faut faire un sort à ce foutu perfectionnisme...
[2] Percy Bysshe Shelley disait : Seul le changement est durable.
[3] Il a même été traduit en... russe. Si ! J'ai vu les bouquins chez lui, c'est illisible.
[ Recherche d'excellence, pragmatisme, spontanéité et gentillesse sont - je pense - les remèdes au perfectionnisme | coaching | relire Le Baiser aux lépreux de François Mauriac, ainsi que les superbes travaux de René Girard | c'est Alexandro Jodorowsky qui parle du mépris des Blancs (j'ajoute des positivistes) à l'égard des cultures prétendument primitives - lire d'ailleurs le point de vue de David Nadeau-Bernatchez | le positivisme sous l'angle du philosophe des sciences Thomas Samuel Kuhn (1922-1996) | ah, ce vieux débat Apollon Vs Dyonisos - lire Nietzsche, ce qu'en dit l'Education nationale, ainsi que le sociologue Marcel Rioux | Kuhn, cétéki ? | Joel Peter Witkin, photographe catholique (à la Mauriac, quoique plus... libéral) des catégories humaines rejetées, mais acceptées par la lumière : 1. de son appareil photo, 2. de l'amour divin, par dessus tout ] Read More
Au coeur du symbole - 1e partie [ Ernst Cassirer - 2e partie >> ]
Le symbole est une sorte d'atome : l'une des plus petites unités de compréhension humaine [1] et d'interprétation du monde (l'activité favorite de l'homme). Sa particularité ? Il peut être très petit, c'est-à-dire fonctionner comme un maillon élémentaire de tout un paquet (un essaim, un groupe) de pensée. Il peut aussi représenter un système à lui tout seul, doté de multiples connexions internes, à l'instar d'un macrocosme ou d'une minie-constellation de sens, qui se déploie par-delà l'individu ou le groupe humain qui l'a imaginé, comme doué de vie propre [2]. Son opposé, c'est le diable. Oui, étymologiquement, le dia (opposition, dispersion, division) bolos est un coupeur de cheveux en quatre qui - loin de se plonger dans l'analyse des choses - les disperse et les éclate en un nuage destructuré. Il les fâche. Le diable jette les choses hors d'elles-mêmes et arme les éléments sécessionnistes. L'unité se rompt : l'indépendance voile les coeurs, l'orgueil enfle, qui enfume - voire enflamme - et vend toute différence comme une opposition. Un fratricide [3] est à l'oeuvre. Allons du côté du symbole.
A l'opposé, symbole vient du grec 'symbolon', nous explique le philosophe Jean Lassègue, terme qui désigne un morceau de terre cuite [ndlr - syn veut dire avec] qui était partagé en deux et dont chaque morceau était conservé par deux familles vivant dans des lieux séparés : quand un membre d'une famille devait être reçu chez l'autre, poursuit cet érudit en sciences cognitives, il lui était possible d'exhiber le morceau manquant du 'symbolon' et de le recoller à l'autre, en montrant par là qu'il s'agissait bien d'un membre de la famille alliée. On héritait du 'symbolon', conclut-il, que l'on se transmettait à travers les générations. Le symbole est un 'vivre avec', c'est un pacte [4]. Que les familles (de gens ou de choses) soient voisines ou dissemblables, la réunion est donnée d'avance. Et gagnée.
Passionnant ? A l'évidence. Riche et bourré de ramifications. Je laisse à chacun le plaisir de rêver, en temps et en heure, aux bienfaits de la synergie humaine, de la complémentarité, de l'ajout de forces investies dans une finalité commune. Tout reste à faire. (Ouverture, gentillesse et pragmatisme font des miracles.)
Pour finir, faisons place au grand anthropologue [5] et sociologue Edgar Morin, spécialiste incontesté de la complexité : Au premier abord, la complexité est un tissu (complexus : ce qui est tissé ensemble) de constituants hétérogènes inséparablement associés. La complexité induit un grand nombre d'actions entre éléments d'un même système (actions de l'ordre de plusieurs milliards - donc imprévisibles), de sorte que sujet et objet se renvoient la balle en permanence : ce qui induit une action peut se trouver, à tout moment (et c'est la vie) impacté par cette même action, voire par une autre, en tant que partie-prenante dudit système. Tout, potentiellement, peut tout toucher. Tout le temps. La complexité a toujours à voir avec l'imprévisibilité, voire - nous dit Morin - avec le hasard. Ce qui pousse à la prudence et même à l'humilité (ouverture et lucidité bienveillantes) : si vous avez le sens de la complexité vous avez le sens de la solidarité. De plus, conclut le Français le plus visionnaire de notre temps, vous avez le caractère multidimensionnel de toute réalité.
Fig. 1 - Archetype, par le designer Marco Ganz
CQFD. Le symbole est une réunion dont le principe est durable, qui a lieu dans un tissu où tout, potentiellement, peut toucher à tout. Certes le logos (tri, identification et animation d'une unité de fond) est le bienvenu. A condition que l'esprit de finesse (l'intuition, selon Blaise Pascal - ici, approche idéale de la complexité) trouve tout aussi belle part que notre trop classique et finalement limité esprit de géométrie (logos sec et systématique).
Avec un autre anthropologue illustre, Gilbert Durand, gageons que la folle du logis (l'imagination, selon la formule maintenant dépassée de Sartre) a de beaux jours devant elle. Sa richesse et son épaisseur copient le réel. Et l'infléchissent parfois...
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[1] La PNL, par exemple, parle essentiellement de la façon dont nous structurons - de manière si typiquement humaine - le monde et ses phénomènes. Structuration qui passe par le langage (par les schèmes langagiers, préciseront les psychologues). Le langage ? Une structure à lui tout seul. Il faut voir en quoi les métaprogrammes neurolinguistiques façonnent l'image du monde et conditionnent les (ré)actions que nous y menons. Nous faisons le langage, qui nous conditionne en retour. Bel exemple de projection hors de nous, qui nous revient en plein visage.
[2] Pour comprendre l'autonomie les figures symboliques collectives (les archétypes), Carl Gustav Jung nous est, encore une fois, bien utile.
[3] Ici, mettre à contribution la façon dont René Girard parle de la violence comme fait fondateur de la civilisation : en cela Caïn tuant Abel marque notre espèce du triste sceau de la condition humaine, condamnée à répéter (bêtement) ses erreurs. Cf. violence mimétique et recherche de bouc émissaire, données anthropologiques désormais admises (quasi) unanimement.
[4] A la suite du psychiatre-psychanalyste américain Eric Berne), le psychanalyste et éthologue français Boris Cyrulnik rappelle que l'homme a inventé les rituels pour donner une forme (et donc consommer dans l'oeuf) l'énergie instinctive, par nature violente. C'est ce qu'a fait le Moyen-Age avec le sang bouillonnant de ses campagnes : les nobles, désormais maniérés, tenaient plus longtemps l'épée dans le fourreau.
[ La PNL, un travail sur et à partir du langage | alliances et territoires | sur l'imagination qui infléchit le réel et bascule les rapports de force, lire quelle tactique l'homme politique Kofi Yamgnane utilise | idem avec les prophéties autoréalisatrices, selon William Isaac Thomas) | Agora.qc.ca, très belles ressources sur les symboles (entre autres choses) | cet article est dédié à Véronique P., que j'embrasse ] Read More
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Sociologue Eugène Enriquez - Une presque plongée dans Léviathan
Est-ce que la psychanalyse explique tout de l'entreprise ? Non. Certes met-elle en jeu les tensions - agressives et érotiques - qui se jouent. Pour autant, il faut convoquer la dynamique de groupe pour tout comprendre, je veux dire pour savoir comment les forces s'organisent [1] concrètement. Voire aborder l'anthropologie, étude (entre autres) des territoires, donc des prérogatives de chacun. Autant dire des alliances et des guerres qui en découlent (cf. pouvoir). Je suis en train de me replonger dans le brillantissime René Girard, anthropologue français dont je recommande - pour commencer - la lecture du fraichement paru Les Origines de la culture, dialogue simple et fécond entre universitaires. Que dire ? Oui la violence parcourt les groupes. L'issue : trouver un bouc émissaire, chargé de libérer les tensions et de porter ce lourd héritage humain, ce signe que la concorde (le savoir aimer et travailler de Freud) exige un prix à payer. (Vilaine condition [2] que celle des groupes.) Un décharge-misère ? C'est le rôle du mobilisateur négatif, pour le psychanalyste et consultant Yves Enrègle (cf. Assurancetourix du Village gaulois). Le groupe, c'est tout cela. Et le pire, vous savez ? Ce ne sont pas les tensions de haut niveau, qui ensanglantent des chefs au cuir déjà épais. Ce sont les bassesses des échelons intermédiaires. Là, la guerre se fait à l'arme blanche : les places du 'mieux'- par opposition à 'cette base fangeuse d'où l'on vient et qui nous fait horreur' - sont peut-être les plus chères. Gare aux petits chefs, les leaders spontanés - autocrates en puissance - mal cadrés donc en chasse permanente. Un jeu de massacre, accentué par l'incertitude à pouvoir conserver sa place (voir les chaises de chacun, chères au psychiatre toulousain Patrick Çabal).
Mais le trophée de la violence revient d'emblée aux choses larvées, qui frappent en silence, qui minent. Vous savez, les pesanteurs internes, les boulets, les croix inter et auto-imposées. Dans un entretien d'avril 1991, donné à Sciences humaines, le sociologue et expert en psychanalyse des organisations Eugène Enriquez dresse un lucide bilan du fait humain en entreprise :
Sciences humaines : - Pourriez-vous donner un exemple de ce que signifie une analyse de groupe ou d'organisation ?
Eugène Enriquez : - Dans certaines organisations, on observe des gens qui se comportent comme des morts vivants. Ils préfèrent, malgré tous les dysfonctionnements qui assaillent l'organisation, se cacher la réalité et refuser d'affronter les difficultés. On peut voir des organisations qui préfèrent, parce que cela les rassure [3], maintenir une répétition mortifère [4] de ce qui se fait plutôt que d'envisager autre chose (par peur que tout ne s'écroule). Il y a aussi des organisations qui développent un stress professionnel tendant à briser, à casser les individus.
>> A l'inverse, on observe des institutions où prévaut le consensus, où l'on refuse le conflit et donc le dévoilement de certains problèmes par peur de briser l'harmonie interne. Il y aura donc refoulement de la parole libre, refoulement de l'agressivité...
Fig. 1 - Eugène Enriquez
SH : - En matière de management participatif [cf. les différents styles, plus ou moins opportuns - part. 1, 2 et 3], l'analyste constate-t-il de réelles modifications de pouvoir dans l'entreprise depuis vingt ans ?
EE : - L'idée du management participatif est en réalité une très vieille idée : elle date d'après-guerre [cf. Kurt Lewin]. Elle a mis du temps à s'imposer. En 1956, lorsque je parlais de participation, de consultation, je me suis entendu reprocher de vouloir installer des soviets ! Maintenant, on peut dire qu'il y a des soviets partout ! Ils s'appellent cercles de qualité, groupes d'expression, groupes de projet, groupes ad hoc... Il y a un changement en ce sens que l'on commence à mettre en place des idées proposées par les psychosociologues dès les années 1940. Personnellement, je ne pense pas beaucoup de bien de ces méthodes dans la mesure où la participation est exigée. Michel Crozier avait bien dit dans Le Phénomène bureaucratique que les gens voulaient des compensations à l'investissement en termes d'argent, de prestige [5]. Dans une certaine mesure, il est vrai que la personnalité des cadres ou des ouvriers est plus prise en compte ; ceux-ci se sentent plus valorisés lorsqu'ils ont de nouvelles responsabilités. Mais en même temps, jamais il n'y a eu un tel contrôle sur la pensée et la psyché des individus. Jamais ne s'est autant manifestée la volonté d'emprise de l'organisation sur l'individu. L'organisation tend à prendre l'individu au piège de ses propres désirs.
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[1] Description des interactions par Robert Freed Bales et cartographie socioémotionnelle par Jacob Levy Moreno, par exemple.
[2] L'égrégore, archétype du groupe en tant que structure énergétique aboutie, vérouillée, pourrait influencer les mentalités individuelles. Bien souvent pour le pire (ex. : figures mystiques collectives qui engluent les parties-prenantes du Premier Conflit mondial - cf. Gustave Le Bon).
[5] Voir, en complément, la notion de valence. Chacun donne à un phénomène donné une valeur de motivation qui est subjective.
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